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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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[lecture] J’ai toujours un livre dans la boîte à gants (Marseille)

UNE SOIRÉE UN PEU TROP SAGE QUI INTERROGE NOTRE RAPPORT A LA LECTURE     

Pour cette lecture déambulation, vous êtes accueilli à l’entrée des Archives et de la  Bibliothèque départementales par un guide. Il vous mènera et tournera pour vous les pages de ce livre composé pour l’occasion d’extraits ayant pour thème  commun, la lecture.  
  

La déambulation rappelle ce mouvement du lecteur qui circule entre les rayons d’une bibliothèque,  hésite, prend un livre, l’ouvre, le feuillette puis le repose pour aussitôt se diriger vers un autre. La visite guidée fonctionne bien avec le lieu, très officiel. Les Guides habillés de noir nous entraînent dans ce  labyrinthe kafkaïen. On regrettera que chaque proposition soit plus esquissée qu’affirmée.  

Les extraits parlent bien de la lecture, dessinent des portraits de lecteur. Mais le choix  est assez  classique et sans surprise : Comme un roman de Daniel Pennac, Marcel Proust... L’accent est mis sur  l’intimité et la lecture comme moyen de s’extraire du monde. Mais il y a dans l’acte de lire une nécessité  qu’on ne retrouve pas ici. Comme Sebastià Alzamora l’exprime dans La Fleur de peau paru ce mois-ci chez Métailié : [les livres] "nous devons les laisser nous protéger, que notre peau mortelle se laisse  imprégner par ce qu’il y a d’éternel dans la peau des livres. Ils nous éloignent de la mort." Car la lecture  suspend le temps. La scénographie le saisit bien qui nous entraîne de salle en salle ;  on pénètre à  chaque fois tels  des intrus pour surprendre un moment de lecture.    

Une utilisation efficace du lieu

La théâtralité vient d’une scénographie qui a su investir et faire confiance aux lieux. La salle des casiers  par exemple - Métal et numéro - où l’on entend des textes de Mallarmé assez inattendus : critiques  littéraires fantaisistes et adresses postales en sonnet. Les fonctions du bâtiment sont bien assimilées - lieu de travail, de conservation – ce qui  permet de  mettre en avant ses qualités ou ses manques. L’intimité et la proximité propres à la lecture raisonnent  encore plus dans ce cadre par contraste. Le jeu des lumières, créant  des espaces réduits va dans ce  sens.   

En revanche, ce qui fait défaut à la déambulation c’est de  déranger ce lieu trop propre trop policé pas  assez poussiéreux, de le désorganiser. Car le livre et la lecture ont, je crois, ce pouvoir là de défaire  l’ordre établi et c’est pourquoi ils ont pu être brûlés.  La lecture est heureusement subversive et  émancipatrice.    Des lecteurs bénévoles et en majorité amateurs donnent à entendre simplement les différentes  écritures. Il faut reconnaître que la lecture à haute voix est un exercice particulier et les participants au  projet  s’en sortent plutôt bien même si certains auteurs sont impardonnables :  Ah ! La musique  proustienne. Il faut être un immense acteur pour rendre toutes les nuances de cette écriture.    

L’extrait de L’exil d’Hortense de Jacques Roubaud qui décrit la TTGBP (Très Très Grande Bibliothèque  de Poldavie), parodie de la nouvelle  BNF est un  moment jouissif. Changement de rythme par rapport  aux autres textes. On quitte  la confidence pour le plaisir de la langue. L’espace crée une véritable  dynamique de  jeu et le spectateur n’a plus l’impression d’être entré par effraction ; les auditeurs  peuvent suivre assis sur des caisses deux orateurs derrières des pupitres.    

Amandine TAMAYO (Marseille)     

J’ai toujours un livre dans la boite à gants  
Textes : Marcel Proust, Jacques Roubaud, Georges Perec, Stéphane Mallarmé, Stefan Zweig, Jules  Vallès, Miguel de Cervantès, Henry Miller, Daniel Pennac, Alberto Manguel, Raymond Federman  
Cie Lanicolacheur dirigé par Xavier Lemarchand Scénographie ; Johann Maheut   

Archives et Bibliothèque départementales Gaston-Deferre le 20 novembre 2007 à 18h00 - entrée libre-  renseignements : 04 91 08 62 08     

Cette proposition s’inscrit en parallèle de la programmation du spectacle « la lecture, ce vice impuni »  de Stéphane Olry qui sera présenté du 27 novembre au 2 décembre au théâtre de la Minoterie.
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