UNE SOIRÉE UN PEU TROP SAGE QUI INTERROGE NOTRE RAPPORT A LA LECTURE
Pour cette lecture déambulation, vous êtes accueilli à l’entrée des Archives et de la Bibliothèque départementales par un guide. Il vous mènera et tournera pour vous les pages de ce livre composé pour l’occasion d’extraits ayant pour thème commun, la lecture. La déambulation rappelle ce mouvement du lecteur qui circule entre les rayons d’une bibliothèque, hésite, prend un livre, l’ouvre, le feuillette puis le repose pour aussitôt se diriger vers un autre. La visite guidée fonctionne bien avec le lieu, très officiel. Les Guides habillés de noir nous entraînent dans ce labyrinthe kafkaïen. On regrettera que chaque proposition soit plus esquissée qu’affirmée.
Les extraits parlent bien de la lecture, dessinent des portraits de lecteur. Mais le choix est assez classique et sans surprise :
Comme un roman de Daniel Pennac, Marcel Proust... L’accent est mis sur l’intimité et la lecture comme moyen de s’extraire du monde. Mais il y a dans l’acte de lire une nécessité qu’on ne retrouve pas ici. Comme Sebastià Alzamora l’exprime dans
La Fleur de peau paru ce mois-ci chez Métailié : [les livres]
"nous devons les laisser nous protéger, que notre peau mortelle se laisse imprégner par ce qu’il y a d’éternel dans la peau des livres. Ils nous éloignent de la mort." Car la lecture suspend le temps. La scénographie le saisit bien qui nous entraîne de salle en salle ; on pénètre à chaque fois tels des intrus pour surprendre un moment de lecture.
Une utilisation efficace du lieu La théâtralité vient d’une scénographie qui a su investir et faire confiance aux lieux. La salle des casiers par exemple - Métal et numéro - où l’on entend des textes de Mallarmé assez inattendus : critiques littéraires fantaisistes et adresses postales en sonnet. Les fonctions du bâtiment sont bien assimilées - lieu de travail, de conservation – ce qui permet de mettre en avant ses qualités ou ses manques. L’intimité et la proximité propres à la lecture raisonnent encore plus dans ce cadre par contraste. Le jeu des lumières, créant des espaces réduits va dans ce sens.
En revanche, ce qui fait défaut à la déambulation c’est de déranger ce lieu trop propre trop policé pas assez poussiéreux, de le désorganiser. Car le livre et la lecture ont, je crois, ce pouvoir là de défaire l’ordre établi et c’est pourquoi ils ont pu être brûlés. La lecture est heureusement subversive et émancipatrice. Des lecteurs bénévoles et en majorité amateurs donnent à entendre simplement les différentes écritures. Il faut reconnaître que la lecture à haute voix est un exercice particulier et les participants au projet s’en sortent plutôt bien même si certains auteurs sont impardonnables : Ah ! La musique proustienne. Il faut être un immense acteur pour rendre toutes les nuances de cette écriture.
L’extrait de L’exil d’Hortense de Jacques Roubaud qui décrit la TTGBP (Très Très Grande Bibliothèque de Poldavie), parodie de la nouvelle BNF est un moment jouissif. Changement de rythme par rapport aux autres textes. On quitte la confidence pour le plaisir de la langue. L’espace crée une véritable dynamique de jeu et le spectateur n’a plus l’impression d’être entré par effraction ; les auditeurs peuvent suivre assis sur des caisses deux orateurs derrières des pupitres.
Amandine TAMAYO (Marseille)
J’ai toujours un livre dans la boite à gants Textes : Marcel Proust, Jacques Roubaud, Georges Perec, Stéphane Mallarmé, Stefan Zweig, Jules Vallès, Miguel de Cervantès, Henry Miller, Daniel Pennac, Alberto Manguel, Raymond Federman
Cie Lanicolacheur dirigé par Xavier Lemarchand Scénographie ; Johann Maheut
Archives et Bibliothèque départementales Gaston-Deferre le 20 novembre 2007 à 18h00 - entrée libre- renseignements : 04 91 08 62 08
Cette proposition s’inscrit en parallèle de la programmation du spectacle « la lecture, ce vice impuni » de Stéphane Olry qui sera présenté du 27 novembre au 2 décembre au théâtre de la Minoterie.