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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 17:52
LA QUINTESSENCE CLOWNESQUE

Il entre dans la salle par le même chemin emprunté quelques minutes plus tôt par les derniers spectateurs, tout en marmonnant un improbable « To be or not to be ». Dès qu’il a mis les pieds sur le plateau, il va se coucher à l’intérieur du piano à queue dont il referme soigneusement le couvercle sur lui…

Lorsqu’il en ressort, c’est pour entamer une série de gags visuels et sonores qui laissent le public hilare et pantois d’admiration… Il parle peu, ou même pas du tout, mais laisse parfois échapper de curieux borborygmes. Tout objet qui lui tombe sous la main ou qu’il sort de ses poches, souvent détourné totalement de sa première fonction, est source de gags très inattendus. Les sons aussi font l’objet de  détournements de sens. L’ensemble est proprement surréaliste et d’une formidable puissance poétique dans le vaste registre du non sense. On apprécie particulièrement au passage une certaine mise en pratique de la méthode Assimil qui est d’une drôlerie tout simplement irrésistible.


Le clown et son double


Buffo, c’est désormais bien connu, est un peu le double de Howard Buten… Américain d’origine, ce dernier, dans son spectacle, fait fréquemment appel à ce que sa culture nous apporté de meilleur : le cartoon, la comédie musicale… Ainsi fait-il parfois référence à la chanson « Be a clown » (Le Pirate de Vincente Minelli)… Certains gags notamment évoquent Tex Avery…

Mais surtout, avec son alter ego Buffo le clown, Howard Buten a réussi à transcender la personnalité type de l’autiste – on connaît son rôle très important en tant que clinicien auprès de jeunes autistes – dont Buffo outrepasse souvent ici les limites… N’est-il pas, au bout du compte, l’autiste parfait – il en reproduit parfois certains traits – qui ne fait semblant de se cacher derrière son nez rouge que pour mieux donner en spectacle, au-delà de son masque de clown, un autre lui-même ?...

Henri LEPINE (Avignon)

Buffo, par Howard Buten, était au Théâtre du Chêne Noir (Festival Off Avignon 2008).

Tournée le 2/12/2008 à Montbrison (42), le 6/12 à St Michel sur Orge (91), le 12/12 à Montlouis (37) avec Pierre Amoyal, le 18/12 à Limoges (87). En janvier 2009 : le 15 à Epernay (51), le 18 à Trth St Léger (59), le 23 à Falaise (14). En février : le 6 à Villiers-sur-Marne (94), le 28 à Tarare (69). En mars : le 7 à Brignais (69), le 10 à Braine le Comte (Belgique), le 13 à St Ghislain (Belg.), le 14 à Binche (Belg.), le 17 à Perpignan (66), le 21 à Alfortville (94), le 23 à Bienne (Suisse), le 25 à Chinon (37) et le 28 à Coulommiers (77) avec Pierre Amoyal.
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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 15:20
POUR COMBLER LES TROUS NOIRS DE LA MEMOIRE

En présence de l’auteur Laurence Sendrowicz, «Les Cerises au Kirsch » ont ouvert la nouvelle saison de « Lectures en scène » du Ring Théâtre à Avignon. Ces lectures bénéficient du partenariat de Beaumarchais et de la S.A.C.D. Elles nous font découvrir chaque saison des œuvres souvent inédites d’auteurs connus ou non, en leur présence. Des soirées et rencontres toujours bienvenues et souvent passionnantes…

Mickaël, 17 ans (Raphaël Poli, excellent) tente de faire revivre les événements et les personnages d’une saga familiale marquée par les cicatrices de la « solution finale » dans une mémoire collective tapissée de trous noirs. Opération délicate. Le grand-père, alors âgé de dix ans, en fut le seul rescapé. La mère – sa belle-fille – ne sait plus rien faire d’autre que pleurer sur cette « béance » inacceptable, impossible à combler… Elle est ici le personnage central, le pivot, l’axe même de cette évocation en forme de puzzle. Mickaël, lui, veut échapper à ce sentiment irrémédiable de culpabilité générale. Il remplit alors sa vie de tous les projets qui passent… Etudier la chimie,  par exemple, ne serait-ce pas un possible mode de conjuration, un chemin improbable pour retrouver le sens peut-être à jamais perdu d’une vie désormais dépourvue de transcendance ?...

