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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Face de cuillère (Bruxelles)

LE MONDE RACONTÉ PAR UNE PETITE VOIX PAS ORDINAIRE…

La pièce de Lee Hall, n'est pas une création ; en premier lieu c'est la reprise au Théâtre du Méridien, d'un "seule en scène" qui a valu d'être remarquée par son interprète, Deborah Rouach, comme "Meilleur Espoir Féminin" au Prix de la Critique 2007 et, en deuxième lieu, elle fut d'abord montée en France, et encore dernièrement à Paris.

Rôle casse-gueule, toujours, que "jouer l'enfant", mais Deborah Rouach, avait au départ, un atout "de taille"… son physique, justement, et qui plus est, à ce côté juvénile, elle a pu joindre  beaucoup de talent et de travail pour réellement incarner (au sens le plus littéral) cette petite fille sans nom, surnommée (même par ses parents) : "Face de cuillère". 

facedecuillere03.JPG

Il y a donc bien plus qu'une "performance" d'artiste au sens sportif du terme… De fait, on parviendra difficilement à dissocier personnage et interprète tant la symbiose est réussie. La comédienne y est aidée par la scénographie et une mise en scène tout en délicatesse de Catherine Brutout, un décor sonore qui sait se faire discret dans les évocations d'art lyrique, des lumières qui prennent tout leur sens alors qu'il est question d'étincelles à  découvrir et à transmettre… Une remarquable sobriété, sans "effet", une totale sincérité, baignent l'ensemble de la réalisation ce qui en fait un moment de communication vraie, analogue à celui que, peut-être, on a pu avoir un jour, "dans la vraie vie", avec ces êtres différents dont on commence à entrevoir ce qu'ils peuvent nous apporter. Une exposition aux cimaises du théâtre – œuvres de la peintre Nicole Daiwaille - nous le rappelle et prolonge le spectacle.

On connaissait l'auteur, Lee Hall, découvert grâce au gros succès du Z.U.T. (avec reprise au Poche) de "La Cuisine d'Elvis", capable de réussir les plats amers-drôles avec brio… Capable également de se glisser dans la peau et le langage des ados et pré-ados, que ce soit Jill, la fille de "Cooking with Elvis" ou Billy de "Billy Elliot" au cinéma. D'autre part, il peut paraître réducteur de rappeler que le titre original complet est "Spoonface Steinberg", faisant ainsi référence à une certaine judaïté du propos (l'enfant est censée à l'origine être une jeune juive) mais si j'en fais mention, c'est que ce mélange références et esprit judéo-anglais peut faire comprendre que, alors qu'au vu du résumé du thème, on aurait pu craindre mélo, larmes et pathos, le public (d'un soir, il est vrai)  a souri, et même souvent ri franchement, aux réflexions de cette gamine, pleines d'humour "involontaire", à sa façon naïve de philosopher sur elle-même, son entourage, la société, les grandes questions de la vie et de la mort. Ce bon docteur Bernstein, en lui relatant certains éléments de sa propre vie, n'a-t-il pas insufflé un peu de sa propre distanciation et de sa sagesse à "l'enfant de travers au crâne mou" ? Ce sont les modestes (le docteur au parler vrai) et les humbles (la femme de ménage) que la fillette retient comme consolateurs et anges gardiens alors qu'elle a un regard sans aménité sur parents et savants, qu'elle ne juge pas, qu'elle accepte avec leurs défauts (fameuse leçon de tolérance soit dit en passant). L'innocence à l'état pur, celle qui est proche de l'animal, ce serait donc ça ! Un mélange de tendresse et de dureté qui se trouve bien proche de la lucidité, de la lumière crue jetée sur les faux-semblants.
De la vision du monde de "Face de cuillère" se dégage une certaine sérénité, jusqu'à la/sa fin, toute en délicatesse encore. Et l'on pourrait en tirer une sorte de "petit traité de philosophie à l'usage des êtres humains ordinaires par un des leurs…qui ne l'est pas".

Suzane VANINA (Bruxelles)

Face de cuillère
Texte : la traduction due à Fabrice Melquiot est parue chez "L'Arche" en 2002
Mise en scène, scénographie : Catherine Brutout
Interprétation : Deborah Rouach
Lumière : Alain Collet
Son, spatialisation : Abderahman El Asri
Régie : Sébastien Mercial

Coproduction Théâtre 8/Théâtre du Nouveau Méridien – Du 4 au 22.12.2007 et du 8 au 19.01.2008
Tél : + 32(0)2.663.32.11Fax : +32(0)2.663.32.12 - www.theatredumeridien.be –

Photo © Nouveau Méridien

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