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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 15:36
VIVRE NAÎTRE TUER MOURIR

À partir des « Trois Sœurs » de Tchekhov, Tentelier mène une expérience théâtrale qui pose sur notre monde des questions fondamentales. Comment et pourquoi vivre si la vie ne nous donne pas des raisons d’exister ?

Cinq comédiens chanteurs, quatre musiciens un peu acteurs, voilà l’équipe (légèrement  différente de celle qui anima « L’Homme le plus normal du monde ») au cœur d’un spectacle atypique. S’y mêlent, contradictoires et néanmoins complémentaires, verbe et musique, mots et gestes, quotidien banal et fantasme, envie de changer et impossibilité de partir, aspiration au bonheur et poids de l’inertie.


Comme au temps de Tchekhov, notre époque est à un tournant de civilisation. Le malaise s’insinue chez beaucoup d’individus privés d’avenir, dérégulés au sein d’un présent incertain qui s’acharne à massacrer les valeurs, à conditionner vers une peur permanente, à entretenir des doutes récurrents. Les personnages imaginés et mis en scène par Frédéric Tentelier sont à la fois les descendants de ceux du dramaturge russe et les enfants des décennies de déliquescence qui suivirent les illusions des sixties.

Le dérisoire des préoccupations des gens (météo, fêtes anniversaires, régime amincissant, nostalgie d’un passé chimérique, accumulation de clichés photographiques…) va de pair avec leur ennui d’exister, avec l’absence de perspectives motivantes, avec leur impuissance au changement, avec le creux de leur réflexion, avec la sensation de l’inutilité de la souffrance.

Un reflet de société


Ce miroir d’époque est présenté au public dans une sorte de faux désordre. Des protagonistes parlent en même temps ; des séquences se succèdent comme à l’impromptu ; des éléments scéniques vont et viennent. La musique se joue en fond sonore mais s’avère aussi présence presque à la manière d’un interlocuteur actif. Les comédiens oublient l’écriture du texte pour le rendre sur le ton spontané du parler de chaque jour. Les chansons – hélas ! en anglais – ne sombrent jamais dans les facilités de la variété.

À quoi bon vivre ? nous disent ces êtres qui nous ressemblent. Écartelés entre désir de vivre et tendance au suicide, ils se bercent de l’illusion de servir à quelque chose, de parvenir à un bonheur radieux. Ils n’ont pas trouvé vraiment de réponses. Et pourtant, eux et nous continuons à être là, à parler pour meubler le silence et la solitude dans un environnement ruiné en réfection.

Michel VOITURIER (Lille)

À la Rose des vents, boulevard van Gogh à Villeneuve d’Ascq du 13 au 17 janvier 2009

Texte, mise en scène, musique : Frédéric Tentelier
Musique : Guillaume Hairaud
Distribution : Aude Denis, Joseph Drouet, Cédric Duhem, Florence Masure,  Marie Pavlus
Musiciens : Marie Éberlé (voix, violoncelle), Geoffrey François (piano), Guilaume Hairaud (voix, guitare), Maud Kauffmann  (soprano, violon)
Lumière : Manuel Bertrand
Son : Martin Hennart

Coproduction : la barque théâtre - La rose des vents, Villeneuve d’Ascq

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13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 14:41
LE POUVOIR INVESTI PAR DES FEMMES

Deux femmes s’affrontent. Toutes deux sont reines. L’une comme l’autre sont au centre de manigances. Elles jouent également d’intrigues, de complots, de manipulations. La tragédie romantique de Schiller, adaptée par Stuart Seide, réfléchit sur les coulisses des pouvoirs politiques.

Lorsqu’un événement de l’Histoire devient une histoire de fiction, la réalité du passé laisse place soit à une anecdote plus ou moins palpitante, soit à une vérité analytique dans laquelle un auteur laisse percer sa réflexion. C’est le cas avec cette adaptation de la pièce de Schiller.


Stuart Seide a pris le parti de la sobriété. Dans un impressionnant dispositif scénique de confinement susceptible de s’ouvrir sur l’horizon, il place les personnages comme des pions sur un échiquier. Il les dispose sur le plateau, au fur et à mesure de l’évolution des situations. Faute d’action – puisque la pièce est d’abord bâtie sur des joutes d’argumentation entre les protagonistes – il visualise des situations et des stratégies.

