UNE IMAGE GENTIMENT DRÔLE DE LA BELGIQUE
Philippe Sturbelle a la nostalgie du pays. Il en parle dans l’intimité d’un décor allusif. Il n’appuie pas trop ses effets et mêle caricature légère et émotion discrète. Le spectacle est bourré d’allusions, pas toujours perceptibles sans doute pour qui n’est pas originaire du plat pays de Brel, d’Arno et d’Adamo. Il faut parfois un moment avant de relier tel ou tel accessoire, tel ou tel jeu de mots avec Ensor, Rops, Magritte… Il faut un petit temps avant de percevoir qu’une conversation d’apparence banale est en réalité tramée par une liste de titres empruntés à Simenon.

Sturbelle brocarde avec gentillesse son pays d’origine. Il pratique jovialement cette autodérision si caractéristique des citoyens d’outre-Nord. Une fléchette pour les problèmes linguistiques et la démultiplication des gouvernements régionaux et fédéraux. Une autre à propos du dopage et du fameux « pot belge ». Une autre encore pour des habitudes si différentes de celles des Français. Une volée d’autres pour toute une série de petits faits. Cela manque un peu de méchanceté pour dépasser la simple caricature. Comme dans telle fable de La Fontaine, revue en dialecte bruxellois par l’humoriste Virgile.
Un petit cocorico wallon et un léger rugissement de lion flamand pour citer quelques productions culturelles faisant honneur au pays. La découverte pour les étrangers (et la redécouverte étonnée pour les autochtones) des véritables paroles de la Brabançonne, hymne national que les ministres néerlandophones nationalistes confondent avec… la Marseillaise ! Une pincée d’histoire et une autre de géographie via un crochet par la gastronomie. Un soupçon de nostalgie à piment autobiographique. Et puis quelques bons moments d’émotion. C’est la chanson de Caussimon, « Comme à Ostende », distillée à la manière d’un poème. C’est l’enterrement du roi Baudouin et la ferveur populaire qui s’ensuivit.
L’ensemble est plaisant, divertissant. Il tient par certains côtés à un guide touristique qui aurait envie de susciter le sourire par sa malice, qui arrondit les angles lorsque cela risquerait d’écorcher, qui a la conviction de mener à des découvertes.
Michel VOITURIER
www.ruedutheatre.info
Prutficellekestraat Texte et interprétation : Philippe Sturbelle
Mise en scène : Corine Van den Bussche
Chorégraphie : Carlotta Sagna
Lumière : Fred Arzul
Au Petit Louvre, salle Van Gogh, 23 rue Saint Agricol, à 15h45 jusqu’au 25 juillet. (04 90 86 04 24)