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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 21:43
ENTRE PÈRE ET MER

Littoral constitue l’une des pièces phares de l’oeuvre de Wajdi Mouawad. Puissant et dé-paysant, ce texte reflète l’ensemble du théâtre d’un jeune auteur dont l’écriture colorée et imagée ne se lasse pas de nous faire voyager. Aujourd’hui Mouawad revient sur son récit et en signe une mise en scène imprégnée de vie, de poésie et de beauté.

La pièce gravite autour de la figure du père, un père mort et pourtant plus présent que jamais. Son fils Wilfrid découvre dans les affaires personnelles de son géniteur les vestiges d’un récit épistolaire dont les lettres n’ont jamais été envoyées. Il rouvre alors une page de son histoire et rejoint les ter-res de son Liban natal à la recherche d’un lieu de sépulture pour son père. Le jeune homme entame un long chemin de deuil ponctué de multiples rencontres qui le mèneront au terme d’une quête in-time et personnelle.


Mouawad séduit par le dédoublement de la fiction théâtrale qui inclut dans la représentation une grande part d’imaginaire. L’histoire devient le récit d’un réel fantasmé par le personnage central, Wilfrid, dont l’imagination tente en permanence d’adoucir la dure réalité. Refusant d’accepter cette mort brutale, Wilfrid se raccroche à son passé, ressuscite son défunt père et fait surgir les héros de son enfance comme autant de subterfuges pour vaincre ses démons. Entre réalité et songe, sa vie devient le scénario d’une prise de cinéma, dont les différentes séquences font se côtoyer personna-ges authentiques et chimériques, vivants et morts.

Une esthétique remarquable

Wajdi Mouawad parvient sans mal à nous immerger dans son univers grâce à une écriture à la fois vivante, sensible et drôle. Le texte seul réussit à nous transporter dans un monde pittoresque mais la transposition scénique qu’il propose ici lui donne une force supplémentaire : l’auteur-metteur en scène a joint au propos une véritable esthétique visuelle. La représentation se déguste du regard et propose une succession de tableaux où lumière, musique et décors s’imbriquent et se fondent en une parfaite harmonie. Les acteurs évoluent dans cet espace au moyen d’une gestuelle souple, de dépla-cements vifs et alertes, entraînant le spectacle dans un mouvement permanent, dans une aventure chorégraphiée.

Autre élément clé, la peinture, qui revient de manière récurrente habiller cette mise en scène, se fai-sant tantôt eau, terre ou sang. Les acteurs usent sans retenue de cette matière picturale pour impré-gner corps et décors, transformant progressivement l’espace scénique en une sorte de toile expres-sionniste. Ainsi Littoral devient une fresque d’une grande intensité expressive, un spectacle stylisé où se projettent des peurs et des désirs sous forme enchantée.

Anne CARRON (Lyon)


Littoral
Texte et mise en scène - Wajdi Mouawad
Avec Jean Alibert, Tewfik Jallab, Catherine Larochelle, Patrick Le Mauff, Marie-Ève Perron, Lahcen Razzougui, Em-manuel Schwartz, Guillaume Séverac-Schmitz
Assistant à la mise en scène - Alain Roy
Scénographie - Emmanuel Clolus
Lumières - Martin Sirois
Réalisation sonore - Yann France
Costumes - Isabelle Larivière
Maquillages - Angelo Barsetti

Jusqu'au 30 avril 2009
Théâtre des Célestins, 4 rue Charles Dullin 69002 Lyon
Tél. 04 72 77 40 00 / www.celestins-lyon.org

Photo © T. Baron
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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 10:27
NOMMER L'INNOMMABLE…

C’est dans le cadre de ses Lectures en scène, en partenariat avec Beaumarchais et la SACD que le Ring avait entrepris le montage de cette œuvre d’Hugo Paviot. La lecture qui en a été donnée n’était qu’une étape de cette entreprise qui devait se poursuivre jusqu’au prochain Festival d’Avignon. Faute de subventions suffisantes pour mener le projet à son terme, sa réalisation s’arrête là !

