Après Le Vieux juif Blonde l’an passé, une nouvelle pièce d’Amanda Sthers se joue cet automne à Paris. Dans Thalasso, un malade, un amoureux, une future mariée, un couple, se croisent dans la salle de repos d’un établissement thermal. Une comédie légère et réussie portée par Gérard Darmon et Thierry Frémont. Le rideau du théâtre Hébertot se lève et le « générique » de la pièce commence. Sur un rideau transparent et une musique guillerette est projeté le titre de la pièce. Si certains seront surpris par cette entrée en matière, d’autres ne pourront s’empêcher de penser que, le rétroprojecteur semble aujourd’hui être l’outil incontournable que tout metteur en scène se doit d’utiliser pour être en vogue dans la capitale. Une fois le spectateur en condition, la volume de la musique baisse tandis que le pseudo-rideau se lève. On découvre alors un décor très réussi : canapés et fauteuils écrus, aquarium à bulles, vue sur le sauna et long couloir menant aux cabines. C’est dans cette salle de repos où le curiste en peignoir blanc transite entre deux soins, que se croiseront les personnages.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, on ne tombe pas dans un univers féminin. La pièce s’ouvre sur Aristide (Gérard Darmon) et Jean (Thierry Frémont). Ce couple qui tient le haut de l’affiche, centralise les regards. Aristide, un malade atteint d’un cancer du poumon, est venu se reposer. Jean, un homme toujours en bonne santé et en pleine forme n’est pas là pour faire une cure de jouvence mais pour essayer de reconquérir Alexa. Cette future mariée qui prend quelques jours de repos dans l’établissement avant le jour J. Jusque-là, tout paraît simple. Mais l’histoire se complique quand Aristide demande à Jean d’épouser sa femme une fois qu’il sera décédé. Pour Jean, qui a déjà croisé cette belle et célèbre cancérologue, l'incongrue proposition est tentante. Plus que tentante… S’il n’y avait Alexa.
Entre deux soins à l’huître prodigués par l’esthéticienne (Axelle Charvoz) et une tisane détoxifiante, chacun essaie de parvenir à son but. Mais c’est sans compter les interruptions de Gérard et Josiane, gagnants du concours du « couple le plus complémentaire » et bénéficiaires à ce titre de soins gratuits. Un peu patauds, émerveillés, ils pourraient être des cousins de la famille Groseille. Derrière leurs peignoirs blancs, ils essaient de se fondre dans la masse sans parvenir à atteindre la classe de leurs compagnons.
Un ton enlevé Les répliques souvent cassantes et cyniques s’enchaînent pour notre grand plaisir. Vif et enlevé, le ton se colore aussi d’une pointe de tendresse quand elle s’avère nécessaire. Les dialogues d’Amanda Sthers se révèlent plus profonds que ce qu’ils pourraient laisser paraître au premier abord. Au travers ces histoires d’adultère, de couple banal, de vie ratée, de place difficile à trouver dans la société, Amanda Sthers propose, à ceux qui voudront le voir, une vraie réflexion sur notre société même. Reste que ceux qui étaient sortis enthousiastes du
Vieux juif blonde resteront sur leur faim. La densité de ces deux pièces sont incomparables et on ne ressent pas les mêmes émotions.
Très attendu, le duo Gérard Darmon et Thierry Frémont séduit. Il offre deux personnages drôles, attachants et contraires mais aussi paumés l’un que l’autre. Alexandra London donne vie à une Alexa belle et inaccessible. Mention spéciale à Jean-Philippe Ecoffey et Ariane Séguillon, leur « couple complémentaire » en peignoirs blancs fonctionne parfaitement. Toute cette équipe porte une pièce drôle et légère, qui passe très vite et dont on sort de bonne humeur.
Juliette CELLO (Paris)
De Amanda Sthers
Mise en scène : Stéphane Guérin-Tilié
Assisté de Caroline Duffau
Avec Gérard Darmon, Thierry Frémont, Aleaxandra London, Jean-Philippe Ecoffey, Ariane Séguillon, Axelle Charvoz.
Décor : Francis Guibet
Costume : Pascale Arrou
Son : Elisabeth Paquotte
Lumières : Jean-Luc Chanonat