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Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

3 janvier 2007 3 03 /01 /janvier /2007 23:19
GRIMACERIES

La soirée Samuel Beckett au Pavillon des Ateliers commence avec la représentation d’Actes Sans Paroles II. Quatre comédiens sortent de gros sacs dispersés sur la scène, comme s’ils se réveillaient et sortaient de leur lit. Ils commencent à exécuter des actions quotidiennes du réveil, puis ils croquent une carotte, crachent la carotte, semblent se rappeler de leur condition existentielle, et commencent mécaniquement à répéter ces actions. Les visages grimacent peu à peu dans la grotesque situation répétée. Ils retournent dormir dans leur sac. Quatre autres comédiens sortent des sacs. Ils commencent eux aussi la représentation d’une situation quotidienne, et de nouveau, leurs gestes et leurs visages semblent se scléroser, jusqu’à épuiser leur volonté de vivre, et ils retournent dormir, disparaissant dans les sacs. Le quotidien perd son sens dans la répétition mécanique.

Le spectacle Dramaticules a été créé par le Théâtre du Cristal. Cette compagnie a mis en scène depuis 1989 une quinzaine de pièces d’auteurs contemporains. La plupart des comédiens sont des handicapés mentaux, mais il n’est parfois pas possible de percevoir leur ‘différence’ en scène. Ils jouent comme tant d’autres comédiens de théâtre. En effet, le directeur artistique Olivier Couder a comme but de revendiquer la "normalité" de sa troupe au travers de leur profession de comédien. En effet, la soirée de collage de textes de Beckett se perd dans une forme trop didactique. Peut-être la perception différente de la réalité et de la vie qu’ont les comédiens du Théâtre du Cristal pourrait-elle nous révéler une autre "normalité" sociale. Mais la compagnie ne fait pas le choix d’exploiter cette perception.
 Photo © DR

Dans Actes Sans Paroles II tout comme dans la pièce conclusive du spectacle, Pas Moi, la particularité et le talent de chaque comédien font vivre les mots de Beckett en suggérant clairement la contradiction de l’esprit humain : dans la dernière pièce, la figure d’un chef demande une mystérieuse vérité à l’un de ses serviteurs ; celui-ci aurait obtenu cette vérité en torturant un autre serviteur ; mais il ne veut pas ou ne peut pas dire cette vérité à son chef, il la garde pour lui ; les serviteurs alternent ainsi en bourreaux et victimes, jusqu’à ce que le chef torture son dernier serviteur, garde pour lui la vérité révélée, et sorte de la scène, appelé pour être torturé par un pouvoir invisible, une voix mécanisée qui donne des ordres tout au long du texte. Dans la répétition de la situation bourreaux/victimes, chaque comédien fait sortir le clown qui est en lui. Une interprétation efficace, qui conserve l’humour de la scène à la limite entre réalité et folie. La mise en scène révèle ainsi la capacité de ses interprètes à faire retentir leur réalité personnelle.

Mattia SCARPULLA (Paris)

Le spectacle Dramaticules, textes de Samuel Beckett, créé par le Théâtre du Cristal, mise en scène d’Olivier Couder, assisté de Patricia Zehme, a été présenté au Pavillon des Ateliers, du 14 novembre au 2 décembre 06

Le Pavillon des Ateliers 11, place Nationale 75013 Paris 01 34 70 44 66

Informations : www.legrandparquet.net / www.theatreducristal.com

Prochaines dates du Théâtre du Cristal : Leurs créations Ô et Jonas Orphée seront jouées à l’Etoile du Nord Ô du mercredi 7 au samedi 24 mars 2007 Jonas Orphée, du 5 mars au 7 avril 2007 Informations, www.etoiledunord-theatre.com
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24 décembre 2006 7 24 /12 /décembre /2006 00:41
ET LE PUBLIC DANS TOUT CA ?

« Brûlée au fer rouge par les petites rancunes et la grande injustice, noyée dans son petit ménage, elle a pris les armes. » Cela résume sans doute en partie ce que le metteur en scène a vu et voulu transmettre dans La Méchante vie. Le spectacle est une adaptation des scènes populaires écrites vers 1830 par Henri Monnier qui connut alors son heure de gloire.

Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff ont voulu remettre ces scènes populaires à l’ordre du jour. Seront-elles pour autant au goût du jour ? On se réjouit toujours d’aller voir un spectacle de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff. On n’a pas toujours raison. Maintes fois par le passé, le duo a prouvé qu’il était passé maître dans le rendu poétique et parfois délirant de la vie ordinaire des petites gens. On se souvient des Petits pas, des Deschiens, et de bien d’autres pièces, autant d’images sépias qui montrent l’humanité dans son dénuement avec une tendresse qui fait tout passer, tout aimer, même le pathétique.

