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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 22:43
UN RENDEZ-VOUS AUX ACCENTS DU MONDE
 

Une affiche très internationale pour ce 63è festival (In) avignonnais qui se déroulera du 7 au 28 juillet 2009. Les directeurs Hortense Archambault et Vincent Baudriller l'ont construit avec l'artiste d'origine libanaise, le canadien Wajdi Mouawad.

Voilà exactement 700 ans, la ville d'Avignon accueillait son premier pape. Huit autres suivront avant que Rome ne redevienne la capitale de la chrétienté. Occasion pour Marie-Josée Roig, maire d'Avignon, de souligner que  la cité que l'on nomme toujours « des Papes » a retrouvé ses pèlerins grâce à un autre « pape », Jean Vilar, le créateur de ce festival en 1947.

Seront-ils toujours aussi nombreux aux rendez-vous de juillet ces pèlerins passionnés de spectacles vivants ? Parce qu'il y a crise, quand même. Les co-directeurs de la manifestation - Hortense Archambault et Vincent Baudriller - répondent par l'offensive : « Dans la période difficile que notre société traverse, nous souhaitons ce Festival créatif et insolent, énervé et enthousiaste, en aucun cas résigné ».

Reconnaissons que le programme présenté ce 18 mars en Avignon cherche délibérément à « interroger le monde ». De Beyrouth à Montréal, de l'Afrique (Madagascar comprise) à l'Europe d'est en ouest et du nord au sud, c'est à un vrai voyage dans les écritures théâtrales, chorégraphiques, plastiques et aussi, plus nouveau ici, cinématographiques, que veut nous convier ce festival. La personnalité de Wajdi Mouawad n'est pas étrangère à ces choix. Cet auteur-acteur-metteur en scène connaît les guerres (le Liban, son pays de naissance) et l'exil. Il s'est installé à Montréal (Canada) après un passage par la France. Il aime le récit, la narration, le croisement des cultures. Le programme, pas tout à fait définitif, ne dit pas autre chose.

Ouverture dans la Carrière de Boulbon avec le cinéaste israélien Amos Gitaï qui propose un spectacle total où l'image cinématographique ne sera pas absente, où Jeanne Moreau sera omniprésente. Pour monter cette « Guerre des fils de la lumière contre les fils des ténèbres » (7-13 juillet), Gitaï s'est inspiré de « La Guerre des Juifs » de Flavius Josèphe. Cette production voyagera au cours de l'été des festivals (Athènes-Epidaure, Barcelone-festival Grec, Istanbul) qui ont formé avec celui d'Avignon le réseau Kadmos. Le chorégraphe espagnol Israel Galvan occupera cette Carrière de Boulbon (18-26 juillet) avec « El final de este estado de cosas, redux » (La fin de cet état de choses, redux), un flamenco bousculé avec notamment des images projetées.

Dans la Cour d'Honneur, du 8 au 12 juillet, Wajdi Mouawad regroupera trois de ses pièces déjà présentées séparément, « Littoral, Incendies, Forêts », et les proposera pour des nuits entières. Une 4è, « Ciels », ou l'odyssée d'un personnage qui veut rentrer chez lui, sera présentée à Châteaublanc/Parc des expositions du 18 au 29 juillet.  L'ensemble est annoncé sous le titre « Le Sang des promesses ».
 
Toujours dans cette Cour d'Honneur, le Polonais Krzysztof Warlikowski qui avait déjà surpris le public d'Avignon il y a peu ,revient avec « (A)pollonia » (16-19 juillet) qui s'inspire d'Euripide, Eschyle, Hanna Krall et autres. Et ce sont les Flamands Johan Simons & Paul Koek qui clôtureront sur la grande scène ce festival (23-29 juillet) avec « Casimir et Caroline » de Horvath, auteur mort à Paris en 1938, plus que jamais d'actualité par son regard sur les crises des sociétés occidentales.

La surprise Claude Régy

Retour du Belge Jan Fabre à Avignon avec « Orgie de la tolérance » (9-15 juillet) et de l'Italien Pippo Delbono avec « La Menzogna »/Le Mensonge (18-27 juillet) dans le Cour du Lycée Saint-Joseph. Retour encore de Jan Lauwers et sa NeedCompany avec sa trilogie « La Chambre d'Isabella »/« Le Bazar du Homard »/« La Maison des cerfs », l'ensemble présenté sous le titre « Sad face-Happy Face » (12-18 juillet) à Château Blanc-Parc des expositions. Dans ce même Parc, on verra avec intérêt la dernière création de l'iconoclaste suisse Christoph Marthaler « Butzbach-le-gros, une colonie durable » (23-26 juillet).

Autres figures très attendues, le Canadien Denis Marleau (« Une fête pur Boris » de Thomas Bernhard), Rachid Ouramdane (« Des témoins ordinaires »), la chorégraphe Maguy Marin (sa pièce n'a pas encore de titre), Joël Jouanneau (« Sous l'oeil d'Oedipe » d'après Sophocle, Euripide), Christophe Honoré qui retrouve Victor Hugo et son « Angelo, Tyran de Padoue ». Des surprises sont annoncées du côté de Stefan Kaegi/Rimini Protokoll (« Radio Muezzin »), de Lina Saneh & Rabih Mroué (« Photo-Romance ») ou de Dave St-Pierre (« Un peu de tendresse bordel de merde! »... Mais la plus grande, peut-être, est la présence pour la première fois au festival de Claude Régy qui créera « Ode maritime » de Pessoa avec Jean-Quentin Châtelin. Tout arrive.

