Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois AprÈS Mois

Festival d'Avignon

16 juillet 2007 1 16 /07 /juillet /2007 11:26
PARCOURS D’EMBÛCHE

Seul sur scène, Laurent Balaÿ retrace le parcours chaotique d’une vocation théâtrale. Un spectacle qui se veut drôle et poétique. Mais qui n’atteint pas son objectif.

Très tôt, Mr Bird a eu la certitude de sa vocation : il serait comédien. Et de cours de théâtre en salles de spectacles bancales, d’ateliers « animation théâtre » en surveillance de collège, Mr Bird, contre vents et marées, avance sur la difficile voie qu’il s’est choisie. Avec endurance.


Endossant le rôle de tous les personnages qu’il évoque, Laurent Balaÿ s’essaie au périlleux exercice d’homme orchestre. Mais il en fait parfois trop. Ou pas assez… Ce n’est pas toujours très clair. Son texte n’est pas maîtrisé et il se perd parfois dans le fil de son monologue. Et quand il ne se perd pas, c’est le public qui perd le fil de l’histoire. A force d’endosser une multiplicité de rôles, on ne sait plus toujours qui parle à qui. Et si une certaine poésie, naïve et touchante affleure ça et là, l’humour quant à lui semble bien loin. Certains jeux de mots seraient pourtant efficaces, si le comédien n’éprouvait pas le besoin de les souligner à outrance, voire de les expliquer.

Quant à la forme, outre une diction souvent défaillante, la mise en scène semble avoir été négligée. Et c’est dommage. La clé de la réussite, du moins en partie, résiderait probablement là. Le comédien piétine, gesticule, se fige ou s’agite sans que l’on sache toujours pour quoi. Une mise en scène efficace lui donnerait sans doute l’assurance qui lui fait défaut. Et peut-être qu’alors, peut-être seulement, le spectacle pourrait fonctionner.

Karine PROST
www.ruedutheatre.info

Mister Bird
De et avec Laurent Balaÿ
Aux Ateliers d’Amphoux à 21 heures
Partager cet article
Repost0
16 juillet 2007 1 16 /07 /juillet /2007 11:06
ÊTRE PÈRE AUJOURD’HUI

Comment réagit un père qui découvre le carnet intime de son fils de 16 ans où s’étalent les perceptions d’un adolescent en révolte contre les adultes ? C’est cela que décrit Brigitte Jacobs dans son monologue « Made in dignity ».

D’abord, c’est l’incrédulité, puis le courroux, la rage. Car il est pénible pour un homme, persuadé d’avoir agi au mieux avec ses gosses, d’accepter d’être perçu comme un raté social, un impuissant du dialogue, un pragmatique matérialiste dépourvu d’idéal, bref un médiocre semblable à des milliers d’autres pères du même âge.

Alors, le brave homme arpente sa vie. Il va revoir sa propre adolescence, son mariage et son divorce, son travail et la place qu’il occupe dans la société. Il va traverser la rancœur, la douleur, le doute, l’exaspération. Il trace un bilan que la plupart des êtres traceraient. Côté passif, il s’égratigne au passage à tout ce qu’il a loupé. Côté bénéfice, il ne peut que constater qu’il lui aurait été difficile de réaliser beaucoup mieux.

Le texte de Jacobs s’amorce dans une certaine ambiguïté. Il s’apparente à une caricature de comédie simpliste. Il semble verser vers le cliché des conflits de générations, vers l’image même des portraits de parents qui constituent l’essentiel des questionnaires psychologiques de magazines familiaux grand public. S’installe une sorte de malaise, accentué par le titre du monologue. Le spectateur s’interroge. Tout de même, qu’il soit parent ou ado, il se retrouve face à un miroir qui, par moments, n’est pas si déformant qu’il n’y paraît d’emblée. Puis, à travers le désarroi du personnage, point une sensibilité, une fragilité humaines. Se dévoile un individu lézardé par ses blessures d’enfance, taraudé par ses incertitudes, embrigadé par une société acharnée.