On doit le regretter d’autant plus qu’il s’agit d’une œuvre très forte, susceptible de donner lieu à  un événement théâtral riche de signification. La politique culturelle étant ce qu’elle est aujourd’hui, on peut malheureusement s’attendre à d’autres mésaventures de la sorte surtout dans le domaine de la création…

Dans une clinique psychiatrique est soigné Alex (David Arribe), devenu sans raison apparente autiste à l’âge de trente ans… Il est entouré de Delphine (Sophie Stalport), sa compagne, et de Claire (Coralie Trichard), l’assistante sociale de la clinique. Alex tient régulièrement des discours délirants au sujet d’une nouvelle planète qu’il a découverte et qu’il situe dans l’espace avec une précision mathématique. Au milieu du Sahara, une vieille femme (Aïni Iften) chante et psalmodie des paroles quelque peu sibyllines implorant la vengeance de Dieu…

Or, un jour, Alex s’échappe de la clinique… Cet acte est incompréhensible de la part d’un autiste, incapable de la moindre autonomie, précise Claire… Mais Alex est-il réellement autiste ? Il rejoint Delphine qu’il enjoint de l’accompagner dans le désert pour retrouver le seul endroit d’où il pourra voir sa planète… Dans le même temps, Claire a découvert le journal d’Alex
Un puzzle théâtral métaphorique et psychanalytique…

Au désert, la pièce joue délibérément avec l’espace-temps virtuel du théâtre permettant aux personnages de se rencontrer et de dialoguer, donnant ainsi à l’œuvre la forme d’un puzzle métaphorique qu’il faut construire tout en déconstruisant le discours initial d’Alex, discours dont le terrible sens caché enfin découvert par Claire à la lecture du journal contient toute la vérité jusqu’ici innommable… On ne saurait la révéler ici pour ne pas déflorer une découverte ultérieure de l’œuvre…  Néanmoins, il y est question de guerre, de guerre coloniale dans ce qu’elle a de plus abject, mais aussi de guerre intime, individuelle, dans laquelle les pulsions de mort se donnent libre cours…

Au cours de ce qui n’était pourtant qu’une lecture, David Arribe parvient à nous bouleverser par le mimétisme voulu ou parfois subi qu’il opère avec le personnage d’Alex. Coralie Trichard et Sophie Stalport sont tout à fait convaincantes dans les deux personnages féminins qui l’accompagnent dans son odyssée initiatique.

                        Henri LEPINE (Avignon)

« Les culs de plomb » de Hugo Paviot
Lecture par David Arribe, Aïni Iften, Sophie Stalport et Coralie Trichard
Metteur en scène : Marie Pagès
Le Ring Théâtre, jeudi 23 avril à 20h30.
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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 10:16
UN CASTELET POUR ENFANTS GRANDS

Plasticien et auteur, Patrick Corillon a conçu un spectacle dans lequel les marionnettes sont des tringles, des tissus et des mots. Il conte à sa manière l'existence d'un personnage en quête de son propre langage.


ParParti de la légende d'un théâtre de marionnettes, Corillon raconte comment, après avoir brûlé son matériel pour se chauffer, un marionnettiste en vint à remplacer ses pantins par leur tringle et continua à captiver ses spectateurs. Puis, suite à une censure conséquente à la guerre, remplaça le texte dit par des mots écrits sur des draps.


Le père mort, son fils décide de ne reprendre le théâtre que s'il trouve ses mots à lui. Il signe un pacte avec le Diable et part en quête d'un langage. S'ensuit un périple initiatique que narre une conteuse à la voix un peu monocorde tandis que le « Théâtre du Silence » prend possession du castelet avec ses éléments visuels.

C'est là qu'intervient le plasticien. Caché en coulisses, il manipule une machinerie complexe dont les effets sont néanmoins épurés. Des tringles apparaissent et disparaissent. Des rideaux montent ou descendent, se superposent ou se succèdent.

Des lettres surgissent, des phrases se forment et se transforment


Tout est graphique. À commencer par le livre que lit la narratrice dont les pages sont elles aussi à transformations : déploiement en accordéon, extensions, repliements. La scène est réduite à une fenêtre lumineuse dont la présence évoque la télé ou le ciné mais dynamisée par la réalité des métamorphoses réalisées à vue.

La typographie s'affole. Des formes surgissent, tournoient, sillonnent, profitent de trouvailles optiques. Des déroulants s'exclament, expliquent, surprennent. Des signes prennent sens à la manière d'idéogrammes ou de pictogrammes. Les vocables révèlent leurs signifiés. Des ressorts provoquent des apparitions. Tout est mouvant, fluide, bourré d'inventivité et ne doit rien aux technologies sophistiquées actuelles.

Une bonne part du charme vient de là. C'est du bricolage mais un bricolage génial mis en valeur par les éclairages et soutenu par une bande son dont le piano émet des sons très contemporains tout en ne supprimant pas le mélodique.



