De Témoudjin à Gengis Khan, il y a un empire conquis à la force d’une volonté d’unifier le peuple Mongol. Un destin de héros qui a fait trembler les civilisations et initié une nouvelle identité mongole. Assoiffé de conquêtes et jamais rassasié de territoires sur lesquels poser son empreinte, Gengis Khan repousse les limites. Limites du corps, lui qui se présente, au début du conte, prisonnier, enferré dans ses chaînes et nu comme un nouveau né. Limites du ciel, défiant Dieu pour s’introniser sur terre. Limites géographiques, redéfinissant les frontières et unifiant les tribus mongoles pour satisfaire son désir et son peuple. En fondant les lois mongoles, il inscrit sa mémoire dans l’immuable et traverse l’histoire pour devenir un personnage de mythologie.

Henry Bauchau lui insuffle une dimension épique qui place la pièce dans la sphère du sacré. Démiurge impérial qui ordonne sans se départir de ses faiblesses, Gengis Khan nous entraîne dans une épopée fantastique qui mène des steppes mongoles en compagnie de son fidèle Timour, au Royaume d’or, la Chine du nord. Se heurtant à la résistance des paysans chinois, il décide d’en faire un protectorat et de s’allier au conseiller de l’empereur, Tchélou T’Sai. Le nomade s’apaise et tombe un temps dans le désespoir d’avoir perdu son ami Timour. Mais l’immobilisme ne dure que le temps de reprendre les armes contre la Perse, ayant refusé un pacte d’alliance. L’énergie conquérante rejaillit pour prendre Samarkand et tomber sous le charme de Choulane. Mais l’amour fait mauvais ménage avec la guerre et l’envie de conquête continue de construire de nouveaux défis.
« Pourquoi ne m’as-tu pas tué ? Est-ce qu’on tue le vent ? » La prose de Bauchau flirte en permanence avec la poésie pour donner aux mots une énergie qui s’harmonise avec la dimension charnelle du texte. Gengis Khan s’appuie sur une symbolique des éléments et la force de la nature pour forger sa dynamique. Le microcosme de l’homme rejoint le macrocosme de l’univers et s’accordent dans une union cosmique qui projette la pièce en dehors du temps et de l’espace. Benoît Weiler nous livre une mise en scène subtile qui lie les arts pour servir la mélopée du texte. La scène s’ouvre sur des vidéos de cavaliers mongols chevauchant dans les steppes et donnent à l’espace une nouvelle dimension. Deux musiciens, Geoffrey Dugas et Vincent Martial, accompagnent les comédiens. Une flûte comme un souffle de vie et des percussions qui donnent la mesure à cette démesure et canalisent l’énergie pour mettre les vibrations de la terre et des hommes à l’unisson. Les chants et les danses rythment les scènes pour compléter les tableaux vivants. La sobriété du jeu des comédiens sert l’intensité dramatique. Un jeu précis et ciselé qui ne fait qu’ajouter de la valeur à une pièce précieuse.
Ange LISE (Paris)
Gengis Khan
D’Henry Bauchau
Mise en scène de Benoît Weiler
Dramaturgie et assistance de mise en scène : Eric Pellet
Vidéo : Thomas Johnson
Avec Lorenzo Baitelli, Alexandre Barbe, Thomas Blanchet, Geoffroy Dugas, Sarkaw Gorani, Delphine Haber, Laurent Letellier, Mickaël Maïano, Vincent Martial, Bertrand Nadler, Marta Terzi, Régis Vallée
Musicien : Geoffrey Dugas (percussions) et Vincent Martial (flûte)
Du 13 novembre au 23 décembre 2007, au théâtre 13 - 103, boulevard Auguste Blanqui, 75013, Paris - Réservations : 01 45 88 62 22