L’idéal trahi par l’âge


En fin de compte, l’écriture de Brigitte Jacobs nous entraîne vers un constat pessimiste tristement lucide, néanmoins colorisé d’une faible dose d’espoir. Qui est capable de se targuer d’avoir réalisé ses rêves de jeunesse, ses aspirations idéalistes face au poids de l’économique, du sociétal, de l’idéologique dominant ? Qui ne s’est jamais lourdement trompé sous prétexte de vouloir bien faire, trop bien faire, en espérant ne pas reproduire les erreurs de ses devanciers ? Qui a réussi à dialoguer sans entraves avec les jeunes qu’il a engendrés et qui le talonnent ?

Bruno Bonjean se donne physiquement à son rôle. Il accentue ses effets sans vraiment en rajouter. Il est aidé par la mise en scène d’Hervé Haggaï et la scénographie de Desplagnes qui, à côté de l’omniprésence de la parole, insistent sur les signes. Des matelas blancs deviennent des parois infranchissables, voire des capitons de chambre pour aliéné. Des raquettes de squash imagent la compétition qu’est devenue l’existence. Des magazines et des pubs disent la fausse vulgarisation psy, la peoplisation de l’information, l’emprise de la consommation. Un panneau transparent symbolise la barrière contre laquelle on bute sans perdre de vue ce qui se passe.

Michel VOITURIER
www.ruedutheatre.info

Made in dignity
Texte : Brigitte Jacobs ( in « Enfin seul (3) », éd. Lansman)
Mise en scène : Hervé Haggaï
Distribution : Bruno Bonjean
Scénographie et lumières : Sylvain Desplagnes
Musique : Pierre-Marie Trilloux, Dalton Crew
Costume : Denis Charlemagne
Production : Euphoric Mouvance

Au Théâtre des Lucioles, 10 rue du Rempart St-Lazare, à 16h35 jusqu’au 28 juillet.
Durée : 1h30.

Photo © 
Partager cet article
Repost0
16 juillet 2007 1 16 /07 /juillet /2007 10:52
UN PIED DANS L’HUMOUR, L’AUTRE DANS LE FANTASTIQUE

Deux individus d’une banalité à faire fuir. Voilà que par gestes, par borborygmes, par monosyllabes ou répliques elliptiques, ils se transforment en mécaniques du rire. Aidés de quelques objets imprégnés de la même banalité qu’eux, ils délirent et se laissent emporter au cœur d’un univers qui, comme la Belgique, s’appellerait « Absurdeland ».

Yvo Mentens, le râblé (le Rabelais ?) à la casquette rouge et Philipppe de Martelaere (un peu marteau ?), le filiforme au bonnet de laine blême, se mettent en compétition. C’est à qui renchérira sur son coéquipier. Le principe est celui des numéros de clowns, à ceci près qu’il n’y a pas l’auguste et le blanc. Il y a un duo de nigauds roublards qui ne cessent de se faire des niches, de se mettre la pression, d’infliger à l’autre croque-en-jambes et chiquenaudes.


S’il y a une fleur fanée, une table et deux chaises, un mur au papier peint pour passe-muraille, il y a avant tout et surtout un journal. Partenaire idéal, il se laisse feuilleter, déchirer, morceler, froisser, dévorer, découper. Il devient sujet de discorde. Il porte en lui les événements dont on parle : sports, faits divers, catastrophes naturelles, etc. Il se métamorphose en raquettes pour randonnée dans le Grand Nord, flocon de neige, givre stalactite de narine, cadre pour photo transparente, bouquet floral, fleuret mou, micro radiophonique, papillon voleteur, masque primitif… Un geste, une situation glissent vers la suite, s’enchaînent, mènent du côté du nonsense. Les surprises, façon prestidigitateur, se succèdent.

La séquence des gardiens de musée vire du côté de ce fantastique ancré dans le quotidien qu’affectionnaient des écrivains belges tels que Jean Ray, Thomas Owen ou Jacques Sternberg. La scène de la lévitation est d’un burlesque facétieux irrésistible. Entre chaque sketch, une musique endiablée de corrida entraîne les deux comparses dans une chorégraphie déjantée, ahurissante, échevelée. Le langage du corps remplace celui des mots. Le rire qui en surgit en est d’autant plus universel, fait notable quand on sait à quel point les querelles linguistiques empoisonnent la démocratie belge.

