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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Le Commencement du bonheur (Toulouse)

DE LA MAGIE AVANT TOUTE CHOSE

À la lueur d'une bougie, dans une nuit surnaturelle, l'homme s'interroge sur son existence et sa place dans l'univers.  Tandis qu'au firmament les astres se moquent bel et bien de sa destinée...

 
Savoureux dialogues, les Operette morali dont on a tiré la matière de ce spectacle ont été écrits en 1824 par un dénommé Giacomo Leopardi, qui fait figure aujourd'hui en Italie d'éminent poète et philosophe après avoir été quelque peu oublié. Il y met en scène l'univers tout entier, peuplé d'allégories, d'êtres fantastiques et de fantômes. Mais le sujet principal de ses élucubrations et questions métaphysiques n'en reste pas moins l'homme. L'humain, trop humain, qui se croit au centre de tout, convaincu que les astres brillent pour lui et obnubilé par la recherche d'un bonheur impossible.

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Le Soleil en personne tient le premier rôle de cette fantaisie dramatique qui n'est pas sans rappeler  les rêveries littéraires de Savinien Cyrano de Bergerac ou Les États et Empires de la Lune et du Soleil. Secondé par la première et la dernière heure du jour, il convoque Copernic pour changer l'ordre des choses et  persuader la terre de lui tourner autour tandis qu'il se prélassera. Que lui importe en effet cette planète prétentieuse et ces hommes préoccupés uniquement par  leur sort ?

Dans la profonde nuit

Le Soleil ne se lèvera pas, c'est décidé. Et tant pis pour ces petits terriens crédules, qui invoquent la Nature comme si elle avait été créée pour leur propre subsistance ! Copernic, littéralement happé par la dernière heure du jour, immense rideau noir presque vivant qui l'engloutit, arrive au chevet du grand prince lassé. À lui de faire en sorte que la petite planète têtue ne reste pas plongée dans les ténèbres...

Le directeur du théâtre guide alors le spectateur à travers le plateau noir et les saynètes surprenantes de cet univers passablement chamboulé. La flamme vacillante de sa bougie et ses rêves éveillés d'homme tourmenté et insomniaque nous mènent dans la "profonde nuit" du doute et du souvenir jusqu'à "l'espérance du bonheur"... qui selon les dires des âmes défuntes elles-mêmes ne naît réellement qu'au moment du repos éternel (fin de la douleur et "commencement du bonheur"). Les morts, éveillés le temps d'en dire trop ou pas assez sur le passage du vivant au néant, chantent en chœur l'apaisement. Un elfe et un gnome discutent avec impertinence et désinvolture de la disparition de la race des hommes. Et le public se laisse prendre par la magie de ce tout dans lequel on n'est rien : l'existence et l'immensité. À l'image de cet homme du Nord perdu dans la tourmente, incarné, comme tant d'autres petits personnages, par Sabrina Kouroughli, qui à elle seule donne une véritable dynamique à l'ensemble.

Le mot de la fin revient tout naturellement à Jacques Nichet, metteur en scène du spectacle et directeur du TNT (Théâtre national de Toulouse) depuis 1998, qui cède la place en janvier 2008 à Agathe Mélinand et Laurent Pelly. Comme l'œuvre de Giacomo Leopardi, dans son humilité, sa première apparition sur scène parmi les comédiens, à la manière d'un récitant philosophe, et son discours de clôture nous invitent à "tâcher d'être heureux" malgré tout. Sans oublier que le théâtre et la poésie sont des actes militants dans un contexte dominé par la course à la productivité, que l'on doit faire partager au plus grand nombre, y compris et surtout ceux qui croient n'être pas concernés.

Bernadette POURQUIÉ (Toulouse)

Le Commencement du bonheur
Texte français : Michel Orcel, d'après Operette Morali de Giacomo Leopardi (paru aux éditions Le Temps qu'il fait, sous le titre Dix petites pièces philosophiques)
Interprétation : Sabrina Kouroughli, Quentin Baillot, Jacques Nichet et Amélie Denarié, Anaïs Durin, Nina Kayser, Julie Kerbage, Sarah Laulan, Julie Menut, Magali Moreau, Delphine Ory
Mise en scène : Jacques Nichet
Scénographie : Philippe Marioge
Collaboration artistique : Gérard Lieber, Philippe Marioge, Jean-Michel Vives et Caroline Chausson, Dominique Terramorsi
Chant : Hervé Suhubiette avec Frédéric Schadoroff clavier, Gaël Pautric clarinette basse
Environnement sonore : Aline Loustalot
Lumières : Michel Leborgne
Costumes : Nathalie Trouvé

Production :
TNT
Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées
1, rue Pierre Baudis
31000 Toulouse
Tél. : 05 34 45 05 05
Site internet : http://www.tnt-cite.com/

Au TNT, à Toulouse, du 27 au 31 décembre 2007

Photo © Marc Ginot


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