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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 10:43
RICHE EN REBONDISSEMENTS !

Un génie loufoque, plasticien amateur de musique, et son acolyte, scénographe et producteur, se donnent corps et âme pour nous emmener dans leur folie musico-sportive. Une performance originale pour les esprits décalés que le mélange des arts n’effraie pas.

Antoine Defoort n’est pas un acteur. Mais c’est avec une aisance naturelle et un humour plein d’autodérision qu’il présente ses inventions. Un panneau tactile, des guitares reliées à des aspirateurs, des récepteurs aux claquements de doigts pour les comptables en mal de rythme, des écrans, des touches…


Tout ce dispositif, protégé par un goal de foot, a l’air bien compliqué, néanmoins pas de stress pour le spectateur : Antoine nous l’explique en version multilingue, ou encore en rappant. La machine technico-sportive se met alors en route. Lorsque l’assistant – très drôle dans son rôle d’homme à tout faire muet – envoie le ballon sur l’écran, miracle : ça produit des notes. Reste à frapper assez pour faire des chansons.

Des personnes apparaissent en 2D pour aider Antoine à chanter « du yaourt – un biscuit » ; on assiste en direct au remix de « Billie Jean » à la flûte à bec (dans le nez s’il vous plaît) ; on prend conscience que guitare plus ballon de foot égale musique, et Antoine se donne même la peine de nous expliquer le BA-ba de toute mélodie : Do-Ré-Mi-Fa-Sol, à la recherche de nos « paysages intérieurs » correspondants.

« Cheval », c’est une joyeuse cacophonie, pour tous ceux qui aiment sourire de la bêtise intelligente, de l’artifice qui ne sert à rien, de l’art qui se décoince. Le spectateur est pris à parti, pris au jeu, pris au piège des deux machinistes, obligé de partager une heure de performance dans laquelle « le jeanfoutre cohabite avec le bien-foutu et le tragique côtoie l’incongru », dixit l’auteur.

Julie LEMAIRE (Bruxelles)

Cheval
Conception, distribution : Antoine Defoort et Julien Fournet
Coproduction: Théâtre de L’L (Bruxelles) / Le Vivat (Armentières )/ Frietsoep inc.
Au Théâtre de L'L, 7 rue Major René Dubreucq à Bruxelles (32 (0)2 512 49 69 -  llasbl@llasbl.be) jusqu’au 30 novembre
En tournée : Du 11 au 13 décembre à l’Atelier 210 – Bruxelles (www.atelier210.be)
Les 3 et 4 février à Mont Saint-Aignan – Scène nationale
Les 20 et 21 mai au TNT Bordeaux (www.letnt.com)
Les 27 et 28 mai à l’Arsenic de Lausanne (www.theatre-arsenic.ch)
À  voir aussi en février 2009 au théâtre de L’L : &&&&& & &&&, nouvelle performance d’A. Defoort et Halory Goerger

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 00:30
UNE AUTRE MECANIQUE HAMLET

Trente ans après avoir traduit « Hamlet » avec Heiner Müller, Matthias Langhoff s'attaque à la création de la pièce. Puissante plongée dans la langue-matériau de Shakespeare, la création est soutenue par une mise en scène aux images à l'intensité terrible.

C'est confirmé, l'hiver sera shakespearien ... Mesure pour mesure par Jean-Yves Ruf à la MC 93 de Bobigny, Othello par Éric Vignier au Théâtre de l'Odéon, le Songe d'une nuit d'été par Yann-Joël Collin à l'Odéon encore, Coriolan par Christian Schiaretti au théâtre de Nanterre-Amandiers... Les pièces de sir William se succèdent sur les scènes et chaque metteur en scène creuse son propre sillon à travers l'œuvre du grand dramaturge, que ce soit dans un show-télévisuel décoiffant pour Collin, ou dans un déploiement magistral du classicisme grandiose pour Schiaretti.


Il y a quelques jours encore, le Théâtre Dijon Bourgogne accueillait sur son plateau un drôle de chantier Hamlet. Mise en scène par Matthias Langhoff, traduite par Jörn Cambreleng et interprétée – pour Hamlet – par le directeur du TDB, François Chattot, cette production, partie pour une tournée en France et en Suisse, offre une vision bouleversante de la pièce, tant dans son matérialisme, dans son esthétique, que dans son propos.

