Claude Semal, trublion surréaliste et anarchiste belge - appellation d’origine (in)contrôlée - était ce mercredi 18 juillet l’invité des Apér’auteurs d’Emile Lansman. L’éditeur organise en effet des rencontres informelles autour d’un auteur belge, à l’heure de l’apéritif, dans les jardins du théâtre des Doms. Une façon de mettre à l’honneur ceux sans qui le spectacle n’existerait pas. Claude Semal, auteur connu et reconnu en Belgique, ne fait assurément pas partie des compositeurs de l’ombre. Récemment à l’affiche du film de Lucas Belvaux, « La Raison du plus faible », il est en effet également interprète. Un artiste complet, qui sait se remettre en question, n’hésitant pas partager la vedette, lors de cet apéritif littéraire, avec deux autres artistes, Pie Tshibanda et Sam Touzani. Tous les trois font partie de la même compagnie, la Charge du Rhinocéros, collectif belge de coopération artistique. Une initiative unique au plat pays, qui, à la suite de son instigateur et administrateur, Olivier Blin, établit une collaboration Nord-Sud par le biais du théâtre.

Parmi les nombreux sujets abordés par les invités d’Emile Lansman, l'un d'entre eux importait particulièrement à Claude : celui du
lien avec le public. Issu de la longue tradition du cabaret, il ne se considère pas comme un auteur dramatique à proprement parler, de ceux qui écrivent pour une scène fermée par un quatrième mur. Lui ne condamne pas ce style, mais use plus volontiers d’une écriture frontale. Il juge en effet qu’il est plus qu’essentiel, pour que vive le théâtre, que les auteurs contemporains n’oublient pas pour qui ils écrivent… leur public. Que monter sur une scène, c’est d’abord parler aux gens.
Voilà pour la forme. Mais le fond aussi s’est invité à l’heure du pastis, ce jeudi… Celui que beaucoup disent être
« un vrai gentil dans la vie et un faux méchant sur scène » fut aussi l’engagé rédacteur en chef du magazine militant
Pour. Une étape de sa vie qu’il décrit comme une chance qu’il souhaite à tout artiste : celle d’avoir l’espace d’une parole publique et pouvoir y renoncer pour s’investir dans un travail collectif. Les soucis belges, la difficulté de vivre ensemble dans un si petit pays, ce besoin de se confronter sans arrêt à l’autre pour pouvoir trouver son « modus vivendi », richesse sans prix et apprentissage d’une vie pour le futur de notre Humanité sont donc aussi ses chevaux de bataille… D’ailleurs, sous la première couche très « moule-frite », surréaliste et hilarante de son spectacle
Cabaretje pointent quelques attaques tantôt caustiques tantôt graves sur le devenir de la Belgique et, partant, de notre monde. Même si ce bon vivant offre souvent des spectacles où le rire est roi ( … pardon... où le rire est
président, il risquerait de ne pas aimer l’allusion monarchique !), il n’en oublie jamais ses luttes pour un monde plus juste et plus tolérant, un monde où chacun de nous puisse vivre au mieux au côté de son voisin.
Si la gouaille belge et intelligente vous tente, courez donc l’applaudir ce mois-ci à Avignon, dans l'un de ses spectacles… Et vous n’avez pas d’excuse quant à l’horaire. Il en présente deux par jour ! Quand on vous disait qu’il était homme généreux !!!
Isabelle PLUMHANS
www.ruedutheatre.info
Cabaretje,
De et avec Claude Semal et Eric Drabs
Jusqu’au 27 juillet
Au théâtre des Doms à 22H30
Œdipe à la ferme De et avec Claude Semal et Ivan Fox
Jusqu’au 27 juillet
Au Gilgamesh Théâtre, à 15h45
Photo © Cassandre Sturbois - Claude Semal dans
Cabaretje