LE MOTEL Où JE ME LES TAPE Pas une pièce impérissable de joaillerie mais un petit bijou d'authenticité. Un homme et une femme - couple dit "illégitime" - se rencontrent de manière aléatoire, dans un endroit ni beau-ni laid, comme dans une bulle hors du temps et de l'espace, où ils peuvent laisser libre cours à leur imagination, leur liberté d'oser ne pas être ce qu'ils sont et ce qu'ils ne sont pas. Jusqu'au jour où…

Plus qu'un éclairage nouveau sur le thème éculé du triangle amoureux, il est plutôt question d'évasion, des corps, oui, des esprits aussi. Larguer les amarres, laisser entrer la fantaisie, ce que, semble-t-il, la monotonie du quotidien, ne permet pas… Il y a du respect mutuel chez ces trois êtres, une volonté, parfois maladroite, de comprendre l'Autre avec ses failles et son jardin secret, et si le désir est présent, c'est loin des clichés et du grotesque.
C'est au "Théâtre des Martyrs" que nous revient cette pièce, récemment créée à "l'Atelier 210" qui comme beaucoup de "lieux jeunes", est découvreur de talents. Le talent d'interprète de Bernard Cogniaux nous était certes connu et nous avions même déjà pu applaudir celui de dramaturge quand, avec sa partenaire favorite et épouse, il avait commis ce délicieux : "Pour qui sont ces enfants qui hurlent sur nos têtes ?" et plus proche, le succès sur plusieurs saisons de "A Table !". Un couple d'acteurs qui s'est dit que, n'étant jamais mieux servis que par soi-même, il fallait puiser la matière dans "la vraie vie".
Ici aussi, on se doute que Marie-Paule Kumps, si elle n'a pas cette fois co-signé "Etape au Motel" a dû l'inspirer et insufflé quelques bonnes choses… Sa présence déjà, son interprétation toujours si juste, comme celle des deux autres comédiens : Christian Dalimier au charme… touchant et Laetitia Reva, en femme moderne, avec ses contradictions. Ils sont aidés en cela par des dialogues vifs, nerveux, "très cinéma", à cent lieues d'un verbiage prétentieux. Oui, on pense cinéma, entre "Brève Rencontre" et "Une liaison pornographique"pour cette histoire plus vraie que vraie dont ironie, finesse et proximité sont plus sensibles encore dans la petite salle des Martyrs. Bref, un régal. Pas de grand collier de l'Ordre du Saint Esprit mais bijou pratique, utile à la réflexion sur le quotidien, où l'esprit pétille autant par le texte que par le jeu.
Suzane VANINA (Bruxelles)
Coproduction de la Compagnie Chaos et de l'Atelier 210 au Théâtre des Martyrs les 25, 26, 27.09 et du 6 au 28.10.2007 à 20 h 15 (dim. 7 et 28.10 à 16 h) – www.theatredesmartyrs.be
Tél : +32 (0)2.223.32.08 - fax : +32 (0)2.227.50.07 – theatre.martyrs@busmail.net
Crédits Photos © Fabrice Gardin