« Qu’ils ne s’attendent pas de notre part à quelque chose d’aussi navrant qu’une idée nouvelle ou qu’une vision contemporaine : rien que du beau. L’époque sort peut-être de ses gonds, mais ce n’est pas à nous de la remettre en place. Hamlet, un cabaret ? Et pourquoi pas puisque c’est une tragédie. » Cet extrait d'une lettre de Matthias Langhoff à François Chattot résume assez justement les intentions du metteur en scène qui a attendu trente ans avant de s'attaquer à ce texte. Connu pour sa radicalité, Langhoff procède à une ré-appropriation de l'œuvre. Hamlet est ici totalement retraduit, réinvesti et même renommé par deux vers de la pièce : « En manteau rouge, le matin traverse la rosée qui sur son passage paraît du sang ou Ham. And ex. by William Shakespeare. »

En recourant à tous les procédés scénographiques, c'est le monde entier et son désordre que Langhoff convoque sur le plateau. D'un décor pluriel embrassant toutes les facettes de la représentation, il tire de multiples espaces de jeux. Comédiens et musiciens passent de l'un à l'autre dans une valse à la mécanique impitoyable.

Un cabaret-Hamlet à découvrir sans hésitation avec chants, musiques – interprétées par le Tobetobe Orchestra -, crânes, coquille Saint-Jacques, cheval, comédiens et musiciens, tous réunis pour nous raconter le tumulte du monde.


Caroline CHÂTELET (Dijon)

Un Hamlet-Cabaret de Matthias Langhoff
Musique Olivier Dejours
Avec Anatole Koama, François Chattot, Jean-Marc Stehlé, Emmanuelle Wion, Agnès Dewitte, Jean-Claude Jay, Gilles Geenen, Patricia Pottier, Philippe Marteau, Marc Barnaud, Delphine Zingg, Osvaldo Caló, et le Tobetobe-Orchestra : Osvaldo Caló, Antoine Berjaut, Antoine Delavaux, Jean-Christophe Marq, Christophe Tessier
Assistanat à la mise en scène Hélène Bensoussan / régie plateau Patrick Buoncristiani / costumes et accessoires Arielle Chanty / traduction Jörn Cambreleng / lumière Frédéric Duplessier / mise en scène et décor Matthias Langhoff / son Antoine Richard.

Production déléguée CDN - Théâtre Dijon Bourgogne, Coproduction Espace Malraux-Chambéry, Odéon-Théâtre de l’Europe, Théâtre de Sartrouville, Théâtre National de Strasbourg, avec la participation artistique du Jeune Théâtre National


Après la création au Théâtre du Parvis Saint-Jean à Dijon (www.tdb-cdn.com, 03.80.30.12.12.), tournée 2009 du 7 au 9 janvier à Chambéry, les 13 et 14 janvier à Meyrin, les 22 et 23 janvier à Sartrouville, les 30 et 31 janvier à Béziers, du 4 au 6 février à Bordeaux, du 10 au 22 février à Strasbourg, du 5 novembre au 12 décembre à l'Odéon – Théâtre de l'Europe


Photo © Vincent Arbelet
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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 16:05
UN JOUR PAS COMME LES AUTRES ?

Une heure à peine pour se laisser envahir par cette bouffée d’énergie qui a rangé au placard artifices et subterfuges pour revenir à l’essentiel du théâtre : l’acteur. C’est ainsi que Spiro Scimone donne de la saveur à la banalité, de la fantaisie à la simplicité, du sens à l’absurdité.
 
La Festa ou comment fêter 30 ans de mariage, 30 ans de vie familiale embourbée dans la médiocrité des rapports quotidiens ! Car si Spiro Scimone fait sauter le bouchon, c’est avec une douce ironie qu’il s’apprête à célébrer l’absurdité et la futilité des relations qui unissent ce trio père, mère, fils. Une photo de famille presque grotesque dont on se moque allègrement tout en sachant qu’elle nous est quelque part familière. Ici, on grogne parce que le café est trop sucré, on rumine car le chauffe-eau est en panne, on se recommande de ne pas trop boire, de ne pas rentrer trop tard, on évite de manger trop salé car c’est mauvais pour la santé, on parle de la fille de la marchande qui est parfaite et qu’on aimerait bien caser avec le fils, on ressort les vieilles histoires des défunts ancêtres... bref, on piaille, on gueule, on radote mais on ne s’écoute pas.