Une œuvre subtile et forte 

« Les Cerises au Kirsch » - équivalentes ici de la madeleine de Proust – slalome sans cesse du présent au passé pour effectuer très vite des retours incessants au présent et à nouveau repartir vers le passé. L’unique comédien – c’était le souhait de l’auteur – donne à lui tout seul alternativement vie et présence à tous les personnages morts ou vivants. Pour le spectateur/auditeur, il est parfois difficile de ne pas décrocher parfois quelque peu son attention. Heureusement, les interventions périodiques du metteur en scène invité, Jean-Luc Paliès, en esquissant des mises en espace possibles, ont tôt fait de remettre de l’ordre et du sens dans tout cela. L’écriture de Laurence Sendrowicz est riche, subtile et forte à la fois. Une œuvre dont on ne peut sortir intact.

Henri LEPINE (Avignon)

« Les Cerises au Kirsch » de Laurence Sendrowicz
Lecture par Raphaël Poli en présence de l’auteur
Metteur en scène invité : Jean-Luc Paliès

Le Ring Théâtre, jeudi 15 novembre 2008 à 20 h 30
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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 17:53
LES BRUITS DE L’ENNUI DES SOIRÉES SANS VIE

Elles sont une dizaine de filles à vouloir vous entraîner dans les plaisirs des boîtes de nuit. Elles y sont danseuses, stripteaseuses, prestidigitatrices, chanteuses, musiciennes, catcheuses. Elles exposent les images de la femme conçues par les faiseurs de soirées branchées.

Le problème, avec ce spectacle, sous-titré « performance », est que si vous ne fréquentez nullement les lieux nocturnes des plaisirs commerciaux parce qu’ils vous ennuient, vous ne serez pas davantage convaincu qu’il y a là source d’amusement. L’ensemble s’avère sophistiqué, techniquement impeccable. Mais dépourvu d’émotion, froid comme un bel objet technologique, quasi sans le piment d’une dérision susceptible de donner un regard distancié à ce type de divertissement formaté pour assoiffés d’étourdissements tarifés, noceurs indécrottables ou touristes crédules.


Pourtant l’engagement physique des performeuses est total, y compris un certain nombre de risques corporels pris sans retenue. Leurs chorégraphies sont réglées avec minutie. Les chansons anglo-saxonnes sont agréables. Les tours de magie restent traditionnels et discrets. Les effeuillages sont esthétisés. Les musiques jouées en direct ont l’indémodable ampleur sonore agressive des rockeurs. 

Plus de maîtrise que de conscientisation

Cà ou là, de minuscules éléments laissent percer de brefs indices d’une certaine remise en cause. Tel chant est un play back interprété en vrai par une autre chanteuse que celle qui est au micro. Les stripteases en nu intégral sont dans une pénombre qui ne permet plus d’être sûr qu’il n’y ait pas d’habit. Un ballet simule avec un humour plus affirmé un faux-vrai match de vrai-faux catch. Des succédanés de pom-pom girls finissent leur prestation dans une sorte d’hystérie portée par une musique répétitive.

Ce n’est pas suffisant pour basculer dans une position critique vis-à-vis du système de l’industrie culturelle. C’était déjà évident pour « Act », précédente création de Company. Un spectacle vivant réclame du travail, un engagement collectif. Pour atteindre un autre but que se faire plaisir à soi-même, il doit correspondre à une nécessité, à un besoin. Il doit apporter un plus au public qui le reçoit, l’interpeller, l’inquiéter ou le révolter. Rien de tout cela durant cette « Soirée ». Il est vrai qu’elle n’était intitulée ni théâtre, ni danse mais performance. Et trop souvent performance suppose un événement fugitif un peu vide, un peu gratuit si ce n’est de prouver à ses instigateurs qu’ils font quelque chose.

Michel VOITURIER (Lille)

Vu à la Rose des Vents de Villeneuve d’Ascq les 2 et 3 décembre 2008 à l’occasion du festival eurométropole Next 001 ( www.nextfestival.eu )

Soirée
Concept et création : Alexandra Bachzetsis, Tina Bleuler, Lies Vanborm
Concept engineering : Ann Demeester, Barbara Raes
Performance : Alexandra Bachzetsis, Tina Bleuler, Jacqueline Brutsche, Katrin Glaus, Celia Häusermann, Eva Maria Küpfer, Sabina Leone, Agustina Sario, Saga Sigurardottir, Lies Vanborm, Martina Sofie Wildberger
Dramaturgie : Nicole Borgeat
Costumes : Linda Dürst, Julie Egli
Technique : Celia Häusermann, Li Sanli
Tours de magie : Thomas Luz
Assistante à la chorégraphie : Yasmien Wenger
Graphisme : Julia Born and Boyplaygirl