                                                                                 Jean-Pierre BOURCIER

Les réservations ne sont pas encore ouvertes.

Photo : Wajdi Mouawad - Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon ©

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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 01:08
En France, à la Comédie Française et au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers, ou à l'étranger notamment au Japon ou en Angleterre, les pièces de Michel Vinaver sont à l'affiche. Rencontre.

A 82 ans, Michel Vinaver, écrivain, dramaturge et depuis quelque temps co-metteur en scène, a fait en février dernier son entrée au répertoire de la Comédie Française avec L'Ordinaire - pièce récemment chroniquée par ruedutheatre, bien sûr. Mais au delà de cet événement, c'est une véritable actualité « Vinaver » qui se déploie sur les scènes françaises et étrangères, permettant de découvrir ou retrouver son œuvre imprégnée des grands bouleversements économiques, politiques ou sociétaux de notre monde. Dans les années 1950, il publiait Aujourd'hui ou Les Coréens (la guerre de Corée n'était pas loin). Cet Ordinaire, édité en 1981, est inspiré d'un fait divers : le crash d'un avion dans les Andes dix années plus tôt. Plus récemment,  il écrivait 11 septembre 2001, joué aux Etats-Unis et en France...


Ces temps-ci, plusieurs metteurs en scène montent donc ses pièces - ses textes sont édités chez Actes Sud et L'Arche. Arnaud Meunier notamment , avec King, l'aventure et les contradictions du businessman dénommé King C. Gillette, au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers. En juin, ce même Meunier va au Japon pour mettre en scène une autre saga du monde économique inventée  par Vinaver, Par-dessus Bord, dans une adaptation du Japonais Oriza Hirata. Le spectacle devrait venir plus tard en France. Quant à Guillaume Lévêque, il propose, à partir de la fin mai , au théâtre de La Colline à Paris Nina, c'est autre chose, une chronique existentielle.

Ruedutheatre : Comment travaillez-vous la mise en scène dans la mesure où vous êtes souvent aux côtés d'une personne dont c'est le métier, comme ce fut déjà le cas avec Alain Françon en 1983 à Chaillot pour « L'Ordinaire »?
Michel Vinaver : Quand je connais le metteur en scène, je suis le travail en cours. Avec Alain Françon, c'était essentiellement un travail sur le texte. Il n'y avait pas de ma part de réflexion sur les placements ou sur la lumière. Avec Guillaume Lévêque, qui va monter Nina, c'est autre chose, je vais travailler avec lui aux premières répétitions. Pour L'Ordinaire, avec Gilone Brun à la Comédie Française, nous avons d'abord beaucoup travaillé sur le texte. Ce que je fais également avec Arnaud Meunier qui met en scène King. Mais avec Gilone, nous nous sommes entendus sur quel théâtre faire. Je me suis mêlé de tout. Costume, espace, aspect visuel... Même si Gilone a pris plus particulièrement en charge ce qui relevait de la scène, de l'espace, des jeux sur le plateau, moi je suivais les questions de métrique dans la délivrance de la parole par les acteurs, de l'absence de relief de cette parole pour en dire l'immédiateté, le présent. 

Cette invitation à entrer au répertoire de la Comédie Française fut-elle une surprise ?
Oui, car le théâtre que je fais ne m'a jamais semblé être conciliable avec la tradition esthétique de la Comédie Française, dans le style de jeu ou encore dans ce cadre de scène très majestueux qui oblige une certaine hiérarchie sur le plateau.

Récemment Novarina, autre auteur bien vivant, est également entré au répertoire ...
Nous avons des esthétiques très différentes. Lui place son art dans le spectaculaire de la parole. Moi, c'est dans la banalité... Mon écriture très fragmentée a, pendant quelques années, repoussé le public, alors que maintenant c'est la vie, c'est notre société qui parle comme ça. De façon éclatée, morcelée.... Il n'y a désormais plus d'obstacle à entendre cette écriture. Même quand elle s'installe dans l'espace économique. Dans mon théâtre, il y a cette combinaison entre le champ du vécu dans ses micro-recoins et les champs de la macro-économie ou macro-politique. Cette polyphonie des thèmes et leur juxtaposition peut faire émerger des chroniques plus qu'une histoire, mais ça se mélange aussi...

Est-ce cela qui met en évidence les éléments comiques dans votre écriture, cette « levure » comme les nomme votre co-metteur en scène, Gilone Brun, dans L'Ordinaire?
Il n'y a pas d'acte d'écriture de ma part sans ces éléments de comique. Sans ces petits décalages entre ce qu'on attend et ce qui arrive.

Quels sont vos projets ?
Je n'ai rien prévu de ma vie. J'ai fait le travail que j'avais à faire. Je suis réellement sans projet.

                                            Propos recueillis par Jean-Pierre BOURCIER

« King », de Michel Vinaver, sera présenté dans la mise en scène d'Arnaud Meunier du 12 au 28 mars au Théâtre de la Commune à Aubervilliers, 2 rue Edouard Poisson. 93304 Aubervilliers.  www.theatredelacommune.com
Réservations : 01 48 33 16 16.

