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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Les Trois sœurs (Lyon)

TRAGIQUE UTOPIE

Le XIXe siècle est marqué du sceau de l’œuvre tchekhovienne, de sa plume particulière et humaine, qui a démystifié le grand héros romantique. Après La Mouette et Oncle Vania, qui lui ont fait connaître le succès, Tchekhov écrit Les trois sœurs et remue à nouveau les esprits de sa douce tragédie humaine. Patrick Pineau lui offre encore son heure de gloire et démontre, avec talent, la profondeur, la beauté et l’actualité de sa parole.


Avec Les trois sœurs, l’auteur nous fait partager le destin de trois jeunes femmes, qui, à la mort de leur père, désirent quitter le domaine familial pour rejoindre Moscou, la ville de tous les possibles, le symbole d’une vie meilleure, d’un futur prometteur. De ce quotidien apparemment empli d’espoir, Tchekhov tire les ficelles d’une réalité désenchantée où le bonheur ne peut être que rêvé : « Il n’y a pas de bonheur pour nous. Nous ne devons que travailler : quant au bonheur, il appartient à notre lointaine progéniture. », dira l’un des personnages de la pièce. Mais si Tchekhov croyait encore aux lendemains qui chantent, il reste malgré tout le détenteur d’une parole pérenne. Car, entre fatalisme et amères désillusions, ces trois sœurs incarnent la douleur sourde et à jamais inassouvie de notre quête existentielle.

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Une subtile progression de l’intensité dramatique

Patrick Pineau se confronte pour la quatrième fois à l’univers tchekhovien et son expérience de l’auteur russe s’en ressent. Au-delà d’un contexte social et historique dont il use comme simple illustration, le metteur en scène puise dans la modernité du texte et concentre son travail sur la force dramatique des mots.

Le spectateur découvre quatre actes inscrits dans une tension croissante qui rend à merveille le contraste entre la banalité, parfois la légèreté des situations, et l’intensité tragique. Travail de cinéaste aussi, qui guide notre regard et nous arrête sur différentes images, focalisant notre attention tantôt en vue d’ensemble, tantôt sur un gros plan, sur un visage. Une alternance de perspectives servie par un jeu scénique remarquable, une interprétation des sentiments presque intériorisée. Notre réalité devient intemporelle et se fond imperceptiblement dans l’espace-temps théâtral ; l’univers sonore souligne ponctuellement la tension régnant en filigrane ; l’alternance des rythmes de jeu et l’orchestration du mouvement ralentissent ou précipitent le dénouement sans amoindrir la progression dramatique.

Jusqu’à la fin, la chute est mise en suspension dans une sorte d’attente angoissante, rythmée lors des derniers instants par les va-et-vient du frère, silencieuse et lancinante répétition, comme ultime pulsation tragique de la vie de ses trois sœurs.

Anne CARRON (Lyon)

Les Trois sœurs, de Anton Tchekhov
Traduit du russe par André Markowicz et Françoise Morvan
Mise en scène de Patrick Pineau
Décor de Sylvie Orcier, Lumières de Daniel Lévy

Du 16 au 25 novembre 2007 au Théâtre des Célestins,  4 rue Charles Dullin 69002 Lyon
Tél : 04 72 77 40 00

En tournée : le 27 novembre au Rayon Vert (Saint-Valéry en Caux), le 29 novembre à la Dieppe Scène Nationale, le 1er décembre à l’Espace Philippe Auguste (Vernon), les 6 et 7 décembre à la Scène Nationale de Sète, les 14 et 14 décembre à la Maison de la Culture de Bourges, du 18 au 20 décembre au Centre dramatique nationale de Bretagne (Lorient) et du 7 janvier au 5 février 2008 à la MC93 de Bobigny.

Photo © DR
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