Michel VOITURIER (Bruxelles)


Présenté au BPS22 à Charleroi les 20, 21 et 28 mars 2009


La Meuse obscure
Texte: Patrick Corillon (éd. MeMo)
Conception, scénographie, manipulations : Petrick Corillon
Jeu et aide à la mise en scène : Dominique Roodthooft
Narratrice : Johanna Korthals
Lumière : Joël Bosmans
Son : Pierre Kissling
Musiques: Bartok, Ligeti...



Production : Le Corridor

Coproduction : Théâtre de la Place (Liège); Scène Nationale du Granit (Belfort)



En tournée : les 8 et 9 mai 2009 à la Fabrique de Théâtre, 128 rue de l'Indusrie à La Bouverie (065/61.34.60) ; les 23 et 24 avril au MAC's, rue Ste-Louise à Hornu ( 065 80 01 36) ; du 8 au 28 juillet, à 11h au Théâtre des Doms, 1bis rue des Escaliers Ste-Anne à Avignon (33 (0)4 90 14 07 99 - www.lesdoms.be)





Photo (c) Herman Sorgeloos


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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 19:36
UNE DESCENTE AUX ENFERS

Qu'elle est fragile la barrière entre le soi-disant civilisé et le barbare ! Et que le vernis des bons usages est de piètre qualité… Un face à face en lieu clos le montre une fois encore.

C'est dans une ambiance gris métallisé, blafarde, que le public est plongé. "Plongé" est le mot, nous sommes dans un abri anti-atomique souterrain. S'y trouvent deux jeunes gens livrés à eux-mêmes dans un infernal huis clos.


Mark et Louise, deux collègues de travail, ont échappé à une attaque (terroriste? nucléaire?) alors qu'ils se trouvaient dans un pub. C'est du moins ce que lui prétend car elle n'en a aucun souvenir, alors qu'il l'a sauvée et ramenée dans l'abri jouxtant son appartement qu'en jeune homme prévoyant Mark avait aménagé et pourvu en nourriture spartiate. Donc il raconte : l'explosion, son sauvetage, la catastrophe humaine en surface et le danger de seulement penser à y retourner.

Mark est un jeune assez conventionnel, mal dans sa peau, alors que Louise
serait plutôt du genre déluré. L'un aimait, admirait, désirait, et maintenant plus que jamais…l'autre ne partage pas du tout ces sentiments.
Dans cette sorte de bulle intime Mark va prendre sa revanche des brimades
passées, réelles, ou qu'il a imaginées et c'est là que d'affrontements en affrontements, ils connaîtront le pire… Un épilogue assez déroutant achèvera le malaise, l'angoisse, par rapport à l'éternelle interrogation : "mais qui est l'Autre ?".


La légendaire peur post cataclysmique des survivants…


Ce n'est pas le véritable sujet de la pièce bien qu'elle la fasse démarrer dans un climat d'emblée oppressant qui ne fera que s'accentuer. D'autres peurs surgiront, plus insidieuses : la peur de l'autre, de la manipulation et des jeux de pouvoir, de la séquestration.

Le metteur en scène Georges Lini a choisi une option très "actor's studio", allant droit à l'essentiel. C'est, dans une simplicité extrême et un dispositif en face à face pour les spectateurs, un jeu terriblement présent, réaliste, des deux comédiens - France Bastoen et Vincent Lécuyer - à l'égal talent. Une cruelle épreuve sera partagée par tous et fera s'interroger les uns et les autres sur le monstre tapi en tout être humain… peut-être.

Dennis Kelly est un jeune dramaturge anglais encore peu connu en francophonie, alors qu'il traite essentiellement de sujets d'actualité. Il s'agit ici de sa troisième pièce. Ce fureteur avisé qu'est Georges Lini a déniché un auteur dont il est à parier que l'on reparlera.

