ENNUI PAS COSMÉTIQUE
L’Albatros Théâtre présente l’adaptation d’un texte d’Amélie Nothomb. A oublier, vite. L’action de
Cosmétique de l’Ennemi prend place dans un hall d’aéroport. Jérôme Angust, costume cravate d’attaché de commerce, est assis, un livre à la main. Vient un homme, habillé en survêtement bon marché, qui entame la conversation avec lui. Au fil du dialogue, l’on apprend l’identité du voyageur inconvenant, Textor Texel, et le déroulé de sa vie qui va du meurtre télépathique au viol.
La localisation spatiale de la pièce n’est pas anodine. Comme les individus dans un hall d’aéroport, les mots vont et viennent dans la pièce sans s’arrêter. Comme dans un hall d’aéroport, l’on se surprend à vouloir, intensément, être ailleurs. Comme dans un hall d’aéroport, l’on regarde les bagagistes porter et balancer des malles énormes en se demandant ce qui a bien pu les pousser à choisir ce métier.
« Moi, ce que j’aime dans la vie, ce sont les nuisances autorisées » affirme Textor Texel. Quelle lucidité ! Le texte d’Amélie Nothomb en est bien une. Après
Hygiène de l’assassin, Stupeur et tremblements et les
Combustibles qui avaient certaines qualités, l’auteure ne fait ici que s’autoparodier. Dès les cinq premières minutes, le mol intérêt qui avait éventuellement pu naître de l’acharnement verbal de Textor Texel disparaît sous la masse des clichés. Le premier d’entre eux est le sujet même de la pièce : la schizophrénie. Même si le cinéma ou la littérature n’avaient pas galvaudé le sujet, les ficelles énormes qu’utilise Amélie Nothomb pour construire son roman gâchent tout le plaisir – aussi minime soit-il – que le spectateur aurait pu éprouver à la découverte de la supercherie. Pas de
« bigre, c’était donc ça ! » à la fin de la pièce, juste de l’écœurement lorsqu’une voix off vient donner un dernier coup de massue à un spectateur déjà atterré.
Que sont donc venus faire les comédiens dans cette galère ? Jean-Marie Burucoa en Textor Texel et surtout Fabrice Carlier en Jérôme Angust font ce qu’ils peuvent et ils peuvent sans doute beaucoup. Mais la mécanique trop connue des textes d’Amélie Nothomb qui enchaîne les banalités sur un ton tour à tour pénétré, doctoral, illuminé et maternel étouffe leur talent pourtant bien réel.
Morgan LE MOULLAC
www.ruedutheatre.info
Cosmétique de l’ennemi de Amélie Nothomb
Mise en scène de Christophe Correia
Décors et costumes de Patrick Farru
Avec Jean-Marie Burucoa et Fabrice Carlier
A l’Albatros Théâtre, 29, rue des Teinturiers, Avignon - 22h30 jusqu'au 28 juillet.