 
Coproduction : Rive Gauche (Saint-Étienne-du-Rouvray) - La rose des vents (Villeneuve d’Ascq) - Theaterhaus Gessnerallee  (Zürich) - Centre d’Art Buda (Kortrijk)

Photo © Qiu Yang, Julia Born & Boyplaygirl

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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 17:25
SUBLIME HÉROÏNE

On les a découverts dans On ne badine pas avec l’amour, créé en 2006 par Philippe Faure, on les retrouve aujourd’hui dans Thérèse Raquin, toujours aux côtés du directeur et metteur en scène du Théâtre de la Croix-Rousse : Anne Comte et Marc Voisin, éblouissants de justesse, servent ce drame avec une remarquable authenticité.

Elevée par sa tante et mariée à son souffreteux cousin Camille, la jeune Thérèse passe les jours dans un troublant mutisme, apparat silencieux couvrant une dévorante passion interne. L’objet de ce brûlant désir se nomme Laurent, ami d’enfance de Camille, nouvellement employé aux chemins de fer. Zola nous livre une passion charnelle et destructrice où le langage des corps anéantit le cérébral, libère les instincts et mène alors aux plus douloureux ravages. Le meurtre de Camille et l’union officielle de Thérèse et Laurent, loin de consolider cet amour, conduit ces deux âmes damnées aux portes de l’enfer. L’apparente acceptation des conséquences de leur désir cache mal le désordre organique des deux amants, véritable traduction corporelle de leurs remords.


Une interprétation époustouflante et instinctive

Comme pour ses précédentes créations, Philippe Faure choisit de s’attaquer à une oeuvre sombre et cruelle, dont l’auteur parle en ces termes : “J'ai voulu étudier des tempéraments et non des caractères (…) J'ai choisi des personnages souverainement dominés par leurs nerfs et leur sang, dépourvus de libre arbitre, entraînés à chaque acte de leur vie par les fatalités de leur chair”. Accueillie à l’époque de Zola par une critique acerbe et indignée, l’oeuvre alors taxée d’obscène et de dépravée se trouve aujourd’hui saluée par une mise en scène qui en a restitué la puissance, la profondeur et la complexité.

Les personnages évoluent au sein d’un décor naturaliste, minutieusement orchestré pour donner sens à cette fiévreuse relation, pour rendre palpable l’indicible tension. Les corps sont enrobés par la lumière, tantôt crue comme le réel, tantôt voilée et sombre comme le cauchemar et se trouvent ainsi simultanément réunis et séparés, se faisant tour à tour présence muette ou absence envahissante. Servi par la sobriété et la subtilité scénographique, le texte de Zola n’aurait cependant pu revêtir telle force sans la fabuleuse interprétation des comédiens. On constate la maturité acquise par les deux jeunes acteurs depuis On ne badine pas avec l’amour où déjà leurs amours tourmentées avaient su nous séduire. On les redécouvre ici plus convaincants encore, délestés de leur touchante innocence, habités d’une violence et d’une avidité nouvelles dans un jeu tout en nuances. Les mots de la fin iront tout particulièrement à Anne Comte, sublime Thérèse Raquin, brûlante, sensible, désespérée, cruelle, dont la prestation ne peut que laisser coi.

Anne CARRON (Lyon)


Thérèse Raquin, d’Emile Zola
Adaptation et mise en scène de Philippe Faure, assisté d’Emmanuel Robin
Scénographie et costumes : Alain Batifoulier
Création lumière : David Debrinay
Musique originale : Raphaël Vuillard
Avec Claire Cathy, Anne Comte, Jean-Claude Martin, Gilles Olen, Marc Voisin et la voix de Jean-Marc Avocat

Production Théâtre de la Crois-Rousse, Scène nationale de Lyon

Du 21 au 29 novembre et du 9 au 19 décembre 2008
Place Joannès Ambre 69317 Lyon cedex 04
Billetterie : 04 72 07 49 49 / www.croix-rousse.com

 
En tournée : Bonlieu/Scène nationale d’Annecy les 7 et 8 janvier 09, Théâtre des Salins/Scène nationale de Martigues les 29 et 30 janvier 09, Théâtre national de Nice du 4 au 6 février 09, Espace Malraux/Scène nationale de Chambéry les 24 et 26 février 09, Théâtre de l’Ouest Parisien/Boulogne-Billancourt du 7 au 10 mars 09, Théâtre d’Angoulême/Scène nationale les 17 et 18 mars 09, Comédie de Picardie/Amiens les 24 et 29 mars 09, Maison des arts de Thonon-Evian les 19 et 20 mai 09.