Extrême perplexité

On se dit donc, qu’avec La Méchante vie, on va replonger un instant dans cet univers si personnel et touchant. Que nenni, on ne plonge dans rien du tout. Excepté une extrême perplexité. Le spectacle est tellement étanche que l’on n’arrive pas à rentrer dedans, à part quelques privilégiés sans doute qui avaient le décodeur. Jamais je n’avais assisté à une pièce où autant de gens, au moins une trentaine, sortaient pendant la représentation pourtant fort peu longue (1h30). On dira que c’est mal élevé pour les acteurs. Mais dans ce cas, c’est leur rendre la monnaie de leur pièce car, c’est agaçant, les seuls qui ont l’air de s’amuser, ce sont eux. Ce qui ne fait pas beaucoup. Les corps de métier du théâtre n’ont pas été oubliés pour autant et s'en tirent plutôt mieux. Les costumes et le décor sont superbes.

Nous sommes dans un taudis où un chien empaillé semble garder un bric-à-brac empilé de vieilles bassines. Ce bric-à-brac, marque de fabrique des Deschamps-Makeïeff est comme toujours très harmonieux et esthétique. Les personnages principaux, essentiellement deux femmes, sont joués par des hommes, Jérôme Deschamps et Jean-Claude Bolle-Reddat, qui ont l’air de ne pas en revenir du bon tour qu’ils nous jouent (ha ha ha!!). Elles sont distraites de leurs agacements par leurs enfants, des sales gosses sans avenir, gris et sales comme la mauvaise vie. Ces deux « pas bonnes femmes » partagent un quotidien sans horizon à l’époque de ce que l’on suppose être la révolution vu que la guillotine semble être la principale attraction. « Désolée pour hier, je n’ai pas pu venir à l’exécution de votre mari ». Car la guillotine semble s’être emballée comme une faux qui couperait à la volée toutes les têtes, même celles qui ne dépassent pas. Et ça n’est pas plus mal, ma pauvre dame, parce que cela nous fait de la distraction. Le vent de la révolution a tourné comme un mauvais vin. L’époque est au vinaigre. Plus d’aristos, juste des clodos et des alcoolos. On s’aime puis on s’aime pas. En fait on aime bien pas s’aimer. Eh oui, c’est la méchante vie qu’on vit comme on tire le vin qu’on boit et même les mauvaises cuvées désaltèrent.

"Méchiante" vie

A priori, c’est plutôt intéressant, ces gens de petites conditions qui s’affrontent dans ce quotidien sans joie comme des rats de laboratoire se défoulent l’un contre l’autre dans une cage. Cela pourrait être percutant, désespérant et drôle. Pour cela il faudrait que le texte soit fort, or il semble faible et débité de façon monocorde. On a l’impression que les acteurs jouent pour eux. Rien n’est projeté vers le public. Manque d’actions et de rythme. Manque de profondeur. Manque de surprise. Encéphalogramme plat. Il ne se passe rien. C’est la "méchiante" vie. La seule interactivité entre la scène et la salle tient aux grappes de spectateurs qui s’enfuient vers la sortie. Cela fait peu de distraction. Cela ne vaut pas la guillotine. On s’ennuie. À la fin, on applaudit par politesse et surtout parce que c’est la fin et que l’on va pouvoir rentrer chez soi. Je sais, c’est une méchante critique. Si vous ne me croyez pas, allez-y ! Il reste des places…

Agnès GROSSMANN (Paris)

La Méchante vie
D’après les scènes populaires d’Henri Monnier
Spectacle de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff
Avec Jean-claude Bolle-Redat, Jérôme Deschamps, Catherine Gavrilovic, Philippe Leygnac et Philippe Rouèche à l’accordéon.

Jusqu’au 30 décembre au Théâtre national de Chaillot 1 place du Trocadéro 75116 Paris Réservations : 01 53 65 30 00
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21 décembre 2006 4 21 /12 /décembre /2006 14:46
PAS SI BÊTE

Durant une année, un groupe de déficients mentaux a élaboré un bestiaire, sous la direction de Thierry Lahontâa, artiste plasticien. « Ces séances étaient d’une rare drôlerie et se déroulaient dans une sorte d’euphorie où même les plus ordinairement mutiques avaient leur mot à dire ».

Ce bestiaire qui tient à la fois du « Carnaval des animaux » et de « l’Arche de Noé » a inspiré le metteur en scène Renaud Cojo, également comédien. Il en a tiré un spectacle à deux personnages, excentrique et poétique.