Michel VOITURIER
www.ruedutheatre.info

Les Flamiches noirs
Scénario et distribution : Yvo Mentens, Philippe de Martelaere
Mise en scène : Jos Houben
Lumières : Vincent Guibal
Production : Cie Anno Vitale / VZV Maan en Zand / Le Prato de Lille / Théâtre Le Samovar / 21 Heures Production À la Luna, 1 rue Séverine à 11h40 jusqu’au 28 juillet. (0490 86 96 28)

Photo © Franck Petricenko
Partager cet article
Repost0
14 juillet 2007 6 14 /07 /juillet /2007 19:03
« MAUX-DIRE »

On connait Manuel Pratt cynique et indépendant. Incisif et caustique. On le découvre ici infiniment humain. Fragile, cinglant, brisé… mais en cours de reconstruction. Thérapie par le rire et par le dire.

Comment envisager une vie d’adulte sereine lorsqu’on doit se construire sur une enfance brisée ? Lorsqu’on a grandi entre les rancunes entretenues, les haines tenaces, les racismes de tout poil ? Lorsqu’on a hérité, comme une tare génétique, des traumatismes, quoiqu’indirects, de la Shoah ? Comment se projeter dans l’avenir lorsque celui-ci a été, à jamais, marqué par la haine, par la violence et par le sang ?


Sans doute n’y aura-t-il jamais de véritables réponses à ces questionnements. Sans doute, l’oubli ne pourra jamais étendre son voile sur ces souvenirs. Mais dire la souffrance est sans nul doute la première étape pour approcher de l’apaisement. Et c’est dans cette logique que Manuel Pratt nous invite à un étrange parcours initiatique. Entre naïveté de l’enfance et douleurs assassines. Entre rires et larmes. Car du drôle, il y en a. L’humoriste transcende une partie de son passé par le rire. Mais pas le rire caustique auquel il nous a habitué jusqu’à présent. Un rire plus doux. Plus douloureux aussi. Un rire qui s’abîme dans les tourments de cette enfance brisée trop tôt et que le comédien exorcise un peu chaque jour.

Dire pour oublier. Dire pour se convaincre que tous les hommes ne sont pas des hyènes. Et peut-être finir par croire en l’humanité des gens. Peut-être seulement. Mais l’espérance elle-même est déjà beaucoup. Et la promesse d’amour qui brille dans les yeux d’une petite fille est sans nul doute le moteur essentiel de la reconstruction. Et, peut-être, du pardon. Un spectacle hors norme, dont on ne peut sortir indemne. Et dont on sort, sans doute, un peu plus humain.

Karine PROST
www.ruedutheatre.info

La Valse des Hyènes
De et par Manuel Pratt

Les jours impairs, à 11 heures, à la Tache d’Encre

Photo © M. Santini
Partager cet article
Repost0
14 juillet 2007 6 14 /07 /juillet /2007 18:52
ESCALE A TRINIDAD

Pétillante et enjouée, Trinidad pose ses valises pour une escale avignonnaise. Et prend possession de la scène comme une enfant prendrait possession d’une salle de jeu. Avec gourmandise. Et talent.

Déjà petite fille, Trinidad ne faisait rien tout à fait comme les autres. Son rêve à elle, c’était de devenir Claudette. Et à coup sûr, elle le serait. A moins qu’elle ne parte, sac sur le dos, à la conquête de l’Amérique du Sud. Ou encore qu’elle ne porte l’armure. Celle qu’un de ses lointains ancêtres a forcément portée. En d’autres temps et en d’autres lieux. Même si elle est la seule à le croire.


Oui, petite, Trinidad ne faisait pas tout à fait comme les autres petites filles. Et en grandissant, elle a continué. Continué à ouvrir les portes de sa vie, sans jamais les refermer vraiment. Continué à croire en ses rêves, à avancer sur le chemin qu’elle s’est choisi. Vaille que vaille, en dépit des claques. En dépit des chagrins. Et parfois même, en dépit de soi-même.

Nous livrant sur scène son parcours dans la vie, Trinidad nous offre un feu d’artifice de joie, de couleurs, de rires, de danses et de chansons. Des chansons dont elle détourne les paroles avec à propos et talent. Et comme la demoiselle manie avec brio l’autodérision, aussi bien dans le texte que dans l’art consommé du costume, on se laisse emporter par son tourbillon de bonne humeur avec un plaisir non dissimulé. Son inventivité, associée à une brillante mise en scène, qui soigne à la fois l’esthétique et la mise en espace, font de ce spectacle un petit moment de fraicheur. Hors des sentiers triviaux. Et en digne héritière des « conquistadores », Trinidad conquiert la salle et la fait succomber au charme de sa frimousse. Une personnalité à nulle autre pareille, étrange croisement entre un clown, un pierrot lunaire et un conquistador. L’escale s’impose…

