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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

14 novembre 2006 2 14 /11 /novembre /2006 00:49
NE PAS ÊTRE

Auteur, metteur en scène et scénographe, Hubert Colas est le co-fondateur à Marseille de Montevideo, un centre de création qui explore les écritures contemporaines du monde entier et veut favoriser les croisements entre les disciplines artistiques. La vidéo et la technologie font d’ailleurs partie intégrante de sa mise en scène. Après avoir travaillé sur l’œuvre de Gombrowicz, Sarah Kane, Christine Angot et bien d’autres contemporains, Hubert Colas signe ici une adaptation de « la pièce des pièces ».

Présenté au Festival d’Avignon en 2005, cet Hamlet a été nommé la même année aux Molières comme Meilleur spectacle de théâtre public en région. Un conseil, si vous voulez y comprendre quelque chose, lisez la pièce de Shakespeare avant d’aller voir la mise en scène par Hubert Colas. Le moins que l’on puisse dire est que son Hamlet est hermétique. Au point que l’on reconnaît à peine la pièce de l’oncle William.
 Photo © P. Laffont

La mise en scène est pourtant ambitieuse et d’une grande originalité. Le décor, noir c’est noir, rappelle un peu « 2001, Odyssée de l’espace » avec sa grande dalle noire posée sur le sol qui sert en partie de scène et qui peut pivoter, réinventant régulièrement l’espace. Derrière, un écran de même longueur diffuse des images de ciel en colère ou réfléchit l’image des comédiens en train de déclamer leur tirade. Une sorte d’écho pictural du meilleur effet qui réunit le ciel à la terre et à l’enfer. Les comédiens sont en noir, quelques-uns portent une veste d’officier, style polytechnique. Seule touche de couleur dans tout cet univers macabre et sombre, la sublime robe verte de la reine Gertrude magnifiquement portée par Anne Alvaro.

Hamlet désincarné

Tout cela est très beau et très élégant. Mais il faut beaucoup d’imagination pour se croire à Elseneur où se tient la cour du Royaume du Danemark. D’autant que la direction d'acteurs n'aide pas non plus à la compréhension. À chaque apparition, ils sont introduits sur scène par un officiant qui les annonce debout derrière un micro. Ils pourraient venir recevoir un Molière, mais non, ils viennent jouer Shakespeare. Chacun semble jouer sa propre partition. Fort bien d’ailleurs mais sans véritable lien avec les autres acteurs. Chacun joue en soliste. On a ainsi l’impression qu’Hubert Colas pose les pièces du puzzle sans jamais les rassembler. Ce qui fait qu’on ne sait pas trop ce que tout cela représente. Hamlet est ici une pièce désincarnée. Le décor se veut sans doute symbolique mais de quoi ? Il pourrait rester l’esprit ! Mais non, lui aussi semble s’être absenté. Il ne reste que le squelette de la pièce. Pas de chair, pas de sang, pas d’âme. Alors, c’est la mort ? Non, c’est l’ennui. L’histoire est dissoute dans ce néant savamment organisé. C’est totalement linéaire et pour tenir le fil, il faut drôlement s’accrocher. On essaie, puis on renonce.

Après plus de trois heures de représentation, la salle se rallume. Enfin un peu de clarté. Je l’avoue, prise dans ma torpeur, je n’avais pas saisi que la pièce était finie. Surprise, aucun applaudissement. Rien. Quand même ! Je m’en étonne, avec d’autres, mais une spectatrice plus attentive nous rassure, ce n’est que l’entracte, il reste encore une heure et quart de spectacle. Mea culpa mais je n’ai pas eu le courage d’y retourner. Désolée pour Hubert Colas, évidemment talentueux et audacieux mais, ici, à côté de la plaque de l’émotion. Être ou ne pas être spectateur d’un spectacle aussi obscur, telle était la question. En sortant, le long escalier de Chaillot qui mène à l’air libre était tout aussi noir... de monde.

Agnès GROSSMANN (Paris)

Hamlet
De William Shakespeare
Mise en scène d’Hubert Colas
Avec Thierry Raynaud (Hamlet), Anne Alvaro,Geoffrey Carey, Sophie Delage, Claire Delaporte Rojas, Philippe Duclos ; Denis Eyriey, Nicolas Guimbard, Pierre Laneyrie, Boris Lémant, Isabelle Mouchard, Frédéric Schulz-Richard, Xavier Tavera, Cyril Texier

Jusqu’au 19 novembre 2006 à 19 heures.
Théâtre national de Chaillot 1 place du Trocadéro 75116 Paris
Réservations : 01 53 65 30 00
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12 novembre 2006 7 12 /11 /novembre /2006 21:06
LES LETTRES DU DÉSESPOIR

Les Lettres de Ville-Evard
furent écrites par Antonin Artaud lors de son internement dans cet asile situé à la lisière de Paris. Le vaste complexe d’austères maisons en briques créé en 1863, lorsque est institutionnalisé le traitement de la folie, est aujourd’hui promis à la fermeture. N’y subsistent plus que quelques patients.


