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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

2 juin 2006 5 02 /06 /juin /2006 17:41
PAROLES DE LA DANSE

En juin, la danse prend les devants de la scène à Bruxelles. La 10e édition du Festival Danse Balsa Marni & Raffinerie, réunit pas moins de 20 projets, 14 chorégraphes et 4 lieux alliant liberté de ton et diversité des langages.

C’est un festival panoramique, décliné cette année dans quatre lieux, histoire de prendre, à plusieurs, la température de la danse contemporaine, à Bruxelles, véritable vivier de chorégraphes et danseurs, belges comme étrangers. Cette nouvelle mise en réseau s’ouvre donc, mais en gardant ses ingrédients : des créateurs prometteurs ou confirmés dans un festival sans filet thématique. A nous de plonger dans les imaginaires singuliers et les questionnements de ces chorégraphes. Regards hétéroclites Les intentions ne peuvent qu’interpeller ; elles vont tous azimuts, pour le meilleur (souvent), pour le pire (rarement).

"Urban Bubbles", Johanne Saunier © Photo : W olfgang Kirchner

En musiques plurielles, les spectacles circulent entre les nouvelles technologies, la performance, la théâtralité, et même la politique. Du côté de la performance, Karin Vyncke ouvre les festivités avec «Bungalow», ou le théâtre des cicatrices d’une bourgeoise réduite à des clichés d’intérieurs. Pour «Blobettes», Florence Corin lance un duo féminin au cœur d’une installation audiovisuelle avec poupées et musiques survoltées pour questionner la normalité. Sans oublier deux reprises. «Histoires (s)» d’Olga de Soto à la recherche des spectateurs d’un ballet donné le 25 juin 1946… Et le «Light music» de Thierry De Mey, un solo où Jean Geoffroy utilise l’espace comme un instrument invisible. Ses mouvements déploient le son et l’image, sur le fil d’une tension impressionnante. Un spectacle couplé à «Urban Bubbles» de l’espiègle Johanne Saunier qui nous concocte un trio pour danseurs, Mozart et… Ipod vidéo, annoncé «Chaos galant».

Du côté des curiosités, on se demande ce qui va se passer avec «Siegfried Forever» de Mauro Paccagnella où un quatuor masculin joue de la médiocrité pour décapiter le héros wagnérien. Des inspirations plus politiques. Tandis que Diane Broman («Violet shoes in a ditch») se place en femme sans ancrage dans un cabaret expressionniste inspiré de l’impérialisme américain. Saïd Gharbi, lui, signe «Cette aveuglante absence de lumière» pour répondre à l’horreur du funeste bagne marocain de Tazmamart.

Enfin des spectacles essentiellement dansés. Fatou Traoré propose «C’était demain». La chorégraphe-interpète revient sur un précédent spectacle «inachevé», mis en musique par Kris Defoort et jailli du livre labyrinthique de Cortázar, «Marelle». De son côté Fernando Martin s’accompagne de Sarah Piccinelli pour une de rencontre duelle dans «Drink you wine in my glass». La danse contemporaine semble donc s’exprimer, debout sur son époque, avec l’humour pour l’un, la rage pour l’autre, le mystère et la poésie pour d’autres encore.

Nurten AKA (Bruxelles)

Danse Balsa Marni & Raffinerie, jusqu’au 24 juin, à La Balsamine, au Théâtre Marni, à la Raffinerie et à l’Espace Senghor. Infos et réservations: 00322/735.64.68. www.balsamine.be, de 5 à 12 euros.
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30 mai 2006 2 30 /05 /mai /2006 09:10
SASKIA HÖLBLING ET SON RITE THÉÂTRAL