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 16:40
Dans le cadre d’un travail de sensibilisation aux nouvelles écritures théâtrales contemporaines, Théâtre Ouvert a mis en place, depuis quelques années, un séminaire avec l’Université de Paris 10/Nanterre.
Le but est de permettre aux étudiants en Master 2 de Dramaturgie et Mise en scène de lire des textes nouveaux et d’en rédiger des fiches de lecture, comme s’ils formaient un comité de lecture. Des rencontres avec les auteurs, des metteurs en scène,  ou des  comédiens  sont organisées, ce qui permet aux étudiants d’être au cœur du processus de création de façon concrète.


En 2008, le groupe d’étudiants a lu de nombreux textes et  a rencontré François Bégaudeau, Jean  Delabroy, Frédéric Sonntag et Noëlle Renaude.
La dernière phase de leur travail consiste à vérifier par la pratique d’une mise en espace de leurs impressions de lecture de textes sélectionnés parmi ceux qu’ils ont lus. Ils vous proposent de venir assister à la restitution de ce passage de la lecture silencieuse à la scène sous forme de mise en espace.

Entrée libre sur réservation : 01 42 55 55 50

Programme :
Lundi 2 février                                                

18h30 : David Missonnier, Smoking Gun
Metteurs en espace : Marie-Paule Alluard et Renaud Diligent
Comédiens : Rachid Belkaïd, David Guilet

Smoking gun est un huis clos entre A. et J., personnages rescapés d’une apocalypse écologique.
La langue est réduite au mot, la parole est comme asphyxiée. L’auteur livre ici une pièce énigmatique et proche
de la poésie sonore ou de l’univers beckettien.

David Missonnier a 22 ans. Il est actuellement en Master recherche en philosophie. Il a parallèlement suivi des études cinématographiques
à New York. Nuit sa première pièce a fait l’objet d’une mise en voix dirigée par Jean-Christophe Saïs dans le cadre des Ouvertures en avril
2008 à Théâtre Ouvert.


21h : Noëlle Renaude, Topographies et Racines

Noëlle Renaude : Racines
Metteurs en espace : Guillemette Ferrié et Hélène Soulié
Comédiens : Diana Fontannaz, Manuel Martin, Lucciana de Vogue

Noëlle Renaude : Topographies
Metteurs en espace : Louna Bécel et Pauline Soury
Comédiens : Marie-Paule Alluard, Pierre-Marie Baudoin, Louna Bécel, Rachid Belkaïd,
Pauline Bourse, Laureline Collavizza, David Guilet, Charlotte Méquillet, Francesca Riva

Racines est une condensation en 6 pages de Phèdre de Racine. Noëlle Renaude accélère l’action, la réduit à l’essentiel, fait sonner les mots entre comédie et tragédie.
Topographies, ce sont quatre cartes, quatre histoires. L’auteur compose ici avec le réel, invente un nouveau langage théâtral,en jouant des détails, limitant les situations et planifiant l’espace de l’écriture et du plateau.

Noëlle Renaude a été publiée pour la première fois par Théâtre Ouvert, en 1987, puis par Théâtrales. Ses textes ont fait l’objet à Théâtre Ouvert,
de spectacles, chantiers, mises en voix ainsi  que d’un premier Gros Plan en 1993. Laurence Février, Robert Cantarella, Michel Cerda, Michel Didym,
Eric Elmosnino, Florence Giorgetti, Frédéric Fisbach, Frédéric Maragnani, notamment, ont monté ses pièces. Promenades sera présenté à Théâtre
Ouvert à partir du 6 mars dans la mise en scène de Marie Rémond.


Lundi 9 février                                                

18h30 : Frédéric Vossier, Bois sacré
Metteurs en espace : Clémence Gross et Isabelle Micottis
Comédiens : Maya Boquet, Laurent Cyr
Dramaturgie : Guillemette Ferrié

Bois sacré
est un rendez-vous entre un homme et une femme, une actrice et son producteur.
Frédéric Vossier nous entraîne dans un univers trouble où le dialogue met en tension des rapports de domination entre les protagonistes.

Frédéric Vossier est né en 1968, docteur en philosophie, il enseigne la dramaturgie au Conservatoire National de Région à Poitiers.
Il est l’auteur de plusieurs textes de théâtre, Jours de France (Les Solitaires Intempestifs, 2005), C’est ma maison (Ed. Théâtre Ouvert, 2005),
Rêves de Jardin (Ed. Théâtre Ouvert, 2006), Bedroom Eyes (Ed. Espace 34, 2006), La Forêt où nous pleurons (Ed. Quartett, 2007) ...


21h : Frédéric Sonntag, Dans la zone intérieure
Metteurs en espace : Laureline Collavizza et David Guilet
Comédiens : Pierre-Marie Baudoin, Pauline Bourse, Guillemette Ferrié, Jean-Philippe Malric,
Arthur Navellou, Francesca Riva

Dans la zone intérieure. Dans la vaste métropole, un groupe clandestin, confronté à une perte de mémoire soudaine qui frappe la ville et efface progressivement la réalité elle-même, part à la recherche d’une zone légendaire.