Antonin Artaud y séjourna de 1939 à 1943. Après l’hôpital psychiatrique de Sainte-Anne, à Paris, avant celui de Rodez. Le diagnostic du mal qui toute sa vie a consumé Artaud a donné lieu à un débat entre spécialistes encore ouvert. Dépression ? neurasthénie aiguë ? Dues ou non à une syphilis ou confortées par l’acharnement thérapeutique dont il a été l’objet ? Il reste qu’atteint de graphorrhée, il écrivit à Ville-Evrard quantité de lettres. Adressées entre autres à sa mère, à Adrienne Monnier, gourou parisienne de la littérature d’avant-guerre, ou encore à Adolf Hitler… La plupart n’étaient jamais envoyées et furent détruites. Certaines ont été jointes à son dossier médical. Une quinzaine seulement ont été publiées.

Dans ces lettres, il est sans cesse question de la menace que font peser sur lui les « initiés » ou les « doubles ». Ainsi Jean Sébastien Bach ne serait pas l’auteur des œuvres qui lui sont communément attribuées. Elles sont le fruit de son double. « Seuls les non initiés l’ignorent ». Même à ses proches, un florilège d’invectives. Au peintre Balthus, par ailleurs son scénographe : « tu n’es devant moi que l’ombre d’un morpion. » Dans un courrier adressé aux masses : « je suis votre irréconciliable ennemi, depuis que les initiés et leurs spectres me tiennent prisonniers dans les asiles d’aliénés français ».

Une performance d’une rare intensité

Depuis maintenant deux ans, la compagnie Vertical Détour, fondée et dirigée par Frédéric Ferrer, s’est établie en résidence à Ville-Evrard. Alternant créations et ateliers auxquels participent patients et personnels soignants. « Je pense que ces lettres méritaient d’être entendues. De par ce qu’elles disent sur Artaud, sur la maladie, sur la paranoïa, le désespoir ou le désir, elles sont importantes », estime Frédéric Ferrer.

Dans l’ancien magasin des cuisines de l’hôpital, pièce vide et basse de plafond, le comédien Stéphane Schoukroun ne se contente pas de les lire. Il les incarne à l’estomac, secoué de spasmes et l’œil torve, pour donner corps à un esprit sujet à la psychose, en proie au délire paranoïaque le plus aigu. En une performance d’une rare intensité. Ses déplacements dans cet espace nu ont tôt fait de le peupler des ombres qui tourmentent Artaud. Parfaitement maître de ses ruptures, Stéphane Schoukroun alterne moments d’orages et d’accalmies, où la folie n’est que tapie. Entre chaque lettre, il recouvre son identité, ne cherchant pas à interpréter Artaud. Ce dernier contestait à ses médecins le droit de discuter de la légitimité de ses délires, selon lui aussi logiques que toute autre succession d’idées émanant d’un cerveau humain. Avec plus de mordant, il s’insurgeait contre la mise au ban des « aliénés » au sein des institutions semblables à Ville-Evrard. Leur principe de relégation, analysé par Foucault, a été depuis combattu. Pour céder le pas à des unités de soins plus petites, rapatriées vers les centres. Le cas Artaud a contribué à inspirer ce travail de réforme. « L’asile d’aliénés, sous le couvert de la science et de la justice, est comparable à la caserne, à la prison, au bagne », écrivait-il. La restitution dans l’ordre chronologique de ses courriers atteste que son état n’a fait qu’empirer. Que l’isolement ajoutait à sa souffrance. Comme son incapacité à cerner ses traitements alimentait sa paranoïa.

Plus question de poèmes

Au docteur Léon Foux, il dénonce « le crime abominable perpétré contre moi, à toute heure, sur le point d’être consommé ». « Il ne peut plus être question pour moi de poèmes », ajoute-t-il. Pourtant certaines lettres émeuvent par leur beauté lyrique : « toutes les cavernes de l’enfer sont ouvertes », écrit-il à Jean Paulhan à qui il demande de l’héroïne. Cinquante grammes au minimum. Il est bientôt question de démons, d’un vaste complot pour lui nuire, accaparant sous l’égide du Mal, le monde tout entier. A de rares exceptions près, comme son amour de jeunesse Jenica Anastasiu. A qui il confie : « je n’en peux plus de douleurs et d’offenses ».

D’un tel spectacle, le public ne sort pas indemne. Confronté à bout portant à cette expression brute d’une souffrance paroxystique, d’un profond désespoir, d’un épuisement sans rémission, il n’a d’autre échappatoire que le rire. Un rire fou. Lorsque par exemple, Artaud énumère la liste des commissions, détaillée jusqu’à l’absurde, qu’il souhaite se voir envoyées. Pendant une heure très dense, Stéphane Schoukroun court ainsi sur le fil d’un rasoir aux versants poignants ou hilarants. Bouleversants en tous les cas.