Photo © Bruno Amsellem

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 18:28
PERFORMANCE PLUS QUE DANSE

Charmatz offre son travail corporel nourri de textes dits par Jeanne Balibar en vénération à Tatsumi Hijikata (1928-1986). Plus qu’un ballet, c’est une relation entre des mots et des actes, entre des cultures et une époque.
Né en réaction contre la tradition dansée japonaise, le butô est l’expression de la danse contemporaine au Japon. Elle est forcément ancrée dans une culture dissemblable à la nôtre. En trouver une transposition européenne, tel semble le propos de Boris Charmatz.

Sa « Danseuse malade » relève avant tout de la performance. Elle en appelle à une technologie considérable qui envahit la scène : casque explosant sur une tête dans le noir du début, camionnette électrique dont les déplacements ne cessent guère de parcourir le plateau, captation vidéo en direct projetée sur les parois du véhicule.


Les textes de Tatsumi Hijikata, dits ou scandés par Jeanne Balibar, sont bourrés de fantasmes à propos de la mort, de la maladie, du handicap, de la violence, d’enfermement, de la pulsion de la tension du corps en tant que présence intérieure et confrontation au monde. Charmatz a tenté de la sorte de rendre hommage au fondateur du butô, laissant la danse aux écrits et les tâtonnements au danseur.

Pas facile d’encaisser ces litanies de phrases qui charrient humour noir, cruauté, délires, provocations. Pas évident de communier avec le danseur qui met son corps à la merci de films plastiques collants, d’un chien agressif, des cahots et des soubresauts d’une bagnole-cellule qui le malmène. Pas sûr qu’il y ait vraiment émotion troquée avec le public. Mais certains y verront peut-être des reflets de torture et de terrorisme, d’aspiration au vide et à l’extrême, d’impitoyable régression face à l’envahissement des technologies, des solitudes profondes dans un désert humain. Peut-être…

Michel VOITURIER (Lille)

Vu à la Rose des Vents de Villeneuve d’Ascq le 28 novembre 2008 à l’occasion du festival eurométropole Next 001 ()
En tournée : le 3 décembre au Singel, 25 Desguinlei  à Anvers (00 32 (0)3 248 28 28 - www.desingel.be )

Textes: Tatsumi Hijikata (traduction Patrick Devos)                                                                  
Chorégraphie: Boris Charmatz   
Interprétation : Jeanne Balibar, Boris Charmatz                                                                                                                                                                                        Lumière : Yves Godin                                                                                                                      Conception décor : Alexandre Diaz/Artefact                                                                                                   Direction technique : Frédéric Vannieuwenhuyse  
Son : Olivier Renouf                                                                                                                          Maître chien : Jean-Philippe Varin
Production: Edna                                                                                                                                                     Co-production : Théâtre de la Ville (Paris), Festival d’Automne (Paris), Centre national de danse contemporaine (Angers), Nouveau Théâtre d’Angers, La Ménagerie de Verre (Paris), de Singel (Anvers)
 
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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 17:13
IN TIME : INTIME

Après « Instinct », Frenák propose « In time » pour le festival Next 1 de l’eurométropole Lille-Valenciennes-Tournai-Courtrai. Avec des composants similaires de travail plastique sur le corps.

Séquence après séquence, en solo, duo ou trio, les chorégraphies de Pal Frenàk appartiennent à une démarche d’anatomiste du mouvement, de sculpteur corporel. Sur un plateau jonché de fleurs coupées, agrémenté d’un divan rouge et d’un élément de miroir, il envoie ses danseurs étudier et illustrer les soubresauts, les élans, les réflexes, les  frustrations, les désirs.



Un homme rampe, reçoit des impulsions ou des chocs ; il va se colleter avec l’espace et avec l’invisible. Deux femmes sans tête exhibent leurs jambes, assises sur le skaï du canapé. Elles s’agitent de manière fort mondaine, avec une similarité de nageuses synchronisées en une succulente parodie de vaine conversation.

Une dame titubante qui cherche son équilibre se précipite avant de s’écrouler, de se relever, d’être manipulée par un mâle non dénué de violence, de finir par un corps à corps : approches et rejets, caresses et bousculades. Des rites sexuels s’ébauchent. Un trio nu chevauche le divan carmin, partenaires interchangeables arrimés à une fluide énergie. Et ce final d’un individu maculé de boue s’essayant à sortir de sa gangue et se retrouvant ensanglanté à mort.