Frédéric Sonntag, auteur, metteur en scène et comédien.  Á sa sortie du C.N.S.A.D. en 2001, il fonde la compagnie AsaNIsiMAsa et crée les textes
dont il est l’auteur : Idole , Disparu(e)(s), Intrusion, Des heures entières avant l’exil, Nous étions jeunes alors. Théâtre Ouvert suit Frédéric Sonntag
depuis ses débuts. Une Carte blanche lui a été proposée pour Des heures entières avant l’exil en 2004. Trois de ses pièces ont été éditées par
Théâtre Ouvert dans la collection Tapuscrit : Disparu (e) (s)/2003, Intrusion/2004 (a fait l’objet d’une mise en espace dans le cadre de Paris Ouverts en 2004) son dernier texte Toby ou le saut du chien a été publié en 2007. En décembre 2008 lors d’une Carte blanche il a présenté trois de ses textes à Théâtre Ouvert Nous étions jeunes alors, Dans la zone intérieure et Toby ou le saut du Chien.
                                                                                                                                      
Théâtre Ouvert - Centre Dramatique National de Création
4 bis, Cité Véron - 75018 Paris
M° Blanche / Place de Clichy
Site - http://theatre-ouvert.net







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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 14:24
LE FESTIVAL DES DIFFERENCES

Voilà, en France, une des manifestations de spectacles vivants parmi les plus marquantes de ce troisième millénaire naissant. Le « Standard Idéal » ouvre sa sixième édition. Avec toujours un voyage prometteur dans les mondes du théâtre venu d'ailleurs. De l'Allemagne – c'est désormais une tradition - mais aussi des États-Unis (et oui!), d'Italie, de Lettonie ou de Pologne. Deux semaines pour de nouvelles découvertes à la MC93 de Bobigny.

Parenthèse sur les affaires qui ont agité, il y a peu, la direction du théâtre de Bobigny. Sourdine sur les visées de la Comédie Française sur cette MC93. Discrétions sur l'agitation du ministère de la Culture sur ce dossier ...

Jusqu'au 8 février, à Bobigny, l'heure est à la découverte de pièces arrivant de Zürich, Berlin, New York, Naples, Hambourg ou Cracovie. Et qui vont peut-être suivre les traces des moments inoubliables des années passées de ce festival Le Standard Ideal, comme cette « Mouette » mise en scène par le Hongrois Arpad Schillling, ce « Macbeth » décapant orchestré par l'Allemand Peter Gosch ou encore cette adaptation d' « Oncle Vania » (« Espia a una mujer que se matta ») par l'Argentin Veronese.


Quoi de neuf, donc ? Patrick Sommier, le patron de la MC93, ne rate pas l'occasion pour rappeler la rareté du théâtre américain sur le vieux continent ces derniers temps, la place importante de Naples dans le théâtre en Europe, le « fabuleux vivier de comédiens et de metteurs en scène que représentent les écoles allemandes ». Mais il fustige, au passage, l'entrée du « marché qui régente aujourd'hui les programmes de nos théâtres ». Une situation qui lui fait dire et écrire : « Hier, la différence faisait peur. Aujourd'hui, c'est ce qui nous rend semblable qui commence à faire peur. Tout se vaut. Tout est interchangeable, passe par-dessus les frontières sans même provoquer l'étonnement.... Qu'avons-nous à gagner à ce clonage planétaire ? »

À l’affiche


Là, pendant deux semaines, sous le signe de la différence, on pourra donc suivre le metteur en scène letton Alvis Hermanis, concepteur de l'étonnant « Väter » (Pères) qui renvoie aux « fils », et l'Allemand aux consonances latino-américaines Antù Romero Nunes dans ses histoires d'amour sous le titre « Don't Wanna die Watching SPIDERMAN 3 » (Je ne veux pas mourir en regardant SPIDERMAN 3). Elles seront trois - Anne Haug, Theresa Henning et Alexandra Wilke- venues de Berlin pour présenter un théâtre performance « Unruhig ist unser herz » (Inquiet est notre cœur). Le « Romeo and Juliet » conçu et mis en scène par Kelly Copper et Pavol Liska promet des écarts passionnants avec le texte de Shakespeare. À suivre encore l'adaptation par le metteur en  scène Alexander Riemenschneider du roman de Boris Vikan « L'écume des jours » (Der Schaum der Tage).


De Naples viennent deux pièces : « Manca solo la Domenica » (Il ne manque que le dimanche) tirée d'une nouvelle de Silvana Grasso et ici mis en scène par Licia Maglietta, et « Chiove » (Il pleut), un texte du Catalan Pau Miro sur les relations particulières entre une prostituée, son fiancé/souteneur et un client, ici mis en scène par Francesco Saponaro. Et puis, du célèbre théâtre de Cracovie (Pologne), la Narodowy Stary Teatr, arrive « Le Songe d'une nuit d'été » (Sen Nocy Letnie) dans une mise en scène  de Maja Kleczewska.

Jean-Pierre BOURCIER

Festival Le Standard Ideal du 24 janvier au 8 février
À la MC93, 1 Bd Lénine– 93000 Bobigny.
www.mc93.com 
Réservations : 01 41 60 72 72.

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22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 00:42

FABRIQUE D'UN THEATRE-RECIT           

 

L'adaptation théâtrale du roman de François Bégaudeau « Entre les murs » est née presque en même temps, courant 2006, que la réalisation du film de Laurent Cantet qui a reçu le succès que l'on sait depuis sa sortie en 2008. Le travail théâtral orchestré par François Wastiaux à partir de ce livre s'est développé fin 2007. Il aboutit aujourd'hui sur la scène de Théâtre Ouvert à Paris. Entretien avec le metteur en scène.