Karine PROST
www.ruedutheatre.info

Trinidad, La Conversion de la cigogne.
De et par Trinidad
Au Collège de la Salle à 13 heures.
Réservations au 04.90.82.21.56

Photo © DR
Partager cet article
Repost0
14 juillet 2007 6 14 /07 /juillet /2007 18:42
BOBO DE NYMPHO

La quarantaine un brin désabusée, une « bobo » obsédée par le sexe égrène ses confidences sur scène. Un rôle justement taillée à la mesure de Sophie Mounicot, dans une mise en scène inventive et efficace.

Quand on a tout juste quarante ans (depuis déjà quelques années), une fille vraiment adorable (mais beaucoup trop adolescente) et une kyrielle d’ex-hommes de sa vie, assumer son âge, sa maternité et son célibat n’est pas toujours chose facile. Et quand la coupe finit de déborder, Sophie Mounicot décide de prendre le taureau par les cornes… et de fuguer. Une fugue qui la conduit tout droit sur la scène du Théâtre du Monte-Charge où elle déverse ses rancunes, ses frustrations et ses regrets. Avec un humour à la fois cynique et trivial qui fait le délice de certains.
 
Droite, dans sa magnifique robe de velours vert, Sophie Mounicot incarne à merveille cette quadra malheureuse et bougon, qui nous parle de sexe quand elle rêve d’amour et de désir quand elle pense reconnaissance. Servie par ailleurs par sa naturelle voix chaude et suave, elle joue des intonations avec grâce. Et de ses autres atouts avec… talent !

On peut cependant regretter que le texte se focalise trop souvent crûment sur les choses du sexe. Même s’il s’agit ici avant tout d’une question de goût, en livrer un peu plus sur les relations mères-filles, par exemple, aurait apporté davantage de consistance au personnage.

Reste que le texte est bien écrit et surtout superbement mis en scène par Roland Marchisio. Dont la scénographie rythme le spectacle et suggère les différents personnages évoqués par la comédienne par un subtil jeu d’ampoules et de claquement de portes. Ce spectacle d’humour  nous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas (encore) connaître. A suivre…

Karine PROST
www.ruedutheatre.info

Sophie Mounicot Au Théâtre du Monte Charge, Place de l’Horloge, tous les soirs à 21h15.

Photo © Karine Prost
Partager cet article
Repost0
14 juillet 2007 6 14 /07 /juillet /2007 18:42
VOYAGE AU CENTRE DE LA VIE
Pour Melencolia (opus 1)

Le « Chantier en cours » du futur triptyque Les Corps oubliés sera constitué de trois épisodes de 45 minutes chacun : « Melencolia », « Les Cavalières », « La Mort et le diable », inspirés des gravures de Dürer.

S’inspirant du peintre et graveur allemand Albrecht Dürer dont l’esprit de la Renaissance conserve des traces de la peur du monde médiéval, la Compagnie des Ouvriers nous offre un tableau visuel et sonore d’une saisissante beauté dont les images fouissent les tréfonds de l’essence humaine pour accompagner le voyage de retour aux sources du pays originel, dont la figure emblématique de la mère nourricière est le guide.


La puissance arachnéenne des symboles et des chimères puise directement à l’indicible souffrance de deux angelots dont l’inextinguible soif à étancher exprime la crainte et la menace d’un monde déserté.

Isabelle Provendier est hallucinante en mère creusante et crucifiée.
Les deux jeunes enfants (Florian le Mézo et Léna Samano) formés aux ateliers animés de la compagnie dirigée par Thierry Alcaraz, bouleversants de vérité, sondent la douleur fondatrice.

Liliane BOURICHE-LÉPINE
www.ruedutheatre.info


A la Manufacture, 2 rue des Ecoles, du 12 au 15 juillet à 22h30.

Photo © DR
Partager cet article
Repost0
14 juillet 2007 6 14 /07 /juillet /2007 18:33
LA RENCONTRE DU FUTILE ET DE L’AGREABLE

Dominer ses instincts démoniaques. C'est le défi lancé à un empereur dont même la couleur du costume rappelle la tyrannie des êtres blasés par les insatisfactions du pouvoir.