Les signes s’accumulent, se complètent, se contredisent. Ne pas y chercher trop de symbolique, trop de discours intellectuel. Une vitalité brute s’exprime, formatée dans une quête esthétique aux confins  de la provocation, de la volonté de déstructurer les codes. Elle emporte. Elle subjugue. Elle rappelle qu’un corps a une valeur plastique qui n’est pas celle des culturistes mais bien celle des plasticiens.


Michel VOITURIER (Lille)


Vu à la Rose des Vents de Villeneuve d’Ascq les 21-22 novembre à l’occasion du festival Next 01 (www.nextfestival.eu )
 
In Time
Chorégraphie : Pál Frenák
Interprétation : Zoltán Fekete, Emese Jantner, Viktória Kolozsi, Lisa Kostur, Nelson Reguera
Scénographie : Gyula Majoros
Costumes : Gergely Szabó
Lumière : János Marton
Son : Attila Haja

Coproduction : Cie Lakoma, La Rose des Vents, Théâtre contemporain de Budapest – TRAFO, L’Espace des arts, Scène nationale de Chalon sur Saone, Le Phénix, Scène nationale de Valenciennes, La Fondation du Théâtre des signes


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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 10:30
CHORÉGRAPHIE POUR SOIRÉES CAMPING

Un quatuor danseur s’amuse à travailler le mouvement des membres et à traiter en dérision les ballets popularisés par les artistes de variétés. Résultat : la ringardise est portée à la hauteur de sa caricature.

Trois hommes, une femme se mettent à meubler des séquences en privilégiant chaque fois une partie du corps : bras, jambe, tête. Les mouvements s’additionnent, se codifient à mi-chemin entre mime, expression corporelle, signes non verbaux, danse.

Les situations se veulent proches du quotidien. Rien que des gestes, des attitudes relativement banals. Aucun mot – hormis ceux des chansons de la bande sonore – n’est prononcé. Seuls quelques rires nerveux, ironiques, méprisants ou faussement spontanés, ponctuent l’une ou l’autre réaction à des moments de malaises entre protagonistes.


Des prétextes puisés auprès du vécu le plus courant servent de trame : l’attente, la rencontre, la curiosité, la séduction, l’attirance, la répulsion, l’énervement, la détente… Les individualités se jaugent, s’efforcent de s’affirmer. Elles s’engluent dans le conformisme social, commercial, saisonnier, culturel.

Des décalages parfois esquissés, parfois appuyés créent la rupture qui nourrit l’humour. Les gags sont rarement lourds. Il y a donc davantage de sourires que de bruyants éclats d’hilarité. La volonté est manifeste de ne pas atteindre la perfection, de singer le stade de l’amateurisme naïvement persuadé qu’il est possible d’atteindre le niveau des professionnels. En cela, peut-être, y a-t-il quelque cruauté mais aussi une forme de lucidité à propos des poncifs médiatisés à outrance par les télés.

La découverte de cette compagnie new-yorkaise inconnue en Europe ne relève pas du chef d’œuvre absolu ; plutôt d’un intérêt tourné vers ce qui apparaît comme marginal aux États-Unis, preuve d’une certaine résistance aux impératifs de nivellement. La démarche s’enlise à certains moments par manque de renouvellement des signes. Heureusement les surprises étonnantes des dernières séquences viennent relancer l’aspect comédie parodiée.

Michel VOITURIER (Lille)

Programmé durant le festival Next 01 de l’eurométropole Lille-Valenciennes-Tournai-Courtrai les 24 et 25 novembre 2008 à la Rose des Vents de Villeneuve d’Ascq. (www.nextfestival.eu )

Poetics : a ballet brut
Mise en scène : Pavol Lisk, Kelly Copper
Distribution : Anne Gridley, Robert M. Johanson, Fletcher Liegerot, Zaxhaey Oberzan
Conception : Peter Nigrini
Lumières : Tim Cryan
Son : Kristin Worrall
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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 22:03

UN SEDUISANT MARIVAUDAGE

Oscillant entre hier et aujourd'hui, noir et blanc, maîtres et valets, « Le Jeu de l’amour et du hasard » créé par Gilles Bouillon et son équipe du Centre dramatique régional de Tours se tend comme un miroir entre deux mondes. Une création heureuse et enjouée.

S’inquiétant d’un mariage arrangé par leurs pères respectifs, Silvia et Dorante, qui ne se connaissent pas, souhaitent pouvoir s’observer avant de consentir à une éventuelle union. Ils ont alors la même idée : se faire passer, qui pour sa suivante, qui pour son valet, afin de se faire une idée sur leur promis tout en restant incognito.