Imaginez une scène de théâtre qui ressemble à une piste de cirque. Imaginez un Monsieur Loyal qui passerait une audition pour être embauché à Las Vegas en égrenant un bestiaire délirant accompagné d’un assistant, à la fois mime et illustrateur sonore. C’est à la fois pathétique et rutilant comme un sosie d’Elvis Presley qui se produirait dans une fête foraine. C’est à côté de la plaque et en même temps cela va droit au cœur.
 Photo © Philippe Delacroix

« Le zèbre est rayé noir avec des rayures blanches »
. Voilà une vérité qu’il fallait rappeler. « Il vit au zoo et ailleurs ». Cela est vrai aussi. Quant à l’abeille, « ça vole plus haut que la mouche et elle fait le tour des abat-jour allumés ». Qui peut le nier ? Et qui aurait pensé à enchaîner ces évidences avec le sérieux d’un pape égrenant un chapelet ? Autant le dire tout de suite, le Zootropiste ne plaira pas à tout le monde. Pour certains il restera hermétique comme son titre, pour d’autres, très imagé et imaginatif, comme son titre aussi. Ce spectacle est à voir comme on mange un carambar. C’est superflu, un peu régressif, mais jouissif, et, avec un peu de bol, on peut y trouver une bonne blague.

"Carambar attitude"

Mais tout le monde n’a pas la "carambar attitude". La moitié de la salle est impassible quand l’autre est pliée en deux. Personnellement, j’étais de la première moitié et j’ai passé mon temps à envier ma voisine de droite qui hurlait littéralement de rire. Elle était le genre de spectatrice que tout organisateur de spectacle rêve d’avoir dans la salle. Un rire enfantin dans un corps d’adulte. Au énième gloussement, je l’avoue, j’ai eu envie de la détester. Mais franchement, elle était charmante. « J’adore l’absurde. » m’a t-elle dit en s’esclaffant. Et elle était vraiment sincère.

Dans tous les cas, qu’on rit ou pas, le Zootropiste n’est pas un spectacle anodin. Il y a là un vrai sens de gravité. Un respect des auteurs et du public. Il y a de l’humanité dans ce bestiaire. Et ce n’est pas rien. Tous les goûts sont dans la nature et toutes les aventures sont à tenter. C’est l’un des grands charmes du théâtre du Rond-point de nous le rappeler à travers des créations originales mais toujours cohérentes et respectueuses du public. Voilà un théâtre qui fait le Point sur les créations du moment, même les plus improbables, sans jamais tourner en Rond. Pourquoi pas alors le Zootropiste ?

 Agnès GROSSMANN (Paris)

Le Zootropiste
D’après Bestiaire, ouvrage collectif du Centre d’Aide par le Travail de Verdelais en Gironde, rédigé sous la direction de Thierry Lahontâa
Mise en scène de Renaud Cojo.
Avec Renaud Cojo et Patrick Robine.

Jusqu’au 30 décembre au théâtre du Rond-Point 2 bis, avenue Franklin. Roosevelt,75008 Paris Réservations : 01 44 95 98 21
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21 décembre 2006 4 21 /12 /décembre /2006 12:56
COMÉDIE PUNK ET DÉJANTÉE

Albi, est « le dealer le plus nul de Brixton ». Il partage avec Fran et Alex les quelques mètres carré de son squat dans la banlieue la plus sinistrée du Londres de l’ère Thatcher. L’une, garçon manqué, a pour principale occupation de dévaliser le supermarché du coin. L’autre, baby-doll, est une adepte de zen et d’arts martiaux. Albi, comme tous les punks, est persuadé qu’il va bientôt mourir. A ceci près qu’il est terrassé par des maux de ventre. La cause ? Une allergie au lait de vache.
 Photo © DR

Au pays des crises sanitaires à répétition, il devient bien malgré lui le héros national d’une campagne qui plonge l’industrie laitière dans le rouge. Les zélés représentants de la dite industrie se piquent de le supprimer. Et emploient les services d’une plantureuse tueuse à gage, à l’existentialisme mortifère. Ajoutez à cela les foudres d’un parrain chinois de l’héroïne soucieux d’éliminer la concurrence. Vous obtenez une comédie-punk totalement déjantée, adaptée par Marianne Groves du roman éponyme de Martin Millar, figure de l’underground musical anglais.

