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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 00:46

UNE VERITE QUI DERANGE

 

Adaptation théâtrale du roman de la jeune auteure niçoise, Claire Legendre, Making of nous fait pénétrer dans l’atelier d’un réalisateur américain sulfureux. Sous des airs de polar new-yorkais, le plateau devient un terrain fantasmagorique idéal pour questionner ce « cinéma-vérité ». Dérangeant et captivant.

 

Créée il y a deux ans par Linda Blanchet, la compagnie Hanna R occupe la scène de la salle Michel Simon du Théâtre National de Nice, pour quelques dates. Soir de « première » dans cette petite salle aux allures d’amphithéâtre.

 


Au cœur de l’intrigue et de la scène, un cadavre. Exquis. C’est celui de la belle actrice Annabella Neva, compagne du réalisateur Caïn Shoeshine, maudit à Hollywood et adulé en Europe. Mais l’enquête menée par le narrateur-journaliste Bastien n’est qu’un prétexte, même s’il reste un personnage-clé pour la compréhension du spectateur. Ce guide au sourire rassurant permet de conserver une certaine distance avec la violence des corps et des peurs qui se jouent sur scène.

 

Cadavre exquis et ambiance lynchéenne

 

Cette violence est savamment construite. Elle vient crescendo occuper l’espace. La mise en scène donne aux personnages l’opportunité unique de continuer à vivre sous les yeux du spectateur alors qu’ils ne sont pas forcément sous les feux des projecteurs.

 

Autre liberté de mise en scène, le récit. Le flash-back ou back-forward chers au cinéma est ici utilisé sur scène par le fait même de la narration. Et peu à peu, cette impression de logique (un cadavre, une enquête à mener) s’estompe, comme dans un film de Lynch. Comme le personnage de l’ingénue Pamela (étonnante Maija Heiskanen) qui s’amuse avec une joie enfantine à malmener le cadavre. La pièce joue avec notre horreur de la mort, du vide de ce corps qui pourrit sous nos yeux.

 

Et le maître de cet univers macabre reste tout au long de la pièce, le réalisateur Caïn Shoeshine. Interprété avec justesse par Frédéric de Goldfiem, ce personnage au charisme mystérieux, et au cynisme sans fond, tisse la toile de notre malaise en utilisant comme arme principale, sa caméra, celle qui révèle la vérité de tous les corps. Cette vérité qui dérange…

 

Laetitia HEURTEAU (Nice)

 

Making of

 

D’après le roman de Claire Legendre

Adaptation Compagnie Hanna R

Mise en scène de Linda Blanchet

Collaboration artistique de Michaël Allibert

Avec Lila Aissaoui, Michaël Allibert, Jonathan Gensburger, Frédéric de Goldfiem, Maija Heskanen, Jacqueline Scalabrini

Lumière d’Alexandre Toscani

Scénographie de Lauréline Bergamasco

Régie plateau : Sauveur Fargione

Régie lumière : Alexandre Toscani

Régie son : Guillaume Pomares

Chef habilleuse : Elisa Octo

Assistante à la mise en scène stagiaire : Tess Tracy

Durée estimée : 1h30

 

Théâtre National de Nice, Promenade des Arts, 06300 Nice

Tel : 04 93 13 90 90

 

Site du TNN : www.tnn.fr

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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 01:01

UN FLORILEGE DE L’HUMAINE CONDITION


On n’aura sans doute jamais fini d’explorer l’œuvre de Victor Hugo dans ses multiples aspects. Du poète à l’auteur dramatique, du romancier à l’homme politique, elle ne cesse de nous présenter d’innombrables facettes. La plus importante peut-être est celle de l’écrivain témoin de son temps mais aussi prophète et démiurge, inventeur d’un monde à venir, un peu meilleur peut-être ?

Le spectacle concocté par le metteur en scène Laurent Ziveri avec la complicité plus qu’active des comédiens magnifiques que sont Olivia Dardenne, Erica Rivolier, Laurent Moreau et Olivier Ranger nous présente plutôt le Victor Hugo spirituel, exalté, féroce même parfois, mais spectateur engagé dans de son époque.   Le XIXème siècle – et l’école romantique – ont été des périodes fertiles en contrastes. Contrastée, l’œuvre de Victor Hugo le fut aussi ô combien ! Les extraits ici présentés dans une mise en scène festive, dynamique et pleine d’énergie, ont composé un spectacle vif et coloré – costumes de Colette Galay et décor de Thierry Costanza très réussis – qui a entraîné l’adhésion sans réserve du public.



