AMOR A MORT
Voila un théâtre flamenco littéralement endiablé, né de la connivence de deux, puis trois, et enfin de quatre femmes, qui offrent à un public envoûté une délicieuse gorgée de la passion qui les anime, en orchestrant le mariage de l’intensité ravageuse du flamenco à la force irrésistible des mots. Un tendre poison, follement déroutant, mais diablement drôle. Sous le regard de son double machiavélique, une femme dévorée par la passion entame un monologue enflammé face au fruit de l’amour destructeur…

Chronique d’un adultère, confidences à l’enfant devenu femme sur le secret de sa conception, éruption du volcan qui la consume : Charo va se raconter, amante délaissée, tour à tour enjôleuse et fière, puis pathétique et attendrissante, voire carrément hystérique… Tandis que sur elle paraît veiller la danseuse de flamenco : une sœur, une amie, son âme ou le Mal incarné ? Peut-être un peu de tout cela à la fois… Flamboyante mais muette, du seul son de ses talons martelant le sol entre deux cliquetis d’horloge, elle semble amplifier les battements du cœur de l’amante blessée. Elle aussi est vêtue du rouge écarlate de la passion… mais n’est-ce pas également le temps du sang qu’elle suggère aussi sensuellement ? Le sang versé par une femme brûlant de rage dans le café de son homme, fondant ainsi ses derniers espoirs sur une vielle recette argentine, le Gualicho. Un filtre d’amour, un piège à hommes, une potion magique… mais qui- attention !- pourrait, à trop forte dose, se révéler poison…
Alchimie Quand la plume d’Anne Bourrel rencontre la flamme de Charo, comédienne, metteur en scène et chorégraphe, l’osmose va s’opérer très rapidement, les accents se mêler et s’accorder pour dresser le tableau qu’elles peindront de cette femme qui se laisse déborder par l’amour irraisonné qu’elle porte à son amant trop peu attentionné. Vite rejointes dans leur aventure théâtrale par Cathia Poza, qui orchestrera et interprètera une magnifique chorégraphie flamenca. Puis par Isabelle François qui, dans une grande connivence avec les trois autres « femmes fatales », mettra en scène la pièce, dans un décor épuré, puisque superflu, tant par la présence scénique de Charo que par la tension particulière du flamenco… D’autant plus fort en émotion qu’il est dansé sans autre musique que celle des mots.
Aurélia HILLAIRE (Montpellier)
Gualicho !
Compagnie L’Oeil extérieur
Auteur : Anne Bourrel
Comédienne : Charo Beltran-Nuñez
Danseuse/ chorégraphe : Cathia Poza
Mise en scène : Isabelle François
Son : Isabelle François pour la conception, Gil Non pour la réalisation
Durée : 1h 00
Au théâtre des Déchargeurs à Paris du 29 janvier au 16 février 2008