L’art de prendre le superficiel pour nous conduire à l’essentiel

L’auteur étudie le rapport familial sous l’angle des névroses et obsessions qui enferment chaque caractère dans son propre discours et créent une communication erronée, aussi risible que pathétique. Les échanges fusent car il faut bien combler le vide, trouver quelque chose à dire même quand on n’a plus rien à se dire. Mais le discours bute sur une inévitable répétition comme autant de monologues superposés les uns aux autres, qui s’entrechoquent sans se répondre véritablement.

Tout est théâtre et Spiro Scimone l’a bien compris. Mais quand il s’agit de porter à la scène la vie dans ce qu’elle a de plus banal, de plus dérisoire, de plus intime, beaucoup échouent maladroitement. L’auteur se tire bien et redonne au théâtre ce qui lui manque souvent : force, émotion, simplicité. Ici, la désacralisation familiale prend des allures de pantomime : acteurs fantoches dont les corps penauds et les visages déconfits parlent plus que les dialogues fictifs et actions mécaniques qui remplissent l’insignifiance de leur journée. Dans cette proposition où l’acteur retrouve une place centrale, la touche personnelle de Gianfelice Imparato vient à point pour saupoudrer l’ensemble d’un minimalisme scénique où les murs nus et ternes de la cuisine ont des airs de vieux carton jauni, où les assiettes deviennent caisses en plastique et le repas simple jeu de dînette.

La pièce ouvre avec tendresse et amusement la porte de cette maison sicilienne, comme on ouvre une boîte à musique, dont il faut remonter le mécanisme régulièrement, sous peine de voir les personnages se figer dans leur posture et perdre vie instantanément. Quelques notes de musique plus tard, les voilà ranimés, prêts à répéter inlassablement le même rituel, schéma tristement ordonné que même un jour de fête n’a pas réussi à changer. 

Anne CARRON (Lyon)

 
La Festa, de Spiro Scimone
Mise en scène de Gianfelice Imparato assisté de Leonardo Pischedda
Avec Francesco Sframeli, Nicola Rignanese, Spiro Scimone
Scénographie : Sergio Tramonti / Musique : Patrizio Trampetti / Décor : Mekane SRL
Production Compagnia Scimone Sframeli

Spectacle en italien surtitré en français

Du 10 au 12 décembre 2008
Au Théâtre Les Ateliers, 5 rue du Petit David 69002 Lyon

Tél : 04 78 37 46 30

contact@theatrelesateliers-lyon.com / www.theatrelesateliers-lyon.com

 

Photo © DR



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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 15:47
ENTRE CANULAR ET MISE EN ABYME

Inspiré par des essais de Vilèm Flusser ( dont « Les Gestes »), l’événement engendré par Juan Dominguez est de ceux dont on sort irrité ou emballé. Il est basé sur un constat simple : les gestes accomplis ne correspondent pas à ce qui est dit ni même nécessairement à ce qui est vu.

Lorsqu’un public est invité par un créateur à revivre la création d’un spectacle telle qu’elle eut lieu quelques dizaines d’années auparavant, ce public est curieux de comparer le présent avec le passé. Lorsqu’il apprend que ce présent au sein duquel il se trouve, assis face à une scène, est, en réalité (?), un jour de décembre 2038, il commence à se demander où est le vrai, où est le faux et ce qui peut bien distinguer l’un de l’autre.


Il en sera ainsi durant cinquante minutes. C’est-à-dire le temps d’une représentation qui ne cesse de se mettre en abyme puisqu’elle s’avère aussi être l’histoire de la genèse de la pièce, l’autobiographie supposée de l’auteur-narrateur-metteur en scène soi même. C’est une navette incessante entre ce qui se passe, ce qui est dit à propos de ce qui se passe, ce qui est accompli à partir de ce qui se passe et se dit, ce qui se voit et ce qui s’entend, ce qui est vérité et ce qui est affabulation. Et surtout entre l’image de ce que l’on voit et le concret de ce qu’elle était sensée montrer.

Cela paraît probablement très complexe. Mais, puisque tout cela est épicé d’humour, d’autodérision, de gags visuels, de prise de distance tant avec l’espace qu’avec le temps, l’ensemble devient assez vite évident pour ceux qui s’abandonnent, apprécient tel trait d’esprit ou telle pirouette absurde. Les autres ne retiendront sans doute que, une fois le processus entamé, il ne se renouvelle pas de manière suffisamment inventive (hormis la surprise finale) pour qu’ils se sentent concernés alors qu’ils ont la désagréable impression d’avoir été bernés.

Les uns et les autres ont raison. Ce à quoi ils ont assisté dépend en tout et pour tout de leur statut assumé ou non de spectateur incité à s’interroger sur le rôle effectif qu’il joue après avoir payé sa place et s’être installé dans un des fauteuils d’une salle.

