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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Schopenhauer et moi

QUART D’HEURE SALUTAIRE DE PHILO

A mi-chemin entre Woody Allen et Jean-François Balmer, stressé et accro à la philosophie de Schopenhauer, un dentiste se livre sur scène, comme sur le divan d’un psychothérapeute. Un personnage pathétique et drôle. Qui nous rappelle que la philosophie est à manger à toutes les sauces.


Qu’il soit en ville ou à la campagne, en voiture ou chinant dans les allées de Drouot, le personnage qu’incarne Norbert Saffer s’angoisse. Et son « prozac » à lui, c’est Schopenhauer. Pas remboursé par la Sécurité Sociale mais aux effets sacrément efficaces, le philosophe allemand est pour lui une bouée de sauvetage au milieu d’un océan d’émotions qu’il ne sait pas gérer. Dépressif, obsessionnel et parano, notre infortuné dentiste voit sa vie se déliter, filer entre ses doigts. A force de courir après elle, il réalise qu’il est surtout en train de la rater. Et sous le regard un brin inquisiteur du brillant (mais oh combien misogyne) philosophe, le bonhomme déballe sa vie. A grand renfort d’aphorismes philosophiques. Dont nul n’est, par ailleurs, obligé de partager le point de vue.

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Construisant habilement son spectacle, avec des flash-backs incessants entre passé lointain et passé proche, Norbert Saffer met une belle énergie à faire évoluer son personnage. Et si l'on peut trouver quelques longueurs parfois, le comédien manie l’humour par l’absurde avec brio. Et il donne vie (et stress !) avec un rare talent à son personnage. Dommage, pourtant, que les quelques envolées délirantes qui ponctuent son spectacle ne soient pas plus nombreuses. Les mouettes, le voilier et les apartés avec son régisseur sont autant de moments jouissifs, qui, en donnant de la distance à l’histoire, permettent de mieux mettre les choses en perspective. Et d’aérer un peu un propos parfois lourd.

Et si Schopenhauer ne peut être le philosophe fétiche de tout un chacun, l’occasion reste belle de venir le (re)découvrir, dans un rôle un peu à contre-emploi. Celui d’un « dieu » providentiel qui viendrait éclairer le monde de sa pensée. Pas toujours belle. Pas franchement tolérante. Mais actuelle, sans doute…

Karine PROST
www.ruedutheatre.info

Schopenhauer et moi
Au Théâtre de la Luna, à 22 heures 


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