Suzane VANINA (Bruxelles)


"Après la fin" de Dennis Kelly ("After the End", créée à Londres en 2005)
traduction de Fanny Britt

Mise en scène : Georges Lini assisté de Xavier Mailleux
Interprétation : France Bastoen, Vincent Lécuyer

Coproduction: Zone Urbaine Théâtre/Atelier 210

Au 210, du 24 mars au 4 avril 2009, 20 h 30 – Tél : +32(0)2.732.25.98

www.atelier210.be
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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 19:07
FUIR CE MONDE CRUEL

Ce sont les échanges et les secrets de famille dans un bien étrange trio que relate cette création où le drame est latent sous l'emballage glamour…
 
Ludovic est - lui a t-on dit et il le croit - un extraterrestre, par son père. Jugeant sa mission d'envoyé spécial sur terre terminée, il voudra rejoindre ce père sublimé. Sa mère quant à elle, vit dans l'univers d'un conte pour enfants. Une jolie autant qu'énigmatique petite personne nommée Cendre fera irruption dans le monde clos de cette cellule monoparentale, provoquant le Destin, à moins qu'elle ne le représente….



Surprenant mélange qui fait que, d'une part, pour construire le personnage de Ludovic, l'auteur s'est inspiré d'un fait de société, objet jadis d'un reportage de l'émission Strip-tease. "La Soucoupe et le Poulet" montrait un Jean-Claude de cinquante ans, couvé par sa mère, construisant une soucoupe volante dans son jardin : deux personnes déconnectées de la réalité. D'autre part, c'est dans le merveilleux qu'il installe la Mère (sans nom), en complète immersion…

Il n'est pas nécessaire, bien sûr, d'avoir lu le roman-culte de l'Américain Frank Baum : « Le Magicien d'Oz »(1899), ou vu le film de Victor Fleming avec Judy Garland (1939) pour suivre l'histoire de cet ado attardé, surprotégé  par une mère possessive atteinte de folie douce, droguée aux médicaments. Mais les références et allusions (y compris musicales et dansées) sont cependant si claires et nombreuses que l'on risquerait alors de perdrr un peu de compréhension des enjeux.


Cette mère se prend à la fois et tour à tour pour une bonne fée et pour la fillette Dorothy, héroïne du conte, enlevée par un cyclone avec son chien Toto… nom que la mère donne à son fils ! Il n'est pas inutile non plus de savoir qu'elle ne pleure pas sur un simple nain de jardin brisé mais sur un Munchkin, personnage vivant et réel pour elle…À force d'identification, ce n'est pas, à la fin, se retrouver gentiment chez elle au Kansas natal mais c'est plonger dans l'aveu le plus terrible qui parachèvera sa folie, avant, encore durant un moment, l'illusion d'être star dans un final hollywoodien.

Ce pourrait être kitch, c'est magistral !

Thierry Janssen est à la fois l'auteur et le personnage principal de sa pièce dont il a voulu confier la mise en scène à un autre comédien-auteur-metteur en scène, Guy Theunissen, pour plus de liberté de jeu mais aussi pour bénéficier d'un regard neuf. Apports précieux également, et  cela d'autant que les différentes scènes se déroulent dans des lieux très différents, Vincent Lemaire, le scénographe, et Laurent Kaye l'éclairagiste pour créer un décor qui sait magiquement se transformer et mettre en valeur des costumes, référents eux aussi.

Les trois personnages que Thierry Janssen a imaginés sont pitoyables et effrayants, poétiques et dramatiques, touchants en tout cas, et le trio d'acteurs les sert de la meilleure manière : Jo Deseure, la Mère et Erika Sainte, Cendre.

On peut voir encore dans "Facteur Humain" une métaphore de notre aspiration à tous d'échapper au quotidien décevant  et de partir vers un Ailleurs meilleur. À la façon de Ludovic, s'envoler dans les étoiles, "over the rainbow", ou par la "route de briques jaunes" en se réfugiant dans l'imaginaire du Pays d'Oz… À moins que, par une autoroute virtuelle plus actuelle, il suffise d'atteindre les mondes nouveaux que la technologie invente et nous offre, chez nous…

Suzane VANINA (Bruxelles)


"Facteur Humain"
Texte : Thierry Janssen (éditions Lansman)
Mise en scène : Guy Theunissen assisté de Mathilde Schennen
Scénographie, costumes : Vincent Lemaire
Interprétation : Jo Deseure, Thierry Janssen, Erika Sainte
Lumière : Laurent Kaye
Création sonore, vidéo : Sébastien Fernandez
Chorégraphie : Fanny Roy

Création et coproduction Théâtre le Public/La Maison Ephémère au Public  du 25 mars au 25 avril 2009, 20 h 30 – www.theatrelepublic.be

Photo © Cassandre Sturbois

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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 19:01
CORPS OUVERT SUR L’AVENIR

Michèle Noiret danse, seule contre l’insoutenable ironie d’un monde qui oublie son essence.  Sa présence théâtrale et précise est dupliquée par d’énormes écrans, tandis que sons et lumières répondent à son corps…La chorégraphe et interprète associée au National nous offre une vision, un constat froid transcendé par l’art de la précision et du non-dit.