Michel VOITURIER (Lille)
 

Vu le 6 décembre 2008 à l’Espace Pier Paolo Pasolini de Valenciennes à l’occasion du festival Next 001 ( www.nextfestival.eu )

Tous les bons artistes de mon âge sont morts
Concept, direction, performance : Juan Dominguez
Inspiré par : Vilèm Flusser (« Les Gestes », éd. Hors Commerce, 1999)
Distribution : Juan Dominguez, figurants en alternance
Musique : A Chorus Line
Traduction : Lucho López

Production : Juan Domínguez - Subsistances, Laboratoire de Création Artistique
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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 15:39
LES HÉRITIERS DÉSHÉRITÉS

Le polonais Teatr Cinema propose des spectacles muets dans lesquels évoluent des personnages aux frontières de l’étrange, du burlesque, de l’absurde. Les gens se croisent, se confrontent un peu, cohabitent mécaniquement, dérégulent le quotidien.

Un ensemble considérable de référents surgit à la vision du spectacle concocté par Zbigniew Szumski, héritier de bien des formes artistiques. Le décor a des réminiscences de Chirico. Les protagonistes laissent un moment planer l’ombre de Francis Bacon, avant de déboucher dans un univers quasiment signé Magritte. Leur comportement s’apparente à celui des héros de films muets comme Buster Keaton, Max Linder ou Harold Lloyd mais aussi à ces silhouettes qui ont hanté le théâtre de Kantor. L’ensemble laisse aussi planer un univers à la Kafka.


Des personnages déambulent dans des lieux vides. Ils passent, repassent, se dépassent, s’espacent. Leurs gestes sont décalés. Aucun mouvement ne semble correspondre à une fonction usuelle. Chacun est à la fois mécanique et impulsif. Souvent il est répétitif, comme un tic, comme un t.o.c. Pourtant rien n’indique que nous sommes chez des malades mentaux.

Les objets eux-mêmes deviennent autres. Leur utilité sort de l’usage commun tout en en conservant une infime parcelle. Ils sont métamorphosés. Ils deviennent rescapés d’une brocante surréaliste. Ils chavirent du côté des jeux d’enfants lorsque ceux-ci changent la dénomination d’une chose, lui affecte une destination à laquelle elle n’était nullement destinée.

Ce qui se déroule ne semble pas inadapté mais différent. Les individus, de noir vêtu, ont des comportements d’êtres en train d’investir des espaces, d’y trouver des repères, d’y installer des présences, les leurs. Néanmoins, personne ne s'établit là où il donnait l’impression d’avoir choisi de s’implanter. Chacun demeure nomade, erratique, déboussolé. Et la sarabande se poursuit sans trouver de réelle évolution.

Les trouvailles corporelles ont beau être innombrables, elles finissent par lasser. Les actions restent sans but perceptible. L’action s’enlise car son fil conducteur est flottant. Alors s’impose l’impression d’un théâtre vieillot, désuet, qui fut, un temps, la marque d’une certaine avant-garde dans les ex-pays de l’Est mais ne surprend plus guère. Cet « Albert Lux », franchement, est éteint.

Michel VOITURIER (Lille)

Vu les 5 et 6 décembre à la rose des Vents de Villeneuve d’Ascq à l’occasion du festival Next 001 ( www.eurofestival.com )

Albert Lux
Mise en scène, scénographie, lumière, son : Zbigniew Szumski
Distribution  : Malgorzata Walas-Antoniello, Pawel Adamski, Wlodzimierz Dyla, Jan Kochanowski, Tadeusz Rybicki, Dariusz Skibinski

Production : Teatr Cinema/Centrum Kultury Teatr Grudziadz.

Photo © DR
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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 01:26
UN AUTEUR MIS EN PIÈCE

Au Volcan, la scène Nationale du Havre, la Compagnie des voyageurs imaginaires nous présente un Kafka au quotidien qui se nourrit des confidences et des écrits de cet auteur majeur du siècle dernier.

Le texte d’Impressions Kafka, nuit d’insomnie est un montage d’extraits variés de l’œuvre de l’auteur : Lettres à Milena, Le Château, Lettres à Felice, Le Journal. L’ensemble concourt à dessiner la figure fascinante de l’écrivain mais aussi à nous placer devant l’énigme d’une vie. Il n’y a pas, on le sait, de grands hommes pour leur valet de chambre. Sauf lorsque le grand homme en question est lui-même le témoin sans complaisance de son existence et qu’il nous décrit ses petites misères d’éternel valétudinaire.