La mise en scène que livre Marc Pascual est à l’image de sa bande son, très « swinging London » : survoltée et ébouriffante. De la femme du patron du supermarché, petite bourgeoise archi coincée dans son imper pied de poule, au travesti brésilien très femme fatale, Albi la famine offre une irrésistible galerie de portraits. Que servent pied au plancher les comédiens de la compagnie du Soja Fu. Pendant plus d’une heure, on se surprend ainsi à trouver l’Angleterre de Margaret Thatcher désopilante.

Hugo LATTARD (Paris)

Le Lait, les amphètes et Albi la Famine, de Marianne Groves d’après le roman de Martin Millar.
Mise en scène Marc Pascual.
Avec Samuel Forst, Audrey Franc, Mélanie Bouvier, Caroline Delaunauy, Carole Bousquet, Pauline Pinsolle, Vincent Demoustiers, Stéphane Aubry, Adeline Orain.

La Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron 75018 Paris, réservation : 01 42 33 42 03 jusqu’au 24 janvier 2007.
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14 décembre 2006 4 14 /12 /décembre /2006 08:22
LA POUPÉE QUI NE DIT PAS NON

Mise en scène par Jean-Luc Lemoine, Delphine Mac Carty se retrouve pour la première fois seule sur scène, dans un one woman show où sa silhouette enfantine se glisse dans des personnages tous plus loufoques les uns que les autres. Une prestation qui se goûte sur la durée.

Un visage de petite fille, presque de poupée. Delphine Mac Carty s’avance sur scène avec ses grands yeux expressifs. La gêne est palpable au début du spectacle. La comédienne est intimidée, ce qui provoque l’effet néfaste d’intimider le spectateur en retour. On peut sentir comme elle se fait violence, seule sur la petite scène du Théâtre La Providence.


Seulement la comédienne n’est pas une débutante, et il n’est pas dit que son premier one woman show sera un échec. Après avoir laissé passer les premiers sketchs, sa prestation devient nettement plus agréable et, par moment, irrésistible. Elle se meut ainsi parfaitement dans la peau d’une caissière de supermarché, véritable langue de vipère qui se permet, à une cliente d’origine étrangère dont une dizaine de pots de bébé défile sur le tapis roulant de lui dire, textuellement : « Je vois que l’intégration est réussie ». Le tout avec un petit sourire pincé, l’air de ne pas y toucher. La comédienne se détend alors complètement, rassurée par les rires du public, et prend une toute autre dimension.

Insolence inattendue

Delphine Mac Carty ose ainsi ce que peu de comédienne auraient l’insolence de faire. Dans la peau d’une jeune fille de banlieue qui se rend à un premier rendez vous avec un garçon rencontré sur un célèbre site de rencontres, habillée en minijupe, elle s’assoit sur un tabouret et n’hésite pas à écarter les jambes en mâchant grossièrement son chewing gum. L’effet est garanti. Delphine Mac Carty taquine le public Le temps d’éteindre les lumières, on la retrouve à un enterrement, raide et silencieuse, tandis que sa voix préenregistrée révèle ses pensées les moins avouables, par ennui ou par gêne. On prend toute la mesure de son talent de comédienne lors de ce passage, lorsqu’à la seule force des expressions de son visage, elle réussit à faire rire la salle entière.
Il y a, enfin, ce dernier sketch sur ce mannequin qui aurait tant aimé ressembler à une femme ordinaire. Delphine Mac Carty se permet alors de taquiner le public. Fatiguée de dormir aux côtés de Georges Clooney, elle aimerait tellement se « taper » un mec ordinaire, « un peu comme vous madame », s’adressant à un couple au premier rang. Tellement belle et intelligente qu’elle ait même allé jusqu’à demander à un chirurgien la greffe d’un « poireau » sur la lèvre supérieure, mais le chirurgien lui a expliqué que ce genre d’opération ne se pratiquait pas. Se tournant vers une spectatrice : « vous avez de la chance, vous. Qui vous a traité ? ».

Touchés par tant de naturel et de spontanéité, on en vient à regretter que le one woman show s’arrête au bout d’une heure. On n’en aurait pas dit autant au début de ce spectacle qui révèle, sous l'enveloppe sensuelle, un tempérament d'humoriste coriace.