Face à face, impitoyable affrontement, deux sœurs : Elisabeth 1ère et Mary Stuart. La première s’est engoncée dans un rôle de reine au pouvoir absolu, armure qui la protège au mieux d’un monde aux mains des hommes. La seconde s’est laissée emporter par sa fougue sensuelle et son appétit de vie en se servant des hommes qu’elle séduit. Outre ces mentalités différentes, les circonstances historiques du jeu politique entre Angleterre protestante et France catholique renforcent l’antagonisme des rivales.

Dos à dos et face à face


Ce sont des dualités qui se confrontent. L’omnipotence placée devant la réalité fait fi de l’éthique. La soif de pouvoir est en lutte avec la faim d’un épanouissement personnel. La nécessité de l’état bute contre la compassion. La violence et la mort comme moyens de régler les problèmes effacent l’envie de dialoguer en vue de bénéficier de compromis. L’hypocrisie mâtinée d’arrivisme et de ruse se heurte à la sincérité spontanée des émotions et des sentiments. Tous éléments que l’actualité des relations entre nations, croyances, partis, classes sociales, citoyens ne cesse de rappeler comme étant inhérents à la nature même de l’homme.

Cette succession de conflits historiques, moraux, psychologiques forme la trame d’un drame autant collectif qu’individuel dont l’aboutissement est la solitude absolue. La troupe joue cela avec une certaine raideur classique qui sied assez à l’atmosphère de suspicion hantant les relations entre les êtres. Et si Fogel en Elisabeth reste en deçà, Mozas en Mary met en évidence les contradictions de son héroïne.

Michel VOITURIER (Lille)

Au Théâtre du Nord, salle Roger Salengro, 4 place De Gaulle à Lille jusqu’au 31 janvier 2009, du mardi au dimanche à 20h, sauf dimanche 16h et jeudi 19h (03 20 14 24 24 – www.theatredunord.fr )

En tournée : du 19 au 21 février 2009 au Théâtre National, Promenade des Arts  (Nice)
(33) 4 93 13 90 90 - http://www.tnn.fr ) ; du 3 au 5 mars au Théâtre, 2 place du Théâtre (Namur Belgique) (081 226 026  - www.theatredenamur.be ) - du 28 septembre au 18 octobre au Théâtre Gérard Philipe, 59 Boulevard Jules Guesde   (Saint-Denis) (33(0) 01 48 13 70 00  -www.theatregerardphilipe.com

Mary Stuart
Texte : Friedrich Schiller (éd. La Fontaine, Lille)
Traduction et version scénique : Eberhard Spreng et Stuart Seide
Mise en scène : Stuart Seide assisté de Nora Granovsky
Distribution : Sébastien Amblard (Mortimer), Pierre Barrat (Shrewsbury), Éric Castex (Paulet), Bernard Ferreira (Kent), Cécile Garcia Fogel (Elizabeth 1ère), Jonathan Heckel (Davison), Caroline Mounier, (Kennedy), Océane Mozas (Mary Stuart), Julien Roy (Burleigh), Stanislas Stanic ( Aubespine, Melvil), Vincent Winterhalter (Leicester)
Scénographie : Philippe Marioge
Costumes : Fabienne Varoutsikos
Lumières : Jean-Pascal Pracht
Son : Marco Bretonnière
Maquillage, perruques : Catherine Nicolas
Durée : 2h20

Production :
Théâtre du Nord / Théâtre National Lille Tourcoing Région Nord - Pas-de-Calais

Photo © Pidz
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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 18:51
UN TEMPS DE PÉNITENCE

Autour et au-dedans d’un confessionnal, édicule vedette du spectacle, déambulent, se bousculent, pullulent, gesticulent curés ridicules et pénitents crédules. De quoi émoustiller les curieux avides de croustillant, les partisans de la levée du secret de la confession.

Annoncé comme une émanation de l’ouvrage médiatique de Valentini et Di Meggio, « Sexe au confessionnal », ce spectacle se présente finalement comme un collage hétéroclite de monologues et de petites anecdotes juxtaposées. Annoncé comme dénonçant une certaine hypocrisie judéo-chrétienne, il se contente de caricaturer timidement l’incroyable « Manuel secret des confesseurs » de Monseigneur Bouvier, véritable petit document sociologique.


Dans ce défilé d’hommes de foi qui se sentent aux prises avec la tentation, de financier qui se voit emporté par la tourmente de la faillite du système néolibéral, d’une prostituée envahie de vague à l’âme, il n’y a finalement que cette dernière qui tire son épingle du jeu. Son soliloque apporte un soupçon de sentiment à ce qui ne n’apparaît que comme une sorte de farce un peu vide.