L’intrigue, comme son heureux dénouement, sont célèbres. Mais l’approche qui en est faite ici apporte une fraîcheur bienvenue à l’ensemble. Dans une société fondée pour beaucoup sur l’apparence, Gilles Bouillon fait le choix d’une sobriété, tranchante comme une lame,  qui donne la part belle à la vérité. Et aux jeux des travestissements, tant corporels que symboliques, que l’humain construit autour de lui. Les projections vidéo, comme les jeux de lumières et la mobilité des décors soulignent en finesse les transformations. Une symbolique évidente quoique subtile sur les contrastes, version négatifs de photo en noir et blanc. Avec un soupçon de rouge pour faire bonne mesure à l’amour.

Un écrin de modernité pour un badinage amoureux intemporel

L’espace de jeu, volontairement conçu comme « Une sorte de boîte à jouet ou à jouer » par Gilles Bouillon, donne le champ libre au jeu des comédiens et aux mots et phrasés de Marivaux. Les moments de légèreté débridés, sautillants, voire délirants, semblent parfois hésiter entre surréalisme et pop’art. On n’adhère pas forcément, mais cela entre incontestablement dans la pure tradition de la comédie. Et l’ensemble est au final percutant.

 
Alors, même si on s’interroge sur l’intérêt de monter une énième fois ces éternels (quoique délectables) jeux amoureux, on ressort ragaillardi de cette création fraîche et virevoltante et conquis par le talent des jeunes comédiens comme par celui de leur metteur en scène. Et avec la surprenante envie de voir un peu plus du répertoire classique monté ainsi. Un texte d’origine intact, serti dans un écrin de modernité.

 

Karine PROST (Tours)

 

LE JEU DE L’AMOUR ET DU HASARD
de Marivaux vu en octobre 2008 au Théâtre Nouvel Olympia (Tours).
Mise en scène : Gilles Bouillon.
Avec : Hélène Stadnicki – Lisette ; Claire Théodoly – Silvia ; Samuel Bodin - Monsieur Orgon ; Bertrand Fieret – Dorante ; Florian Haas – Arlequin ; Antoine Sastre – Mario. Dramaturgie : Bernard Pico.
Scénographie : Nathalie Holt.
Lumières : Michel Theuil.
Costumes : Marc Anselmi.
Musique : Alain Bruel.
Assistant à la mise en scène : Gaëtan Guérin.

 

En tournée :

Novembre 2008: le 7 / Théâtre Jean Vilar (St Quentin) ; les 13 et 14 /  Le Vivat (Armentières) ; le 25 / Espace Soutine (Lèves), le 28 / L’avant Scène (Cognac)

Décembre 2008 : 2/ Théâtre Interlude (Cholet) ;9/ Théâtre de Château-Renault ; 11 et 12/ Théâtre d’Auxerre ; 16/ Le Casino (Deauville) ; 18/ Théâtre de Laval ;

Janvier 2009 : 6 et 7/ Théâtre de Chartres ; 13/ Gallia Théâtre (Saintes) ; 15/ Théâtre de Mende ; 20/ Centre Albert Camus (Issoudun) ; 23/ Théâtre de Saint-Jean-de-Braye ; 27 et 28/ Théâtre de Montargis ; 30/ Théâtre Beaumarchais (Amboise) ; 31/ L’Echalier (Saint-Agil)

Fevrier 2009 : du 2 au 7/ Communauté de Beauvaisis ; 10/ Théâtre de Bléré ; 12-16 et 17/ Espace Rabelais (Chinon) ; 19/ Le Minotaure - Scène Régionale de Vendôme ; 20-22-24-28/ Scène Nationale de Bourges (tournée) ; 26 et 27/ Théâtre de Saumur

Mars 2009 : 2 au 4/ Scène Nationale de Bourges (tournée) ; 6 et 7/ Espace Marcel Carné (St-Michel-S/Orge) ; du 11 au 21/ Théâtre de Châtillon (Hauts-de-Seine) ; 24/ La Fabrique (Guéret) ; 27/ Théâtre de Richelieu ; 31/ Théâtre de Chambray-Lés-Tours

Avril 2009 : 2 et 3/ Théâtre de Puy-en-Velay ; 7/ La Merise (Trappes)

 

Photo © Eric Legrand

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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 15:01
L'HISTOIRE DE LA CONDITION HUMAINE

La "Needcompany", compagnie belge à vocation internationale, a présenté le dernier volet de la trilogie de Jan Lauwers :"Sad Race/Happy Face" créé cet été au "Salzburger Festsiele" avant cette première belge d'une œuvre originale trilingue.