Le spectacle nous donne ainsi à entendre ce Kafka intime, confronté aux rituels pesants de la vie quotidienne, encombré surtout d’un corps malingre et maladif dont il s’obstine à rejeter les désirs inquiétants et les grossiers appétits. L’esprit n’est pas plus apaisé. L’auteur doute de lui-même, d’une œuvre qui s’attache à dépeindre toutes les angoisses de l’homme ordinaire, de l’utilité de poursuivre cet harassant travail d’écriture dont il ne perçoit jamais la fin mais dont il ressent l’impérieuse urgence.

Pour illustrer toutes les contradictions de ce personnage, le spectacle le confronte à une jeune femme aux formes généreuses et aux désirs simples. Ironique invite à vivre ces plaisirs qui effraient l’écrivain, mais aussi présence de la femme dans ses multiples avatars : la mère, la servante ou la courtisane.

Du bon usage des armoires

Les partis pris scéniques d’Ivan Duruz servent ce choix d’un théâtre de l’intimité, fondé si l’on en croit le metteur en scène, sur des informations avérées de la vie de Kafka : la chambre dans l’appartement familial, son plaisir de rameur, sa relation à la nourriture, ses problèmes relationnels et affectifs, ses insomnies ou son manque de confiance. Métonymie de l’enfermement et symbole de la solitude de l’écrivain, le bureau du poète, sa bibliothèque, sa chambre peut-être est signifiée par une armoire où l’acteur (auteur) trouve un salutaire refuge. Sur le plateau, toute une machinerie de poulies dérisoires transporte des messages, des aliments, semblant, pour paraphraser Bergson, "du mécanique esquivant le vivant".

Les deux comédiens affinent sur scène un contraste éclairant, la silhouette noire et étriquée de Kafka s’opposant à la vêture baroque et bariolée de la femme. Les scènes cocasses alternent heureusement avec des moments plus graves. Sans doute, aurait-on aimé un rythme un peu plus soutenu. Il reste que l’ensemble du spectacle évite tout didactisme et qu’il expose intelligemment les diverses facettes d’une vie et d’une œuvre, comme on le faisait dans les opuscules de la collection Seghers. Kafka est bien un poète d’aujourd’hui.

Yoland SIMON (Le Havre)

IMPRESSIONS KAFKA, NUIT D’INSOMNIE

Conception et mise en scène : Yvan Duruz
Interprétation :  Yvan Duruz, Anaïs Le Marchand
Conseil et regard extérieur : Olivier Besson
Scénographie : Edouard Sautai
Création lumière : Maximilien Sautai
Création costume : Pascale Barré
Création sonore : Franck Malet et José Michel
Masque : Jean-Christophe Leforestier
Régie Plateau : Pascal Gibon
Décor : atelier théâtre du Volcan :
Lionel Delaunay, Plilippe Jablonski et Edouard Sautai
Production : Le Volcan Scène nationale du Havre. Coproduction : La Compagnie des voyageurs imaginaires

Représentations au Volcan du Havre  du 13 au 15 novembre puis en tournée.
 

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 01:14

ECHANGES ET MAUVAIS PROCEDES

 

A force de transactions maladroites, Jean finit par perdre tous ses biens. La compagnie du Centre dramatique de La Courneuve s’attache à souligner toute l’ironie du texte de Brecht, parfois un peu trop. Un excès de zèle qui n’empêchera pas d’apprécier cette pièce amère et encore mystérieuse, bien servie par une galerie de comédiens attachants.

 

Jean est un bienheureux. Le ciel, changeant mais toujours beau, le soleil, les amis, même faux, tout cela le contente et suffit à son bonheur. Propriétaire fermier et époux de la douce Jeanne, Jean finira pourtant seul, le nez dans le ruisseau, physiquement dégradé mais le cœur en joie de pouvoir contempler le ciel étoilé.


