MANQUE D’ÉMOTION
Toute en intimité est cette création au Théâtre « Le Public», toute en profondeur et en émotion, nous attendions-nous, à la lecture de l'accroche : "une comédie douce-amère… et l'annonce prometteuse d'un duo de "grandes dames". A la première en création mondiale, on a pu découvrir une pièce qui ne manque certes pas de qualités mais dont l'interprétation laisse dubitatif. Olivier Coyette fait partie de ces jeunes auteurs "émergeants" dans le paysage théâtral belge francophone de la dernière décennie. On connaît déjà de lui "Forfanteries" et surtout "M l'intrépide", représenté au Théâtre de Poche (saison 2006-2007) qui dénonçait la manipulation, la possible séduction du fascisme. Il fut également responsable du concept de "Dérapages", de la même veine dénonciatrice, pour la Compagnie Arsenic qui circule encore dans son camion-théâtre…

Par ailleurs, on sait qu'il est également metteur en scène ("Le Voyage à La Haye") et comédien. Il s'attaque cette fois à une problématique plus interne et bien féminine : la relation mère-fille, une "amitié particulière", et l'on devine qu'il s'est bien documenté car sont citées comme références de distinguées et incontournables psychologues : Françoise Dolto, Nancy Friday, Caroline Eliacheff et Nathalie Heinich. Mais notre auteur prend appui sur des souvenirs et témoignages, et par une écriture du quotidien, relate de menus faits de la vie courante, d'apparence banals, qui peuvent devenir si importants par la suite, dans la construction d'une relation, d'une vie. C'est le vécu au fil du temps d'une relation à la fois complice et conflictuelle entre la mère dite "Celle qui fut" et la fille dite "Celle qui fuit". Soit un thème intéressant, de ces thèmes qui sont chers à l'auteur qui aime susciter la réflexion en prolongement d'un spectacle.
De belles intentions mais un aboutissement en demi-teintes Le dispositif scénique participe de l'intention de mêler en flashbacks les souvenirs du passé, des moments-clés, avec la projection de phrases poétiques, quelque peu sibyllines, pour ponctuer les changements à vue d'accessoires et de parties de vêtements – conception images Dominique Maertens. On ne sait trop pourquoi les choix du metteur en scène Serge Demoulin - et de la scénographe Céline Rappez – se sont portés sur un quatre faces, sinon les contraintes particulières du lieu (les poutrelles de la salle des voûtes), un lieu dont on a cependant déjà vu meilleure utilisation. Il y a notamment un mobilier qui, trop imposant (un lit comme un catafalque…), cache les comédiennes ou une trappe qui aboutit au même résultat. Si l'on y ajoute un éclairage à éclipses, on pourrait peut-être trouver là une explication au jeu inadéquat des comédiennes ?
Le surjeu semble de mise, surtout chez la mère, Anne Chappuis - chez la fille, on a peine à reconnaître Magali Pinglault dont l'interprétation dans "Bord de mer" était si sobre, si juste - et l'on n'en voit pas du tout la nécessité alors que le texte ne manque pas d'humour et que les situations de la vie quotidienne et des souvenirs en recèlent "normalement". Les moments d'intimité sont malmenés par cette interprétation trop extérieure, alors que le lieu se prêterait à la confidence plus qu'à "porter la voix", les "effets" coupant les émotions alors que la simplicité eut été tellement plus efficace pour nous les faire ressentir et partager. "Il suffirait de presque rien…" peut-être davantage de vrai ressenti pour que "Reste avec moi" nous touche, vraiment.
Suzane VANINA (Bruxelles)
Reste avec moi
Au Théâtre Le Public jusqu’au 31.12.2007, 20 h 30 – Tél : 0800.944.44
Mise en scène : Serge Demoulin – scénographie : Céline Rappez
Avec : Anne Chappuis et Magali Pinglault
Conception images : Dominique Maertens
Photo © Cassandre Sturbois