FRANKENSTEIN ET CIE
Nostalgiques du cinéma muet, pavoisez ! Amoureux des histoires fantastiques pimentées d’un soupçon d’horreur, réjouissez-vous ! Amateurs de performances théâtrales, chantez alléluia ! Friands de mélanges hybrides du style sucré-salé, frétillez ! Ce Mr Knight, vous comblera. Au commencement étaient l’écran et la bobine de film. Ils proposent un scénario en noir et blanc dont les ingrédients sont classiques. Il y a d’abord le savant fou qui veut recréer la vie à partir de cadavres. Vient ensuite son assistant dont le cerveau est un peu fêlé mais à qui le maître a promis de lui fabriquer un compagnon. S’y ajoute la fille du professeur, jeune, innocente, séduisante, que lorgne l’homme à tout faire du papa et qui va mourir écrasée sous une calèche. Bref, un peu de mélo, beaucoup de dramatique, une pincée de fantastique.

L’astuce de cette réalisation consiste à faire passer l’action de l’écran à la scène. Après un long travelling avant de la séquence projetée, nous débouchons sur une scène, dans un décor identique où des comédiens grimés et habillés en noir et blanc jouent corporellement l’action. L’effet est si saisissant que le public, au début, n’est pas certain du changement.
Pastiches La performance est brillante. Les interprètes pastichent les attitudes outrancières des films muets de la préhistoire du cinéma. Au surplus, ils utilisent une gestuelle saccadée qui rappelle les sautillements de l’image des premiers appareils de tournage et de projection. Sous cet aspect-là, c’est un régal.
Dommage néanmoins que les concepteurs en soient restés à ce stade. Ils ne quittent en rien le pur divertissement présenté comme un objet scénique inclassable. Les dérives d’une science utilisée au profit des ambitions, en nos temps d’interrogation sur l’avenir de la planète, ne sont même pas effleurées. Les rapports entre théâtre et ciné n’apparaissent pas plus que lors de la première version de la Mandragore en 1987. Or, depuis, il y a eu, par exemple, « Frankenstein & Frankenstein » par le Théâtre Maât à propos des dangers des manipulations génétiques. Et les réalisations du Cartoon Sardines Théâtre à partir des films « Faust » de Murnau et « Lullu » de Pabst où sont abordées la problématique de la représentation, les correspondances entre l’image virtuelle et la présence réelle.
Michel VOITURIER (Bruxelles)
L’étrange Mr Knight Scénario et mise en scène : Michel Carcan/ Bruce Ellison
Distribution : Othmane Moumen (Mr Knight), Bruce Ellison (Gabriel), Anne-Sophie Bodart (Aurore), Yves Hauwaert, (le médecin) Daniel Hanssens ou Emmanuel Lepage, Dominique Astasie.
Décors : Paul Tignée
Réalisation cinématographique : Olivier Pulinckx
Production : Argan42 / Théâtre Annexe
En tournée : au Théâtre de l’Ancre à Charleroi (00 32 (0)71 314 079) du 25 septembre au 11 octobre ; à l’Aula Magna de Louvain-la-Neuve (0800 23 325) du 11 au 16 mars 2008
Photo © Luc Toulouse