La danseuse Saskia Hölbling apparaît allongée au sol, le corps immobile, le regard figé, comme morte, et une télévision éteinte à côté d’elle. Le corps est dans son appartement. Une baignoire en avant-scène, une chaise à gauche. Des fils rouges traversent l’espace, forment une toile d’araignée, qui fragmente l’image représentée. Des bruitages, composés par des bribes de mélodies classiques et contemporaines, et des sonorités appartenant à la quotidienneté et au monde de l’usine, accompagnent le rituel d’un corps qui se réveille de sa mort, pour retourner aussitôt à se tuer de nouveau. Par trois fois, la danseuse marche de la télévision à la baignoire, et de la baignoire à la chaise. Elle se défait de son peignoir, elle joue dans la baignoire. Puis elle s’assoit sur la chaise, elle boit du lait. Elle retourne près de la télévision. Là, elle attend quelque chose. Au deuxième tour, elle ne réussit pas à avaler le lait, elle le crache. Au troisième tour, elle quitte ses repères, elle ne veut plus s’approcher de la baignoire et de la télévision. La danseuse commence à déambuler au sein de la toile des fils rouges, à la recherche d’une félicité invisible. Hölbling est sécouée par des frémissements. Deux fois, elle danse des gestes saccadés et nerveux, mais elle s’arrête, ennuyée. Elle s’immerge dans la baignoire une quatrième fois, avec une lame de rasoir à côté d’elle. Enfin, elle s’allonge morte sur le sol, à côté de la télévision. Quelquefois, des images passent à l’écran : des oiseaux et des fleurs, des politiciens et de la violence.


Dans la chorégraphie, Jours Blancs, les artistes Hölbling, Krisha et Heinz Ditsch structurent un espace visuel et sonore froid et angoissant. Sur scène, le public ne voit rien se passer, mais il ressent que les rites quotidiens de la femme sont faux. Le théâtre muet de Hölbling communique des émotions par très peu de gestes. Son théâtre muet est intéressant dans son minimalisme, à la limite de la danse et du jeu dramatique : elle ne joue pas des mots et elle ne danse pas des phrases gestuelles. Mais le spectacle est trop long. La danseuse reste trop souvent en attente d’une résolution invisible. Elle exécute des actions qui répètent les mêmes sentiments. Le spectacle est très beau esthétiquement, intéressant techniquement, mais inabouti dans ses contenus. L’état d’incertitude de la femme reste développé schématiquement. Sa mort se révèle presque comme une belle mort théâtrale et non comme un suicide tragique.

Le spectacle Jours Blancs est symbolique de la majorité des chorégraphies présentées durant le Festival Rencontres Internationales de Seine-Saint-Denis. Les scènes sont belles, conceptuelles et à la mode. Les danseurs sont des performeurs exceptionnels, ils emploient avec improvisation et fantaisie la voix et le corps. Mais les images représentées sont un collage des croyances et des critiques générales qu'on peut avoir sur ce genre de spectacles ; elles ressemblent à celles de la télévision sur la guerre et sur la violence. Les danseurs semblent s'être mis en scène sans un regard extérieur, sans un metteur en scène ou un chorégraphe qui ait pu régler et faire évoluer les sujets, sommairement exposés dans le spectacle.

Mattia SCARPULLA (Paris)

Le solo Jours Blancs de Saskia Hölbling a été présenté du 19 au 21 mai,
au Centre Dramatique National, Montreuil.
Informations : 01 55 82 08 08 www.rencontres-choregraphiques.com
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30 mai 2006 2 30 /05 /mai /2006 08:44
BORGES, GOYA ET LE PEUPLE

Depuis quelques années, l’écrivain et metteur en scène Rodrigo Garcia, originaire d’Argentine, tourne en France avec son théâtre de performance. Le spectacle Borges+Goya est la reprise de deux monologues créés par l’iconoclaste Garcia il y a une dizaine d’années.

Les narrateurs de ses textes sont des hommes du peuple qui commentent, entre adoration et dégoût, le théâtre et le Mc Donald’s. Des hommes et des femmes partent sur scène à la débandade, avec des danses violentes et des installations d’art plastique. Les scènes de Garcia deviennent une folle accumulation de métaphores et de symboles, de corps meurtris, tachés de ketchup et de mayonnaise.