 

François Bégaudeau par-ci, François Bégaudeau par-là. Écrivain, acteur, ex-prof et ex-chanteur, critique de cinéma et de littérature dans des magazines mais aussi à la télévision, cet homme de 38 ans occupe largement l'espace culturel français depuis quelque temps. Palme d'or à Cannes pour l'adaptation cinématographique par Laurent Cantet de son livre « Entre les murs » (éditions Verticales/Gallimard), publication de son roman « Vers la douceur » prévue pour dans deux mois, première pièce de théâtre, « Le Problème » (une histoire de famille), qui vient juste d'être éditée dans la collection Tapuscrit de Théâtre Ouvert. Etc. Et c'est justement à Théâtre Ouvert, Centre dramatique national de Création installé dans cette Cité Véron à Paris qui jouxte les salles du Moulin Rouge, que l'adaptation théâtrale de « Entre les murs » est actuellement présentée dans la mise en scène de François Wastiaux.



Un travail qui ne date pas d'hier. Dès 2006, Wastiaux s'intéresse au texte de Bégaudeau qui l'encourage dans son projet. A cette époque, l'homme de théâtre pense déjà à distribuer les voix adolescentes et adultes à un même groupe d'acteurs. Il ne sait pas encore que le projet cinématographique prend forme. Peu importe, un chantier/travail avec l'auteur se déroule fin 2007 à Théâtre Ouvert.

Pour ceux qui ne le connaisse pas ou peu, précisons que François Wastiaux arpente le monde du théâtre depuis une bonne vingtaine d'années. Qu'il a une forte volonté de donner la parole à ceux qui se font généralement peu entendre, la jeunesse des quartiers dits difficiles par exemple ou encore d'autres populations que l'on préfère souvent cachées (ceux et celles des prisons....). Il rappelle notamment sa mise en scène des « Gauchers » en 1993, « une histoire de gamins, d'adolescents » écrite par l'écrivain Yves Pagès.

Radicaliser le texte

L'oralité des textes, qu'elle soit collective ou non, lui plait. « J'aime les textes qui ne sont pas construits directement pour le théâtre », avoue-t-il. Et de préciser : « Avec 'Entre les murs', la transcription scénique m'a conduit à radicaliser le texte car il contient plus de vingt entités chorales... Or il y a huit comédiens qui sont tantôt professeurs tantôt élèves. J'ai d'abord fait un travail d'atelier à Orléans. Pratiquement un trimestre. Et puis j'ai envoyé le script à Théâtre Ouvert fin 2006-début 2007 alors que de son côté, le film en était à ses débuts ».

A Orléans, le metteur en scène fait donc ses choix dans le texte. Garde d'abord 10 voix. Il resserrera finalement le nombre de comédiens à 8 - pour près de 25 personnages -, après un casting « où chacun peut se situer dans le livre comme professeur et comme élève. Je montre une fragmentation du réel de l'école par une série de scènes successives. C'est du théâtre-récit qui embrasse plusieurs fragments ».

Plateau bicéphale avec de part et d'autre et de temps en temps de grandes images plutôt statiques sur l'univers de l'école ... Installation des spectateurs de façon tri-frontale (certains sont quasiment sur le plateau) ... Salle des professeurs et salle de classe qui ne se distinguent que par le jeu des acteurs... On devine l'idée d'urgence dans la proposition de François Wastiaux. « J'ai mis des tas de petits indices pour aller vite. Il peut y avoir des confusions parce que j'ai insisté sur la rapidité du jeu », confirme-t-il. Le metteur en scène évoque la période « nouvelle vague », la démarche documentaire. « Mais il fallait s'en extraire », prévient-il.

 

Jean-Pierre BOURCIER (Paris)

 

« Entre les murs/Théâtre-récit » de François Wastiaux d'après le roman de François Bégaudeau.

Editions Théâtre Ouvert/Enjeux. Il contient aussi deux entretiens, avec François Bégaudeau et François Wastiaux. 216 pages, 12€.

La pièce est à l'affiche jusqu'au 14 février de Théâtre Ouvert, 4bis Cité Véron 75018 Paris. Tél.: 01 42 55 74 40. www.theatre-ouvert.net

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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 16:38

L’INQUIETUDE DE JORGE SEMPRUN

 

Un air de dénouement se faisait déjà ressentir en ce samedi 13 décembre à Nice et ce malgré l’animation de plus en plus nourrie de certains débats. La veille au soir, nous avions assisté à la représentation de Nostalgie, interprétée par la troupe de l’Arab-Hebrew Theatre, d’Israël. Un entremêlement attachant d’histoires et de personnages autour de l’arrivée en « terre promise ».

 

Samedi matin donc, Bernard Murat, directeur du théâtre d’Edouard VII à Paris, a évoqué pendant plus de quarante minutes la situation du théâtre privé en France. Son combat pour « faire marcher la boutique », avec ses 230 000 spectateurs annuels et ses 120 représentations en moyenne par spectacle. Mais certains lui ont reproché de ne pas étendre sa réflexion à la dimension européenne. Nicolas Auboyneau, directeur des spectacles à France 2 a promis d’étendre les offres de prochains spectacles sur sa chaîne, forte du succès des pièces de Guitry diffusées en prime time et en direct sur France 2. Thierry Pariente, le délégué du Théâtre au Ministère de la Culture et de la Communication, écoutant attentivement le débat, a admis que les financements politiques étaient trop morcelés concernant le théâtre et qu’il allait falloir songer à réinvestir autrement.



L’après-midi, le débat sur « les nouveaux pouvoirs du théâtre, les nouveaux pouvoirs sur le théâtre » débuta avec Marc Lambron évoquant son expérience de critique de théâtre. Mais cette évocation franco-française de son initiation au théâtre (« terrier magique vers l’imaginaire ») a mécontenté les participants non français. Certains mêmes s’insurgèrent alors contre la tonalité franco-française trop appuyée de certaines interventions, mais aussi contre cette Europe ici bien mal représentée.

