L'INSOUTENABLE FOLIE DE L'ETRE
L'actrice est déjà là, sur scène. Elle s'installe, se maquille, aligne ses personnages (cendrier, bouteille et boite d'allumettes) sur une simple table qu'accompagne une chaise solitaire. On pense à Pirandello. Mais ici, la quête n'est pas l'auteur et la folie sert le drame. Bienvenue dans l'univers dérangé de Rose et Louisiane. Noir. Scène 1. La trame?Très simple : un huissier doit procéder à l'inventaire d'un appartement de banlieue habité par une mère et sa fille. Pendant que l'homme fait son travail méticuleux, Rose, la vieille femme, continue de se perdre dans les tréfonds de son âme. Sa vie s’est arrêtée en 1943 lorsque son frère a été assassiné violemment par la milice. Dans son délire, elle voit en celui qui applique la loi, un traître, un collaborateur, un envoyé du maréchal "Putain" comme elle l'appelle. La fille tente d'apaiser la situation mais se laisse conduire doucement dans cette spirale dérangeante où l'on perd facilement pieds.
Florence Hautier interprète seule les personnages. Son corps se tend, s'arqueboute et se rétracte; ses traits grimacent, se durcissent selon les masques empruntés. La mère, dévorée par des souvenirs sombres et obsédants, est pliée, cassée par des faits relatés avec des mots durs, sales, trop violents pour elle. On en est gêné, dégouté puis triste avant que la pitié ne prenne le dessus.
La folie arrive à pas de loup… La fille, plus vive, reprend la parole. Moins agressive, elle reste cependant fragile. Il lui en faudrait peu pour chavirer. L'huissier, homme poussiéreux, poursuit son monologue verbal ,à la tonalité routinière et soporifique. Et le triangle se referme lentement autour d'eux, la pression monte.
Mais si tous ces personnages qui composent la pièce nous inquiètent c'est grâce à elle, Florence Hautier ! Elle parvient à les investir rapidement, à les faire souffrir intensément, de manière individuelle, dans un jeu fascinant . L'adaptation du roman de Lydie salvayre est peut-être compacte par moment, mais elle bouscule le public. Et défilent encore devant nos yeux tous ces pantins désarticulés, porteurs d'un malaise atemporel. La lumière revient dans la salle, mais Rose et sa fille continuent de vivre dans notre mémoire, comme dans toute bonne création !
Marie DUFOUR (Aix en Provence)
d'après le roman de Sylvie Salvayre
mise en scène: Pierre Beziers
Théâtre Ainsi de suite(23 rue gaston de saporta)
du 9 au 25 novembre 2007
les vendredis et samedi :20h30-les dimanches 17h30
réservation:04 42 38 94 38
plus d'infos: théatredumaquis.com