LE CORPS COMME INSTRUMENT VISUEL ET RÉSONNANT
Donner à voir et à entendre ce que le corps peut produire comme gestes et musiques, tel est le propos de cette chorégraphie qui explore les espaces scénique et sonore. Quatre danseurs chanteurs parcourent les possibilités acoustiques de la voix, de la peau, des membres. Ils s’amusent à donner une sorte de progression, partie de borborygmes primitifs avant d’aboutir à des chants structurés et à un langage parlé codifié. Les séquences se relaient entrecoupées parfois de noirs ou enchaînées avec fluidité.
L’un utilise l’autre comme un sculpteur l’argile qu’il modèle. L’autre se sert de l’une pour en tirer des modulations comme un musicien userait de son archet. Des couples se forment, se défont. Des affrontements se résolvent. Des complots se trament et des alliances se construisent. De la solidarité succèdent à de l’agressivité. Des solitudes naissent ou se résolvent. Chaque action, chaque interaction modifie la hauteur, le timbre, l’intensité de la voix. Le souffle devient porteur de rythmes.
Le meilleur de la danse belge Nullement évident avec un tel matériau de départ de tenir une heure sans se répéter. Pourtant le quatuor y parvient en variant les relations entre les interprètes. Les chorégraphies empruntent pour mieux s’en nourrir des éléments au meilleur de la danse contemporaine belge. C’est à la fois limpide et complexe. Cela combine tendresse et violence, humour et sérieux, facétie et provocation, pulsions et décontraction, sentiments et technique.
Les compositions musicales elles-mêmes s’échelonnent sur des thématiques et des optiques diversifiées. Les savantes architectures du classique ou de la musique concrète avoisinent le gospel, les airs ethniques, le patrimoine folklorique. L’utilisation de l’espace et des ressources combinatoires des quatre protagonistes modifie sans cesse l’équilibre du plateau. L’harmonie et la rupture alternent mettant en scène des tensions, des relations, des complicités ludiques et affectives authentiques.
Les éclairages contribuent avec intelligence aux ambiances de chaque enchaînement. Le « trône » sculpté par Pierrick Odaert contribue par son étrangeté et sa singularité mystérieuse à stimuler l’imaginaire.
Michel VOITURIER
Texte : Création collective
Mise en scène : Jean-Luc Yerlès
Distribution :Thierry Bastin, Nathalie Boulanger, Marie-Sophie Talbot,
Jean-Luc Yerlès
Chorégraphie : Frey Faust
Compositions musicales : Marie-Sophie Talbot
Scénographie : Pierrick Odaert
Costumes : Samuel Dronet
Lumières Jean-Jacques Deneumoustier
Production :
Théâtre Oz Public : à partir de 8 ans
Durée : 60’
Photo © Benoît Dhennin