De touches colorées, le décor ne manque pas. Pour ainsi dire, il baigne dans le rouge. La mise en scène, rythmée par le doux tintement de clochettes, laisse transparaître un joli décor. L’empereur, qui est chinois, est incarné par Marc Lallement. Il porte un costume, des têtes d’enfants sont cousues dans les manches.


Et toute la journée, il ordonne qu’on fasse disparaître cette petite fille ou ce petit garçon, comme le ferait un ogre. C’est alors qu’apparaît un joli petit oiseau, fin comme une perle dont le chant mélodieux envoûte de bonheur. Marie-Claire Delay, joue ce rossignol qu’elle anime parfaitement de sa voix de soprano. Et si au début, l’empereur est agacé, il se laissera bien vite séduire par le charme de ce petit être fragile. Mais, les conseillers de l’empereur, jaloux de cette situation, décident d’acheter à l’empereur un oiseau mécanique afin d’évincer le premier. Fiers de leur idée, ils lui racontent même que le rossignol l’a définitivement abandonné. L’empereur s’entiche d’abord de ce jouet mécanique mais cela ne durera pas. Très vite hors d’usage, il se fâche et peste après lui. Le rossignol revient alors combler la solitude du maître avec sa légèreté habituelle.

L’oiseau du paradis


Ce conte est superbement doux. La musique accompagne l’histoire comme un enchantement. Le public est captivé et les enfants s’interrogent. Cette version revisitée du conte d’Andersen, fait l’économie d’une bonne partie du texte mais c’est tout à son avantage. L’histoire est simplifiée à bon escient. Le conte n’en est que plus abordable dès le plus jeune âge. Les costumes sont délicatement adaptés aux personnages, ce qui ajoute au charme d’une histoire où la fragilité côtoie la détermination. Un théâtre musical et finement joué à voir en famille sans hésiter.

Christelle ZAMORA
 www.ruedutheatre.info

Cie La Dame de pique
Interprètes : Marie Claire Delay et Marc Lallement
Mise en scène : Marie Anne Gorbatchevsky
Lumières : Laurent Aranda

Avignon OFF - L’Albatros 10h30, relâche le 18.
Réservation : 04 90 85 23 23

Photo © DR
Partager cet article
Repost0
14 juillet 2007 6 14 /07 /juillet /2007 17:50
COMME DANS UN RÊVE AVEC RAYMOND DEVOS

Trois garçons partent, une heure durant, dans une course folle. Ils se dédoublent et multiplient les rôles jusqu’à l’absurde mais non sans enthousiasme.

Cette création se compose de cinq textes parmi lesquels : L’Auteur critique, Le Millefeuille, Doublé par ses doubles… ici revisités. Dès le début, une voix off place le contexte de la pièce. Trois compères habitent les rêves de l’auteur. En voilà une idée saugrenue ! Lequel a un sommeil bien agité. L’univers onirique de ce dernier possède pour tout décor une échelle, sorte de symbole d’ascension (sic) et une chaussure, vue comme un objet poétique que chacun s’accapare à un moment de la pièce. L’idée devient ingénieuse.


Et puis, ils ont tout compris ces trois compères. Tout saisi des textes et de la mise en scène abracadabrante que Devos suggère et qui donnent à leur traversée un souffle chimérique. De l’absurde. Mais aussi de l’humour celui-là même qui transparaît dans l’écriture "du" Raymond Devos. Car là vraiment, le public s’y retrouve, sans s’y retrouver... Et personne ne sait jamais qui des trois comédiens à eu le dernier mot, ni qui est qui et devient quoi. Mais peu importe. Le jeu en vaut la chandelle.

Dès le départ, c’est « l’histoire d’un auteur qui se met dans une situation critique…». Il s’écrit des lettres, s’invite à manger… C’est du Devos à plein nez. Mais tout commence par ce premier dédoublement de personnalité. Ensuite, il deviendra difficile au public de distinguer tous les doubles personnalités, hormis ceux des trois comédiens, qui habitent la pièce.