Un kaléidoscope théâtral…


Qui dit cabaret dit chansons : il y en eut avec les deux poèmes mis jadis en musique par Georges Brassens : « La Légende de la nonne » et « Gastibelza »… Mais aussi, et jusqu’à la parodie d’une certaine poésie de salon, avec « Si mes vers… » qu’avait mis en musique Reynaldo Hahn…

Le plus grand mérite de ce spectacle est sans nul doute celui d’avoir rendu la parole à un Victor Hugo humoriste jusqu’à la caricature tout en restant un témoin attentif des mœurs du siècle. En témoigne cette pièce rare, en un acte et quatre personnages,  « L’Intervention » écrite en 1866, qui clôture en beauté la représentation. 

On espère revoir bientôt ce « Cabaret Hugo » dont les qualités intrinsèques font qu’il mérite d’être bien davantage diffusé auprès du plus large public.


Henri LEPINE (Avignon)

                                                                                                          

« Cabaret Hugo » - L’Intervention et autres pièces.

Mise en scène : Laurent Ziveri, assisté de Gilles Eiguier.

Interprétation : Olivia Dardenne, Erica Rivolier, Laurent Moreau et Olivier Ranger.

Décor : Thierry Costanza – Costumes : Colette Galay.

Chargée de production : Maud Jacquier – Graphisme : Lionel Metz.

Compagnie Uppercut.

Spectacle présenté au Théâtre du Balcon, les 13 et 14 février 2009.

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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 20:18
D’OBSOLÈTES PETITS BOURGEOIS

Un milieu bourgeois, nanti, suffisant, satisfait de se trouver au-dessus de la masse populaire. Des individus préoccupés par une quête d’amour plus sensuelle que sentimentale dont l’honneur se scandalise s’ils sont trompés par leur partenaire, qu’ils s’efforcent de toute façon de tromper eux-mêmes.

Sacha Guitry, dont pas mal de textes scéniques se nourrissent de sa propre existence, livre une fois de plus le portrait d’une société futile, égotiste, plus apte à jouir de ses privilèges qu’à se construire un bonheur. Il joue, en 1934, les précurseurs en prédisant la fin légale des poursuites judiciaires pour adultère.


Daniel Benoin a tenté de donner un sens sociologique et historique à cette pièce légère. Il l’a assaisonnée de chansons d’époque, de bandes d’actualités filmées où se voit la montée des fascismes européens autant que la volonté populaire d’aller vers un certain progressisme.

Pour accréditer une façon moderne de pratiquer ce théâtre aux thèmes plutôt boulevardiers, il place ses comédiens dans un cinéma agrémenté de canapés qui accueillent certains spectateurs. La disposition de ce mobilier permet un passage fluide et visuellement perceptible d’une salle de projection à un salon, une salle à manger, un bureau, une chambre… Ce qui facilite un découpage des scènes un peu cinématographique.

Une société asociale

Les protagonistes passent le temps en parlottes, émaillées de ces bons mots d’auteur, un rien piquants, assez goguenards, parfois cruels. Ils s’efforcent de cacher ce qu’ils savent afin de sauver les apparences jusqu’au moment où tout se dévoile. Tout cela ressemble à des joutes mondaines avec ce que cela suppose de vain. Même si on imagine certains financiers actuels se conduire avec semblables cynisme et amoralité.

Le jeu reste traditionnel. Il souffre un peu de langueur, étant joué non dans le rythme forcené de la comédie mais dans celui, plus pesant, de l’analyse psychologique. Marie-France Pisier et François Marthouret restent pareils à eux-mêmes. Encore que ce dernier est parvenu à ne jamais se référer au souffle et au ton si caractéristique de l’auteur, y compris dans l’inévitable monologue final que Guitry se réservait comme morceau de bravoure. Reste le domestique, Jacques Bellay, caricaturé à outrance, pour concrétiser les allusions à la situation sociopolitique de l’époque.

