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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Il Ventaglio / L'Eventail (Bruxelles)

« COME DISSE GOLDONI… »*

Présenté par le mythique "Il "Piccolo Teatro", di Milano" au Théâtre National, ce classique Italien de Goldoni,  en italien (avec surtitre), était à ne pas rater !


Deux mots du "Piccolo Teatro", premier théâtre sédentaire italien, fondé à Milan en 1947 par ce rénovateur que fut Giorgio Strehler (1921-1997). Il le dirigea de 1955 à 1996. En même temps que le "Piccolo Teatro" fête ses soixante ans, il entend marquer le tricentenaire de la naissance à Venise de Carlo Goldoni (25 février 1707) et rend un discret hommage, dix ans après sa disparition, à celui qui connaissait particulièrement bien l'œuvre de Goldoni. 

Un Italien en France et  "Un éventail"… de Paris


Rappelons que Goldoni, avant qu'il ne finisse par quitter son pays, voulait faire tomber les masques de la commedia dell' arte, un genre à son apogée quand il fit irruption sur la scène italienne. Se faisant, il a indiqué la voie de la comédie fine et intelligente, bien ficelée; il préfigure Beaumarchais et même, avec cet "Eventail", il annonce les vaudevillistes de la Belle Epoque, les habiles faiseurs que seront Labiche, Courteline, Feydeau surtout… On pourrait voir en Goldoni un tisseur, une dentellière, croisant des fils d'intrigues, les entremêlant savamment, en sachant très bien comment il arrivera à un ouvrage final parfaitement, impeccablement, cohérent.

ILVENTAGLIOLEVENTAIL.GIF
Avec "Il Ventaglio" (1765, l'auteur a acquis une parfaite maîtrise), on ne peut évidemment pas parler de "lutte des classes" même si nobliaux et villageois s'affrontent au fil de l'intrigue, elle-même tissée des fils des malentendus, des quiproquos, le brave Goldoni n'avait rien d'un révolutionnaire mais tout simplement, en humaniste perspicace, il aimait observer les gens, tous les gens, de son époque. Il le faisait avec tendresse et causticité à la fois. C'est ce qui fait que, encore aujourd'hui, et même avec un parti pris de classicisme, on peut s'intéresser aux pérégrinations d'un éventail, objet suranné à l'ère de la clim'. Un éventail qui ne se contente pas de brasser le vent mais s'envole, se fait la belle des mains d'une bella signorina, et tel un vison voyageur, devient l'objet-sujet principal d'une histoire, préfigurant les comédies modernes (sans le côté parfois lourd du "boulevard").

Certes, ses personnages sont encore "classiques": soubrette et valet, jeune premier, jeune première, duègne et barbon, mais il ajoute des types plus marqués de villageois et de nobliaux et on voit que, tout en déplorant avec le Comte désargenté que "rustica progenies nescit habere modum" Goldoni est rempli de bienveillance envers cette gent paysanne qui, ignorant les usages, n'en est que plus authentique.

Une partition rigoureusement respectée

Le metteur en scène, Luca Ronconi, a scrupuleusement respecté tout ce que l'auteur a réglé "comme sur du papier à musique", avec une partition rigoureuse : l'andante du début, avec quelques forte : scène muette s'enrichissant successivement des bruits divers, puis des mouvements et actions d'un village : aubergiste, cordonnier, mercière, apothicaire, cafetier. Ensuite, après quelques allegretto préfigurant l'allegro général, le fortissimo de la tempête, jusqu'au point d'orgue de l'adresse au public de la duègne Gertrude : "je vous invite tous à souper chez nous et nous boirons à la santé de l'auteur de cet Eventail et de ceux qui nous ont fait la grâce de l'accueillir avec indulgence".

Mais sommes-nous vraiment sur "il campiello di villaggio"  dans ce décor chic mais gris, tristounet ? Il est dû à Margherita Palli et on peut toutefois admettre qu'il met bien en valeur les costumes précieux  (de Gabriele Mayer) et le côté virevoltant, agile, "esuberante", des personnages. Une mise en scène sage et fidèle; oserait-on avancer "à l'identique" quand il s'agit d'une pièce représentée il y a 300 ans…La distribution homogène est du même ordre mais ne convient-il pas, particulièrement ici, de rappeler que "la critica è facile, l'arte è difficile" ? Bene ! Félicitons donc ces acteurs :  Raffaele Esposito, Giulia Lazzarini, Pia Lanciotti, Giovanni Crippa, Massimo De Francovich, Riccardo Bini, Federica Castellini, Francesca Ciocchetti, Gianluigi Fogacci, Simone Toni, Giovanni Vaccaro, Pasquale Di Filippo, Giuseppe Fraccaro,Matteo Romoli, Marco Vergani.

Tout en imprimant un rythme soutenu au spectacle, leur mérite aura été d'avoir su échapper à une trop grande volubilité et d'avoir pu ainsi nous faire apprécier un Goldoni dans la pureté de sa langue originelle. 

Suzane VANINA (Bruxelles)

* Comme a dit Goldoni

Il Ventaglio / L'Eventail
Dans le cadre des échanges TN-KVS "Tournée Générale/Toernee General" et celui, plus large, de Europalia.europa en collaboration avec Odéon-Théâtre de l'Europe, au Théâtre National du 7 au 9.11.2007 – "Piccolo Teatro"  Tél : +32(0)2.203.53.03

Photos © Norberth
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