Car malgré la volonté de jouer sur un rythme de comédie burlesque, la gestuelle reste inaboutie, la parole prend le pas sur le visuel. Elle déferle, bavarde, souvent répétitive, serpentant sur les bords de l’humour sans parvenir à devenir réellement drôle. Heureusement, quelques gags bienvenus relancent l’intérêt.

C’est le cas du confessionnal transformé en ascenseur, du curé qui se pend à son étole, des acrobaties bouffonnes d’un abbé, un baratin ecclésiastique forain, une course poursuite circulaire… Le reste manque de corps. Les interprètes demeurent souvent en deçà de l’engagement physique que réclame le comique et leurs répliques tombent plutôt à plat.

Le propos ne parvient pas à devenir véritablement caustique. Il s’éternise aux frontières d’une sorte de café théâtre idéologiquement correct. Il ne se hausse pas jusqu’à une satire féroce des tabous et des conditionnements pratiqués en vue d’une soumission des fidèles. Il puise davantage dans l’actualité éphémère et dans certains poncifs sans atteindre l’universalité de la culpabilité, de l’attirance vers le plaisir et les interdits.

Michel VOITURIER (Lille)

Au Salon de Théâtre, 82 boulevard Gambetta à Tourcoing jusqu’au 18 janvier 2009 à 20h30 du mardi au vendredi, 15h30 et 20h30 le samedi, 15h30 le dimanche.  (00 33 (0)320 27 13 63 – 00 32 (0)56 860 164 - www.lavirgule.com )


Texte : Nicholas Elliott, Dominique Thomas
D’après Le Sexe au confessionnal de Roberto Valentini et Clara Di Meggio (Flammarion, 1992)
Mise en scène : Dominique Thomas assisté de Estelle Boukni
Distribution : Stefano Amori, Nicholas Elliott/Frédéric Barbe, Luca Lomazzi, Stéphanie Matthieu, Dominique Thomas
Musique : Erme Sevindik
Costumes : Léa Drouault
Décor : Dom Tom
Durée : 1h15

Production : Cie DéTé
Coproduction : Cie du grand Boube (L), le Tol (L), La Condition Publique (F)



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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 10:20
UN VAUDEVILLE FLIRTE AVEC LE POLITIQUE

Unique comédie écrite par Sartre, « Nekrassov » vise les manipulations opérées par une presse asservie à la propagande. L’intention est louable. Le résultat contestable.

En pleine guerre froide entre l’Est et l’Ouest, Sartre se lance dans la fabrication d’une comédie destinée à démontrer à quel point la presse, attirée par des tirages en expansion, est susceptible de manipuler l’opinion publique. À l’époque, il s’agit donc pour les journaux du monde dit libre de prendre tous les prétextes pour dénigrer les régimes inspirés par Marx.


Aujourd’hui, avec le recul de l’histoire, il est devenu évident que l’aveuglement de certains partis communistes européens était lui aussi de la mauvaise foi systématique. L’impact est forcément moindre même si les entourloupes éditoriales sont immuables.

Alors, le poids de la forme et le parti pris de la mise en scène pèsent. La pièce, interprétée comme du théâtre de boulevard demeure au niveau de la comédie populiste. Elle est bavarde. Elle use des ficelles coutumières de ce genre : quiproquos, chassés croisés de personnages sensés ne pas se rencontrer,  psychologie élémentaire. L’action l’emporte sur la réflexion.


Les comédiens se donnent avec vigueur. Ils surjouent, accentuent grimaces et gesticulations, poussent la voix, surenchérissent d’effets. Ils accentuent les défauts de l’écriture sartrienne qui se plie jusqu’à se parodier aux lois de ce type de farce à tel point que les protagonistes prennent l’allure de caricatures.

Bien sûr, l’arrière fond reste intéressant et actuel : dictature de la rentabilité, déformations des événements, manœuvres des conseils d’administration, pression des pouvoirs politiques et économiques, primauté de l’émotif sur l’analyse… Mais il demeure en surface. Ce qui est inévitable, même Dario Fo, spécialiste du théâtre social, ne convainc pas toujours lorsque les recettes vaudevillesques l’emportent sur l’engagement progressiste de l’auteur.