Michel VOITURIER (Lille)

Au Théâtre du Nord en sa salle L’Idéal, rue des Champs à Tourcoing du 12 au 15 février 2009
Le nouveau Testament                                             
Texte : Sacha Guitry                                                            
Mise en scène : Daniel benoin assité d’Emmabuelle Duverger                       Décor et lumières : Daniel Benoin                                                                                                                  
Distribution : Jacques Bellay, Gaëlle Boghossian, Denise Chalem, Paul Chariéras, Paulo Correia, François Marthouret, Philippine Pierre-Brossolette, Marie-France Pisier
Costumes : Nathalie Bérard-Benoin et Jean-Pierre Laporte
Production : Théâtre National de Nice
En tournée : du 18 mars au 5 avril 2009, au Théâtre des Amandiers (Nanterre)

Photo © Fraicher Matthey.
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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 00:05
MAI 68 VU DE L’ELYSEE …

Montrer sur scène, dans leur chronologie, les événements de mai 1968 vus du Palais de l’Elysée était une entreprise à risques. Son auteur Jean-Louis Benoit s’y est attelé avec la complicité active des comédiens au Théâtre National de Marseille La Criée. Le résultat est un spectacle à mi-chemin entre le documentaire et une tragi-comédie politique fortement drôle parfois.

C’est à partir du journal de Jacques Foccart que le spectacle a été conçu et écrit… Les événements de mai 68 ne constituent pas réellement en eux-mêmes une tragédie (il n’y a pas eu mort d’homme). Encore moins pour nous, spectateurs, témoins ici des angoisses politico-existentielles à huis clos du groupe dirigeant, les ministres et le général de Gaulle lui-même… tous complètement dépassés, effarés même, par une situation socio-politique sans précédent pour eux…


Les vœux au peuple de France du 31 décembre 1967 ouvrent le spectacle. Il y transparaît déjà une certaine incapacité pour le chef de l’état à appréhender correctement la situation. Jean-Marie Frin campe un De Gaulle contrasté tout à fait crédible. Tour à tour baderne, bourru, mais aussi parfois subtil et, au bout du compte, stratège jusqu’au machiavélisme…

Du document à la comédie quasi burlesque…

Le dispositif scénique est constitué de cinq armoires identiques par lesquelles entrent et sortent les personnages ou dans lesquelles ils se réfugient – aux moments cruciaux de l’insurrection, ces armoires, renversées dans le plus grand désordre, évoqueront au passage et sans ambigüité une barricade au sein même de l’Elysée symboliquement envahi par l’émeute ! Et l'on assiste, au fil des jours, au défilé des ministres : le Premier d’entre eux Georges Pompidou (Laurent Montel), déjà sur la réserve quant à ses relations avec le Président, Christian Fouchet (Luc Tremblais), Pierre Messmer (Dominique Compagnon), et Jacques Foccart lui-même (Arnaud Décarsin) qui, dans son journal ici adapté, s’est décidément attribué le beau rôle…

Tous les acteurs de cette pseudo tragédie du pouvoir, en réalité une comédie qui atteint parfois aux limites du burlesque, font preuve d’un dynamisme réjouissant et de la meilleure justesse… Le spectacle ne manque pas de mouvement, s’achevant même avec une étonnante et cocasse chorégraphie sur la chanson « A bicyclette » interprétée par Yves Montand…

Cet insolite point de vue théâtral qui nous est donné avec ce spectacle a pour mérite de nous rappeler aussi qu’un certain divorce entre le politique et la société ne date pas d’aujourd’hui et qu’il s’agit là, bel et bien peut-être, de la seule vraie tragédie du pouvoir qui contient en elle-même tous les ressorts d’une perspective de dictature.

                                                                                                                  Henri  LEPINE (Avignon)

De Gaulle en mai

Extraits du Journal de l’Elysée de Jacques Foccart (aux Editions Fayard) – Textes organisés par Jean-Louis Benoit.

Mise en scène Jean-Louis Benoît.

Avec Jean-Marie Frin,  Arnaud Décarsin, Luc Tremblais, Laurent Montel, Dominique Compagnon.

Décors : Alain Chambon – Costumes : Marie  Sartoux – Lumières : Sylvio Charlemegne – Son : Aline Loustalot – Conception vidéo : Antoine Benoit – Chorégraphie : Lionel Hoche – Voix : François Cottrelle et Catherine Ruiz.

Production Théâtre National de Marseille La Criée.  Avec l’aide du Fonds de développement de la création théâtrale contemporaine de la SACD.