Julien GOURDON (Paris)

La Valse des poupées
De Delphine Mc Carty et Jean-Luc Lemoine
Mise en scène de Jean-Luc Lemoine
Au Théâtre Le Mery, du mardi au samedi à 19h, jusqu’au 28 février 2007
7 place de Clichy, 75017 Paris
Réservation au 01 45 22 03 06
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13 décembre 2006 3 13 /12 /décembre /2006 13:38
C'EST TELLEMENT BON DE SE PERDRE

Le côté strass et paillettes des shows de cabaret vous laisse plutôt froids ? C’est que vous ne vous vous êtes pas encore retrouvés (et réchauffés) au cabaret des hommes perdus ! Laissez vos bonnes mœurs et vos manteaux à l’entrée pour venir assister à un spectacle qui est sans conteste la réussite de cette rentrée 2006…

Dick Teyer atterrit un soir au cabaret des hommes perdus comme une étoile que le destin incarné par un Monsieur Loyal aux allures d’Alfredo Arias (Denis D’arcangelo) va rendre filante… Et le destin ne lui laisse pas vraiment le choix. Dick sera star de porno gay. Une carrière qui commence au premier barreau de l’échelle professionnelle du X pour grimper… les échelons pas à pas et s’élever au rang de vedette de music hall. Mais la roue tourne vite et Dick va vite brûler son capital de célébrité face à un public qui se lasse comme une femme infidèle. Après le succès, les déboires. Plus dure sera la chute…
 

Cette fantaisie chantée est née de la complicité entre Christian Siméon et Jean-Luc Revol qui ont saupoudré avec soin tous les ingrédients pour concocter une comédie délicieusement épicée, un brin acide, agrémentée d’un soupçon de sucre glace, jamais lourde et plutôt digeste comme un gâteau dont on ne laisserait pas une moindre miette. Et dont on aimerait bien avoir une part supplémentaire.

Interactivité et extravagances

Les mélodies de Patrick Laviosa ont leur rôle à jouer dans le succès de ce cabaret X qui frise la démesure sans jamais tomber dans l’excès. Il faut dire que Jean-Luc Revol n’a pas pris de risque en s’entourant de quatre comédiens rôdés à la comédie musicale et qui enchantent la salle d’une interprétation exemplaire. L’extravagance reste la reine de la soirée, emportant le public dans un tourbillon de numéros, de shows gays où les comédiens jouent les transformistes en une performance constante. Jérôme Pradon, le barman tatoueur se métamorphose en coach Claude François plus vrai que nature, Sinan Bertrand, Lullaby la drag queen se glisse dans la peau de l’irrésistible Marpessa, Denis D’Arcangelo, revêt le destin d’apparats inattendus… Et tous sont là pour faire vivre à Dick (Alexandre Bonstein) un concentré d’existence riche en sensations et en émotions…

Mais le public ne reste pas passif au cabaret des hommes perdus. Le spectacle se veut interactif comme si la salle décidait du destin de Dick. La mise en scène pousse à la complicité. Le show commence par un captatio malevolentiae qui apostrophe la salle et met le public sur des charbons ardents avant qu’il ne commence à bouillonner d’impatience de se laisser entraîner dans un cabaret où la scénographie reste sobre et sans cliché, attendant que le vent de folie ne souffle dans les costumes et les tableaux de comédiens. Mais loin d’être une suite d’exhibitions sans fond, le Cabaret des hommes perdus s’attache à traiter de sujet grave. Le salace cohabite pleinement avec l’émotion pour mettre le spectateur sans dessus dessous en lui assurant un quota de plaisir partagé… Les paris sont ouverts : le spectacle de Christian Siméon est bien parti pour un Molière !

Ange LISE (Paris)

Lire aussi la chronique de notre journaliste Agnès GROSSMANN.

Le Cabaret des hommes perdus
De Christian Siméon
Mise en scène de Jean-Luc Revol
Musique de Patrick Laviosa
Avec Denis D'Arcangelo, Sinan Bertrand, Alexandre Bonstein, Jérôme Pradon

À partir du 21 novembre 2006, du mardi au samedi à 21h, samedi à 18h, au Théâtre Pépinière Opéra, 7, rue Louis Le Grand 75002 Paris
Réservation : 01 42 61 44 16
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9 décembre 2006 6 09 /12 /décembre /2006 17:36
LA NÉVROSE EN CHANTANT

Si Freud s’inscrit toujours en lettres de feu dans le livre de notre époque moderne, on se souvient moins de sa compatriote Yvette Guilbert, chanteuse réaliste et gouailleuse, immortalisée maintes fois par Toulouse-Lautrec (dont une fois en robe verte et dotée de longs gants noirs). Le père de la psychanalyse était pourtant un fervent admirateur de cette artiste « qui fustigeait les vices et les obsessions sexuelles de ses contemporains grâce à un répertoire très irrévérencieux ». Yvette Guilbert disait « compenser ce qui manquait à son décolleté par le décolleté de ses chansons ». Son interprétation valait autant par sa voix que par son talent d’actrice et séduisait toute l’intelligentsia de l’époque. Après un concert d’Yvette Guilbert à Vienne en 1931, Sigmund proposa à Yvette de faire une interprétation psychanalytique de son œuvre. L’artiste refusa, rétive à l’art de Freud. À défaut d’analyse, il naquit une amitié.

