UNE MINE D’ÉMOTIONS POSÉE SUR LES MOTS DE L’EXIL
Le 29e Festival du Cinéma Méditerranéen qui s’est déroulé dernièrement à Montpellier a proposé une ouverture sur le spectacle vivant avec Aller Simple, une création coproduite par le festival, qui se situe à la croisée de plusieurs disciplines artistiques. Erri De Luca, auteur italien, a été lauréat du Prix Femina Étranger en 2002 avec « Montedidio ». Cet autodidacte reste un citoyen engagé comme en témoigne « Aller Simple », le texte choisi par la Compagnie Amadée, créée quant à elle il y a 17 ans et constituée de professionnels issus du
Roy Hart Théâtre. Ce dernier est l’aboutissement de recherches qui démontrèrent dans les années 30, les liens entre la voix de l’individu, ses émotions et sa psychologie. Le Roy Hart Théâtre, né à Londres, s’est installé dans le Sud de la France pour devenir le Centre Artistique International Roy Hart. C’est sans aucun doute ce qui donne une si grande étrangeté a cette création qui croise le chant, la performance sonore, un travail sur l’image et la vidéo conjugués au texte non moins poétique d’Erri De Luca.

Dans le fond de la scène, des images défilent et créent une ambiance, d’autres prendront place ensuite, plus petites, postées ça et là en différents lieux du plateau. Elles figurent principalement la mer, évoquant la traversée, l’exil, l’épopée d’hommes partis d’Afrique pour atteindre l‘Italie. L’aventure prend progressivement place. Ils ont pris le large pour atteindre une île, celle de Lampedusa, dont le nom ne sera pas une seule fois prononcé. Un lieu d’accueil des clandestins. La traversée, la mort, la lutte, la vie se mêlent à la composition du récit pour évoquer l’océan de désillusion d’un voyage tant espéré. Il prendra peu à peu la tournure d’un douloureux passage : celui de l’entrée dans la clandestinité.
Le récit est mené en duo par deux comédiens, Flavio Polizzi et Renata Roagna, dont le travail vocal laisse son espace à l’improvisation. La troisième voix est celle de la percussion du musicien Denis Fournier, bien connu de la scène montpelliéraine et plus généralement du monde du jazz. Un espace musical qui complète à merveille la palette émotionnelle des interprètes. Denis Fournier suit subtilement le texte, influençant le décor de ces variations. D’un habile balayage, il évoque la mer… jusqu’au carnage d’un naufrage.
Si l’aventure se termine dans la triste désillusion, cette expérience de théâtre musical n’en reste par moins attachante, et favorise la rencontre de belles tonalités orales et instrumentales. Outre la performance sonore, l’image qui l’accompagne vient interpeller directement le spectateur et lui offre une meilleure compréhension du texte alternativement en italien et en français. Une surprenante création qui fait jaillir des étincelles, exprime l’artifice de la clandestinité avec justesse.
Christelle ZAMORA (Montpellier)
Texte de Erri de Luca
Traduction, adaptation, mise en scène :Flavio Polizzy
Collaborations artistiques : Hélène de Bissy et Michael Gluck
Avec Renata Roagna et Flavio Polizzy
Percussions : Denis Fournier
Création vidéo : Fred Ladoue
Espace : Gérard Rongier
Lumières : Bruno Malaton
Sonorisation : Pierre Vandewater
Production : Compagnie Amadée
La Chapelle - Quartier St Gely
Les 31.10 et 1er et 2 novembre 2007
Les 14 et 15 novembre à l’Odéon à Nîmes (30)