Cette pièce « neuve » de Bertold Brecht a été découverte il y a une dizaine d’années seulement et est restée inachevée, le jeune auteur s’attelant alors, en 1919, à la rédaction de Baal. Qu’aurait donc dû être la fin de Jean La Chance ? Il est vraisemblable de penser que le calvaire de Jean ne se serait pas arrêté là tant Brecht s’était fait un main plaisir à tourmenter son pauvre personnage, incapable de dire non à tous ceux qui ont essayé de le dépouiller de ses biens. Il y eut d’abord Jeanne, enlevée par le rusé Monsieur Feili en échange du bonheur de sa femme, puis sa ferme, échangée contre deux carrioles de marchands, puis la carriole qui n’avait pas été volée par un soi-disant ami contre un carrousel, puis le carrousel contre Jeanne enceinte… Jean est-il comme un martyr s’abandonnant aux crocs des lions afin de se rapprocher de la révélation divine, ou bien est-il simplement un idiot incapable de voir qu’on le manipule ? La mise en scène de Elisabeth Hölzle fait pencher la balance du côté d’un Jean benêt.


Rats de laboratoires

Ou plutôt d’un Jean La Chance virginal, comme le blanc de son costume, exempt de toute pensée mauvaise et exposé par une main invisible à la cruauté des hommes, comme pour une expérience. La démarche et la diction mécanique de la plupart des personnages vont dans ce sens. Jean, surtout, ressemble à une marionnette, un gendarme qui se laisse battre par Guignol et en redemande. Le décor même ressemble à une table de jeu, d’expérience. Un imposant plateau est posé sur la scène, permettant apparitions et disparitions des personnages sur un axe vertical. La dimension maléfique des individus croisés par Jean pour son malheur est par là renforcée ainsi que l’importance du ciel dans la pièce (figuré par une vidéo-projection), source d’émerveillement continuel pour Jean et de méfiance pour Brecht.

Si la scénographie de Loïc Loeiz Hamon est travaillée et bien utilisée par la mise en mouvements de Elisabeth Hölzl, le choix de renforcer l’effet de distanciation des spectateurs avec la pièce laisse sceptique. L’ironie amère du texte de Brecht est suffisamment puissante pour que l’on ait pas à en rajouter – qui voudrait en effet s’identifier à un personnage comme Jean ? La mécanisation des mouvements et la création d’un personnage, sorte de Mme Loyale en charge de certaines didascalies, semblent alors inutiles.

 

Morgan LE MOULLAC (Paris)


Jean La Chance

De Bertold Brecht

Mise en scène de Elisabeth Hölzle

Décors et costumes de Loïc Loeiz Hamon

Création lumières et régie de Julien Barbazin

Avec : Marc Allgeyer, Damiène Giraud, Maria Gomez, Marion Lécrivain, Stéphanie Liesenfeld, Jean-François Maenner, Jean-Luc Mathevet, Laure Mathis, Jean-Pierre Rouvellat, Grégoire Tachnakian.


Jusqu’au 14 décembre 2008 au Centre culturel de La Courneuve, mercredi, vendredi, samedi à 20h30, jeudi à 19h, dimanche à 16h30.

11, avenue du Général Leclerc, 93120 La Courneuve

Réservations au 01 48 36 11 44

Crédit photo : Loïc Loeiz Hamon

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 00:59
BON SANG DE BONSOIR DE SACRÉ NOM DE DIEU

Un mélange d’arts et de techniques fort divers composent un spectacle hétéroclite qui tient de la performance, du théâtre, de la danse, des variétés. Une parodie éclatée de l’emprise des gourous, stars, vedettes sur la masse consommatrice.

La mise en scène est nonchalante. Les comédiens disent mollement un texte en donnant l’impression qu’ils n’y croient pas. Ils ne témoignent guère d’engagement physique dans l’expression de la parole, comme si l’énergie du corps était indépendante de la fonction langagière de ses organes vocaux. Ils jouent souvent dos au public et comme ils ne se donnent pas toujours la peine d’articuler, bien des répliques deviennent inaudibles. Ils laissent fréquemment une voix off (la leur, enregistrée) dire les phrases à leur place.


Que reste-t-il ? Essentiellement une idée dont on pouvait assurément attendre bien plus que cette représentation étirée en longueur, bourrée d’intentions confuses. Intéressant en soi, en effet, un sujet qui prend le mythe du Christ pour en faire un personnage postmoderne de pseudo-science fiction : séduisant surfeur sportif, chanteur adulé, ressuscité d’un coma profond, politicien en mal de pouvoir, gourou manipulateur.

Autour, une demi-douzaine d’écrans de téléviseurs lancent des images. Elles sont contrepoint de l’action. Elles récusent l’illustration au profit de l’évocation. Ce sont ces vidéos réalisées par Déranlot et Herrault et que l’auteur du texte qualifie assez justement de « post-dadaïstes trash ». Elles ont un intérêt inhérent à leur forme et ont un don de provocation. Elles permettent aussi au spectateur de se distraire lorsqu’il en a assez de ne pas entendre les phrases, de ne pas s’y retrouver au milieu des sauts spatio-temporels de l’histoire.