Photo Brigitte Enguerand

Au Théâtre du Chêne Noir, Avignon, du mercredi 4 au vendredi 6 Février 2009.
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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 11:46
AU PAYS DES AVEUGLES

Le poids des secrets des familles pèse lourdement sur le destin d’un couple et de sa fille. Un idéaliste naïf, roublard ou malade mental se charge d’une croisade impitoyable en faveur de la vérité. Le drame est inévitable d’autant que ce sont les nantis qui manipulent les démunis.

Bien que fort traditionnelle, la réalisation d’Yves Beaunesne avive l’intérêt par un travail remarquable sur la gestuelle et la démarche des personnages, typés chacun au moyen d’un rythme et d’une dégaine corporels particuliers. L’utilisation du décor permet de percevoir l’opposition existant entre le réel quotidien (salon, fumoir, studio photographique-salle à manger) où l’on vit et l’aire des fantasmes (écran peuplé d’ombres fantomatiques, serre clapier-poulailler-volière), ce que les éclairages modulent comme en fondus enchaînés.


À travers une intrigue qui friserait facilement le pur mélo – la pièce date de 1884 -, Ibsen grave le portrait d’êtres aveuglés. Au sens propre d’abord puisque la cécité guette deux protagonistes. Au sens figuré ensuite car il s’agit bien d’humains s’efforçant de vivre en (se) dissimulant leurs réalités. Celle des filiations et de la génétique. Celle des amours passées en conflit potentiel avec les couples au présent. Celle des relations sociales d’une bourgeoisie opulente autant que méprisante et cupide face à une classe moyenne aux prises avec des difficultés économiques. Celle surtout de l’image de soi que chacun se construit en deçà de toute lucidité.

L’idéal faux semblant


Que l’un de ces inconscients décide soudain de dévoiler tous les mensonges, lâchetés, faux-fuyants, subterfuges, illusions… et les apparences s’effritent, se lézardent, se désagrègent dramatiquement. Les manigances d’autrefois laissent place à une manipulation nourrie de l’utopie que toute vérité assumée mène inéluctablement à accroître la grandeur d’âme des êtres.

Ibsen nous mène dans les méandres des conduites. Il étale une vision lucidement pessimiste, éclairée seulement par l’innocence d’une adolescente : pour vivre une existence ordinaire, mieux vaut faire semblant de ne rien voir de ce qui dysfonctionne et de se contenter de rêver un mieux-être sans accomplir d’efforts pour y parvenir.

La Cie de la Chose incertaine livre un travail impeccable. Chaque interprète impose son personnage avec éloquence. À souligner d’une mention pour Rodolphe Congé (Gregers) qui campe un chimérique névrosé, porteur de catastrophes ; pour Géraldine Martineau (Hedvig) dont la gamine pétulante apporte quelque fraîcheur au sein d’un univers glauque ; pour François Loriquet (Hajlmar) photographe indolent, velléitaire endémique aux sautes d’humeurs cycliques.

Michel VOITURIER (Lille)

Au Théâtre du Nord, place De Gaulle du 11 au 21 février 2009 (www.theatredunord.fr)


Texte : Hendrik Ibsen (Actes Sud, Papiers)
Texte français et adaptation : Marion Bernède, Yves Beaunesne
Mise en scène : Yves Beaunesne, assisté de Miquel Oliu Barton, Pauline Thimonnier             
Distribution : Rodophe Congé (Gregers Werle), Brice Cousin (Molvik), Philippe Faure (Docteur Relling), Jean-Claude Frissung (Le négociant Werle), Judith Henry (Gina Ekdal), Isabelle Hurtin (Berthe Soerby), François Loriquet (Hjalmar Ekdal), Géraldine Martineau (Hedvig Ekdal),Fred Ulysse (Le vieil Ekdal)                                                                                                                             
Scénographie : Damien Caille-Perret                                         
Costumes : Patrice Cauchetier            
Lumières : Eric Soyer                                                 
Son : Christophe Séchet                                           
Maquillages : Catherine Saint-Sever
 

Production : Compagnie de la Chose Incertaine

Coproduction : La Coursive, La Rochelle ; Les Gémeaux, Sceaux ; Grand Théâtre de Luxembourg ; L’apostrophe de Cergy-Pontoise ; MC Bourges ; Le Parvis, Tarbes ; Théâtre du Beauvaisis ; CDR, Tours ; Scène Watteau, Nogent-sur-Marne

En tournée : les 27 et 28 février 2009 à Bonlieu (Annecy), du 19 mars au 5 avril aux Gémeaux (Sceaux), les 8 et 9 avril au Théâtre (St-Quentin-en-Yvelines), les 21 et 22 avril au Théâtre (Nîmes), le 28 au Parvis (Tarbes-Ibos), les 14 et 15 mai au Volcan (Le Havre)
 
Photo © Guy Delahaye





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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 09:35
ENTRE CRUAUTÉ ET FASCINATION

Huit êtres en détresse sont rassemblés. Ils tentent désespérément de s’exprimer, d’attirer l’attention d’autrui. Ils se croisent, se touchent, s’affrontent, se rejettent et se cherchent.