Photo © Philippe Delacroix

Délicieux comme un fantasme

Hélène Delavault, l’auteure de la pièce s’est inspirée de cette relation pour imaginer une répétition de musique où « la diva aux gants noirs » se confronte entre chaque chanson à son pianiste féru de psychanalyse freudienne. Yvette et Sigmund est une pièce qui fait la part belle à la chanson réaliste. Sur scène, un pianiste, un piano et très vite une chanteuse. Les trois jouent à part égale. Tout cela est harmonieux et joyeux. Au réalisme moqueur des chansons d’Yvette, interprétées à merveille par Hélène Delavault, chanteuse lyrique à l’origine, son pianiste, provocateur, oppose une interprétation psychanalytique des thèmes abordés dans le répertoire. Aux extrapolations erratiques de son musicien, Yvette impose son bon sens inoxydable. Hélène Delavault joue talentueusement et avec une belle sincérité cette Yvette très élégante, dont la principale marque de bon goût consiste à essayer de gommer ses défauts pour être aimable aux autres. Pas question de s’écouter ni de se regarder le nombril. On est ce que l’on veut être et l’on est maître de ses actes et de sa destinée. De la volonté, que diable, Yvette, en est l’incarnation. Ce qui n’est pas incarné n’existe pas. Tant pis ! Du vent !

Face à cette exclamation, le pianiste, interprété avec beaucoup de charme névrotique par Jean-pierre Drouet, percussionniste et compositeur de son état, essaie d’introduire des points d’interrogation et de suspension. Et cette répétition devient une parenthèse tout à fait percutante, chantée et enchantée, et d'un charme extravagant. C’est délicieux comme un fantasme. Et cela a du chien comme une chanson d’Yvette Guilbert. Dans la salle, beaucoup de seniors. Attirés par le répertoire d’Yvette ? Ils n’étaient pourtant pas nés au 19ème siècle ! En fait, ce spectacle s’adresse à tous les névrosés de France et de Navarre. Autant dire qu’il est tout public !

Agnès GROSSMANN (Paris)

Yvette et Sigmund ou les gants noirs de la psychanalyse
De Hélène Delavault
Avec Hélène Delavault et Jean-Pierre Drouet
Mise en scène de Jean-Claude Durand

Théâtre du Rond-point 2 bis, avenue Franklin D.Roosevelt 75008 Paris
Réservation : 01 44 95 98 21
Jusqu’au 23 décembre 2006
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6 décembre 2006 3 06 /12 /décembre /2006 21:54
VIOLENCE PLEIN CHAMP, THÉÂTRE HORS-JEU

Un couple de Monsieur et Madame tout-le-monde emménage dans un intérieur sans façon. Avec leur bébé, Luke, dont le devenir s’avérera édifiant. Par la fenêtre parvient une rumeur inquiétante d’exactions : bruits de camions à la manœuvre, ordres aboyés, hurlements. Ce qu’il faut pour suggérer une rafle, une déportation en cours.

Ce monde au dehors que peint Edward Bond n’est qu’une nuit. Sous la férule brutale d’un pouvoir totalitaire dont on ne voit que le bras armé jusqu’aux dents, les wapos, sorte de police militaire. Quelle n’est pas la surprise de ce couple (Dominique Valadié et Carlo Brandt), bien des années plus tard, de voir leur propre fils (Eric Elmosnino) à la tête de la soldatesque, venue prendre position dans leur maison. A l’ouvrage, ce rejeton lambda se révèle ni plus ni moins sanguinaire qu’un autre. Sa violence, dont on aura un long et large aperçu, n’est pas gratuite. Au contraire, elle lui est dictée par un questionnement essentiel.
 Photo © Marthe Lemelle

« Le mal est une forme d’innocence »


Après Café et Le crime du XXIe siècle, Naître est la troisième pièce de la tétralogie épopée que le dramaturge britannique compte clôturer avec Les Gens. Comme pour les deux premiers volets, le directeur de la Colline, Alain Françon, metteur en scène désormais quasi attitré de Bond, s’est chargé de la création. Cet été, à Avignon. Le théâtre de Bond se veut « théâtre de la raison ». Pour comprendre le temps présent, et tout en se gardant de jouer les Cassandre, dire les menaces qui pèsent sur lui.