Hugo LATTARD (Paris)

Les Lettres de Ville-Evrard, d’Antonin Artaud
Mise en scène de Frédéric Ferrer
Interprété par Stéphane Schoukroun

Les Anciennes Cuisines EPS de Ville-Evrard, 202 avenue Jean Jaurès 93330 Neuilly-sur-Marne Réservations : 01 43 09 35 58
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11 novembre 2006 6 11 /11 /novembre /2006 07:09
QUAND LES FEMMES TOMBENT LE MASQUE

Moins de deux ans après l’interruption du premier volet écrit à six mains, le trio infernal revient avec une heureuse suite, Arrête de pleurer, Pénélope 2. Si les filles ont mûri, elles n’ont rien perdu de leur énergie et de leur talent à croquer les différentes facettes du caractère féminin dans un spectacle qui sonne juste et léger.

Pénélope, Léoni et Chloé, amies depuis l’enfance, ont aujourd’hui largement dépassé la trentaine. Elles se retrouvent après plusieurs années d’absence, à l’occasion d’un enterrement. Sous les apparences, chacune des trois amies cache sa vraie personnalité, nettement moins lisse que ce qu’elles auraient bien voulu faire croire.
Léonie, caricature de la trentenaire rompue au bouddhisme et aux méthodes de relaxation zen, parle d’ouverture, d’accueil et de relaxation. Elle a préparé sa grossesse depuis de longs mois, sait exactement comment s’y prendre pour que son enfant (forcément un garçon) soit un futur gagnant. Elle respire le bien-être.
Pénélope, elle, femme-enfant naïve et terriblement cruche, ne cesse de pleurer suite au décès de son amant, qui n’avait pourtant que 65 ans.
Arrive Chloé, d’Allemagne, enceinte jusqu’au cou, mais qui tient à avoir son enfant seule. Pourquoi ? Parce que le père n’est autre que la star internationale Wesley Snipes. A moins que tout ceci ne soit qu’un mensonge.
 Photo © DR
Si chacune a cherché à se soumettre aux diktats de la femme moderne, en devenant bonne mère et bonne épouse tout en sachant rester belle et sexy, honnête travailleuse, calme, sereine et épanouie, aucune n’y est vraiment parvenue. Car il est désormais une évidence qu’on ne peut plus nier. La femme telle que décrite dans les magazines féminins n’existe pas. Et voilà bien toute la trame de l’histoire de ces trois filles « qui auraient bien aimé avoir l’air, mais qui n’ont pas l’air du tout ». Alors méthodiquement, parfois cruellement comme les filles savent l’être entre elles, mais toujours avec un humour contagieux et un sens de la répartie qui leur est propre, elles vont défaire leur masque et laisser apparaître leur vrai visage à la lumière du jour. Et finir enfin dans les bras l'une de l'autre, débarrassées des affres de l’apparence, dans une posture « totalement pathétique ».

Les trois comédiennes, co-auteures du spectacle, développent une énergie incroyable pendant plus d’une heure. Malgré un premier quart d’heure un peu poussif où l’on frôle le pire du théâtre de boulevard, dansz ce qu'il a de caricatural et lourd, le spectacle se met petit à petit en place pour finalement inattendument s’installer dans un rythme de croisière quasiment jouissif, fin et terriblement percutant. La complicité des trois comédiennes réussit à convaincre le public tant elles sont spontanées et hilarantes. L’écriture est fine, les dialogues réellement nourris, les comédiennes ne sont pas sur scène par hasard, on ne ressort pas avec l'impression d'avoir gâché sa soirée, voila au final un spectacle drôle, dont le succès bruyant colporté de bouche à oreille n'est pas une escroquerie. Ce n'est pas si souvent.

Julien GOURDON (Paris)


Arrête de pleurer Pénélope 2
Pièce  de Christine  Anglio
Mise en scène Michèle  Bernier.
Avec Christine  Anglio,  Juliette Arnaud, et Corinne Puget.

Ttheatre Fontaine - 10, rue Fontaine 75009 Paris, à partir du 19 septembre 2006.
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9 novembre 2006 4 09 /11 /novembre /2006 16:09
DRÔLE D'AIGUILLON

L’ancien chroniqueur de « 20h10 pétante » sur Canal + revient sur la scène du Palais des glaces pour son one man show « En avant la musique », dans une formule épicée. Au programme, un vrai comédien qui tient la scène avec de nombreux sketches plus ou moins drôles sur des sujets aujourd’hui largement éculés.

Il faut commencer par les côtés positifs. Stéphane Guillon prouve qu’il n’est pas seulement un chroniqueur télé et radio, mais qu’il est avant tout comédien. Une vraie présence sur scène, une bonne occupation de l’espace, un phrasé qui sonne juste, des grimaces et des contorsions corporelles qui font mouche. Le comédien a du talent, c’est indéniable, sur la forme.
 Photo © DR

Mais hélas, côté humour, rien de nouveau sous le soleil, sur le fond. Le passage en revue des pièges à rire l'atteste :  les vieux et la canicule, le milieu sans scrupule de la télévision, les écologistes et la tendance « bio », ou encore les fumeurs. Grinçant, grinçant, le style. Comme il le dit lui-même, s’il a coché la case « humour noir » en entrant dans le milieu du show-biz, son spectacle ressemble désagréablement, par bien des côtés, au dernier one man show de Dieudonné, la politique en moins. Pour preuve, il utilise la même recette que son collègue lorsqu’il balance sur les homosexuels en faisant mine de s’arrêter et de payer une taxe pour franchissement du seuil politiquement correct exigé.