Michel VOITURIER (Lille)

Nekrassov
Texte : Jean-Paul Sartre (éd. Gallimard)
Mise en scène : Jean-Paul Tribout
Distribution : Catherine Chevallier , Eric Verdin , Laurent Richard , Jean-Paul Tribout , Jacques Fontanel , Emmanuel Dechartre , Henri Courseaux , Marie-Christine Letort , Xavier Simonin
Décor et accessoires: Amélie Tribout 
Costumes: Aurore Popineau
Lumières: Philippe Lacombe

Production: Sea-Art
Coproduction: Théâtre 14 - Scène et Public

Vu au Théâtre municipal Raymond Devos de Tourcoing (La Virgule) les 18-19 décembre 2008
En tournée : le 23 janvier 2009 au Phénix à Valenciennes (33 (0)3 27 32 32 32) ; le 9 février 2009 au Stadt Theater, Kornhausplatz 20 à Berne (+41 (0) 31 329 51 11); les 18-19 mars au Théâtre des Capucins, place du Théâtre à Luxembourg ( +352 47 96 40 54);  le 20 mars à l’Espace culturel Boris Vian, Esplanade de la République,  Les Ulis  (01.69.29.34.90) ; le mardi 24 mars  au Théâtre Mac-Nab, 37 Av de la République à Vierzon ( ) ; le 26 mars au théâtre Alexandre Dumas, Place André Malraux à Saint-Germain-en-Laye (01 30 87 07 07)

Photo © Lot
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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 21:49
DERIVE DES SENTIMENTS SUR FOND DE CONFLIT

Dans ce diptyque mis en scène par Flavio Polizzy au Théâtre du Hangar de Montpellier courent les bruits de notre monde actuel : ses guerres qui telles des volcans font irruption. Le titre de cette création est tiré du texte de Salah Al Amdani, poète iraquien exilé en France depuis la dictature de Saddam Hussein. C’est un peu l’histoire d’une rencontre...

A travers Un monde qui s’efface, texte de Naomi Wallace, les horreurs d’un combat armé côtoient la poésie arabe contemporaine. Puis on entend la douce mélodie de deux êtres qui tentent de s’inventer un possible dans un présent trempé de blessures, ce sont Les amants de Bagdad, de Jean Reinert.


Au commencement, un décor fait de deux panneaux tapissés d’un crépis blanc, grisâtre par endroit, comme des façades de maisons, semble signifier la ville. L’ombre et la lumière juxtaposées créent un demi couvre-feu. Une cage à oiseaux, des livres et des planches sont placés ça et là, à même le sol.  Dans ce décor nonchalant vient d’abord un homme qui porte affection aux oiseaux : c’est son histoire sentimentale, à lui. Il songe à sa bibliothèque où jusqu’alors, l’Orient et l’Occident se côtoyaient pourtant.

Très vite, il évoque la misère, la pénurie générée par la guerre du Golfe. Dans ce monologue, il parle des êtres chers qui occupent sa mémoire. Peu à peu, le récit du conflit grandit jusqu’à l’ultime description de l’horreur dans les corps mutilés. Alors tout bascule : le passé, le présent et la connaissance. Puis soudain, de ce chaos jaillit la guerre, un enfer, un hurlement.

Enfin, un bruit de fond, celui d’un avion, précède un silence rompu par les cordes d’un Oud. Puis une voix off, assurément celle de Jean Reinert, convoque l’histoire dans un autre contexte : celui de la guerre imminente qui pèse sur Bagdad.

Elle apparaît presque biblique, toute de blanc vêtue : cette étudiante en lettres qui aimera bientôt ce Palestinien. Elle vient avec ses doutes posés sur ses lèvres rouge grenat. Il arrive avec ses interrogations comme autant de possibles largués dans les yeux de sa belle, fardés de khôl. Le récit est fort de mystères et de profondeurs comme le sont les poètes Adonis, Samih al-Quassim et Mamoud Darwich, pour ne citer qu’eux.

Puis des temps ennemis déchirent le ciel, le visage de Georges Bush apparaît dans un livre et la ville hurle à la mort. Pourtant l’amour est si fort que l’hostilité qui l’entoure s’en trouve amoindrie. Ici la guerre n’est même pas un bruit de fond, elle est en eux, gravée par éclats dans leurs angoisses existentielles. Dans ce duo, où jamais les êtres n’entrent dans un dialogue direct, l’histoire de Bagdad déjà aux mains de l’ennemi devient une ombre menacée. Ce diptyque est comme deux feux accolés et contraires où cheminent la vie et la mort. Mais la frontière est fragile : l’amour fantasmé se déchire, il doit fuir pour survivre au conflit. Son idéal n’en est que plus figé dans une réalité cruelle.