 

Le ton commença à s’échauffer nettement quand Robert Abirached, écrivain, critique dramatique et universitaire, fut interrompu dans son exposé sur le fait que le théâtre n’est plus au centre de la cité, par le journaliste et critique allemand  Peter Von Becker estimant que le temps de parole était clairement dépassé. On releva alors, dans ce flot de discours pluriels et parfois énigmatiques, le témoignage émouvant d’une journaliste moldave qui tenait à relativiser l’indignation générale des hommes de théâtre de l’Ouest européen : « en Moldavie, dans le théâtre Eugène Ionesco, on essaie de vivre dans cette agressivité ambiante de l’Etat contre le théâtre, dans cette société qui a perdu tous ses repères. Et si notre Etat ne finance rien, je vous assure qu’on essaie malgré tout de faire du bon travail ! »

 

Le soir, une représentation décoiffante de L’Orestie d’Eschyle par la troupe ouzbèke Ilkhom vint réveiller les participants du Forum qui sortaient alors d’un copieux buffet dînatoire au Palais Préfectoral de Nice. A noter au passage que la municipalité de Nice, pendant ces quatre jours, s’est mise en quatre justement pour recevoir ses invités, tous horizons confondus. Comme pour mieux prouver qu’à Nice, pouvoir et théâtre entretiennent des relations privilégiées.

 

Le dimanche matin, après les interventions des rapporteurs des débats précédemment évoqués, Jorge Semprun clôtura le forum dans l’amphithéâtre (qui avait accueilli Bernard-Henri Lévy quatre jours auparavant) en insistant sur le fait que le théâtre n’est pas une plateforme pour la révolution, mais doit rester avant tout un lieu de réflexion. L'écrivain eut cependant l’audace, face à une municipalité niçoise fortement UMP, de s’interroger sur ce nouveau pouvoir mis en place récemment en France, qu’il a qualifié lui-même de « nouveau bonapartisme, voire césarisme. »

 

Laetitia HEURTEAU (Nice)

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 01:39

LE MIME CAOUTCHOUC

 

Bravo pour le mime ! Devenu une star dans son domaine bien au-delà des frontières de sa Pologne natale, Krosny a crispé les zygomatiques à deux reprises au cours du Festival du Rire. Etonnamment doué avec son corps, il développe aussi des numéros d’une irrésistible drôlerie. On en reste muet d’admiration.

 

Gabin chantait « La Môme caoutchouc » dans les années 30. Krosy sera lui le mime caoutchouc des années 2000, titre fantasque qui pourtant colle à la peau de ce virtuose à l’hallucinante souplesse maîtrisant le moindre de ses muscles, même –et  surtout- ceux que le commun des mortels sollicite sans les connaître.



Le spectacle se découpe en courtes saynètes présentées, bilinguisme helvétique obligeant, en allemand et français au moyen de cartons, à la manière des intertitres des films muets des années vingt. Mais, pour poursuivre la comparaison avec le 7ème art, nous naviguons plus dans l’univers de Chaplin que celui de Murnau.

 

C’est en effet la drôlerie qui domine. Que ce soit avec le personnage (hilarant) du chirurgien déroulant de l’intestin grêle au mètre ou du chef d’orchestre jouant facétieusement avec le public pour le faire participer au « Beau Danube bleu » de Strauss, le mime joue sur la double corde, forcément sensible, de la redoutable efficacité visuelle et de l’humour. Doublement génial, le clown muet ne se prend jamais au sérieux, faisant oublier la somme considérable de travail que suppose cet art de la précision du geste et de l’effet qu’il produit.



Chevalier bouffon et sa prétendante, coq devenu vieux, ados boutonneux aux prises avec son hamburger dégoulinant, petit employé reçu à dîner chez son patron dont la fille a des velléités musicales massacrantes et un chien envahissant, le delta scénaristique est large et épouse parfaitement celui de la performance scénique. Dans son collant noir d’une autre époque et simple T-shirt assorti, le visage dépourvu du moindre grimage (les mimiques faciales se suffisant largement à elles-mêmes), Krosny déclenche des rafales de rires venus de tous les âges et tous les horizons. Un rire fédérateur, transfrontalier, œcuménique et qui s’affranchit de toutes les barrières, douanières et autres. Bravo !

Franck BORTELLE (Paris)

 

Krosny

Vu dans le cadre du Festival du Rire de Montreux au théâtre de Vevey

Durée : 1h10

En tournée internationale.

www.krosny.pl


Photos : Franck BORTELLE

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 01:21
ATTACHES ESSENTIELLES ET LIAISONS DANGEREUSES DU POLITIQUE ET DU THEATRE

La journée de la veille s’est achevée  par une pièce géorgienne, Le Soldat, l’Amour, le Garde du corps… et le Président, dont c’était l’unique représentation en Europe. Au programme du lendemain, les relations entre la politique et le théâtre.