Méchant ?

Autre impression de déjà vu, cette manie agaçante qu’ont aujourd’hui tous les humoristes à prendre à partie un spectateur dans la salle, au premier rang, pour lui expliquer les vannes que soit disant il n’aurait pas compris. « Ca prendra le temps qu’il faudra, mais tu vas rattraper les autres » le tout en serrant les poings en signe de solidarité. Même Bigard le fait dans son dernier spectacle.
Enfin, la fameuse revue de presse, déguisée en lecture d’un dictionnaire des noms propres futuristes, pour balancer des petites phrases méchantes sur les célébrités d’aujourd’hui. Cà ressemble à Bedos ça, non ?!! On rit franchement, parfois, sur des bons mots mais on espère, souvent, que le prochain sketch sera plus drôle. On reste donc sur sa faim, pas aussi méchant qu’on avait bien voulu nous le vendre, mais pas assez gentil pour qu’on ait envie de le soutenir.

Stéphane Guillon nous réserve tout de même, à la fin de son spectacle, la surprise de nous faire partager un autre de ses talents, celui d’imitateur. Fabrice Lucchini, PPDA, Frédérique Mitterrand, des voix dont il se sert pour parler de lui à la troisième personne et alléger son spectacle d’un peu d’autodérision. Avec cette ultime réplique, qu’il met dans la bouche de Dominique Besnehard : « Cet acteur est si méchant qu’il doit certainement être frustré ».

Julien GOURDON (Paris)

Stéphane Guillon, one man show « En Avant la musique »
Artiste : Stéphane Guillon
Metteur en scène : Jeanne Herry En avant la musique ! Formule Epicée

Au Palais des Glaces 37 rue du Faubourg du Temples 10ème
Du 21 septembre au 31 décembre 2006
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8 novembre 2006 3 08 /11 /novembre /2006 18:23
LA PASSION AMÈRE DE LA CHAIR

Ilka Schönbein, par un travail sur la lenteur et la grimace, au travers de masques, de bribes de vêtement, de tâches rouges et noires, se métamorphose sur scène en une chair passionnelle, qui crie la jouissance et la douleur.

Elle joue quelques mots, de brèves phrases en allemand, la sonorité gutturale se mêle à la chair remuante. Le plateau reste dans la pénombre, les masques bruts et violents représentent des morceaux de visage et de corps, les yeux des masques d’enfant sont bleus et lumineux, mais ils sont si tristes !La scène de Chair de ma chair est celle d’un cirque. Un deuxième personnage, représenté par Nathalie Pagnac, présence figée, peau teinte en blanc, sourire doux et terrible, introduit les numéros d’Ilke Schönbein.  A d’autres moments, la présentatrice est accroupie sur une machine à écrire et interprète l’écrivaine roumaine Aglaja Veteranyi pendant qu’elle crée son récit mémoire, Pourquoi l’enfant cuisait dans la Polenta, sur une enfant de la balle et la relation avec sa mère et avec la solitude.

Photo © DR
 
Les numéros interprétés par Ilka Schönbein sont des fragments de la vie de cette enfant, et de son métier dans le cirque, ses différents rôles d’enfant-monstre. Ilka Schönbein déforme son visage comme une enfant débile et rêveuse, elle se tue elle-même, elle se viole elle-même, au travers d’un langage à la limite de la danse et du théâtre, rauque et effilé dans chaque geste.
Au début de Chair de ma chair, le public est accueilli par Bénédicte Holvoote, qui joue Mademoiselle, serveuse d’histoires et de poésies, des petites formes qui évolueront en une création future au Grand Parquet. Holvoote accueille un ou deux spectateurs sous son parapluie, et leur livrecomme en un jeu des poésies de passion dévastatrice, comme celles de Rainer Maria Rilke, fidèle aux sentiments du spectacle de Schönbein. Puis, lorsque le public est assis dans la salle, la comédienne offre des poupées, raconte leur vie, cherche des genoux de spectateur où les poupées puissent assister au spectacle.

Le chapiteau mystérieux et chaleureux du Grand Parquet est né au sein du quartier Chapelle-Aubervillers. Au travers de différentes actions sociales, ce théâtre essaie de travailler et de jouer avec tous les publics. Le directeur, François Grosjean, écrit dans la fiche de présentation du théâtre : « Avant de faire un théâtre du discours, nous souhaitons faire un théâtre de sensation ». En effet, Chair de ma chair est avant tout un théâtre amer d’émotions, mais qui offre aussi un discours original sur le corps, sur la passion mère et fille, sans tomber dans la psychologie ou dans la complaisance érotique, et qui porte le spectateur à réfléchir après l’émerveillement.