Bons, beaux et jeunes à la fois


Ce trio de pimpants comédiens a fait salle comble dès l’ouverture du festival. Et le public semblait avide d’entendre et de voir revivre les textes de Raymond Devos. C’est l’objectif que s’est fixé la compagnie A Kan la Deriv, tout juste âgée de deux ans, et qu’elle semble d’ores et déjà atteindre. Que dire de plus, après tant de délires lexicaux, de mots lancés comme des jouets à la tête du public qui ne demandait rien d’autre que de s’amuser de ces longues plaisanteries. La jeunesse des comédiens n’enlève rien à l’énergie qui transparaît sur scène. Ils étaient bons, beaux et jeunes à la fois. Un bien bel hommage est ici rendu à la poésie et à l’esprit décalé de Raymond Devos. Un conseil aux terrorisés de la manipulation textuelle : s’abstenir.

Christelle ZAMORA
www.ruedutheatre.info

Atelier Maison Manon - Tel : 06 60 69 95 43
Cie A kan La Dériv’
Interprètes : Anthony Diaz, Maxime Renaud, Vincent Varène Régie : William Renaut

Photo © Pierre Dolzani
Partager cet article
Repost0
14 juillet 2007 6 14 /07 /juillet /2007 17:31
THÉÂTRE TRIBUN POUR ÉPOQUE TRIBALE

Roberto Garcia est un révolté. Il s’en prend aux travers de notre époque, ceux qui empêchent de vivre réellement. C’est caustique et apostrophant. C’est un théâtre hors normes en fusion totale avec la musique de Bruno Soulier.

Présenté dans le Off d’Avignon en 2005 par la troupe nordiste d’Intervalle Théâtre/Oratorio, « Jardinage humain » prend le présent à bras les corps et à pleines voix. Le texte de Garcia est un plaidoyer virulent en faveur de la vie et en opposition aux virus sournois qui infectent la société. Dès l’entrée de Pascal Martin-Granel et d’Eva Vallejo, sous un éclairage verdâtre, le ton est affirmé. Leur première intervention, reprise en leitmotiv, est la lecture de la liste des personnalités compromises dans les exactions de la dictature uruguayenne et acquittées par la suite. Après viennent des fragments composant une vision clairvoyante des malaises engendrés par notre évolution.

Photo © Interlude T/O

L’humour est amer, la rage sous-jacente, la lucidité décapante. Boum pour la propension de chacun à se mettre en valeur, à paraître, à éviter d’être soi. Vlan sur l’exploitation du public l’incitant à acheter des produits surévalués et fabriqués par des esclaves modernes. Paf contre la surconsommation. Et l’envahissement de l’existence par les GSM, le star-system, la débilité télévisuelle. Haro devant un monde pour lequel le silence est devenu quelque chose d’insupportable et penser est devenu impensable. En découle une solitude qui empêche de profiter des plaisirs d’exister mais, au surplus, coupe la majorité des citoyens de la solidarité. L’irresponsabilité est omniprésente. La pollution est envahissante. L’économie se déglingue. Bref, « la nature humaine représente la liberté, c’est-à-dire la capacité de choisir, parmi toutes les options, la pire ».

Un plaidoyer énergique

Accrochés à leur micro, les deux interprètes murmurent, hurlent, scandent, persiflent, éructent. Tandis que Bruno Soulier (piano), Léa Claessens (violon) Yannick Deroo (percussions) se mettent en osmose avec les mots. La musique contient sa violence intérieure. Elle investit le répétitif, comme les litanies égrenées par les comédiens. Elle envoûte quand les voix psalmodient. Elle se déchaîne au besoin pour souligner, accompagner, exalter le discours. Le spectacle s’avère tourbillon. Il entraîne le public dans un déluge verbal à la fois massacre jubilatoire, poésie enthousiaste, défoulement jouissif, interrogation active. La générosité de tous les interprètes est contagieuse, convaincante comme dans « La Mastication des morts » mise en scène par la même Eva Vallejo.

Michel VOITURIER
www.ruedutheatre.info

Vu par notre critique à Mons (Belgique) en mai 2007.

Jardinage humain
Texte : Roberto Garcia (éd. Les Solitaires intempestifs)
Conception : Eva Vallejo et Bruno Soulier
Mise en scène : Eva Vallejo
Distribution : Eva Vallejo – Pascal Martin-Granel
Musiciens : Léa Claessens - Yannick Deroo - Bruno Soulier
Musique : Bruno Soulier
Production : L’Interlude Théâtre/Oratorio - Ville d'Avion

Au Manège de Mons les 23 et 24 avril 2007.
Partager cet article
Repost0

Chronique FraÎChe