La tétralogie dans laquelle Naître prend place s’inquiète des risques de dévoiement de la démocratie vers l’arbitraire et « les formes les plus avancées de l’esclavage ». Comme avec Café, Bond s’ingénie une fois encore à disséquer la barbarie. Le face à face de l’humain et de l’inhumain au sein d’une même personne. Il en ressort un constat qui dépasse celui de la banalité du mal. « Le mal est une forme d’innocence », nous dit Bond et l’on comprend que l’on a toujours de bonnes raisons de faire de mauvaises choses.

« Amener le public jusqu’à sa propre extrémité »


Au delà des spéculations sur le devenir de nos sociétés, et d’un éventuel retour du refoulé, Naître déçoit. Sans parler de son texte, Bond ne souhaite pas de littérature sur scène, il a ses idées dessus, se pose le problème de l’écriture, pour le moins complaisante. La pièce compte peu d’actes, peu de situations. Elles sont souhaitées « fondamentales ». Autrement dit, fortes des paradoxes qui rendent compte de l’humanité. Pour nous monter le paradoxe de la barbarie, Naître montre la barbarie. Plein champ. Et tout, dans la mise en scène de Françon, d’un réalisme sec et cru, à l’exception du dernier tableau, vient créditer sa violence. Plusieurs scènes, dont celle très longue, tendue, où Luke finira par écraser contre un mur de boucliers le bébé d’une femme qu’il interroge, sont de fait difficilement soutenables. Bond pour qui « le théâtre n’est pas une boutique parmi d’autres sur le marché », ne se cache pas de « prendre le public pour l’amener jusqu’à sa propre extrémité ». Mais parce que son théâtre ambitionne de comprendre, il échoue dans le cas de Naître dès lors qu’il se contente de montrer. Sous l’emprise de cette violence, de cette tension entretenue, le spectateur saisi d’effroi est comme dans état de stupeur. Il a beau se frotter les yeux, les ressorts de ce qui se joue sur scène lui échappent.

Hugo LATTARD (Paris)

Naître
D’Edward Bond
Mise en scène d’Alain Françon
Avec Stéphanie Béghain, Yoann Blanc, Carlo Brandt, Luc-Antoine Diquéro, Eric Elmosnino, Victor Gauthier-Martin, Pierre-Félix Gravière, Guillaume Lévêque, Dominique Valadié, Abbès Zahmani

Théâtre National de la Colline -15 rue Malte-Brun 75980 Paris Cedex 20
Réservation : 01 44 62 52 52
Jusqu’au 20 décembre 2006.
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23 novembre 2006 4 23 /11 /novembre /2006 08:18
FLAMMES & CO

Quatre femmes, quatre tableaux, quatre visions du flamenco qui s’enchaînent et déroulent un tour du monde de la danse. Loin de rester cadrées dans les pas rigides du flamenco traditionnel, les danseuses abolissent les frontières des conventions pour inventer un univers chorégraphique magnifié. Sentires, un voyage vers le sublime…

Chaque danseuse, qui est aussi la chorégraphe de son tableau, présente sa vision du flamenco, aidée par ses trois autres complices. Maria Ines Sadras ouvre la voie en mettant à l’honneur un flamenco tzigane. Sous le signe de la passion, le tableau bouillonne de sensualité et de violence qui se fond au rythme des musiques gitanes. L’animalité du tableau cède la place à la spiritualité du flamenco iranien présenté par Karine Gonzales qui allie dans une alchimie parfaite flamenco et danse orientale.
 Photo © Muriel Dovic

Les racines du flamenco trouvent un écho dans la musique arabo-andalouse où le thème de l’exil résonne comme un pont dansé entre deux cultures. L’influence du soufisme donne un souffle à la danse portée à la transcendance par une interprète majestueuse. Le voyage en Orient continue jusqu’en Amérique du Sud où Macarena Vergara place la féminité et la séduction au premier plan sur des sonorités latines. La danse finit par retourner aux sources du flamenco espagnol avec Raquel Gomez qui nous fait partager toute la générosité d’une danse qui traduit avant tout les émotions.

Alchimie culturelle

La danse revient à l’essentiel… Sentires respire d’une simplicité qui ne fait que mettre en valeur l’interprétation des danseuses. La richesse du spectacle vient de cette alliance de cultures qui mélangent les danses et les influences tout en gardant le flamenco comme la ligne directrice. Les quatre tableaux offrent au public quatre univers chauds et colorés définis par des costumes à la fois sobres et chatoyants et un jeu de lumières qui prend tout son sens quand les danseuses esquissent en ombre chinoise une chorégraphie derrière des paravents translucides. Les chorégraphies sont chargées d’histoires où les danseuses se font conteuses. Chaque tableau est d’ailleurs terminé par un poème mis en mouvement. Et puis au-delà des chorégraphies, il y a la rencontre de quatre femmes qui dégagent une énergie contagieuse sur scène. Une entente et une complicité qui s’en ressentent dans la danse où chacune se complète sans empiéter sur le territoire de l’autre. Une invitation au voyage que le public ne peut pas refuser !