Corps de chair désirante, corps perclus, corps souffrants, corps maladroits, corps triomphants, corps écartelés, corps déguisés, corps en vie malgré la mort à venir. Tel est le menu qu’offre Jean-Michel Rabeux. Car c’est un metteur en scène qui a toujours prêté une attention forcenée à l’énergie générée par les corps.


Chez lui, jouer suppose une mise en péril, un défi à dépasser, une précarité à assumer au-delà des notions de beauté-laideur, de jeunesse-vieillesse. Quoi qui se passe sur scène, c’est un engagement. Face à cette priorité, peu importe qu’il n’y ait pas d’histoire racontée rationnellement, chronologiquement, narrativement. Ce qui est montré sont des segments d’existence, des tentatives de présences.

Alors, nus, drapés, travestis, maquillés, désarticulés, élégants, minables, séduisants, repoussants, les individus qui émergent successivement du groupe pour exécuter un numéro justifiant s’ils se situent du côté de l’humanité ou de l’animalité, sont mis à l’encan d’une parade dérisoire.

Un monde précaire et récurrent

Il ne s’agit pas de provoquer la compassion. Pas plus que le mépris. Il s’agit de donner à voir des comportements obsessionnels, compulsifs. Ce(ux) qui défile(nt) expose(nt) des échantillons de conduites. Ce qui est en cause ici, c’est le regard de l’autre, autrement dit le regard que nous portons sur les autres.

Dans un espace délimité par des banderoles bicolores de chantier, les interprètes évoluent. Ils parlent des langues réelles ou inventées. Ils pètent, éructent, accouchent, meurent, ressuscitent, chantent. Un répertoire patchwork joue les pots-pourris de Mouloudji à Dario Moreno via Sheila, Nicoletta, Aznavour, Perret… Ils interprètent du Racine, dansent le tango, font des performances d’acrobate. Ils se confrontent à leur double, concrétisé par des mannequins de vitrine dont certains finissent démantelé, dépecés.

Il résulte de cet ensemble une infinie dérision, une profonde interpellation, un perturbant désarroi. Chacun en sort la mémoire emplie d’images, de sons, de gestes. Et la dérangeante impression de repartir empli de perplexité.

Michel VOITURIER (Lille)

Présenté à la Rose des Vents de Villeneuve d’Ascq du 3 au 7 février 2009.

Le Corps furieux
Conception, mise en scène, scénographie : Jean-Michel Rabeux assité de Sophie Lagier
Distribution : Eléna Ansiferova, Corinne Cicolari, Georges Edmont, Juliette Flipo, Kate France, Marc Mérigot, Laurent Nennig, Franco Senica
Lumière : Jean-Claude Fonkenel

Production : La Cie
Co-Production : MC93 (Seine St-Denis), Bateau feu (Dunkerque), Rose des vents (Villeneuve d’Ascq), Le Maillon (Strasbourg)

En tournée : le mardi 17 février 2009 à 20h30 au Bateau Feu – Scène nationale de Dunkerque
( 03 28 51 40 40 / www.lebateaufeu.com ) ; du 20 au 22 février au Maillon – Théâtre de Strasbourg
(03 88 27 61 81 / www.le-maillon.com ) ; les mercredi 25 et jeudi 26 février au Théâtre Garonne – Toulouse ( 05 62 48 54 77 / www.theatregaronne.com )

Photo © Denis Arlot   

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 23:02
LE DRAMATURGE EN PROIE A SES PERSONNAGES …

Un dramaturge est-il le véritable auteur de ses propres  pièces de théâtre ? N’est-il pas, en vérité, le jouet de ses personnages à venir, lesquels le manipuleraient telle une marionnette ? C’est la question au départ de cette pièce de Matei Visniec, un peu oubliée par son auteur, que vient de présenter la Compagnie « On est pas là pour se faire engueuler » en avant première du Festival Off  2009.