Mattia SCARPULLA (Paris)

Chair de ma chair, mise en scène et interprétation d’Ilka Schönbein, en collaboration avec Nathalie Pagnac, a été présenté du 13 octobre au 5 novembre au Grand Parquet, Paris.

Pourquoi l’enfant cuisait dans la Polenta, d’Aglaja Veteranyi est publié aux Editions d’en Bas, coll. l’Esprit des Péninsules, 2004

La création fait partie de la trilogie Mamans Fatales (Chair de ma chair, Le Loup et les sept chevreaux –jeune public -, et Un Foid de kronos – à partir de douze ans), accueillie fin octobre au Grand Parquet.

Reprise de Chair de ma chair au Théâtre de la Commune : du vendredi 12 au samedi 27 janvier 2007. Informations : Le Grand Parquet 20 bis, rue du Département 75018 Paris Tél : 01 40 05 02 30 / 06 33 51 28 11
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7 novembre 2006 2 07 /11 /novembre /2006 14:10
LE MINOTAURE

Marie Ndiaye voulait écrire depuis longtemps sur les rapports entre une bonne et sa patronne. Cela aurait pu être un court roman ou même une nouvelle, mais le travail de l’écrivain au sein du bureau de lecture de France Culture lui a donné l‘idée d’écrire une pièce qui aurait pu être radiophonique mais qui est finalement devenue une pièce de théâtre.

Reste qu’Hilda pourrait se voir « les yeux fermés » tant le texte reste au centre de la mise en scène de Christophe Perton. Mais ce serait dommage car le travail scénique, outre qu’il est très esthétique, rend parfaitement compte de l’étrangeté de cette pièce peuplée de fantômes.

Au milieu de la salle Roland Topor où se joue la pièce, une longue estrade est installée en guise de scène. Le public prend place sur chaque longueur de cette estrade qui fait office de trait d’union factice entre l’habitation de la patronne et celle de sa bonne, chacune symbolisée par une simple porte. Les personnages apparaissent à l’une ou l’autre de ces portes dans des saynètes successives qui scandent l’avancée de leur relation. Les comédiens, Claire Semet et Ali Esmili, rejoins dans le dernier tiers de la pièce par Emilie Blon-Metzinger, disent leur texte debout, quasiment sans bouger mais avec une intensité qui rend compte de tous leurs mouvements intérieurs. Et c’est à une véritable tempête des sentiments que l’on assiste.

Dans une petite ville de province, Madame Lemarchand, patronne mais de gauche comme elle le répète sans cesse, veut une nouvelle bonne. Pas n‘importe laquelle. Elle veut Hilda. Elle n’a jamais eu de bonne qui s’appelait Hilda. Ce prénom lui semble paré de toutes les vertus. Elle veut embaucher Hilda et demande à Franck, le mari d’Hilda de convaincre sa femme. Jamais on ne voit Hilda. La pièce est un dialogue entre cette patronne (de gauche) et ce mari ouvrier qui va se voir petit à petit dépossédé de sa femme. Car Madame Lemarchand n’a pas seulement besoin d’Hilda pour faire le ménage et s’occuper des enfants. La jeune femme est aussi un rempart contre l’ennui, la folie, la mort. Autant dire qu’elle s’y attache… « C’est bien la nécessité physique, vitale de Madame Lemarchand, son besoin pressant et absolu d’Hilda pour la tenir en vie, qui pousse la pièce aux frontières de l’épouvante », explique Marie Ndiaye.

L’écriture est incroyablement forte et précise. Pour le metteur en scène Christophe Perton, « c’est une écriture dense, passionnante. Elle me paraît proche de celle d’un Koltès. Elle en a l’économie, la précision qui parvient d’une phrase à définir un paysage. Elle est l’exact contraire d’une écriture bavarde et naturaliste ». La relation patronne-bonne ou maître-soumis rappelle ici les histoires de vampires. Poussé à l’extrême, le personnage de la patronne devient mythique. Il nous plonge dans l’effroi. Sous couvert d’explorer une situation ordinaire, Hilda est en fait une pièce fantastique et implacable. Un choc !

Agnès GROSSMANN (Paris)

Hilda
De Marie Ndiaye
Avec Emilie Blon-Metzinger, Ali Esmili, Claire Semet
Mise en scène de Christophe Perton

Théâtre du Rond-Point 2 bis, avenue Franklin D.Roosevelt 75 008 Paris Tel : 01 44 95 98 21
Jusqu'au 25 novembre 2006.
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7 novembre 2006 2 07 /11 /novembre /2006 13:58
ÉBRIÉTÉ DIONYSIAQUE

Momboye mélange la danse occidentale à la danse africaine, et les corps passent de l’image de l’homme à l’image de l’animal ; des métamorphoses inspirées par des peintures primitives colorent  la double représentation autour de Debussy et Stravinsky.

