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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Bleib opus #3 (Marseille)

L'HOMME D'HOMMESTIQUÉ

Dernier volet d’un travail de dressage débuté en 2005 par Michel Schweizer, artiste associé de la scène nationale de Chambéry, Bleib opus #3  - spectacle incisif et dérangeant - a fait salle comble jeudi 24 janvier au Théâtre du Merlan à Marseille. Un théâtre flambant neuf, rouvert en novembre dernier après des mois de vagabondage artistique pour cause de rénovation. Avec ces comédiens humains et canins, Schweizer y propose une critique sociale acerbe, entre rire et colère.


C’est un célèbre air d’Ennio Morricone utilisé pour la publicité de la marque « Royal Canin » qui ouvre le ballet canin de ce dernier opus. Une mélodie qui donne d’emblée le ton, satirique, cruel et humoristique aussi. Celui d’une critique qui ne veut pas se donner l’air d’en être une, celui d’un panorama des errances d’une société qui se leurre, se met elle-même en laisse et parfois se perd. Un abandon concentré dans le tryptique proposé par Michel Schweizer « prospérité, sécurité, partenariat ». Trois objectifs ou règles auxquels l’Homme contemporain ne semble pas déroger, comme une volonté de rester solidement attaché à sa propre laisse, par sécurité ou par peur. Mais les deux ne vont-ils pas de paire ? 

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« Pas bouger » - qui se dit Bleib en allemand cynophile – n’est même plus nécessaire… Sur scène, cinq bergers malinois et leurs maîtres, et deux intellectuels lancés dans une didactique discussion à propos de dressage, de maîtres et d’esclaves, de la nécessité de repères collectifs ou encore du passage de la loi de dieu à la loi du marché. Bleib opus # 3 oscille entre ballet canin et joute verbale, non sans déconcerter le spectateur. Mais n’est-ce pas le but…

Soif de liberté ?

Ainsi, « le marché serait une sorte de mère qui pourvoit les envies de ses enfants » selon le philosophe et notre société celle de « l’enfance généralisée », où les adultes ne sont plus que des grands enfants. Des enfants – ces « pervers polymorphes » comme dirait Freud – qui faute de ne plus avoir de dieu, se laisse gouverner par le marché. Bakounine l’anarchiste disait que « la religion est la négation la plus décisive de l’humaine liberté ». Au même titre, Michel Schweizer condamne ici l’outrancière consommation. Curieuse espèce tout de même que cet Homme qui s’emprisonne autant qu’il a soif de liberté. « Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l’un, ni l’autre de ces instincts contraires, ils s’efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens » disait déjà Alexis de Tocqueville au XIXème siècle à propos du représentant du peuple.

Deux siècles plus tard, il en va de même pour la consommation - cette nouvelle puissance aliénante - érigée comme religion populaire par l’Homme lui-même. L’Homme qui domine le chien, le marché qui domine l’Homme ; et l’Homme qui est un loup pour l’homme, indéniablement… Face à ce troupeau de consommateurs, dressage et éducation se conjuguent soudain et l’on ne sait plus qui du chien ou de l’homme est réellement l’esclave. L’Homme peut-être selon Bleib, cet « esclave citoyen » qui a perdu son libre arbitre, sa capacité de jugement et son aptitude à vivre l’instant. « Take your time » inscrit le diaporama en fond de scène. Mais il est trop tard et la voix de l’Homme ne résonne déjà plus dans le micro. « What a wonderful world » de Louis Armstrong se met alors à retentir caustiquement dans les enceintes du théâtre. Bleib opus #3, c’est un peu de notre société néolibérale…« un esprit conforme pour un corps sain ».

Un spectacle anticonformiste et éclairé

Résolument juste et lucide, Bleib opus #3 est déroutant, anticonformiste et insolite. Une interrogation sur le monde pour stimuler un esprit critique éteint. Quoi qu’il en soit, une critique piquante contre la « dhommestication » servie par un surprenant et sublime casting. Cinq maîtres-chiens de haut vol qui guident bien souvent leurs malinois depuis les coulisses, un homme d’attaque ex-légionnaire slovaque Andrej Skrha, un Rmiste Friedrich Lauterbach d’une justesse saisissante, le philosophe Dany-Robert Dufour, le psychanalyste Jean-Pierre Lebrun et le chorégraphe Gérard Gourdot auteur d’un étonnant solo de danse.