L'écrivain et dramaturge d'origine roumaine Matei Visniec a inscrit sa pièce dans le sillage de Ionesco, de Beckett… et donc de ce théâtre que, vu d’ici, on qualifia peut-être un peu trop vite « de l’absurde »… Ce qui le fit trancher délibérément avec un théâtre traditionnellement et abusivement étiqueté « réaliste », c’est bien cette volonté de battre en brèche les préceptes aristotéliciens, les unités classiques de temps, de lieu et d’action… Voilà un théâtre qui ne veut pas se prendre pour autre chose que ce qu’il est : un espace de jeu, de parole, hors du temps et de l’espace réel et qui pourtant s’inscrit en lui… Un espace que l’on pourrait qualifier dès lors d’onirique, voire surréaliste, car porte parole incontestable d’un inconscient et de ses signes.



Un dramaturge et ses multiples doubles…

Un auteur (Pascal Billon) est assis devant son bureau, en train d’écrire sa nouvelle œuvre. Sans cesse, il est dérangé par une vieille dame inconnue (Sophie Mangin, un peu  jeune pour le rôle) qui arrive pour l’abreuver de reproches et de conseils. D’autres personnages (Laetitia Mazzoleni, Alexis Schweitzer) viennent l’interrompre pour divers motifs dont le plus flagrant est leur condition inconfortable de personnages de théâtre qui n’existent que du fait du bon vouloir de leur inventeur… La situation de l’auteur, pâle transfuge d’un improbable Dieu  phagocyté par sa propre création, tend alors  à se muer en un véritable cauchemar… 

L’espace de jeu est bien délimité. En particulier par une signalisation au sol pour marquer les murs et cloisons d’une construction virtuelle à venir – on pense au film de Lars Von Trier « Dogville ». Les changements – très rapides, voire symboliques – de costumes  se font à vue… Le jeu des interprètes semble être rendu volontairement mécanique, comme au cirque.  Et il est vrai qu’il entre bien dans tout cela une dimension circassienne…

Et il reste, surtout, ce qui fait le fondement même de ce spectacle, un texte magnifique comme on pouvait s’y attendre qui, à lui seul déjà, vaut le déplacement.

Henri LEPINE (Avignon)

La vieille dame qui fabrique 37 cocktails Molotov par jour

Auteur : Matei Visniec
Interprètes : Pascal Billon, Sophie Mangin, Laetitia Mazzoleni, Alexis Schweitzer

Scénographie : Noam Cadestin
Mise en scène : Laetitia Mazzoleni
Création lumière : Sébastien Piron
Musique : Sébum
Créé au Théâtre du Chien qui fume les 22, 23 et 24 janvier 2009, le spectacle sera repris pendant le Festival Off 2009 d'Avignon au Théâtre « le Petit Chien ».

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 22:56
UN GRAND SOUFFLE ROMANTIQUE  ET BAROQUE …

L'adaptation de L’Homme qui rit, dernière grande œuvre d’exil de Victor Hugo, par le Footsbarn Travelling Theater donne un spectacle formidable. On retrouve toute la thématique propre à Hugo et au mouvement romantique, une esthétique reposant sur les contrastes radicaux entre des valeurs contraires : grandeur et  petitesse, sublime et grotesque, beauté et laideur… Tout cela transcendé par une expression théâtrale ouvrant délibérément sur le fantastique…

Délaissant provisoirement son chapiteau, la Compagnie Footsbarn s’est installée sur le plateau du Chêne Noir pour nous donner à voir cette étonnante adaptation théâtrale de l’un des romans les plus ambitieux de Victor Hugo. Et à redécouvrir dans cet « Homme qui rit » l’histoire du héros Gwynplaine, fils d’un pair de la couronne en exil, enlevé dès sa naissance sur l’ordre du roi Jacques II et remis aux Comprachicos, dont la spécialité est la fabrication de phénomènes de foire.


Défiguré, la bouche élargie en un permanent rictus, Gwynplaine, enfant trouvé par une toute jeune fille aveugle, Déa, va devenir en quelque sorte le fils adoptif d’Ursus, un bateleur philosophe solitaire accompagné d’Homo, un loup à l’aspect terriblement humain. 

Du gothique flamboyant !