Les corps de Georges Momboye et ceux de ses danseurs semblent s’observer, se toucher pour comprendre la puissance de chaque détail de la chair, de chaque muscle tendu. Ils sentent leurs peaux. Les danses regorgent d'ébriétés et de joie, mais débordent vite dans des conflits de groupes ou des duels.
 
Dans Prélude à l’après-midi d’un faune, musique de Claude Debussy, Thomas Guei, musicien percussionniste, joue du djembé, marche en parcourant une route de lumière sur le plateau dans la pénombre. Il semble évoquer un rêve. Il disparaît, et Momboye apparaît au centre, sur une petite base carrée, son lit, au-dessus duquel un lampadaire est suspendu. Le chorégraphe prend conscience du lieu par la plante deses pieds, et, pendant que le lampadaire se lève et s’abaisse, éloignant et rapprochant la réalité, il se dénude progressivement en jouant avec son corps. Il disparaît. A l’improviste, une femme apparaît et disparaît. Momboye réapparaît, et à la place de la femme reste son vêtement. L’homme mime un faune et s’unit au vêtement de son rêve.

Le Sacre de printemps, musique d’Igor Stravinsky, chorégraphié par Momboye, s’enchaîne à la première danse. Sur un plateau vide, les corps de douze danseurs et de quatre danseuses, des corps noirs et blancs, commencent une scène qui ressemble à une soirée quotidienne dans une rue, occidentale ou africaine. Les jeux entre les danseurs sont des chorégraphies de groupe où les corps semblent imiter les mouvements des félins ou des oiseaux, ce sont aussi des expressions de désir, des actes de bataille pour s’aimer ou se refuser. Enfin, le corps de Momboye, transformé en faune comme dans la chorégraphie précédente, revient sur scène pour initier les corps à un rite effréné : pieds contre le sol, tête et bras secoués, jusqu’à que tous les danseurs tombent, épuisés et libérés de leur réalité.

Dans ces deux chorégraphies, Georges Momboye mélange le jeu et le rite, éléments des cérémonies dionysiaques grecques. Momboye crée un cri de danse par une écriture corporelle complexe et personnelle, dans un rythme charnel, riche des temps anciens de l’art et de l’histoire.

Mattia SCARPULLA (Paris)

Prélude à l’après-midi d’un faune, musique Claude Debussy, et Le Sacre du printemps, musique d’Igor Stravinski, chorégraphies de Georges Momboye, ont été présentées au Théâtre Silvia Monfort, 3-5 novembre 2006

Informations : Compagnie Georges Momboye
Catherine Herengt / Tel. 01 58 70 00 15  Théâtre Sylvia Monfort

Tournée : 28 novembre, Scène Nationale, Bayonne 8 décembre, Espace Jean Legendre, Compiègne 18 janvier 2007, Centre d’Art et de Culture, Meudon 3 février, Maison du Théâtre et de la Danse, Epinay sur Seine 17 février, Théâtre Salieri, Legnano, Italie ( Le Sacre ) 25 avril 2007, Festival au fil d’Avril, Romans 4 mai, Espace Culturel, Thiers 24 mai, Théâtre André Malraux, Rueil Malmaison


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3 novembre 2006 5 03 /11 /novembre /2006 09:29
LA BELLE ET LE CLOCHARD

Pierre et fils, la pièce écrite par Pierre Palmade et Christophe Duthuron aurait aussi bien pu s’appeler comme le chef-d’œuvre de Walt Disney. Certes, la belle est un homosexuel prisonnier d’un carcan sociétal et le clochard un vieux fou excentrique, mais il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une belle histoire d’amour qui fait réfléchir.

Pour ceux qui connaissent les spectacles antérieurs du roi Palmade (“Ils s’aiment”, “Ils se sont aimés”), le ton est donné : une dizaine de saynètes imaginées dans un décor sobre et imaginatif, des dialogues corrosifs et de l’émotion. Beaucoup d’émotion. Derrière l’humour et le comique de situation, on est ému de voir ces deux grands hommes si différents avoir autant de mal à se dire leurs sentiments. On sent son cœur se pincer devant ce gamin de 38 ans qui veut faire une partie de pêche avec son “aventurier ” de père, père qui, soit dit en passant, tient une sacrée forme pour son âge. Et puis l’on s’émeut de constater que, malgré tous les ressentiments, malgré l’absence, on reste toujours liés charnellement quels que puissent être les différends entre un père et un fils.