Sur une immense scène aussi froide que nos technologies, un corps de femme révèle. Il dit la maîtrise et l’intelligence du mouvement au service de l’imaginaire. Il vibre à travers musique et lumières, dans une communication parfaite qui nous livre une seule forme, que l’on sent nourrie simultanément de l’art de notre chorégraphe de renom, mais aussi de Todor Todoroff et Xavier Lauwers.


L’artiste n’est pas nombriliste : ses techniciens sont avec elle ; son mal-être n’est pas personnel : c’est celui de notre monde. Avec une portée sonore excellente, le mélange de passages textuels , de musique originale et de septième symphonie de Beethoven fond en elle, et nous partageons cette « épouvantable épidémie ». Les mouvements sont saccadés, mais d’une précision jusqu’au bout des mains. Mains qui se raccrochent aux murs d’un long tunnel…Pieds qui se débattent pour fuir ou exister…Visage qui se parle, nous parle.

Danse-cinéma

Les écrans nous renvoient l’image d’un corps en feu, flammes qui ne sont pas tant celles de la féminité que d’un message. Serons-nous éternellement indifférents à la mort des abeilles, à la fin du règne de la nature, au fracas des mots comme « tsunami » ou « Katrina » ?
L’interprète suit ses pulsions, déverse son énergie sur le monde, et s’aide de tous les artifices techniques, qui laisseront froids les dissidents du mélange des genres…Théâtre, danse, ou cinéma ? Qu’importe, puisque l’homme reste au centre de la création et de son devenir, et c’est ce qui nous touche. Car personne n’est innocent. Ni coupable.

Julie Lemaire (Bruxelles)


Du 24 au 28 mars 2009 au Théâtre National (www.theatrenational.be)
Demain
Ecriture scénique, chorégraphie et interprétation Michèle Noiret
Assistantes à la chorégraphie : Lise Vachon, Dominique Godderis
Compositions musicales originales :Todor Todoroff, Stevie Wishart 
Musique : Beethoven, 7ème symphonie, 2ème mouvement
Image vidéo : Aliocha van der Avoort
Scénographie et costumes : Alain Lagarde
Collaboration textes / scénique : Mathias Jung
Lumières : Xavier Lauwers
Assistant à la création lumières : Marc Lhommel
Directeur technique : Christian Halkin
Régie lumière : Marc Lhommel
Ingénieur du son : Jarek Frankowski
Régie vidéo : Yves Pezet
Régie plateau : Christophe Blacha
Construction des décors et confection des costumes : Atelier du Théâtre National de la Communauté française
Conseiller artistique : Pascal Chabot


Coproduction : Théâtre National de la Communauté française, La Filature- Mulhouse, Charleroi/Danses, L’Atelier du Rhin-Colmar - Réalisé avec l’aide du Ministère de la Communauté française, Service de la Danse

En tournée: le 16 avril 2009 à la Filature (Mulhouse ; www.lafilature.org);
le 17 novembre 2009 à la biennale Charleroi-Danses
(www.charleroi-danses.be)

Photo (c) Sergine Laloux

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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 21:06
UN JEU D’HUMOUR ET DE BAZAR

Avec Raskine à la mise en scène, rien n’est jamais banal. Il a l’art de donner à ce qu’il monte une conception qui permet au spectateur de découvrir une œuvre autrement. Tonique assurément quand il s’agit d’une pièce archiconnue comme celle de Marivaux.

Le décor, avec présence des comédiens dès l’entrée du public, est un peu bazar. Quelques canapés recouverts d’une housse en plastique, des tableaux dressés contre un mur, un ordinateur portable, un aspirateur… Cet environnement ne respecte pas les codes de l’époque ni du théâtre traditionnel, mêlant l’ancien et le contemporain, un vrai faux rideau rouge et un plateau ouvert sur la salle, des accessoires de jeu et des incursions en coulisses.


Il y aura donc incessante fluctuation entre interprètes et personnages, fiction et réalité, temps réel et temps historique, acteurs et techniciens. La fin, surprenante, démontrera qu’une fois la représentation terminée, les acteurs redeviennent des travailleurs ayant fini leur boulot et repartant chacun vers sa vie privée quotidienne, habité par des humeurs bien éloignées des protagonistes qu’il incarnait.