La seconde journée du Forum s’est ouverte avec le débat sur « le politique et le théâtre ».Emmanuel Wallon, professeur à Paris X a souligné les attaches essentielles et les liaisons dangereuses de ce « couple désuni et orageux ». Le critique de théâtre belge Gert Sels s’est demandé à propos de l’époque de 1945-1980, où le théâtre s’est démocratisé, « si nous n’avions pas perdu quelque chose en renonçant à cet idéal ? »


Dans ce débat a été également dénoncée la « désaffection des élites », de cette bourgeoisie française et européenne qui n’est plus fidèle au rendez-vous. L’administration de la culture ressent elle-même ce profond désamour. Le rapporteur hollandais a été plus qu’embarrassé par l’intervention de la veille de BHL : « Il n’a pas compris mon rapport. L’élite culturelle divorce avec l’élite politique, ce qui est plus que préoccupant, car les médias s’en désintéressent de plus en plus. En gros, on risque de se retrouver tout seul à jouer avec ses propres jouets. »

La journaliste russe Marina Davydova a déploré que BHL n’ait jamais mentionné le cas de la Russie lors de son exposé de la veille mais revient ici sur le paradoxe actuel de la situation du théâtre en Russie : « Alors que le théâtre n’intéresse plus les autorités politiques, qui le considèrent comme un art marginal, celui-ci n’aborde pas la question politique malgré sa très grande liberté potentielle d’expression ! L’art devient passif parce que la société est passive. »

Et pour clôturer ce premier débat, Marek Halter cite Job dans la Bible : « Nous sommes d’hier et nous ne le savons pas. », rappelant ici que les dictatures connues par l’Europe ont créé une marque indélébile dans notre société d’aujourd’hui. Il a rappelé également que celui qui détient vraiment le pouvoir par rapport au théâtre, c’est bel et bien le public.

Le second débat qui eût lieu l’après-midi donnait la parole à des comédiens à propos de leur engagement politique. La comédienne Sophie Duez devenue conseillère municipale de Nice est revenue sur son parcours étonnant de comédienne de télévision et de théâtre, souhaitant faire bouger les choses, donner des idées « faire parler Nice » sur la scène politique.

« Mon engagement politique est tout relatif », commente François Berléand avec son humour habituel. Il évoque alors l’incroyable bruit médiatique qui s’est abattu sur lui quand il a eu le malheur d’avouer à un journaliste de Voici, avant les élections présidentielles de 2007,  micro éteint, qu’il était pour Bayrou, malgré « son charisme de nouille. » Et comment de manière parfaitement ubuesque, il s’est retrouvé invité à de nombreux journaux télévisés, où il se faisait le porte-parole involontaire de Bayrou, dont il avouait ne pas connaître alors le programme. « J’ai goûté aux joies de la politique mais pas vraiment du bon côté. »

Le comédien Robin Renucci, prenant alors la parole, d’une manière claire et engagée, s’est avoué soucieux et indigné par les rapports actuels entre politique et théâtre. Il a présenté le travail de son association, L’Aria, créée il y a douze ans, chargée de reconstituer une chaîne entre la jeunesse, l’éducation nationale et la culture en réunissant professionnels et amateurs, enseignants et politiciens.

Etaient présents également à ce débat des hommes politiques, tels que Jacques Toubon, ancien ministre de la Culture, qui à travers un discours bien huilé, a défini son amour du théâtre comme celui « d’un amour de combat ».

Difficile ici de retranscrire toute l’effervescence et le contenu de ces débats niçois mais une chose est sûre, l’homme politique comme l’homme de théâtre ont plus de points communs qu’ils ne l’imaginent eux-mêmes.

Laetitia HEURTEAU (Nice)

Photo Matthey/ Fraicher

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 01:16
BHL: "LE THEATRE EUROPEEN, PLUS POLITIQUE QUE JAMAIS"

Sous l’égide de son président Jorge Semprun et de son principal instigateur, Daniel Benouin, directeur du Théâtre National de Nice, le Forum du Théâtre européen s’est ouvert au milieu de l’après-midi, dans l’amphithéâtre du Centre Universitaire Méditerranéen de Nice avec le très attendu compte-rendu de Bernard Henri-Lévy sur la situation du théâtre en Europe.

Après les discours d’accueil et de remerciements de circonstance formulés par Semprun, Bénouin et le maire de Nice, Christian Estrosi, qui rappela le patronage de Nicolas Sarkozy sur cet événement, la prestation de brillant orateur de BHL pouvait commencer.


« Exercice de synthèse hautement compliqué » souligna l’intéressé, choisi pour sa parfaite objectivité car n’appartenant à aucune famille de théâtre en particulier. Il s’agissait de lire trente-trois rapports rédigés par des critiques de théâtres européens, chacun digne représentant  de son pays. « En l’espace de quarante-huit heures » a précisé BHL qui s’autocongratulait en souriant pour l’exploit relevé.

En cinquante-cinq minutes à faire pâlir d’envie un universitaire chevronné, BHL, dans un discours accessible, a mis en lumière sept aspects-clés concernant le théâtre et la vie politique en Europe,

Première remarque, il n’y a pas de société démocratique sans théâtre.

Seconde remarque, il faut surtout comprendre cette situation du théâtre en Europe comme très diversifiée et notamment avec son rapport à l’argent. Du Portugal où le théâtre a très peu d’argent aux Pays-Bas où la situation est inversée, on se trouve confronté à plusieurs problématiques. D’où provient l’argent ? De l’Etat (Géorgie, Serbie, Croatie), de sources mixtes (France, Allemagne).