Le plus beau, c’est que Flavio Polizzy convertit toute cette réalité sans lourdeur, comme une fresque parcourue par les blessures de temps modernes, où se fait encore entendre la voix off de temps plus anciens. Les comédiens Abder Ouldhaddi et Astrid Cathala n’entrent pas dans le piège d’un lyrisme trop expansif. Ils sont d’autant plus vrais que leur émotion reste toujours contenue dans ce nuage de pudeur que la poésie des textes impose d’elle-même.


Christelle ZAMORA (Montpellier)

 
En tournée en Italie à Turin au « Teâtro Baretti », la compagnie présentera en janvier 2009 : « Aller simple » chroniqué par Rue du Théâtre en novembre 2007 et Bagdad mon amour, diptyque.


Au théâtre du Hangar
Du 14 au 25 octobre 2008

Création au Théâtre du Hangar

Une production de la compagnie Amédée

D’après « Un monde qui s’efface » de Naomi Wallace
Texte français de Dominique Hollie
Les amants de Bagdad de Jean Reinert

Adaptation de Flavio Polizzy
Avec Astrid Cathala et Abder Ouldhaddi



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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 21:42
LE COUPLE COMME UN COMBAT

« L’Occident » est une pièce écrite par Rémi De Vos, auteur dramatique dont le travail d’écriture évoque souvent les questions de lutte et de conscience sociale. Dag Jeanneret a mis en scène ce texte interprété par Stéphanie Marc et Philippe Hottier, la pièce s’est jouée dernièrement au théâtre d’O à Montpellier. Une façon particulière de raconter l’insoutenable dans le couple, ou ailleurs.

Pour mémoire, « Occident c’était aussi un groupuscule d’extrême droite des années 60, des nostalgiques de l’Algérie française et de la collaboration dont le maître à penser était l’écrivain fasciste Robert Brasillach, fusillé à la Libération… » précise Dag Jeanneret.
A ce rappel, s’ajoute le surprenant travail d’écriture que celui mené par Rémi De Vos dans cette pièce si effrayante, qui semble nous poser une question de frontière, de limite. Tous les soirs, un homme rentre soûl chez lui et raconte sa soirée à sa femme. En réalité, il subit un interrogatoire. En toile de fond la société occidentale et ses travers : le racisme, l’indifférence, la violence, la lâcheté, auxquels s’ajoutent la souffrance, la jalousie et la suspicion des personnages.


Au coeur de ce sombre tableau, les deux comédiens interprétant ce duo d’insultes farci de reproches et de provocations verbales est plus qu'éloquent. La mise en scène est sobre, bleue et froide. Le dispositif scénique permet au public de choisir de se placer au plus près du drame.
Deux êtres au physique banal pour leur âge s’affrontent. En vérité, ce couple n’a pas d’âge. Ou plutôt l’interrogation porte sur l’empreinte du temps nécessaire pour en arriver là, c’est-à-dire à ce stade. Rien ne les harmonise, enfin ils ne font rien pour s’arranger. Ces deux là ont bien plus à faire dans la prison névrotique de leurs pulsions.

Elle d’abord : négligée, attentiste, questionne. Un peu comme une mère déchue prise au piège de l’obsession du retour, de l’angoisse de l’absence. Lui est toujours fautif, puis à son tour interrogatif, comme en demande. Il voudrait pourtant se libérer mais il est malgré lui ce chien blessé errant et ordurier : il aboie sans cesse après cette autre, ce miroir.

La question de la chute

Il deviendra au fil des tableaux cet enfant compulsif mendiant l’amour. Il sera tour à tour le bourreau et sa victime piégé par l’insupportable. Elle connaît tout de lui et de ses failles. Surtout, elle sait faire jaillir la haine comme un cri d’amour jeté sur l’impuissance. Il est de ceux qui connaissent l’excessive ivresse, celle qui ronge le plus humain dans l’humain, lui supprime sa liberté. Sa langue laisse retentir de violentes menaces contre ses chaînes. L’amour le ronge. Il le hurle à la mort. Elle en devient sadique. Il en est paranoïaque. Ils sont adroits à laisser cet enfer perdurer. Le disque livre en boucle cette agonie. C’est l’échec.

Il a tout d’un asocial. Elle a tout d’une exclue. Un constat est celui de l’impossible suite, de l’inaccessible fuite. Ils endurent tous les deux leur enfermement. Ce dernier symbolise d’ailleurs pour l’auteur l’essoufflement de l’Occident. Face à tant de noirceur, le rire est une issue : la solution possible. Et ça fonctionne. Voilà une pièce remarquablement jouée parce qu’au fond si difficile à entendre. 