La richesse inventive de ces mises en abîme continuelles donne un poids particulier aux situations originelles de la comédie. Elles deviennent l’illustration même de ce qu’est l’art du théâtre. Ceux qui sont en train de regarder ceux qui se dissimulent sous des identités d’emprunt sont le public attentif des histrions costumés et grimés exactement comme les abonnés assis dans leur fauteuil prennent plaisir à ce qui se passe sur les planches et sous les projecteurs.

Humour et questionnement


Sans doute le parti pris de Raskine a-t-il l’inconvénient que les dialogues, distillés, abandonnent le rythme du marivaudage au profit d’une lenteur permettant l’observation quasi scientifique d’êtres occupés à se leurrer les uns les autres. L’intrigue classique utilisée par l’auteur passe au second plan. Elle devient un jeu social, coloré d’humour distancié.

Chaque être est désormais celui qui cherche à duper, qui y prend plaisir même lorsqu’il s’aperçoit avoir lui-même été dupe. Le pouvoir des mots entre en compétition avec l’analyse des yeux. Les paroles manipulent l’esprit rationnel. Les apparences vestimentaires et gestuelles interpellent et suscitent des réactions critiques. Mais les sentiments viennent brouiller la perception, affaiblir la lucidité.

C’est d’autant plus convaincant que Raskine n’a pas pris des jeunes premiers pour jouer les amoureux mais – si l’on peut dire – des vieux premiers. La maturité de leur âge donne une tonalité particulière aux personnages jouant les jeux de la séduction. Il ne s’agit donc plus de la fougue de la jeunesse mais bien de stratégie de personnes d’expérience. D’où l’aspect si pas tragique mais désespéré de cette comédie intemporelle.

Michel VOITURIER (Lille)

 
Mise en scène Michel Raskine assisté d’Olivier Rey
Distribution : Stéphane Bernard, Christine Brotons, Jean-Louis Delorme, Christian Drillaud, Marief Guittier, Guy Naigeon, Michel Raskine
Scénographie : Stéphanie Mathieu
Costumes : Josy Lopez
Lumières : Julien Louisgrand

Co-production : Théâtre de Sartrouville (Sartrouville) Comédie de Valence (Valence) Théâtre des Deux Rives (Rouen) La Rose des Vents Le Bateau Feu (Dunkerque) (Villeneuve-d'Ascq) Le Granit (Belfort)

En tournée : du 31 mars 2009 au 3 avril 2009 au Théâtre de Sartrouville ; du 21 au 23 Avril au Théâtre de la Ville à Valence

Photo © Michel Cavalca


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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 09:59
IDÉOLOGIE GLAÇANTE

Lars Noren jette un “froid” sur cette oeuvre radicale, et propose ainsi un titre emblématique pour un sujet irritant et corrosif qu’il a figé dans une écriture percutante et sans détours.

Simon Delétang, jeune metteur en scène et désormais co-directeur du Théâtre les Ateliers, a trouvé dans l’écriture de l’auteur suédois une nouvelle occasion de nous prouver son talent. Avec un Shopping and Fucking déjà convaincant en 2007, il revient aujourd’hui plus aguerri encore pour cette nouvelle plongée dans un univers théâtral contemporain, cru, acerbe et dérangeant. Nous retrouvons alors sa façon particulière de mêler à la dureté du propos, une esthétique et une sensibilité qui lui sont propres.


La pièce de Lars Noren traite de nationalisme, de racisme et dépeint sans fausse pudeur la cruauté et l’intolérance des idéaux nazis de trois lycéens suédois, vêtus comme des skinheads et arborant avec fierté le salut hitlérien. Le texte ne s’en tient cependant pas à la véhémence du discours idéologique - ici clairement revendiqué - mais interroge les processus qui mènent jusqu’au passage à l’acte, concrétisé par la mort de Karl, le camarade de classe coréen. Dans cette confrontation des idées, des corps, des “races”, rien ne nous est épargné. Le spectacle, dans son fond comme dans sa forme devient alors fascinant et terrifiant.