Photo © DR
Les autres personnages sont là, mais on ne les voit pas. Pourtant, sans eux, il n’y aurait pas ces situations burlesques qui obligent les deux Pierre à communiquer. Autour de Anna l’épouse, Julien l’amant, Solange la caissière ou Maman, on trouve ces deux olibrius qui découvrent la vie. Chacun a à apprendre sur l’autre mais surtout de l’autre et c’est ce qui fait que cette histoire est belle et touchante. Ces deux grands comédiens nous avaient habitué, au travers de leurs films ou spectacles, à cacher un grand pouvoir d’émotion derrière leurs blagues, leur humour, mais de voir ces deux-là réunis, c’est à se demander s’ils n’ont pas passé leur vie ensemble. La même énergie, le même sens de la répartie, la même capacité à occuper tout l’espace, le même air un peu triste parfois ; c’est sûr, Pierre Palmade est le fils spirituel de Pierre Richard. En sortant de la salle, on a la sensation d’avoir refermé un beau livre d’histoires… Ca tombe bien parce que les livres on peut les ouvrir et les fermer à volonté, parfois lire juste un chapitre pour se mettre de bonne humeur, relire un passage pour mieux comprendre ce que l’auteur a vraiment voulu dire, et le prêter à ceux qu’on aime pour partager son bonheur. “Pierre et fils” est une belle histoire, avec de magnifiques personnages, qu’il faut ranger sur sa plus belle étagère.

Laurène PIOTEYRY (Paris)
Il était une fois… Pierre et fils, pièce écrite par Pierre Palmade et Christophe Duthuron
Avec Pierre Palmade et Pierre Richard

Théâtre des Variétés, 7 bd Montmartre 75002 PARIS
Du 21 septembre 2006 au 7 janvier 2007
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2 novembre 2006 4 02 /11 /novembre /2006 14:38
UNE RÉFLEXION SUR LE LANGAGE ET LES MAUX

Sur le mode de la conférence, deux experts en blouses grises vous préviennent. Vous n’êtes pas conviés à écouter une histoire mais à assister à une action théâtrale. Une débauche de faire à laquelle le public participe, pour contourner les mots, si suspects aux yeux de Peter Handke.

Influencé notamment par les travaux du philosophe Wittgenstein, son compatriote, l’auteur autrichien n’a eu de cesse d’interroger les propriétés du langage. Y compris du langage théâtral. « Y a-t-il un seul mot de moi dans ce que je dis ? », demande Samuel Beckett dans L’Innommable. Pour mettre à jour cette question, Peter Handke s’est inspiré d’un fait divers réel, survenu Outre-Rhin au début du XIXe siècle, et dont la singularité a suscité quantité d’interprétations, de Verlaine à Werner Herzog ou François Truffaut.
 Photo © Bellamy

Kaspar Hauser a été retrouvé sur une place de Nüremberg. Après avoir passé toute son existence dans un cachot, enfermé par un geôlier qu’il n’a jamais vu. Le jour de sa découverte, il portait une lettre adressée au commandant des chevaux légers de la ville, et ne savait dire qu’une seule phrase : « cavalier veut comme père été ». Au delà, son esprit était vierge. Peter Handke s’est approprié cette histoire pour se concentrer sur l’émergence de la pensée, les méfaits de l’avènement aux mots. Comment le langage se retourne contre l’homme ? En quoi est ce un instrument d’asservissement ?
Extrêmement stimulant quoique ardu, ce texte de Handke dénonce l’oppression que subit l’homme civilisé, jusque dans ses retranchements ontologiques. Qu’a-t-il de personnel, lui qui ne peut (se) concevoir qu’au moyen d’un ordre général et prédéfini d’outils pour le faire ?

Sur la scène du théâtre Gérard Philippe, Gaspard (Olivier Werner ) vient, comme un enfant sauvage, se cogner contre le décor aseptisé et rigide d’une institution appelée à l’éduquer. Cette institution est à ce point sûre de la légitimité de son fait qu’elle se donne en spectacle. Le public joue son rôle. Celui de témoin d’une expérience à la rigueur scientifique. Sous ses yeux, Gaspard sera sans cesse soumis à des stimuli, tenu d’apprendre, de répéter, de se conformer.

Jouer avec le langage ou se jouer de lui ?

Actuellement en tournée, créée la saison dernière au Centre dramatique national de Nancy dont il est le metteur en scène associé, la pièce de Richard Brunel s’applique à briser « l’illusion théâtrale » que dénonce Handke. Notamment par une utilisation, non seulement du plateau, mais de tout l’espace du théâtre qui lui est imparti. L’attention de Richard Brunel se porte sur les deux issues potentielles de cette entrée au monde par le langage. La fabrication d’un monstre, ou l’émergence d’une poésie. « J’aimerais devenir comme celui qu’un autre a été un jour », acquiesce Gaspard face à ses tuteurs. Pourtant, il se rend bien compte que plus il est construit, plus il devient artificiel. Bien qu’au départ, il ne soit rien.

A rebours du traitement ludique et d’une froide ironie de la mise en scène, l’humanité de Gaspard apparaît de façon liminaire entre ce rien et son identité, qui est projetée sur lui de l’extérieur. Il en va ainsi, lorsque, très justement interprété par Olivier Werner comme étranger à lui même, il erre gauche et rétif dans cet espace, peinant à se soumettre à l’ordre qui s’impose à lui. Mais tout comme la mise en scène ouvre des échappatoires au sein du théâtre, Gaspard a une salutaire porte de sortie. Si le langage s’est joué de lui, il lui reste à son tour la possibilité de se jouer du langage. L’apanage des poètes.