Photo © Samuel Domingo

Au début du spectacle, sur deux écrans géants, qui couvrent le fond de scène, sont projetées des  images rapides de la politique et du football argentins et des images pornographiques. Puis, un personnage à la peau bleue et aux cheveux rouges entre et marche lentement sur scène. Il porte dans ses mains un vaporisateur plein d’un liquide vert et une pomme lumineuse. Cette créature onirique bouge dans des mouvements stylisés, toujours très lents. Sa peau malade et ses gestes semblent avoir perdu leur humanité. La créature raconte ses souvenirs sur l’écrivain Borges, et le dénonce pour avoir tant fait pour la philosophie, mais sans jamais s’opposer aux dictatures militaires argentines. Les textes de Garcia sont toujours des accumulations d’anecdotes grotesques et d’instants poétiques construits avec des mots vulgaires.

Après le premier monologue, une vidéo passe de nouveau au fond de scène : des individus sont en train d’ensevelir le cercueil de Borges. Ils se trouvent à combattre avec des esprits invisibles jusqu’à la folie et à s’entretuer. A la fin de la vidéo, une mascotte en peluche de l’Atletico Madrid entre sur scène et danse comme devant les supporters de l’équipe de football. Le public rit devant la nouvelle étrange apparition. La mascotte enlève son masque, et le visage d’un père de famille, avec la bouche pleine de morceaux de sandwich et à grands coups de gorgées de bière, commence à raconter l’aventure qu’il à vécu avec ses deux enfants. Ils ont essayé d’entrer au Musée du Prado de Madrid en cassant une fenêtre. Ils voulaient vivre une soirée différente en contemplant les œuvres de Goya.
Le public ne connaîtra jamais la fin de l’histoire : à l’improviste, l’homme remet son masque et recommence à danser. Le public rit beaucoup moins, connaissant maintenant l’identité de l’homme caché sous un masque publicitaire.

Rodrigo Garcia est, tout comme Jan Fabre, un artiste qui a toujours réussi à porter sur scène un corps en métamorphose poétique parmi les symboles consuméristes. Mais Borges+Goya est une critique faible de notre réalité. Les idées à la base de deux personnages et des vidéos sont très intéressantes, mais elles ne sont pas développées. Lorsque Garcia ne met pas en scène ses personnages qui partent à la débandade, en construisant un champ de guerre avec de la nourriture, les textes demeurent comme des excès inaboutis de vulgarité et de poésie.

Mattia SCARPULLA (Paris)

Le spectacle Borges+Goya de la compagnie La Carniceria Teatro, de Rodrigo Garcia est représenté au Théâtre de la Cité Internationale, Paris, jusqu’au 3 juin 2006 Informations : tél. 01 43 13 50 50  accueil@theatredelacite.com
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23 mai 2006 2 23 /05 /mai /2006 10:10
La célèbre danseuse alicantine, Sol Picó, a quitté le temps d’une représentation sa Caldera de Barcelone, pour venir proposer au public madrilène, Paella Mixta au théâtre Espagnol. Entre flamenco et danse contemporaine.

Avec un groupe composé par les danseurs David Climent, Fernando Ruiz de Mendarozqueta, Pablo Molinero et Xevi Dorca, la violoniste Olvido Lanza, et le Bailaor Israel Galván, Sol Picó propose, dans un mélange épuisant, sa compréhension complexe de l’art scénique et du monde en une heure de représentation. Dès la porte du théâtre, s’ouvre aux spectateurs surpris un parcours fragmenté que le style hybride et puissant de Sol Pico permet d’unifier.


Paella
, c’est l’Espagne vue de loin, touristique, l’Espagne à vendre. Mais c’est aussi un signe identitaire mensonger usé et propagé par un pouvoir politique dictatorial. C’est le symbole explosif d’une société encore fascinée par ses propres traditions. Le spectacle commence autour de sa préparation, véritable rituel aux allures égyptiennes et infernales, dont l’un des ingrédients est la propre Sol Picó.

Cette partie, dans les couloirs du théâtre et même hors de ses murs, est admirablement jouée par les danseurs, auxquels il faut reconnaître, outre leur maîtrise technique, leur impressionnante interprétation théâtrale accentuée par leur proximité avec le public, auquel ils se mêlent. Marquée par l’innovation, et une très haute qualité, elle questionne aussi l’espace scénique imposant une relation parfois déstabilisante entre les danseurs et le public.