Le contraste des extrêmes

De ces trois bouches clamant à l’unisson la primauté de la race blanche se dégagent pourtant trois caractères bien distincts, joués par des comédiens étonnants et inattendus. François Rabette, aussi troublant que le Dereck Vinyard (Edward Norton) d’American History X, est un Keith révolté et insidieux, hargneux et déterminé. François Godart se donne sans retenue au personnage d’Anders, le suiveur impulsif et cynique. Mathieu Besnier, offre la dangereuse innocence juvénile d’Ismaël qui trouve refuge dans la force du groupe. Il nous livre la dernière image de la pièce, celle de la culpabilité et nous impose ainsi le dernier temps d’introspection face au cadavre de Karl. Ce Karl, servi par un Thomas Poulard très expressif, malgré le masque figé dont son visage est couvert, nous touche par sa douce résignation, par sa révoltante impuissance.

Le face à face théâtral est d’autant plus périlleux que se décèlent derrière l’horreur du discours extrémiste des caractères attachants. Cette complexité donne une réelle dimension à la pièce qui semble avancer vers une compréhension progressive des interlocuteurs alors même que la tension va crescendo. De ce texte épineux, de ces aspérités, Simon Delétang n’a rien poli. Il ose toutefois quelques digressions, plus légères, et ménage ainsi des temps d’arrêt, qui agissent conjointement sur les champs de notre réflexion et de nos émotions.

En effet, la réussite de cette mise en scène tient pour l’essentiel à la faculté d’avoir subtilement manié les contrastes, de les avoir exaltés par les choix visuels et sonores. La musique notamment, nous fait passer de la violence du RAC (Rock anti-communiste) et du punk à la douceur du piano, figeant ainsi de temps à autre la violence de l’action pour ouvrir de réelles pauses cathartiques au spectateur. Déconcerté, secoué ou touché, on ne repart pas de la salle comme on y est entré.

Anne CARRON (Lyon)


Froid de Lars Noren
Mise en scène Simon Delétang
Avec Mathieu Besnier, François Godart, Thomas Poulard, François Rabette
Scénographie : Daniel Fayet
Lumières : Thomas Chazalon
Son : Nicolas Lespagnol-Rizzi

Du 12 mars au 3 avril 2009
Au Théâtre les Ateliers, 5 rue du Petit David 69002 Lyon 
Tél : 04 78 37 46 30 / www.theatrelesateliers-lyon.com

Photo © DR



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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 17:53
ACTUALITÉ DE LA BÊTISE ET DES MASSACRES

Esther Mollo a pris la farce de Jarry pour la traiter librement en l’insérant dans l’histoire contemporaine et son utilisation des medias. Notre monde, plus que jamais, est devenu ubuesque.

Esthétiquement passionnante et vocalement décevante, la réalisation d’Esther Mollo prend le parti de l’image, qu’elle soit vidéo, chorégraphique, corporelle. Cela fourmille de trouvailles visuelles, d’éléments scéniques qui émoustillent l’attention et stimulent la perception.


Les medias sont plus que jamais à la merci d’un tyran, d’un génocidaire voire d’un simple autocrate drapé dans les oripeaux de la démocratie. D’où la présence sur scène d’une caméra en action singeant le direct des JT et cadrant seulement le politiquement correct. D’où aussi le remarquable travail vidéo accompli par Philippe Martini. Il a brassé des images d’archives pour en composer un patchwork qui relève autant de l’inventaire historique que de la personnalisation actualisée des dérives auxquelles mène le pouvoir chaque fois qu’il vire vers l’absolutisme, le népotisme, la corruption, la répression et sa jumelle l’oppression.

Des discours visuels

Des objets, souvent fétiches de notre ère hyperconsommatrice, déferlent, à la fois environnement de l’action et partenaires des comédiens : poupées Barbie, baby foot, soldats de « plomb », modules de legos, caddie… L’action elle-même est centrée dans et sur une armoire à tout faire abandonnée au beau milieu d’un terrain vague dépotoir. Elle ne craint pas de s’adjoindre une Mère Ubu mâle ornée de moustache car ici le grotesque est forcément (et férocement) l’essence même de cette représentation.

Outre le va-et-vient permanent entre réel et virtuel à travers images filmées et sons enregistrés, les comédiens manifestent un travail corporel inventif et expressif. Mime, danse, occupation variée de l’espace meublent une scène où tout bouge et se renouvelle sans cesse. Dommage que l’utilisation des voix se contente de la musique d’accents d’origine étrangère et omette de varier ou de nuancer les tons.