Christelle ZAMORA (Montpellier)



Au théâtre d’O
Les 21, 22, 23, et 24 octobre 2008

Auteur : Rémi DeVos
Distribution et mise en scène : Dag Jeanneret
Avec Stéphanie Marc et Philippe Hottier
Espace scénique et costumes : Cécile Marc
Création Lumières : Christian Pinaud
Régie générale : Jean-Marc Speisser
Régie son : Bertrand Sombsthay
Administration et production : Véronique Do Beloued
Jocelyne Arbona
Production : Cie In Situ (Béziers), associé à Sortie Ouest, Domaine départemental de l’Hérault
Co-production : Théâtre d’O-Conseil général Hérault
Avec le soutien de la région Languedoc-Roussillon
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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 21:20
LE RETOUR DES  ZYGOMATEURS

Ils sont trois et gardois d’origine. Ils écrivent à plusieurs mains les sketches de leurs spectacles. Fondé dans les années quatre vingt dix, le trio s’est retrouvé à Montpellier pour de nouvelles aventures.

Leurs débuts, ils les ont fais à L’Antirouille, un lieu bien connu des montpelliérains noctambules qui a vu naître quelques compagnies de l’improvisation aujourd’hui implantées dans le tissu culturel urbain. C’était il y a maintenant un peu plus de huit ans. Mais après, ils ont "tracé la route" comme on dit.

L’un d’eux n’est autre que Stephane Serna, alias Benoît Labannierre, connu pour avoir notamment joué au Carré Blanc ou au Point Virgule à Paris, avant d’être remarqué par la télévision.  Ce "serial comic" est également auteur de sketches pour Pierre Palmade. Pascal Miralles n’a pas non plus sa langue dans sa poche; son parcours va de l’écriture à la comédie jusqu’à la réalisation. Quant à Jean Chris, lui aussi auteur et comédien, il a écrit et mis en scène plusieurs one man show pour lesquels il a été primé. Déjà trentenaires, ils ont "bien roulé" dira-t-on...

Un peu fous à lier, ces "satyres de l’info" assurément voyeurs ont déjà fais leurs preuves dans une radio locale. Ils envisagent même de créer un journal du genre Le petit rapporteur. Ces sympathiques touche à tout ont tous mis les pieds dans l’audiovisuel, histoire de dire qu’ils n’ont pas peur. Mais c’est surtout ce qu’ils ne craignent pas de dire qui les caractérise. Et ils le prouvent sur scène remarquablement dans le Journal des Zygomateurs qui ponctue « Lol de rire » de leurs commentaires corrosifs. Un spectacle qui porte plutôt bien son nom, enchaînant non stop neuf sketches sur des sujets bien trouvés : paparazzi, illusionniste, "demande en ex-femme"… le tout contrôlé de près par la police des sketches.

Rythmée à souhait, voilà une représentation plutôt bien gaulée. Mordants, rodés à la scène, ces garçons ont une certaine habileté à conduire leur public au rire compulsif. Ce trio exclusivement masculin se produira plus d’un mois au Kawa Théâtre. Il n’y a rien à dire, non, là tout est à voir.

Christelle ZAMORA (Montpellier)

Lol... de Rire
Une création de Stéphane Serna, Jean Chris et Pascal Mirallès alias Les Zygomateurs

Photos Etienne Nicolas
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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 16:14
MÉFIEZ-VOUS DE L’EAU QUI DORT…

Woody Allen n’aime pas ce qui est fluide, lisse, calme et sans aspérités. Riverside Drive ne dé-roge pas à la règle : une histoire prise à contre-courant où la douce rivière devient torrent sans crier gare !

Le Allen du théâtre reste fidèle au Woody du cinéma. La même fantaisie dans les méninges et le goût pour les trios nommés “adultères”. Avec redoutable introspection d’où ses personnages ne res-sortent jamais indemnes. Avec cette savoureuse ironie qu’on lui connaît pour disséquer les compor-tements sociaux, étudier les relations amoureuses et pour toujours faire émerger la face cachée des choses, celle que l’on ne veut pas voir.


