SCÈNES DE MÉNAGE REPIMENTÉES
« La Peur des coups » et « La Paix chez soi » sont deux classiques de la comédie en un acte. Courteline, comme son contemporain Henri Monnier, y manie un humour souvent cruel. Il n’est pas tendre avec les gens. Mais les gens sont-ils tendres entre eux ? Étant donné que le texte a pris un peu de poussières, le parti pris du metteur en scène Valéry Massion a été d’entrelarder les saynètes par des intermèdes durant lesquels les interprètes quittent leur rôle pour devenir un couple de comédiens en train de jouer. Cela permet évidemment des fantaisies de tous poils comme de la danse, du chant, des cabrioles, des pitreries, des apartés, des adresses à la salle, d’intempestives interventions, etc.
Stéphanie Van Vyve, que le public a commencé à connaître via le feuilleton télévisé belge « Le 7e ciel », s’en donne à corps joie. Elle est même poussée à en faire par moments un peu trop du côté de la grimace. Elle se révèle pétulante, énergique, bondissante, virevoltante et ne craint pas le grand écart. Elle habite ses caricatures avec un brio qui n’est surpassé que par le faux naturel enjoué dont elle use durant les interludes.
Dominique Rongvaux a bien mérité d’être nominé comme un des meilleurs espoirs masculins de sa génération. Plus sobre que sa comparse, il est néanmoins irrésistible dans son numéro de diseur de poèmes à l’ancienne. Il déclenche le rire grâce au contraste entre son flegme et les énormités qu’il aligne en mari ou en fonctionnaire chef de service, entre un air benêt et son aplomb macho.
Outre l’insondable bêtise petite bourgeoise, Courteline épingle le travail fastidieux du scribouillard obligé de singer les grands auteurs pour gagner ses croûtes. C’est d’autant mieux observé qu’il est passé par là. Idem pour son employée de ministère qui, à l’instar de certains ronds-de-cuir carolorégiens, échafaude toutes les excuses concevables afin de continuer à toucher son traitement sans venir au bureau. Mais cela constitue surtout un divertissement qui n’a pas à donner plus que ce qu’il donne. Dans ce cas, ce n’est vraiment pas si mal.
Michel VOITURIER (Bruxelles)
Au festival Théâtre au Vert de Silly, le 1er septembre 2007
Faire le malin est le propre de tout imbécile Texte : Georges Courteline (éd. Flammarion)
Mise en scène : Valéry Massion
Distribution : Stéphanie Van Vyve ; Dominique Rongvaux
Production : Sebo (Bruxelles)