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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Le Bonheur de la tomate (Avignon)

PÉDAGOGIE D'UNE SOLANACÉE

Prolifique auteur d'une bonne centaine de pièces, Bernard Da Costa nous donne à voir et découvrir ici une œuvre étrange dans laquelle deux êtres à la fois forts et fragiles, très différents aussi, se retrouvent pour, à leur manière, refaire le monde à leur échelle.


Une plantation de tomates, curieux endroit pour une rencontre !... C'est pourtant là que va se produire cet événement unique, emblématique, entre Karim dit Kim, un jeune délinquant récidiviste en fugue du centre de rééducation dont il est  pensionnaire, et Clémentine, une femme d'un certain âge qui mène une vie quelque peu marginale en cultivant des tomates avec tout l'amour et l'attention que l'on doit avoir pour mener à bien cette tâche. Les premiers contacts sont tendus. Kim est au seuil d'une vie déjà marquée par une révolte puissante contre les humiliations, les violences subies et rendues, l'absence de perspective sensée. De Clémentine, on ne connaîtra pas tout de suite le passé. On apprendra plus tard qu'elle a été exclue de l'Education Nationale pour avoir frappé l'un de ses élèves...

tomate-2.JPG
Clémentine est la constance, la patience même. Incapable de se projeter dans l'avenir, Kim réagit au quart de tour, souvent avec violence... Clémentine propose à Kim de s'occuper des plants de tomates contre une modeste rétribution... Kim accepte après avoir hésité un certain temps. Il va peu à peu découvrir, non sans mal, que ce travail l'oblige à faire preuve de toutes les vertus que son absence d'éducation ne lui a pas permis de découvrir : la rigueur, la patience, l'humilité, peut-être aussi, enfin, une certaine forme d'amour, au sens le plus large du terme.

Métaphore de la liberté en forme de pomme d'amour...

La tomate, c'est évident, est ici le personnage central, l'héroïne même de cette tragi-comédie moderne, ainsi que la définit Marie Pagès (Clémentine) qui en a réalisé la mise en scène. Symbole de la nature, dans toute sa richesse de couleurs et de saveurs, qui en elle à nos yeux se focalise, elle est le point de rencontre des deux personnages et, dans sa croissance, l'axe même de leur commune évolution : le cheminement de chacun d'eux vers l'autre. La progression du temps est marquée ici par la succession des plans de tomates qui, d'une scène à l'autre, ont grandi et mûri...

Mais la tomate, fruit coloré et charnu dans lequel on mord avec volupté, correspond aussi paradoxalement à ce bon vieux principe de réalité qui ne permet guère d'échappatoire, encore moins de comportements anarchiques dans la quête par chacun de sa propre liberté, laquelle, comme on le sait bien, est connaissance de la nécessité. Clémentine en fît jadis la cruelle expérience dont elle tira les enseignements... A son tour, Kim va payer son propre tribut : il sera condamné à la prison pour violences graves envers le directeur du centre de redressement. Il gardera néanmoins, en attendant, le contact, au moins téléphonique, avec son mentor féminin. « J'ai changé... » lui dira-t-il. « Moi je n'ai pas changé... » lui répondra-t-elle... Sans doute, dès cette constatation faussement contradictoire, un nouveau départ sera possible plus tard...

Marie Pagès est très convaincante dans le personnage de Clémentine à qui elle sait conférer une certaine et bienvenue opacité. Benoît Thévenoz sait faire de Kim un garçon aux comportements contradictoires allant de la douceur à l'inattendue violence.

Henri LÉPINE (Avignon)

Le Bonheur de la tomate de Bernard Da Costa.
Avec Marie Pagès et Benoît Thévenoz.
Mise en scène de Marie Pagès. Création 2007/Cie Salieri-Pagès.

Du 11 au 15 décembre 2007
2007 à 20h30 au Ring, 13, rue Louis Pasteur, 84000 Avignon.
Tél. 0490270203.

Photo © DR

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