C’est ici par la rencontre de deux hommes visiblement aux antipodes que le bouleversement s’opère : Jim, auteur à succès, tiré à quatre épingles, et Fred, vagabond schizophrène, en communication surnaturelle avec l’Empire State Building. Le premier attend sa maîtresse, décidé à mettre un terme à leur relation quand le second apparaît et s’immisce dans la vie de Jim, insinuant que ce dernier lui aurait volé ses idées pour réaliser son dernier film. Alors que Jim se défend de s’être inspiré de cet éberlué, il va pourtant finir par s’en remettre à lui. Face à une redoutable amante dont Jim ne par-vient pas à se dépêtrer, Fred devient l’improbable scénariste de la rupture, la figure d’une créativité libérée qui poussera Jim dans ses retranchements, détruisant son Surmoi envahissant, rangeant bons sentiments et culpabilité au vestiaire.

Un face à face contrasté

Pas facile de tenir la scène pendant plus d’une heure dans un face à face pimenté à la Woody Allen. Au style efficace et savoureux du dramaturge doit répondre verve et emphase des comédiens pour servir le texte à sa juste mesure. Dans sa mise en scène, Vincent Puysségur, qui joue ce Fred loufo-que et inquisiteur, s’y emploie avec succès mais ses acolytes peinent davantage, notamment Ro-maine Friess en femme fatale manipulatrice peu convaincante. Quant au Jim que campe Alain Gan-dy, il marche sur un fil, manquant de basculer dans le sur-jeu à plusieurs reprises.

Difficile de s’imposer face à l’exubérance de ce Fred où la démesure ne cède rien à la caricature. Mais le mérite d'Alain Gandy est de rendre par un juste contraste tout le maniérisme, la réserve et le rationalisme dont se réclame le personnage de Jim. Ainsi, malgré quelques faiblesses, la proposition de Puysségur offre une dualité intéressante et marquée entre les deux personnages masculins, écho direct à l’affrontement des antagonismes choyés par l’auteur.

Anne CARRON (Lyon)


Riverside Drive de Woody Allen par la Compagnie Le Radeau
Mise en scène de Vincent Puysségur
Avec Romaine Friess, Alain Gandy, Vincent Puysségur
Scénographie : Célia Guinemer-Langlois
Lumières : Philippe Andrieux
Univers sonore : Yvan Kaya

La pièce vient de quitter l'affiche du Théâtre des Marronniers, 7 rue des Marronniers 69002 Lyon
Tél : 04 78 37 98 17 / www.theatre-des-marronniers.com

Photo © Eric Bernath

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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 15:33
PROVOCATION CONJUGALE

Les comédiens de la compagnie De Koe font le show pendant plus de deux heures, pour un public manifestement enthousiaste et conquis. Mais ce parti pris de connivence divertissante avec l’auditoire n’évite pourtant pas quelques écueils.

La troupe flamande ouvre les réjouissances avec une scène jonchée de bouteilles et de magazines épars, décor d’une fin de soirée désordonnée où deux couples vont se faire tanguer à coup de substances alcoolisées. Martha et Georges, de retour d’une réception donnée par le père de la jeune femme, attendent l’arrivée de Nick et Honey, couple d’amis venus terminer cette nuit bien arrosée en leur compagnie. Tout commence dans une ambiance bon enfant, presque drôle, facilitée par le sempiternel clin d'oeil aux spectateurs, dont le mécanisme est depuis longtemps rôdé et exploité par les De Koe.


A bien y regarder, le texte d’Edward Albee n’est pas des plus légers et le quatuor en arrive vite à des jeux mesquins et cruels où l’amour, les prétentions, les désirs sont mis à mal avec perfidie et cynisme. Devant la naïveté du jeune couple, les quadragénaires Martha et Georges vont se livrer à un véritable déballage de leur vie conjugale faisant éclater les mensonges et illusions dans lesquels ils s’étaient confortés et y mêler leurs convives par de nombreuses provocations.

Une proposition excentrique

Si l’on pioche dans l’ensemble, on en retire effectivement des éléments de qualité. Quelques procédés bien agencés permettent un décalage burlesque avec cette peinture de décadence sociale. Mais cela ne suffit pas à porter la pièce. Sous prétexte de “bousculer codes et conventions, dans le but bien précis d’en finir avec le maniérisme, le faux sérieux, de débarrasser le théâtre de son pseudo-intellectualisme”, le spectacle se perd dans des artifices plus convenus qu’il n’y paraît : l’adresse au spectateur ou les intermèdes musicaux font ainsi disparaître les personnages derrière les comédiens qui s’exposent à des fantaisies scéniques pas toujours justifiées. On balance ainsi tout au long de la pièce entre étonnement et déception, entre véritable recherche théâtrale et mignardises ostentatoires et superflues.