Michel VOITURIER (Lille)


Vu les 9 et 10 décembre 2008 à l’Espace Pier Paolo Pasolini de Valenciennes à l’occasion du festival eurométropole Next 001 ( www.eurfestival.com )


Fils de D
Texte : Franck Meyrous
Adaptation : Xavier Déranlot
Distribution : Xavier Déranlot, Julien Herrault, Enora Malagré, Jean-Luc Vincent
Lumières : Sophie Lepoutre
Musique : Dan Artus
Création, vidéo : Xavier Déranlot, Julien Herrault


Coproduction : Cie FANADEEP / Paris – Théâtre national de Bretagne /Rennes - Centre de Création Numérique Le Cube Issy les Moulineaux - Espace Pasolini /Valenciennes - Cie Astrakan Daniel Larrieu - la Chartreuse/Villeneuve Lez Avignon
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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 18:19
MUSSET NOTRE CONTEMPORAIN…

Dans cette oeuvre composite où Alfred de Musset laisse plus qu’entrevoir des réminiscences thématiques propres à Shakespeare, Marivaux ou Hoffmann, Fantasio  est par excellence le héros romantique. Tout comme l’Octave des Caprices de Marianne et Lorenzaccio dont il est un petit cousin ès théâtre…Et c’est précisément parce qu’il est ainsi caractérisé et à ce point  daté  qu’il n’en  peut que mieux passer ici pour notre contemporain… Paradoxe faussement  trompeur qui a sans doute incité Gérard Gelas à tenter le pari de monter ce spectacle avec la complicité active de Christophe Alévêque…

Fantasio, jeune bourgeois de Munich, est une sorte de S.D.F. (sans destinée fixe !) qui vit dans l’instant présent  de l’air du temps et des bons vins du Rhin… Poursuivi par ses créanciers, il se réfugie à la cour du Roi de Bavière en prenant la place de Saint Jean, le bouffon qui vient de mourir…  Le Roi de Bavière est un personnage à la Poutine à qui ses sbires apportent régulièrement des mallettes remplies de billets de banque… Pour garantir la paix, le Roi veut donner sa fille, la princesse Elsbeth en mariage au Prince de Mantoue, un parfait benêt qui, venant à la cour, pousse l’imbécilité jusqu’à se faire passer (oh Marivaux !)   pour l’un de ses propres suivants avec qui il a changé de costume….


Fantasio rencontre la princesse, sorte de Carla B-S blafarde  en format réduit qui passe son temps à s’éclater en fumant le narguilé dans sa chambre en compagnie de sa gouvernante.   Pour éviter à la princesse un mariage ridicule, Fantasio ridiculise le Prince de Mantoue en lui enlevant sa perruque. Emprisonné, il sera délivré par la princesse et, ses dettes payées, plutôt que de conserver sa place de bouffon, préfèrera retrouver sa situation antérieure.

Une mise en scène dynamique et chargée de sens…

Ce qui séduit tout d’abord dès le début du spectacle, c’est la scénographie de Daniel Jassogne. Des éléments scéniques à la  Buren striés de lignes verticales… Des costumes presque intemporels à force d’être chronologiquement neutres… Les éclairages font le reste.  La mise en scène dynamique et la direction d’acteurs précise confèrent au spectacle une belle et sobre homogénéité. Dans le rôle titre, Christophe Alévêque se révèle excellent comédien. Il a cette fausse nonchalance gouailleuse, ces intonations et une musicalité  de la voix tout à fait propres à mettre en valeur le texte de Musset, son sens aigüe du dialogue et des réparties. 


Pour mieux inscrire ce personnage de faux bouffon dans notre époque, Christophe Alévêque abandonne à deux ou trois reprises le personnage de Fantasio pour redevenir lui-même, soit le caricaturiste virulent des vrais et sinistres bouffons qui nous gouvernent… Ces parenthèses plus ou moins bien venues car elles brisent quelque peu le rythme sont très bien accueillies par le public qui en oublie alors un peu trop Musset… En revanche, la dernière improvisation qui clôt le spectacle et où Fantasio/Alévêque vitupère contre le Roi de Bavière lui-même, substitut théâtral de tous les puissants d’aujourd’hui,   s’inscrit  dans la progression dramatique avec beaucoup plus de force et de pertinence.