De la version rabelaisienne de Jean Vilar (1958), de celle visuellement délirante de Jean-Christophe Averty à la télé (1965), de celle du provocateur Phénoménal Théâtre (1970), via la chanson de Dick Annegarn (1973), via la présentation assaisonnée aux petits légumes du Nada Théâtre (1990) jusqu’à son adaptation antimilitariste pour jeune public par Arcinolether (2008), « Ubu Roi » n’a pas fini d’être une fable de notre réalité politique.

Michel VOITURIER (Lille)

Création du 13 au 28 mars 2009 au Salon de Théâtre, boulevard Gambetta à Tourcoing

Ubu…
Texte originel : Alfred Jarry (« Ubu Roi »)
Adaptation et mise en scène : Esther Mollo
Distribution : Nicolas Madrecki, Amalia Modica, Alexandre Padinha, Simone Olivi
Vidéo et scénographie : Philippe Martini
Son et vidéo en temps réel : Jean-Baptiste Droulers

Production : Théâtre Diagonale en résidence à la Virgule, Centre transfrontalier de Création théâtrale

En tournée : le 1 avril 2009 au Centre socio-éducatif, rue Gustave-Delory à Watterlos (03 20 27 13 63) ; le 7 mai à la Comédie de l’AA, Place Saint-Jean à Saint-Omer (03.21.38.55.24).

Photo © Fabiana Mantovanelli

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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 17:48
UN TYRAN PHAGOCYTE

Quasi seul en scène, un philosophe nihiliste manipule les « élites » avec une pensée négative et se complaît dans son égotisme forcené d’hypocondriaque sadique.

Le rôle du Réformateur est aussi écrasant pour celui qui le joue que l’est le personnage lui-même vis-à-vis de son entourage proche ou lointain. Cet individu, philosophe nihiliste est d’abord un tyran domestique, un capricieux, un hypocondriaque, un fabulateur voire un imposteur. Sa vie s’organise autour de lui : autrui n’existe qu’à son service.


Sa femme est étonnamment soumise. Les universitaires qui ont décidé de lui rendre hommage en le nommant docteur honoris causa sont des pantins flagorneurs prêts à s’embarquer en aveugles sur le bateau de la dernière idée à la mode sans l’avoir vraiment analysée. L’homme politique du coin, électoraliste, a la parole vide qui se polit et se repolit comme toute langue de bois.

Trônant sur un siège qui prend de la hauteur à mesure que s’enfle sa démesure, le prétendu penseur est en réalité une métaphore de la manipulation de leurs semblables par ces intellectuels encensés autant qu’insensés, dont on se demande si les idées sont réflexion ou moyen de faire parler d’eux. C’est aussi une métaphore de la solitude et de la bêtise.

Thomas Bernhard a écrit un constat grinçant au sujet de la passivité des « élites » autoproclamées qui s’avèrent susceptibles d’encenser des théories dont la seule audace véritable est de ne tenir nul compte de la réalité de l’existence quotidienne des hommes.

Chotteau présente son monstre de manière plutôt psychologique, comme un individu égotiste, fantasque, sadique, pitoyable, mesquin, boulimique, aveuglé par sa personnalité, incohérent avec soi-même, cabotinant avec l’image de lui qu’il s’est construite. Ce parti pris réclamait une plus grande diversité de registres capables d’alléger le texte de l’auteur autrichien.

Les protagonistes, réduits à n’être que de très épisodiques figurants, font ce qu’ils peuvent avec la maigreur du dialogue qui leur est attribué. Ils sont les fantoches téléguidés par un spécialiste du conditionnement, souris prises au piège par un rat rêvant de les dévorer dans un décor grandiose qui souligne l’isolement d’un être, le néant de son existence, le refus de la réalité ordinaire.

Michel VOITURIER  (Lille)

Création au Théâtre Raymond Devos de Tourcoing du 17 au 21 février 2009.

Texte : Thomas Bernhard, traduit par Michel Nebenzahl (éd. L’Arche)
Mise en scène: Jean-Marc Chotteau assité de Carole Le Sone
Distribution :  Frédéric Barbe, Jean-Marc Chotteau, Didier Coquet, Eric Leblanc, Claire Mirande et Dominique Thomas
Figurants : Vianney Ferret et Nicolas Deschildre
Décor : Jacques Voizot
Costumes : Chantal Hocdé
Maquillage : Gwendaline Ryu
Lumière : Sébastien Meerpoel
Vidéo : Pascal Goethals
Collaborateurs artistiques : Michal Ratynski et Séverine Ruset
Production : La Virgule

Durée du spectacle : 2h10 sans entracte

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Chronique Fraîche