On entre ensuite dans le théâtre à l’italienne, et cette fois-ci, malgré la présence au sein du public de la danseuse chaussée de patins à roulettes, perdue, seule, les spectateurs reprennent leur rôle plus sereinement. La représentation continue alors sur une scène divisée en un univers du bas, où, Sol partage une chorégraphie intense et athlétique représentant la folie et la mort avec les quatre danseurs devenus vautours, et un univers du haut, où un homme est assis dans la pénombre. Quand la mort et l’enfer d’en bas semblent être consommés, la danseuse atteint l’univers supérieur, celui du délire, de la représentation et du refus du monde qui l’a chassée, celui d’un danseur de flamenco. Commence alors un duel entre eux deux, peut-être la lutte entre le taureau et le torero, qui se solde par la mort de la bête, la danseuse. Du sable, qui pourrait bien être le riz de la paella tombe de nouveau sur la danseuse morte comme dans la première scène. Banale, la paella empêche ce spectacle d’être simplement désespérant. Car elle est de façon inédite un symbole mixte, complexe et pluridirectionnel, de la vie, de la mort, et de l’art.

Malgré les inépuisables possibilités d’interprétations, Paella Mixta est un système parfaitement construit autour de l’usage des espaces du théâtre et de la durée des scènes, et intensément cohérent grâce à son effrayante densité, suscitée par la visibilité de l’effort du corps des danseurs, et par la musique originale, forte, omniprésente, qui conduisent à l’épuisement véritable du spectateur, ravi et désorienté. Une heure explosive d’efforts, de visions et d’émotions esthétiques.

Frédérique MUSCINESI (Madrid)

Paella Mixta - Mise en scène et chorégraphie : Sol Picó
Propositions dramaturgiques et mise en scène théâtrale : Txiki Berraondo

Acteurs/Danseurs : David Climent Fernando Ruiz de Mendarozqueta Pablo Molinero Xevi Dorca Bailaor : Israel Galván - Danseuse : Sol Picó - Violoniste : Olvido Lanza
Scénographie: Paco Azorín et Pere Milán Design et son : Roger Santos
Lumières : Oscar de Paz - Musique : Carlos López - Costumes : Valeria Civil

Au Teatro Español, c/ Príncipe, 25
Pour acheter des places : de mardi à dimanche de 11h30 à 13h30 et de 17h jusqu’au début de la représentation.
Durée du spectacle : 1 heure
Jusqu'au
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21 mai 2006 7 21 /05 /mai /2006 18:30
UN CRI INCERTAIN

La danse contemporaine tente de parler de la société actuelle, mais elle semble ne plus réussir à s’exprimer à travers le corps, et demande aux autres arts, du cinéma aux arts plastiques, de l’aider à communiquer. De nouveaux talents de la danse contemporaine sont présentés aux Rencontres Internationales de danse de Seine-Saint-Denis. Le corps n’est plus le seul protagoniste en scène. Les danseurs jouent, des vidéos sont projetées. Le plateau expérimental est un mélange des arts.

Jochen Roller, danseur allemand, est un exemple de cette tendance : il a présenté trois pièces en une seule soirée au Centre National de la Danse. Roller est seul en scène, face à un microphone. Dans la première création, No money no love, il raconte ses difficultés à gagner sa vie comme danseur. Il est debout. Autour de lui, des bricoles made in Japan, symboles de la société de communication, sont éparpillées dans l’espace. Alignant les chiffres sur un tableau, Roller calcule combien il gagne entre sa profession de danseur et les diverses activités lui permettant de financier sa survie. Il raconte de petites anecdotes sur un ton cynique, puis il commence à danser : ses longs bras et jambes se battent et se poussent, le corps en déséquilibre, il tourne avec violence sur lui-même. No money no love réussit à provoquer un rire amer sur la situation sociale.

La deuxième pièce, Art Gigolo, est un cri stérile et hystérique. Jochen Roller ne raconte plus les détails de sa vie quotidienne, et surtout il ne danse plus. Pendant quarante minutes, il critique le monde contemporain par de petites plaisanteries sarcastiques.