Certes, le roman d’Hugo est un univers à lui tout seul… On y retrouve toute la thématique du récit gothique. Mais il va sans doute plus loin encore en conférant aux personnages et à tout ce qui les environne une dimension symbolique, voire métaphysique… Epique aussi. Le génie de Victor Hugo est tout entier dans cette œuvre, avec sa richesse et ses excès mêmes…

A cette geste épique qui frôle sans cesse le mélodrame, l’adaptation – ou plus exactement, la transposition – théâtrale par le Footsbarn confère une force d’expression très colorée et contrastée. C’est un théâtre « éclaté », bigarré, dans lequel les décors , les costumes et les masques – le cirque même - jouent un rôle déterminant. Mais aussi la musique et les projections.

Le théâtre dans le théâtre permet ici de briser les codes de la tragédie romantique. La nature cosmopolite des comédiens ajoute encore à cet aspect universel du message hugolien ici magnifiquement transposé.

Henri LEPINE (Avignon)

L’Homme qui rit
Auteur : Victor Hugo – Mise en scène : Le Footsbarn

Avec : Joe Cunningham, Vincent Gracieux, Paddy Hayter, Kasia Klebba, Pawel Paluch, Muriel Piquart, Mas Soegen et Akemi Yamauchi.

Directeur artistique : Paddy Hayter
Scénographie, masques : Fredericka Hayter
Création lumière : Michaël « popoff » Serejnikoff
Création sonore : Bruno Hocquard
Création musicale : Maurice Horsthuis et Kasia Klebba
Décor : Kes Hayter
Projections : Sophie Lascelles
Costumes : Haanna Sjödin
Photos : Jean-Pierre Estournet

En tournée du 6 au 15 février 2009 à Aix en Provence, les 26,27 et 28 février à Uzès (Gard), du 19 au 29 mars à Lille (Nord).

Pour plus de renseignements, cf. le site du FOOTSBARN THEATRE
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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 20:35

TEMOIGNAGE EN FORME D’ORATORIO

Dans le cadre de son cycle de « Lectures en scènes », le Ring Théâtre nous a donné l’occasion de découvrir une œuvre d’une jeune auteur, Magali Jourdan. Une écriture belle et forte  qui relève plus de la poésie, voire de l’oratorio, que du théâtre proprement dit, et  de la volonté de témoigner plutôt que d’établir un véritable dialogue entre des personnages.

Ils sont cinq – deux femmes et trois hommes -  présents devant nous pour témoigner d’un événement sans précédent : la catastrophe de Tchernobyl et ses conséquences,  locales ou éloignées, immédiates ou à venir…  Pas de communication, encore moins de contacts directs entre ces personnages qui jouent comme des voix séparées bien qu’unies dans un même discours en forme d’oratorio. Témoins immédiats – victimes donc – du cataclysme, ils jettent en l’air une parole désespérée, à la mesure de la tragédie qu’ils sont en train de vivre… et qui les tue à petit feu.

Une parole accusatrice…

Cette parole est aussi accusatrice…  Elle remet délibérément en question les propos attendus de la parole officielle. Celle des organismes politiques – politiciens plutôt – et celle des experts – notamment ceux qui, en France, osaient dire que nuage de Tchernobyl s’était arrêté à nos frontières !... – A ces annonces fausses qui se voulaient rassurantes pour une population dont on sait maintenant qu’elle pouvait avoir justement quelques raisons de s’inquiéter, Magali Jourdan, à travers ses personnages, oppose la seule vérité qui doit être prise en compte : la parole poétique et tragique propre à la révolte contre la bien-pensance d’une « science sans conscience » contre laquelle on n’a décidément pas fini de s’élever… 

Les cinq comédiens – Pascal Billon, Marie Pagès, Roland Pichaud, Olivier Ranger et Sophie Rossano – prêtent efficacement leurs voix à ces cinq personnages emblématiques. Laurent Ziveri, metteur en scène invité, a usé très intelligemment de ses prérogatives pour entamer un début de mise en  espace de ce texte  fort et qui pourrait servir de base à une œuvre musicale et chorale qui reste à créer.

Henri LEPINE (Avignon)


« Rosée Blanche » de Magali Jourdan, en présence de l’auteur (lecture en partenariat avec Beaumarchais et la S.A.C.D.) 

Avec Pascal Billon, Marie Pagès, Roland Pichaud, Olivier Ranger et Sophie Rossano.