Après "La chambre d'Isabella" et "Le Bazar du Homard, "La Maison des Cerfs" se veut plus proche de l'intimité de la compagnie. Pour appréhender le projet de Lauwers dans sa globalité, il faut pouvoir y entrer sans a priori et savoir qu'il se construit autour d'idées et de préoccupations contemporaines parmi lesquelles l'obsession de la Mort et de sa représentativité dans nos sociétés actuelles. La condition humaine est vue sous les angles successifs du passé, de l'avenir, et du présent. Le point de départ est, à chaque fois, un événement de la vie réelle, transformé, élargi au présent du monde, qui revient ponctuellement comme un leitmotiv. Pour cette compagnie de "performers", il ne fait pas de doute qu'une expérience personnelle trouve sa résonance dans la dure réalité de la société contemporaine.



Comme un conte sans fées

Il n'est jamais facile de résumer un projet de Lauwers tant les idées foisonnent et les séquences s'entrechoquent.
C'est la nouvelle du décès brutal du frère d'une artiste de la compagnie, apprise au cours d'une tournée en France, qui a fait surgir l'urgence de la création.

Dans cette "Maison", on rencontre, outre des cerfs morts, des êtres fantastiques et des acteurs jouant des acteurs… À moins qu'il ne s'agisse d'une sorte de célébration festive, d'un rite funéraire ancien revisité. "Het Hertenhuis" relève de la réalité transcendée, du rêve (ou du cauchemar) mais est travaillé en différentes réalités, le théâtre se mêlant au vécu des comédiens. Ainsi se maintient un lien entre les membres du groupe sublimé, grâce à la gardienne des êtres purs que sont les cerfs, simplette nommée Grace, sous la férule de la Matriarche (Viviane De Muynck).


Plutôt que son évocation naturaliste, c'est dans la suggestion, la dérision, voire la transfiguration jusqu'au fantastique que la compagnie arrive à en exprimer "la mystérieuse nécessité". Un travail en équipe, dans une famille où chacun est un acteur dans tous les sens du mot, à la base de tout projet théâtral, avec la lancinante question :"comment rendre compte de l'être humain avec les moyens du paraître ?"

Les acteurs-danseurs-chanteurs de la Needcompany évoluent avec la plus parfaite souplesse dans plusieurs disciplines comme dans plusieurs langues. Cela confère déjà un cachet particulier et évocateur de la diversité de notre fameuse boule bleue aux multiples facettes, mais qui ne tourne pas rond. Et puis il y a la sollicitation permanente du spectateur pour qui, à partir d'un même fait, une œuvre en séquences - poupées russes, tables gigogne, miroirs de foire ou puzzle - est là, présente, comme autant de possibles offerts. Est fait appel surtout à son imagination, libre à lui d'interpréter comme il l'entend les images fortes et magnifiques que, dans un rythme soutenu, il reçoit…

Suzane VANINA (Bruxelles)

Au Kaaithetater les 25, 26, 27. septembre 2008 (00 32(0)2.201.59.59 - www.kaaitheater.be
En tournée : très nombreuses dates en Europe - voir site:  www.needcompany.org

"Het Hertenhuis"
Texte : Jan Lauwers (Fischer Taschenbüche Verlag, 2008)
Mise en scène, scénographie, images : Jan Lauwers, Elke Janssens
Chorégraphie : collective
Distribution : Grace Ellen Barkey, Anna Sophia Bonnema, Hans Petter Dahl, Viviane De Muynck, Misha Downey, Julien Faure, Yumiko Funaya, Benoît Gob, Tijen Lawton, Maarten Seghers, Inge Van Bruystegem
Musique : Hans Peter Dahl, Maarten Seghers
Son : Dré Schneider
Lumière : Ken Hioco, Koen Raes
Costumes : Lot Lemm, Lieve Meeussen, Line Lendais

Production : Needcompany/Salzburger Festspiele/PACT Zollverein,Essen et Schauspielhaus, Zürich, Kaaitheater de Bruxelles, Singel d'Antwerp


Photos ©  Maarten Vanden Abeele/Needcompany



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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 14:56
LE PERE AU CŒUR DU CHAOS

C’est sans aucun doute l’évènement théâtral de cette rentrée montpelliéraine. Pour Jean-Claude Fall, metteur en scène de ces deux tragédies de Shakespeare et directeur du Théâtre des Treize Vents (CDN) depuis dix ans, c’était un rêve. "Le Roi Lear" et "Richard III", ici construits comme un diptyque, peuvent être vus séparément.