Enfin, dans That’s the way i like it, Roller présente ses entretiens avec des personnes s’appelant aussi Jochen Roller et vivant à Berlin comme lui. Le danseur ne danse pas, mais il ne parle pas non plus. Des vidéos passent, les visages de divers messieurs Roller racontent leurs vies. Le public rit pendant que ces individus expliquent pourquoi ils ne sont pas intéressés par le théâtre ou la danse. Roller est assis dans un fauteuil, il regarde le public, il rit avec lui pendant que des gens expliquent simplement qu’ils n’ont jamais été initiés à l’art vivant.
Dans la soirée ‘Roller’, le corps est muet, remplacé par l’image médiatique d’autres corps, et il plaisante ironiquement sur les problèmes de la vie contemporaine, devant un public élitiste, satisfait de rire, sans vraiment réfléchir sur le vide culturel de notre société.

Mattia SCARPULLA (Paris)

No money no love - Art Gigolo - That’s the way i like it
De Jochen Roller - présentées au Centre National de la Danse de Pantin, 9-11 mai 2006.

Prochains spectacles des Rencontres Internationales de Saint-Denis :
Du 19 au 21 mai, Meutes de Fabrice Lambert et Jours Blancs de Saskia Höbling
Du 23 au 25 mai, El como quieres de Roser Montilló Guberna et Brigitte Seth
Du 26 au 28 mai, Ici/Per.For d’Emmanuelle Vo-Dinh, Bleu de terre rouge de Lluis Ayet et Rita Quaglia, Portrait Series. Alone/Gregoire de Michael Laub, Visita Guiada de Cláudia Dias

Informations : 01 55 82 08 08 www.rencontres-choregraphiques.com

Crédit photo ©  Friedemann Simon
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2 mai 2006 2 02 /05 /mai /2006 13:20
LA DOMINATION POPULISTE ITALIENNE

Le Teatro Stabile (équivalent d’une scène nationale) domine la scène théâtrale turinoise avec le Teatro Regio. La programmation du Regio est dédiée à l’opéra lyrique, avec des parenthèses de danse classique et contemporaine et de musique. Le Stabile accueille la prestigieuse prose classique italienne, des noms tels que Castri, Lavia, Orsini et Mauri y présentent chaque année leur nouvelle création, souvent des réécritures de classiques.
Ces dix dernières années, le Stabile s’est ouvert à la scène internationale au travers d’artistes étrangers (Robert Lepage), ou d’italiens ‘auto-exilés’ dans des pays où l’art vivant est davantage aidé (Pippo Del Bono). Et depuis quelques années, la saison du Stabile accueille aussi des talents du théâtre expérimental : Marcido Marcidoris, Beppe Rosso et Eugenio Allegri.


Allegri travaille depuis longtemps sur la traduction des classiques dans un langage populaire qui puisse attirer des publics hétérogènes. En effet, lors de la représentation de S.O.S Soldi Opera Street (S.O.S, Argent Opéra Street), comédie musicale inspirée des songs de l’Opéra de Quat’Sous de Bertolt Brecht, des individus de toutes classes sociales ont rempli la salle du Teatro Gobetti, l’un des lieux historiques de la monarchie Savoie.

Sur scène, une fanfare chante les songs et crie des extraits du théâtre brechtien, parle avec le public, envahit la salle. Au début, les spectateurs assistent, sur les marches du théâtre, à un défilé des personnages-membres de l’orchestre, pendant qu’Allegri les présente, accompagné par un accordéoniste. Une musicienne se transforme en athlète de cirque et monte sur un trapèze, un autre personnage crache du feu et marche sur des échasses, deux jumelles habillées de la même façon chantent des airs lyriques. Le spectacle est une scène de cirque qui transforme la pièce de Brecht en une critique de la politique berlusconienne. Mais, si au début, un musicien-comédien souligne que, dans ce spectacle, l’art vivant n’est pas une banalisation culturelle, la mise en scène tombe trop souvent dans les clichés de la télévision italienne. Quelques scènes originales sont mélangées à des sketchs reprenant les publicités à la mode. Les musiciens ne sont pas comédiens et jouent comme des héros de la télé-réalité. Les plaisanteries politiques rappellent la pseudo-critique que la droite fait d’elle-même à la télévision. Le public rit quand il retrouve les gestes et les répliques des comiques médiatiques. A la fin du spectacle, les personnages échappent à la justice, comme tant de politiciens.