Metteur en scène invité : Laurent Ziveri.

Le Ring – Cie Salieri-Pagès, rue Louis Pasteur, 84000 Avignon, jeudi 15 janvier 2009 à 20h30.
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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 23:34
RYTHMER DES RÊVES DE GLOIRE

Ce n’est pas une chanson d’amour. Ni une comédie musicale. Ni un opéra. Ni un ballet, pas davantage qu’une pièce de théâtre ou un récital de variétés. Alors, c’est quoi ? C’est tout cela simultanément en un objet théâtral non identifié aux allures expérimentales.

Un plateau en noir et blanc. Une projection de diapositives en noir et blanc. Des costumes blanc et noir, avec parfois la touche colorée d’un accessoire. Et des tas d’allusions au bon vieux cinéma noir et blanc. Tout mise sur l’opposition, la dualité, l’antagonisme.


Au milieu de ce décor, qui imite aussi bien un salon qu’une loge de comédien, deux femmes et un homme chanteurs-danseurs, un musicien. Là vont se succéder des chorégraphies agrémentées de chansons. La trame, qui apparaît dans les paroles des couplets, qui transparaît à travers gestes et attitudes, c’est l’aspiration à passer du statut d’individu anonyme à celui de vedette adulée.

Mais Alain Buffard se complaît dans la richesse de sens que recouvre l’ambiguïté. S’agit-il de femmes frustrées rêvant inlassablement de devenir idoles du public ? S’agit-il au contraire d’anciennes gloires cultivant obsessionnellement la nostalgie d’une gloire passée ? La présence d’un fan, élément essentiel du trio d’interprètes, n’éclaire en rien l'équivoque. Il s’avère tout aussi bien incarner le manipulateur qui fait croire que le but est atteint ou le mélancolique qui compatit au sort de celles qu’il a adora autrefois.

Cette représentation est bourrée d’énergie. Les danses caracolent. Les corps sont tendus et les gestes nerveux. Toute une potentialité de vie charnelle éclate à chaque mouvement. Les voix dynamisent les chansons (heureusement surtitrées en français) empruntées tant à Kurt Weill qu’à Lou Reed, Iggy Pop ou Nina Simone… Il y a là un plaisir évident qui se partage entre danseurs, musicien et public.

La performance est convaincante. Reste qu’une fois passé le plaisir du spectateur, la question se pose de l’intérêt d’une telle démarche. Un peu comme une bulle de savon, faite d’une beauté éphémère dont plus grand-chose ne demeure une fois qu’elle a éclaté.

Michel VOITURIER (Lille)

(Not) a Love Song
Conception  et  scénographie  :  Alain  Buffard
Distribution : Miguel  Gutierrez,  Vera  Mantero,  Claudia  Triozzi,  et  Vincent  Ségal
Adaptation  musicale :  Vincent Ségal
Lumière :  Yves  Godin
Costumes : Yohji  Yamamoto  et  Casey-Vidalenc (Miguel  Gutierrez),   Chanel (Vera  Mantero) , Christian  Lacroix (Claudia  Triozzi),  Casey-Vidalenc (Vincent  Ségal )
Réalisation des fauteuils : Claire Vaysse

Production : PI:ES
Coproduction : Festival  Montpellier  Danse  2007,  Festival  d'Automne à Paris,
Les  Spectacles  vivants  -  Centre  Pompidou,  Centre  chorégraphique  national de
Montpellier  Languedoc-Roussillon  -  programme ReRc,  Centre  de  Développement
Chorégraphique  de  Toulouse  Midi-Pyrénées,  L'échangeur  ­  Fère en  Tardenois,  Tanzquartier  -  Vienne


Photo  ©  Marc  Domage


En tournée : le 6  février au Bateau  Feu  ­  Dunkerque  (F) ; le 21  février au Merlan  ­  Marseille  (F) ; le 24  février au Théâtre ­  Nîmes  (F) ; le 27  février à  La  Passerelle  ­  St  Brieuc  (F) ; le 21  mars au CNCDC  Châteauvallon  ­  Ollioules  (F) ; du 26 au  28  mars au Pavillon  Noir,  Ballet  Preljocaj  ­  Aix-en-Provence  (F) ; les 2 et 3 mai au Centro Cultural de Belém ­  Lisbonne (Pr)

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Chronique Fraîche