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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Solinge (Paris)

L’HORREUR EN QUATRE LETTRES

Ludile n’a pas vingt ans quand ça lui arrive. « Ca », ce qu’elle n’arrive même pas à nommer, du moins au début. Mais pour se reconstruire, elle doit en parler. Du viol.


Créée en avril-mai 2007, la pièce « Solinge » revient à l’Atelier du Plateau après un détour par Liège, la comédienne étant de nationalité belge. Elle commence, dos au public, vêtue en petit chaperon rouge que le grand méchant loup a attrapé, lui volant sa joie de vivre, la vidant de toute substance. Le sujet pourrait donner matière à une représentation trash, violente. Il n’en est rien. Le personnage raconte son viol et son parcours de survivante avec simplicité et retenue. Le texte n’en est que plus fort.

solinge.jpg
Solinge, c’est l’histoire de la quête d’une nouvelle identité. Les autres n’y pourront rien, Ludile ne sera plus jamais comme avant, coupée en deux, elle ne sait même pas dans quel sens. La vidéo utilisée par moments, peut-être un peu trop parcimonieusement, la montre le visage morcelé, à l’image de ce qu’elle est. Selon que l’on est proche du silence ou qu’elle crie, l’image est en pièces ou réunifiée. Le décor, partagé entre une bande de gazon et un couloir de sol carrelé est également la métaphore de sa déchirure intime.

Car Ludile est deux, l’une à l’extérieur qui sourit, l’autre à l’intérieur qui n’arrive pas à respirer. A penser à ne plus y penser. En décidant de devenir Solinge, presqu’un nom qui sonne comme celui d'un « ange », elle fait le choix de la vie. Changer de nom n’efface pas le souvenir, mais permet la résilience. Et Solinge peut enfin, à nouveau, se sentir "être" et aimer.

Sur cet espace nu, habillé de vert et de blanc, seul un tabouret sert de support à la comédienne, laissant toute la place au texte et au corps meurtri, mais bien vivant. Laurence Vielle sert ce texte difficile avec douceur et l’audace des grandes timides. Entre chuchotements et cris à peine retenus. Entre phrases répétées de manière obsessionnelle, telles des mantras, et une affirmation sans appel : « le silence, c’est la mort ». En choisissant de parler, d’écrire, l’auteur et son personnage parviennent à se sauver d’un gouffre sans fin. On ressort partagé entre la peine que nous témoigne Ludile et la force que nous communique Solinge. Qui nous apprend qu’on peut survivre à tout, même à l’horreur en quatre lettres. A condition de le vouloir.

Alexandra FRESSE (Paris)

Texte de Pia Divoka
Un projet de Gilles Zaepffel
Mise en scène : Matthieu Malgrange et Laetitia aepffel
Scénographie / vidéo : Hicham Benohoud
Avec : Laurence Vielle
Lumières : Marc Sévenier
Programmation vidéo : Siegfried Canto
Costumes : Mathée Peyrecave

Du mardi 15 janvier au samedi 2 février 2008 à 20h
Relâche les dimanches et lundis.

A l’Atelier de Plateau, 5 rue du Plateau, 75019 Paris
Réservations : 01 42 41 28 22
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