Troisième point, il faut souligner l’action continue des hommes de théâtre et de leurs œuvres sur la vie politique. En France, on assiste ainsi au retour du théâtre politique. En Irlande, le théâtre est dominé par les grandes questions politiques telles que le terrorisme. La question politique au quotidien est également mise en scène par exemple avec le travail en particulier d’une troupe finlandaise et sa pièce sur la vie municipale. Les trente-trois rapports n’oublient pas de souligner l’activité de divertissement du théâtre mais la dominante semble être à la reconduction d’un « très vieux pacte grec » réunissant l’instruction publique, la politique et le théâtre.

Quatrième point, le théâtre disparaît dans les régimes totalitaires. On l’a vu sous la Révolution Française où la liberté absolue de théâtre (acquise en janvier 1791) s’est muée en une surveillance et une interdiction totale pendant l’été 1793. Même exemple avec la Géorgie où la première chose qui renaît dans Gori (ville emblématique où naquit Staline et qui fut la cible des forces russes en août dernier), ville fantôme, c’est la formation de troupes de théâtre.

Cinquième point, ce qui frappe à la lecture de ces rapports, c’est qu’on a de moins en moins affaire avec l’illusion mais bien plus avec la réalité. BHL prend alors l’exemple de la troupe Rimini Protokol qui va choisir jusqu’au casting des gens avec leurs propres identités, biographies pour agir comme des comédiens. Ce geste qui consiste à réinjecter du réel peut être interprété comme un acte de rébellion par rapport à la vie moderne.

En sixième remarque, BHL souligne le retour à une forme de classicisme dans le processus scénique, comme pour répondre à la folie d’Internet qui nous plonge dans « l’immédiation ». Antibarbare est alors le retour au livre.

Enfin, BHL pose la question suivante : pourquoi autant d’argent pour un art moribond, qui n’est plus un art de « masse » ? La réponse semble finalement être dans la question : le théâtre est cet acte magnifique de liberté absolue.

A la fin de cet exposé, l’assistance reste éblouie par la forme brillante du discours et sa dimension oratoire très forte. Le fonds se révèle plus discutable et certains hommes de théâtre ne vont pas hésiter s’avouer consternés par la trop grande rapidité dans laquelle ce travail de synthèse a été réalisé. Dans l’avion du matin, on avait en effet surpris BHL surlignant encore ses textes avec ardeur…

Mais cette intervention a eu cependant le mérite d’ouvrir la réflexion de cette assemblée pour le moins variée, car composée de comédiens, metteurs en scènes, philosophes, historiens, critiques de théâtre de tous les horizons d’Europe.

Laetitia HEURTEAU (Nice)


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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 19:25
À PARTIR DU RÉCIT DE DEUX MAL AIMÉS, UN SPECTACLE-CADEAU POUR  VOYANTS ET MALVOYANTS : "Tête à claques" (Bruxelles)

Carrière étonnante pour cet excellent spectacle primitivement étiqueté "jeune public" et salué unanimement comme LA révélation lors du rendez-vous annuel (Huy) des compagnies dites pour l'Enfance et la Jeunesse ! (www.ruedutheatre.info/article-11977232.html) Depuis, il a beaucoup circulé et le voilà maintenant accueilli dans la cour des grands, en passe de devenir un spectacle-culte , mais aussi objet d'une expérience pilote d'audiodescription en Belgique.


Alors que le public pénètre dans la salle, programme à la main, le spectateur malvoyant ou aveugle, muni d'écouteurs-récepteurs, reçoit dès son entrée, toutes les explications détaillées sur l'ambiance générale, la scène avec son décor visible, les intentions de l'auteur, du metteur en scène, la psychologie et les noms des acteurs-manipulateurs, qui arpentent déjà le plateau. Le spectacle commencé, il sera décrit, entre les répliques, "ni trop, ni trop peu, juste bien", par d'autres comédiens, de l'ombre ceux-là, installés en régie. Deux comédiennes en l'occurrence qui, chacune séparément, ont préalablement vu la pièce, pris des notes, et rédigé une sorte de "conduite" très particulière et bien étudiée, du "sur mesure".


Les "audiodescripteurs" entendent ne pas interférer dans un spectacle mais apporter les informations nécessaires de manière à suppléer, compléter, comme sait fort bien le faire, la grande imagination des déficients visuels. Paradoxe : "plus c'est visuel et mieux c'est",  remarquent-ils, car une pièce verbeuse avec acteur jouant tous les rôles, ne sera guère facile à "audio-décrire" étant donné que l'ambition n'est pas de simplement "décrire", mais de faire ressentir tout ce qui fait la richesse d'un spectacle.
 
Il y avait déjà les salles équipées de casques auditifs, l'accessibilité aux personnes subissant un handicap, le surtitrage en plusieurs langues… On peut espérer que d'autres progrès (technologiques notamment) permettront de faire tomber les barrières, rendant le théâtre accessible à tous sans exception.

Suzane VANINA (Bruxelles)

Le projet d'audiodescription théâtrale est un partenariat ABCD/ONA/Fonds Elia – autre spectacle concerné au TN : "Dialogue d'un chien sur la nécessité de mordre ses amis" de J.M.Piemme les 20 et 28  décembre. D'autres projets sont en développement ailleurs en Belgique pour 2009.

Les 21 et 22 novembre 2008 au Théâtre National – Tél :+32(02)203.41.55 info@theatrenational.bewww.theatrenational.be

Coproduction : Les Ateliers de la Colline/Théâtre National 
Texte et mise en scène : Jean Lambert (éd. Lansman)
Interprétation : Quantin Meert et François Sauveur
Manipulation : les mêmes & Virginie Gardin

Photo © Lou Hérion



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Chronique Fraîche