Belle présence scénique du reste de la troupe et notamment, subtile référence à l’univers fantastique hoffmannien, à Jacques Durbec, comédien-mime, qui prête sa silhouette au fantôme de Saint-Jean.

Henri LEPINE (Avignon)


Fantasio, comédie fantaisiste en deux actes et quelques improvisations actuelles, d’après Alfred de Musset.

Mise en scène et lumières : Gérard Gelas
Assistante à la mise en scène : Léa Coulanges
Scénographie, décor et costumes de Daniel Jassogne
Avec Christophe Alévêque, Emmanuelle Brunschwig, Léa Coulanges, Emmanuel Drap, Jacques Durbec, Guillaume Lanson, Damien Rémy, François Santucci, Henri Talau.

Production Chêne Noir.

Théâtre du Chêne Noir, 8Bis, rue Ste Catherine, 84000 Avignon. Du 14 novembre au 7 décembre 2008. Locations au 04 90 82 40 57. www.chenenoir.fr
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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 18:03
LES DOSSIERS DES SPÉCIEUX PÉDOPHILES

Une esthétique de l’horreur pour dénoncer l'infamie et la mauvaise foi des pédophiles. Un spectacle éprouvant et salutaire. Un théâtre au service des droits de l’enfant et de la réflexion des adultes.

On ne sort pas sans dommage de cette représentation conçue par Mikaël Serre. D’autant que tout y est cohérent, même dans la multiplicité des détails. D’autant que le mélange théâtre, vidéo, musique est dense, efficace, sans concessions face à une réalité impitoyable.


L’essentiel, ce sont ces réponses faites sur écran par des interprètes jouant le rôle de pédophiles filmés durant leur interrogatoire. Ces tontons gâcheurs d’enfance expliquent avec un imperturbable aplomb à quel point leurs victimes ne pouvaient être que consentantes, tant ils avaient à cœur le bien être des gosses.

L’écriture de leurs aveux - ou plutôt de leur disculpation - s’aventure dans des méandres langagiers, des réitérations, des détournements de sens, des incursions dans le cru, des circonvolutions vers la fausse pudeur. Le naturel apparent de leur voix rend les témoignages davantage insupportables. Les rapproche aussi des ces émissions où des individus livrent à la caméra des confessions intimes pour téléspectateurs avides de sensationnel, de fange, de déculpabilisation personnelle et s’accoutumant petit à petit à la banalisation des déviances.

Un réel renforcé

En contrepoint, deux comédiennes incarnent un chœur, des enfants, des mères… Elles énumèrent, attestent, inventorient. Aidées par un acteur, complice et maître de cérémonie, elles miment le quotidien. Elles pratiquent au surplus des rituels symboliques comme l’accrochage de mini poupées gonflables en forme de squelettes, la pratique du jeu de fléchettes, l’ensevelissement d’un bébé.

Encagoulés au début, à visage découvert par la suite, les deux musiciens polyvalents créent des climats. Ils utilisent indifféremment le mélodique ou les fulgurances du free jazz. Ils accompagnent sans illustrer ou couvrent les voix jusqu’à les rendre encore plus insoutenables. Ils semblent commenter les faits au moyen d’un langage sonore émotionnel.

Tout s’imbrique. Rien n’est indissociable, y compris les détails dont la signification reste confuse mais dont on pressent qu’ils ne sont nullement gratuits. Chacun, sur scène, se livre à fond, passant de la dérision au tragique, de l’outrance à l’intériorisation. À la salle de recevoir les coups et de cogiter au sujet de sa machinale perception de la violence.

Michel VOITURIER (Lille)

Vu les 4 et 5 décembre à la Rose des vents de Villeneuve d’Ascq à l’occasion du festival eurométropole Next 001 ( www.nextfestival.com ).


Requiem pour un enfant sage
D’après « T’as bougé » de Franz Xaver Kroetz (L’Arche)
Traduction : Pascal-Paul Harang, Mikaël Serre
Conception, mise en scène, vidéo : Mikaël Serre
Assistanat à la mise en scène : Ana Prislan
Distribution : Olav Benestvedt, Sanja Buric, Julie Biereye, Thierry Levaret, Christophe Paou, Elina Lowensohn, Maxence Tual, Jean-Luc Vincent
Dramaturgie : Jean-Luc Vincent
Musique : Sébastien Brun, Nicolas Stéphan
Lumière : Marek Lamprecht

Production : Made in production
Coproduction : La rose des vents (Villeneuve d’Ascq)
 
Photo © Mikaël Serre
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