Ange LISE (Paris)

Sentires, flamenco sous influences
Mise en scène de Thomas Le Douarec.
Chorégraphies et interprétations : Maria Ines Sadras, Karine Gonzales, Macarena Vergara et Raquel Gomez.

Au Vingtième théâtre jusqu’au 31 décembre 2006. 7 rue des Platrières, 75020 Paris
Réservations de 14 à 18H : 01 43 66 01 13
Du mercredi au samedi à 20H00, dimanches à 15H00, samedis 16, 23 et 30 et dimanche 31 décembre à 15H00 et 20H00, relâche le samedi 24 décembre.
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15 novembre 2006 3 15 /11 /novembre /2006 18:56
DISCOURS FORT, CHORÉGRAPHIE FAIBLE

Robyn Orlin est originaire de l’Afrique du Sud. Dans son grand succès, We must eat our suckers with the wappers on (On doit manger nos sucettes avec leur emballage), sa troupe, le City Theater & Dance Groupe, danse un hymne d’amour qui secoue le public, et qui dénonce en même temps la propagation du SIDA en Afrique du Sud et l’indifférence de la politique et de l’économie occidentales face à cette tragédie.
 Photo © DR

En octobre 2007, Orlin a repris sa chorégraphie, Daddy, I’ve seen this piece six times before and I still don’t know why they’re hurting each other… (Papa, j’ai déjà vu cette pièce six fois, et je ne comprends toujours pas pourquoi ils se font du mal), créée en 1998. A la limite de la danse et de la performance, des personnages noirs et blancs sanglotent leurs souvenirs de l’Afrique du Sud et racontent la réalité violente durant et après l’apartheid. Ils représentent l’impuissance à vivre et à créer de toute une société.

Le plateau est entouré par le public. Les danseurs-comédiens portent en scène des objets que l’on trouve dans les supermarchés, et construisent des situations d’ordre et de désordre. Une caméra est positionnée au-dessus de la scène et va projeter le déroulement du spectacle sur des télévisions aux quatre coins de la salle. La présence de la caméra rappelle comment le regard humain est toujours plus filtré et transformé par celui des écrans. Des scènes dansées alternent avec des monologues des personnages, qui se comportent bizarrement, bougent rapidement et nerveusement. Des canards jaunes et des assiettes rouges en plastique, des tubes de la radio et des musiques africaines, typiquement exotiques, des gestes de discothèque et des gestes typiques de la danse classique remplissent la scène d’une belle cacophonie et rendent bien compte de notre réalité maladroite.

Un solo fort et beau parmi du commun

Nelisiwe Xaba, danseuse noire habillée d’un tutu blanc, tourne sur elle-même, tourne comme dans un ballet, portant un plein récipient de farine, qu’elle sème sur la scène, d’un geste rappelant le travail dans les champs, et répétant ainsi son mouvement, elle se couvre de farine, devient une danseuse blanche, perd son histoire et ses racines dans la colonisation occidentale.

Mais en dehors de cet instant de poésie, le spectacle d’Orlin est une répétition des lieux communs de la danse contemporaine à la mode. Toujours les mêmes saynètes comiques contre la danse classique et la société libérale, toujours le même collage de danses orientales et occidentales. La chorégraphie d’Orlin devient peut-être incisive présentée face à un public d’Afrique du Sud, où la domination de l’économie n’est pas encore critiquée par la politique culturelle, mais au Centre National de la Danse, ce spectacle s’ajoute à tant d’autres qui répètent le mal-être social, avec ironie, et sans proposer de solution. Nous soutenons les discours de Robyn Orlin, mais son spectacle reste une composition faible et banale : « Orlin, I’ve seen this piece six times before… ».

Mattia SCARPULLA (Paris)

Chorégraphie Daddy, I’ve seen this piece six times before and I still don’t know why they’re hurting each other…, création de Robyn Orlin et de City Theater & Dance Group, a été présentée du 3 au 14 octobre au Centre National de la Danse, Pantin.

Informations : Centre National de la Danse 1, Victor Hugo - 93507 Pantin 01 41 83 98 98 
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Chronique Fraîche