Si Allegri se pose dès le début comme un homme de gauche, il reprend à la lettre la banalisation culturelle. Ainsi, la crise éthique italienne s’exprime dans l’échec de ce spectacle : la culture semble droguée de télévision populiste, et les idées progressistes de la gauche se construisent sur le conformisme. Dans une scène, Allegri imite le personnage du Parrain/Brando ; il commence en disant que, comme tous les comiques, lui aussi veut jouer ce rôle symbolique : mais pourquoi doit-il faire comme tous les autres ?

Mattia SCARPULLA (Turin - Italie)

S.O.S Soldi Opera Street, d’Eugenio Allegri
Teatro Gobetti de Torino, 18-23 avril 2006
Informations : 0039 011 5169414/ 35
Teatro Stabile Torino Via Rossini n.12 10124 Torino
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2 mai 2006 2 02 /05 /mai /2006 13:08
L'ENVOL DANS LA CRÉATION

Les spectateurs sont accueillis par les comédiens. Ils s’assoient sur scène et regardent la salle. La salle est dans la pénombre, et au fond, dans un petit espace mal éclairé, les silhouettes des deux comédiens et trois comédiennes en train de discuter ; ils ne savent pas s’ils veulent entrer en scène. Lumière, les cinq personnages envahissent la salle, c’est-à-dire la scène, et commencent un jeu grotesque et ridicule, une sorte de charivari, une danse de fous du Moyen-Age. Mais ils recommencent à se disputer, cassent l’illusion, les lumières éclairent la salle et la scène, et les comédiens discutent de l’inutilité du théâtre classique ou contemporain formaté aux lois de la politique culturelle. Puis ils se présentent au public, et demandent un auteur qui veuille d’eux comme personnages, comme comédiens.
La distinction entre réalité et illusion a disparu. Une deuxième partie commence : les cinq personnages cherchent la liberté dans l’art : ils veulent apprendre à voler, ils citent divers textes sur Dieu et les hommes. Ils sont les Saint-François du XXIième siècle, ils se dépouillent de toute technique et improvisent des exercices en forme de farce.


Il Verbo degli uccelli, Anno II : in cerca d’autore (Le Verbe des oiseaux, année II : en quête d’auteur) a été créé par Domenico Castaldo avec la complicité d’un collectif qui existe depuis quelques années. Le spectacle est un work in progress autour de l’idée et des thématiques des Six personnages en quête d’auteur de Luigi Pirandello. Il continue à évoluer au cours d’une troisième année de recherche.
Les citations de culture populaire et littéraire sont bien ciselées dans de petites scènes ironiques inspirées de la Bible, dans l’intention de présenter de façon divertissante les enseignements qui sont à la base de la culture chrétienne, mais aussi des autres religions et cultures, citées tout au long de la représentation.
Le Teatro Juvarra de Torino a accueilli le spectacle de Castaldo dans sa programmation de petites productions expérimentales, qui mêlent le langage du corps à celui de la vidéo et des mots. Ce théâtre accueille aussi les travaux d’artistes d’une certaine renommé, qui mènent une réflexion originale sur la culture populaire et élitaire italienne (Michele di Mauro, Balletto Esperia, Controluce). Juste à côté du théâtre, le Cafè Procope accueille des rencontres musicales, des leçons gratuites de tango ou de danse sévillane, des concerts de musique jazz ou pop.

La deuxième partie du Verbo degli uccelli est parfois répétitive et fragmentaire, mais Castaldo et ses quatre compagnons sont des athlètes virtuoses de la scène, qui chantent de joie et construisent de nouveaux espaces avec un minimum d’objets, dans la tradition de la Commedia dell’Arte. Ils parlent aux spectateurs, s’épuisent dans la répétition de la même action, des bras qui deviennent des ailes et des corps qui se jettent contre le sol. Les personnages continuent à questionner les spectateurs, les poussant à être créatifs, à devenir auteurs de leur vie.