A la question de la société qui se désagrège, Michel Schweizer répond par la provocation. Au foisonnement de nos villes, de nos écrans et des réseaux, il riposte par la lenteur du spectacle et des déplacements, par le vide de l’espace scénique. Aux bruits des rumeurs de nos cités, il rétorque par un silence introspectif, sorte de souffle régénérant qui offre un goût unique mêlé d’insolence et de peine. Une création qui ne laisse pas indifférent, où l’esthétique et le sens sont au rendez-vous pour un théâtre contemporain résolument inspiré !

Muriel TANCREZ (Marseille)

Bleib opus #3
Conception, direction et scénographie : Michel Schweizer - La Coma
Interprétation : Patrice Foucault et Top Gun des Plaines de Thierarche, Jean Gallego et Narco du Clos Champcheny, Claude Leclercq et Sarko de la Cité des Foucault, Philippe Desamblanc et Titeuf de la Fontaine Maurice, François Vavasseur et Robot du Vieux Marronnier, Dany-Robert Dufour, Gérard Gourdot, Jean-Pierre Lebrun, Friedrich Lauterbach et Andrej Skrha.
Mise en scène : Michel Schweizer – La Coma
Production : La Coma / Espace Malraux scène nationale de Chambéry et de la Savoie / Office artistique de la Région Aquitaine / Théâtre national de Bordeaux Aquitaine – Festival Novart / Château Rouge Annemasse et l’ARCADI.

Le Merlan – Scène nationale à Marseille
Avenue Raimu BP 153 13307 Marseille Cedex 14
Billetterie : 04 91 11 19 20
www.merlan.org
merlan@merlan.org
Au théâtre du Merlan du 24 au 26 janvier 2008

Photo © Philippe Charbonnière


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M
En guise de réponse et en tant que principale concernée, je m'appliquerai seulement à dire - comme l'a d'ailleurs bien fait Mme Délaguzier - que le principe même de la critique est d'accorder cette part de subjectivité qu'aucun autre style journalistique ne concède. Ainsi, monsieur Pierre vous pouvez, certes, ne pas être en accord avec mon ressenti, mon jugement et finalement ma critique, mais cela ne justifie pas de la critiquer pour autant. A moins que vous ne jugiez votre avis comme l'unique acceptable...Ainsi, ce type de commentaire concernant ma critique - mais au fond toutes les critiques - perd son sens et ne trouve pas plus d'intérêt. Quant à votre ultime phrase, vous semblez entendre l'"engagement" comme forcément lié à un avis dépréciatif alors que je suis ici effectivement engagée, mais dans le sens opposé au vôtre. Pour finir, il faudra que vous m'expliquiez comment, sans me connaitre, vous parvenez à juger de ma sincérité? Terme dont la signification, apparemment, vous échappe aussi...
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C
cher Pierre, pour qq'un qui n'aime pas recevoir des leçons, vous savez en revanche en être donneur sur la critique théâtrale. Je ne sais pas qui est M. Tadorne mais s'agissant de vous, les conformistes ne sont pas ceux qu'on croit. Ce n'est pas parce que vos n'avez pas aimé qu'il faut critiquer la critique, critiquez donc le spectacle si vous savez le faire. Moi j'ai adoré cette performance artistique, et pourquoi Bartabac et ses chevaux de tiercé auraient plus d'attraits que quelques chiens dressés (oui je fais des rimes Môôssieur). Il y a un temps pour Molière et un temps pour l'expérimentation théâtrale, n'en déplaise aux grincheux. Bonne nuit !
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P
J'ai vu cette pièce à Marseille. J'avoue ne pas bien comprendre votre indulgence envers ce spectacle bien affligeant. Vous ne vous engagez pas beaucoup, juste pour souligner le côté provoquant de cette oeuvre! Je l'ai trouvé bien conformiste à vouloir nous faire la leçon. La critique du Tadorne a au moins le mérite d'être engagée et sincère.
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P
Et puis faire de tels raccourcis entre le chien, l'homme et le marché, n'est-ce pas une façon de prendre les spectateurs pour des moutons? Je suis ravi que vous ayez pu restituer avec autant de précision la leçon de ces maîtres - chanteurs; je n'ai même pas pris cette précaution tant les discours et la mise en scène semblent d'un autre âge. Ce n'est  pas du théâtre contemporain; juste un exercice de dressage de chiens et de spectateurs dociles. Je me suis tellement détaché des lois du marché qu'il était mpossible d'entrer dans une telle soumission!!Pascal BélyLe Tadornewww.festivalier.net
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C
Dresser des chiens pour le théâtre, n'est-ce pas jouer un peu les Bartabas du pauvre ?
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