Dans "Le Roi Lear", incarné avec fougue par Jean-Claude Fall, comme dans "Richard III", interprété par le truculent David Alaya, la figure du père domine les intrigues familiales. De leurs trop pleins ou de leurs vides, ces pères pris par le jeu des passions creusent  inconsciemment les sillages de l’histoire de leur propre descendance. Et ici, le tout jeune Zachary Fall, fils de Jean-Claude, est le prince Édouard dans "Richard III"...



Le Roi Lear : grand cœur malade

Cette histoire- là relève de l’illusion. Un roi décide de tout léguer de son vivant à ses trois filles. Aveuglé, il rejette finalement celle qu’il aime le plus parce qu’elle ne se prête pas à la mascarade affective qu’il exige. Désordre, folie et mort s’en suivront jusqu’à la destruction de toute sa descendance. Devant ce carnage, on s'interroge : qui mieux qu’un père peut dévorer son enfant ? Comment l’enfant idéal se transforme-t-il en voyou implacable ? Le désastre causé par ce "Lear" interpelle sur ce que la figure du père mêle de répulsif et d’admiratif.

Richard III : l’énergie sauvage

Tout autant démesuré, le vide de l’absence du père mort assassiné plongera la fratrie et le pouvoir dans le chaos. La question de la transmission et de la filiation est bien sûr au cœur des actes de ce fils féroce, lesquels sont dignes d’un polar sanglant avec en toile de fond la guerre des Deux-Roses où Richard III trouvera la mort. Là encore, le public est conduit à s'interroger en partant de ce que le psychanalyste Jacques Lacan a nommé « la forclusion du nom du père ». Car c’est le père qui nomme, incarne l’autorité et fait la loi. Son absence n’est pas sans conséquence sur l’enfant qui se construit ou se détruit. Et ce Richard III nous apparaît comme un danger pour lui, l’autre et le monde.

Il y a confrontation des deux univers, baroque et contemporain, dans cette double aventure shakespearienne. Gérard Didier, le scénographe, a résolu la problématique de l’espace scénique de ce diptyque par un décor unique qui relève autant de l’architecture que de la vidéo. Une structure bois et pentue posée au sol prend tour à tour des allures de bateau ivre dans l’illusion d’un orage pour "Le Roi Lear" ou spectrale, face à l’image réfractée en plongée des victimes assassinées dans "Richard III". Ainsi le dispositif photographique réfléchit les fondamentaux des deux pièces, amplifiés par la puissance musicale du compositeur russe Dimitri Chostakovitch. D’autres musiques, comme le rap, viendront s’intercaler.

La conception scénique en est presque épique. Elle donne à réfléchir sur un ordre social et politique qui met en cause le tourment d’une époque facilement transposable dans la nôtre. C’est dire le champ des interprétations que ces deux créations donnent à explorer. La performance des comédiens, la puissance de leur interprétation où le cynisme est total ont reçu un accueil enthousiaste du public.

Christelle ZAMORA (Montpellier)


Au Théâtre des Treize Vents
du 2 au 25 octobre 2008

Les prochaines dates:

Tours du 6 au 13 novembre 2008 au CDR de Tours - Nouvel Olympia
Nice du 8 au 11 avril 2009 au Théâtre national de Nice - CDN de Nice  
Côte d’Azur
Neuchatel du 8 au 9 mai 2009 au Théâtre du Passage à Neuchâtel -  
Suisse
Marseille du 3 au 17 mai 2009 à la Criée - Théâtre national de  
Marseille
Angers du 2 au 4 juin 2009 au Nouveau théâtre d’Angers - CDN des  
Pays de la Loire
En cours de projet : 2009-2010 Théâtre des Quartiers d’Ivry-CDN

Avec : David Ayala, Marc Baylet, Jean-Claude Bonnifait, Roxane Borgna,  
Jean-Claude Fall, Isabelle Fürst, Julien Guill, Grégory Nardella,  
Patrick Oton, Fanny Rudelle, Luc Sabot, Alex Selmane, Christel Touret

scénographie : Gérard Didier - dramaturgie : Gérard Lieber -  
costumes : Marie Delphin, Gérard Didier - lumières : Martine André,  
Jean-Claude Fall - musique : Dimitri Chostakovitch - son : Serge  
Monségu - vidéo : Laurent Rojol - assistants à la mise en scène :  
Marc Baylet et Stéphane Laudier

Produit par : Théâtre des Treize Vents

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