Mattia SCARPULLA (Turin - Italie)


Il Verbo degli uccelli, de Domenico Castaldo, en collaboration avec Katia Capato, Piero Greco, Francesca Netto et Margherita Ortolani
Teatro Juvarra de Torino, 10-13 avril 2006
Informations : 0039 011 540675
Teatro Juvarra et Café Procope www.masjuvarra.it 15, Via Juvarra 10123 Torino
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31 mars 2006 5 31 /03 /mars /2006 01:29
LES MOTS SE FONT CORPS EN CHANTANT

Le sol est bleu. Des chaises sont éparpillées dans un océan figé. Des vêtements sont accrochés en hauteur à des rangées de cintres. Cinq corps marchent vers le public, ils lui sourient, ils commencent à danser, chanter, jouer. Les danseurs revêtent de nouveaux habits, des vêtements qui rappellent les précédents, des vêtements colorés ou des vêtements blancs pour tous. Des fragments du voyage d’Ulysse passent d’une bouche à l’autre en construisant une mélodie de sons, et les mots prennent une double signification, ce qu’ils racontent et le divertissement de la mélodie. A chaque mot correspond un geste, les corps s’éparpillent dans l’espace, se lancent dans des tourbillons composés d’actions quotidiennes et de gestes techniques, puis ils s’immobilisent comme des sculptures entourées de silence. Les corps suivent leur propre voyage, leur propre récit dansé, en rencontrant dans leurs jeux d’autres Ulysse.

A posteriori est la dernière chorégraphie de Georges Appaix. C’est une reprise de sa première chorégraphie, Antiquités. Avec une nouvelle équipe de trois danseuses et deux danseurs, et avec l’aide de la choréologue Marion Bastien, spécialisée dans la notation Laban, Appaix a repris des extraits de la chorégraphie de 1985, autour du récit épique d’Homère, et autour du récit quotidien des corps et des vies des interprètes. Dans le mythe du voyage d’Ulysse sont introduits d’autres mythes, et ces mythes introduisent encore d’autres mythes. Les danses de la première compagnie d’Antiquité sont conservées par la nouvelle équipe, mais l’interprétation est différente. Les danseurs croisent leurs corps et leurs vies, ils s’appellent de leurs vrais noms, font d’eux-mêmes un personnage. Chaque danseur se présente au public en racontant et en inventant des détails d’une ou de mille vies. Personne en scène ne peut rester seul, les interprètes cherchent continuellement dans l’espace leurs compagnons de jeux, ils créent avec les chaises des lieux enfantins du monde adulte.

Georges Appaix travaille depuis vingt ans sur la citation et l’influence d’un code artistique sur l’autre. Pour ses danses, il s’inspire aussi bien des techniques chorégraphiques que des danses de salon et du jeu dramatique. A posteriori est construit sur la retranscription du corps et de la voix en une partition musicale. Ce n’est pas l’histoire qui compte, mais l’alternance entre sentiment et théorie, discours et jeu, instinct et rationalité. Les seules musiques enregistrées sont des échos qui reprennent et poursuivent les jeux vocaux des danseurs. Ils se métamorphosent en notes musicales dans l’espace, et le temps devient ainsi relatif entre vie et souvenir, entre passé encore présent et nouveau présent en jeu.

Mattia SCARPULLA (Marseille)


A posteriori,
Par la Compagnie La Liseuse et George Appaix.
Présentée du 15 au 18 mars 2006, salle de la Cartonnerie à la Friche Belle de Mai, 41 rue Jobin, 13003 Marseille.
La création a eu lieu au Théâtre d’Arles, le 10 mars 2006, avec le soutien de la ville de Marseille, Objectif Danse et la Scène nationale du Merlan.
Tournée : 23-25 mars 2006, Théâtre de Saint Quentin en Yvelines - Scène Nationale 28 mars, Le Théâtre - Scène Nationale de Mâcon 31 mars, Forum Jacques Prévert à Carros
Informations : Marseille Objectif Danse tel : 04 95 04 96 42 e-mail : mod@marseille -objectif-danse.org Le Merlan – Scène Nationale de Marseille tel : 04 91 11 19 30 e-mail : merlan@merlan.org
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Chronique Fraîche