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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Dans le rôle de la victime (Paris)

DROLE DE JEU DE ROLE

Satire de la Russie contemporaine et portrait d’une génération qui cherche à devenir maître de son destin, Dans le rôle de la victime est une comédie dérangée et entraînante, portée par un texte fort, une mise en scène inspirée et des comédiens très rock and roll.


Dans le rôle de la victime est l’une de ces pièces qui racontent tout un peuple, qui décrivent toute une Histoire. Sous couvert d’une comédie policière débridée en sept tableaux entrecoupés de chants pop-rock, les frères Presniakov servent un pamphlet satirique sur la Russie actuelle marquée par l’arrivée au pouvoir de Poutine et « l’avènement de son capitalisme à la russe mâtiné de néosoviétisme », comme l’a écrit la journaliste Anna Politkovskaïa.

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Dans le rôle de la victime, la jeunesse russe, personnifiée dans la pièce par Valya, un jeune homme désœuvré en conflit avec ses parents. Son père, qui est mort empoisonné et vient depuis hanter les rêves de Valya et sa mère, laquelle tente de lui imposer un substitut paternel, le frère du défunt, et qu’il soupçonne d’être à l’origine du meurtre de son père. Pour échapper à ce contexte familial étouffant auquel s’ajoute une petite-amie manipulatrice, Valya exerce un métier déroutant à savoir jouer le rôle des victimes lors des reconstitutions policières. Les enquêtes sont menées de façon délirantes par une improbable équipe de pieds-nickelés, le Capitaine, libidineux, colérique et résolvant les enquêtes avant même de les avoir commencées, son assistante sexy qui filme les reconstitutions et le sergent Seva, simplement idiot.

« Un homme averti est protégé »

Hamlet moderne, Valya avoue qu’il joue le rôle des victimes parce qu’il pense ainsi exorciser sa peur de la mort. Dans cette pièce maniant à merveille l’humour noir et l’ironie, Valya devra résoudre son Oedipe lui-même, en apprenant à ne plus craindre la mort. Un message fort adressé au peuple Russe par les frères Presniakov, un message théâtral qui pourrait se résumer dans cette phrase du spectre apparaissant à Valya : « un homme averti est protégé ». Dans des dialogues truculents, mêlant l’absurde à la satire, les auteurs n’hésitent pas à égratigner la société russe : policiers, fonctionnaires, universitaires en prennent pour leur grade tandis que l’indifférence face aux violences quotidiennes est dénoncée à travers l’apparition de Kenny, ce personnage issu du dessin animé South Park et qui meurt de façon récurrente dans l’indifférence de ses amis.

La science d’Oskaras Korsunovas fait ici merveille. Le metteur en scène lituanien intègre constamment dans l’espace scénique des éléments visuels ou auditifs qui plongent le spectateur, tout occidental qu’il soit, dans la pièce. Evitement et distance sont les maîtres mots d’une mise en scène qui dévie les affrontements, sépare les personnages et les déplace comme des pions manipulés, en manque de repères, symboles d’un peuple qui se sent prisonnier d’une histoire qu’il ne peut écrire. Les jeux de lumières, le décor à la fois brut et sophistiqué, la musique violente et poétique participent d’une ambiance envoûtante, macabre et fascinante.
Les comédiens sont au niveau de la mise en scène. Idiots, manipulateurs, paumés, assassins, assassinés, tous forment un microcosme saisissant, une photographie haute en couleur d’une société en perdition à la recherche de son identité.

Morgan LE MOULLAC (Paris)

Dans le rôle de la victime, des frères Presniakov, traduction de Gilles Morel pour les surtitres français
Mise en scène de Oskaras Korsunovas
Scénographie de Jurate Paulekaite
Costumes de Agne Kuzmickaite
Musique de Gintaras Sodeika
Lumières de Eugenijus Sabaliauskas
Avec : Dalia Brenciute, Ruta Butkute, Algirdas Dainavicius, Dainius Gavenonis, Airida Gintautaite, Darius Gumauskas, Vaidotas Martinaitis, Dalia Micheleviciute, Egle Mikulionyte, Audrius Nakas, Ramunas Rudokas, Rytis Saladzius, Kostas Smoriginas et Julius Zalakevicius

Au Théâtre de la Commune, 2, rue Edouard Poisson, 93304 Aubervilliers
Les 9, 10 et 13 novembre à 20h30, le 11 novembre à 16h et le 14 novembre à 19h30.
Réservations au 01 48 33 16 16
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