Toutefois, rien à redire côté acteurs dont le style à mi-chemin entre parole emphatique et discours  désabusé, traduit cette tension caractéristique du théâtre de la compagnie De Koe, entre “être” et “faire comme si”. Une interprétation qui peut d’abord décontenancer mais qui s’affirme au fil de la pièce comme un élément structurant et original de cette proposition.

La compagnie De Koe revisite donc Qui a peur de Virginia Woolf ? sous l’angle du pessimisme joyeux, de la farce sociale, avec une autodérision revendiquée qui peut plaire comme lasser.

Anne CARRON (Lyon)

 
Qui a peur de Virginia Woolf ?, d’Edward Albee
Compagnie De Koe
Avec Natali Broods, Karolien De Beck, Nico Sturm et Peter Van den Eede
Traduction en français : Martine Bom
Mise-en-place : Hanneke Van de Kerkhof
Concept lumière : Jan Goedemé
Concept son : Pol Geusens

Du 9 au 13 décembre 2008
Au Théâtre du Point du Jour, 7 rue des Aqueducs 69005 Lyon

Tél :  04 78 150 180 / www.lepointdujour.fr

 
Photo © Giannina Urmeneta Ottiker

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 11:35
CHANGER POUR AGIR SUR L’AVENIR

Après le succès de ce spectacle à Avignon en 2007, en voici une nouvelle version avec des comédiens belges. Le message reste identique : comment construire aujourd’hui une gauche neuve pour un autre fonctionnement politique.

Ce spectacle est avant tout une démonstration de ce que ne permet pas la télévision. C’est une leçon de réflexion, un débat d’idées qui prend le temps d’aller au fond des choses. Juste le contraire des émissions où les animateurs interrompent sans cesse leurs invités, où les invités trop nombreux se coupent la parole, où personne n’a vraiment le temps de dire la substance de sa pensée.


Depuis le rêve de l’utopie marxiste d’une révolution débouchant sur une société de bien être pour tous, combien de discours et d’événements ont coulé sur l’histoire. Des dérives staliniennes à la chute du mur de Berlin, de la croyance en un libéralisme libérateur à la crise économique du début du XXIe siècle, de la décolonisation aux terrorismes nationalistes et religieux, de l’Occident triomphant à un Orient en pleine expansion, d’une foi dans le progrès à la pollution généralisée…, le monde est devenu autre.

Tout est remis en cause. La correspondance échangée par Vittorio Foa, Miriam Mafai et Alfredo Reichlin est un travail d’interrogations, une tentative de réponses. C’est une démarche d’individus, sensibles, nourris des enthousiasmes engagés de leur jeunesse, déçus ou plutôt en désarroi face aux mutations de société. Ils transmettent une humanité pour qui réfléchir et agir sont deux composants existentiels.

Le constat en découle qui montre qu’il est urgent pour tous, pour les progressistes en particulier, de changer de manière de penser, de cesser de s’enliser dans des pensées de jadis, de bannir les querelles de personnes pour retrouver un cheminement collectif au service de la cité plutôt qu’une course au pouvoir.

Jean-Pierre Vincent a mis en scène trois comédiens belges (Patrizia Berti, Christian Crahay, François Sikivie) pour cette nouvelle version du spectacle. Il les fait jouer dans la simplicité d’une sorte de lecture, dans la sincérité d’un face à face avec le public, sans didactisme, mais en devenant la voix et la présence corporelle d’idées à défendre. L’attention des spectateurs prouve que le choix était judicieux.

Michel VOITURIER (Lille)

Programmé par le Théâtre du Nord dans sa salle L’Idéal, rue des Champs à Tourcoing, du 10 au 19 décembre 2008 ( www.theatredunord.fr )

En tournée : à Bruxelles, au Théâtre Le Public, 64-70 rue Braemt du 6 au 31 janvier 2009 (0800 944 944 – www.theatrelepublic.be ) ; à Charleroi, à l’Eden, 1-3 boulevard jacques Bertrand du 17 au 21 février (071 31 12 12 – www.pba-eden.be )

Le Silence des communistes
Texte : Vittorio Foa, Miriam Mafai, Alfredo Reichlin (éd. L’Arche, 2007)
D’après la version scénique de Luca Ronconi (Turin 2006)
Mise en espace, adaptation : Jean-Pierre Vincent
Distribution : Patrizia Berti, Christian Crahay, François Sikivie
Dramaturgie : Bernard Chartreux
Lumière : Patrick Ortéga
Assistante à la mise en scène : Marine Haulot

Production : Théâtre de Namur [B]

Photo © Guy Focant

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Chronique Fraîche