LA MÉMOIRE DE PAULINE CARTON
Rassemblant ses souvenirs, Pauline Carton (1884-1974) a décrit les débuts de sa carrière. Au cours des années 1920-70, elle fit partie de ces seconds rôles célèbres du cinéma français que furent Jeanne Fusier-Gir, Julien Carette, Jean Tissier, Noël Roquevert … De son livre, Jean-Marc Brisset a extrait des passages significatifs. Ce qui permet de revivre une époque où les théâtres de province entassaient pièces sur pièces à la semaine afin de plaire à un public disparate et pas trop regardant. Une époque durant laquelle les directeurs de théâtre exploitaient les comédiens pour faire des bénéfices sur leur dos. Ceux-ci, surtout s’ils jouaient les utilités se voyaient mis à toutes les sauces.
Il leur fallait faut incarner une multitude de personnages, bruiter les scènes en coulisses, changer de costumes et de voix à toute vitesse, soutenir les "vedettes" d'arrière garde engagées parce que ne réclamant pas un trop gros cachet. L’adaptateur metteur en scène a eu l’idée intéressante de placer Laurent Ogée et Frédéric Dyonnet en situation.

Derrière un décor vu par son envers, les deux interprètes se lancent dans une interprétation du fameux mélodrame Le Bossu de Paul Féval qui illustre bien les pratiques d’autrefois. De retour en coulisses, c’est-à-dire du côté où se trouve réellement le public présent, ils se réapproprient les paroles de Pauline.
De la sorte, nous assistons aux premiers pas de l’auteure sur les planches. Nous sommes abreuvés des conseils contradictoires d'interprétation dont l'accablent les anciens. Nous découvrons les rivalités, les astuces utilisées pour pallier le manque de moyens. Mais surtout apparaît l'amour du théâtre porté par tous ces obscurs qui oeuvrent dans la pénombre. Hommage est rendu non seulement à l'art dramatique mais également au public - et c'est là le miracle du spectacle vivant - capable d'accepter quasi n'importe quelle convention.
Il est cependant dommage que le jeu des acteurs ne fasse pas suffisamment de différences entre la parodie des représentations provinciales de jadis et l’intimité chaleureuse, un rien gouailleuse, des confidences de madame Carton. Tout cela manque de nuances, de sentiments comme si le texte n’était qu’un récit appris par cœur et non un morceau de vie d’une artiste qui a voué son existence à arpenter les plateaux.
Michel VOITURIER (Lille)
Les Théâtres de Carton
Texte : Pauline Carton (J’ai lu, 1965)
Adaptation et mise en scène : Jean-Marc Brisset
Distribution : Laurent Ogée, Frédéric Dyonnet
Scénographie : Frédéric Dyonnet
Eclairages : Laurent Bénard
Costumes : Odile Foch
Musique : Nihil Bordures
Production : Le Nouveau Comptoir (Roubaix) (www.lenouveaucomptoir.org)
Au Salon de Théâtre à Tourcoing du 18 janvier au 1 février (0033.3.20.27.13.63) ; au CSE de Wattrelos le 7 février.
Photo © Jean-Michel Bussière