 Hugo LATTARD (Paris)

Gaspard
De Peter Handke
Metteur en scène Richard Brunel
Avec Olivier Werner, Nicolas Cartier, Julio Guerreiro, Anne Rotger

Théâtre Gérard Philippe Saint-Denis, 59 boulevard Jules Guesde 93207 Saint-Denis
Réservation : 01 48 13 70 10
Jusqu’au 12 novembre 2006.
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29 octobre 2006 7 29 /10 /octobre /2006 15:02
ÊTRE HUMAINE

Zouc, c'’était l’autre dame en noir, aussi sensible et dramatique que Barbara mais plus drôle. Elle était seule en scène et mettait au monde des personnages de petites filles ou de petites vieilles drôles et cruelles.

Souvenez-vous de la petite fille émerveillée par une fourmi, et qui finissait par l’écraser. Il faut bien que l’enfance se passe. Zouc s’est retirée des scènes de théâtre, il y a une bonne quinzaine d’années. Elle vit aujourd’hui en Suisse et se contente de vivre sa vie. Ça la regarde. Mais en voyant ce spectacle, on se rend compte à quel point elle nous manque.

Zouc par Zouc est l’adaptation théâtrale d’un texte écrit par Hervé Guibert. L’écrivain, décédé du SIDA en 1991, auteur entre autres ouvrages du « Protocole compassionnel » et de « À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie » était très ami avec la comédienne. Alors qu’ils avaient un peu plus de vingt ans, Hervé Guibert demanda à Zouc de lui raconter sa vie durant huit après-midi d’affilés. Il dit s’être contenté de l’écouter et de retranscrire ses paroles.
 Photo  © Jérôme Presbois

De ces rendez-vous en douce et de sa belle écoute est né un texte dense et superbe qu’interprète aujourd’hui Nathalie Baye. La comédienne entre en scène simplement, se plaçant face au public. Elle a gardé la robe noire de Zouc et mis des souliers rouges pour imprimer peut-être sa propre empreinte. Dieu sait si elle ne ressemble pas physiquement à Zouc qui était bien plus massive, avec un teint de faïence et des cheveux noirs tirés derrière la nuque. Mais, dès qu’elle arrive, on y croit, car elle lui ressemble par l’essentiel. Par son prodige de comédienne, Nathalie Baye s’est emparée de l’intériorité de Zouc. On retrouve sa simplicité d’être, sa luminosité, sa gravité, sa douleur de vivre dans un monde aussi dur, sa bienveillance aussi. Zouc est là. Nathalie Baye aussi. Et c’est drôlement bien.

« Il fait toujours très chaud dans mon souvenir. Je suis assise contre un talus, ou appuyée à une barrière et tout ce que je regarde me rend triste, et j’ai toujours une main qui caresse de l’herbe, pétrit du sable ou fait rouler des petits cailloux. »
. C’est ainsi que commencent la pièce et la vie de Zouc. On est tout de suite dans l’ambiance. Celle d’une enfant triste déjà lucide sur le monde et tous ses gâchis, en vies humaines surtout. Une enfant à l’imagination débordante qui connaît la messe des morts par cœur et qui s’amuse dans les églises. Une enfant consciente de la comédie humaine et qui développe très tôt son propre théâtre intérieur. Au point de passer pour folle.
À l’adolescence, l’asile psychiatrique lui apprend à lire la vie des autres. Une double lecture, il y a la vie qu’ils racontent et celle que Zouc devine en les regardant vivre. Zouc sera toujours une lectrice assidue des êtres. À l’âge adulte, elle devient conteuse et raconte sur scène toutes les histoires qu’elle a lues dans le cœur des autres.

Plus que sa vie, Nathalie Baye interprète la genèse de Zouc, la construction de son être, son voyage intérieur.
Elle restitue ses pensées et réflexions. C’est tout un monde qui s’ouvre devant nous. Grave et drôle à la fois.
Pour cette traversée en solitaire, elle évolue dans un décor simple. Des chaises côte à côte et une table. Cela pourrait être une salle d’attente. C’est encore et toujours un lieu d’observation. Point de vue et images du monde. En même temps qu’elle raconte, la comédienne passe beaucoup de temps, assise, à plier et déplier un petit mouchoir blanc. Un petit mouchoir modeste et propret, plein de plis et de replis où l’on peut cacher ses larmes et ses rires. Un petit mouchoir qu’on lisse avec soin, comme une main qui caresse de l’herbe, pétrit du sable ou fait rouler des petits cailloux… C'est parfaitement simple, c'est simplement parfait.

Agnès GROSSMANN (Paris)

Zouc par Zouc
L’entretien avec Hervé Guibert Interprété par Nathalie Baye
Mise en scène de Gilles Cohen

Théâtre du Rond-point 2 bis, avenue Franklin D.Roosevelt 75 008 Paris
Réservation : 01 44 95 98 21
Jusqu’au 30 décembre 2006
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Chronique Fraîche