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Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

9 février 2007 5 09 /02 /février /2007 23:31
JEU DE MAINS, JEU DÉMENT

Viens voir les comédiens, voir les musiciens, voir les magiciens... qui agitent leurs grandes, grandes mains… Non, K. Lear n’est pas l’énième happening parisien dont une certaine presse culturelle s’abreuve au quotidien, mais un petit bijou de spectacle, simple et saisissant de justesse. Une expérience sensorielle au pays des sourds-muets, qui vous rabat le caquet pour 2h15 au moins et vous accompagne de sa délicieuse musicalité quelques jours durant.

Nichée au fond d’une impasse pavée, Cité Chaptal, l’International Visual Theatre rouvre ses portes après travaux. Depuis presque trente ans, ce centre œuvre pour la reconnaissance d’une culture des sourds. Pour sa réouverture, Emmanuelle Laborit, l’actuelle directrice, et la metteuse en scène Marie Montegani proposent une version surprenante du Roi Lear. Un spectacle "bilingue", LSF (langue des signes français) et français, interprété par des artistes sourds et entendants. Une association audacieuse, un jeu de miroirs intelligent qui mêlent les compétences de chacun. Verbe et geste empruntent la même trajectoire.

Le geste silencieux, autonome recouvre sa dimension originelle et le texte n’en ressort que plus savoureux. Ce spectacle fonctionne comme un feu d’artifice. Chaque nouvelle proposition vient nourrir la richesse de la précédente. On voyage dans un univers féerique, magique et terriblement impitoyable à certains égards. Quand la chrysalide s’épanouit, les doigts comme des ailes de papillons s’emparent de la langue de Shakespeare, la délestent de sa sève nourricière et s’agitent dans l’air comme des mirages pour dire le tumulte, la torpeur, l’agitation.

Une tragédie baroque


Le roi se meurt. Le partage de son royaume devient un enjeu de pouvoir, auquel il faut ajouter sa dernière exigence : que ses filles lui délivrent des preuves d’amour. Goneril et Regan se prêtent hypocritement au jeu, tandis que la cristaline Cordélia peine à prononcer les tendresses attendues. Le roi, vexé, la répudie. Elle trouvera refuge en France auprès du roi ennemi, incarné par un Laurent Valo sublime, aérien, sensuel, terriblement charmeur. Au cours d’une nuit cauchemardesque, le roi refait le trajet inverse de son existence. Débarrassé des fastes du pouvoir, il redevient homme et se rapproche de son enfant muette. Clémentine Yelnik prête sa silhouette frêle à l’impétueux roi, et assure avec brio la reconversion d’un homme aux portes de la mort.

K Lear se présente comme une proposition scénique hybride, à la fois baroque, voire grand-guignolesque aux tonalités parfois inquiétantes. Les clairs-obscurs jettent le trouble dans les esprits. Les tonalités orientales, percussions japonaises, cymbalum chinois, créent des univers de tensions. La tempête shakespearienne sévit. Mots, déplacements, talents fusent dans tous les sens. Cette pièce recèle des perles rares. Tous les comédiens sont confondants de sincérité, de générosité. Emmanuelle Laborit campe une Cordélia étincelante, mi-vamp à poitrine angevine, mi-religieuse en robe médiévale. Et, quand ses petites mains dessinent des histoires, on ferme les écoutilles et éventuels sur-titrages pour se plonger dans son intensité.

Ombres

Seul regret, l’usage immodéré de la vidéo. Quand en aura t-on fini avec cette transversalité des disciplines qui tuent le propos plus qu’elle ne le sert ? Ici, encore le contrepoint polyphonique n’enrichit pas la mise en scène. Elle la plombe. À quoi bon, complexifier un matériau aussi dense que celui de Shakespeare ? Seule ombre à l’étonnante distribution, l’emploi de Goneril et Régan, dont le jeu manque de convictions. Elles sont certes troublantes dans leurs tenues de sylphides, juchées sur des talons trop hauts, « perruquées » à la David Lynch, mais peu convaincantes dans leurs rôles de serpentines maléfiques. La nonchalance hiératique fonctionne mal avec l’exigence de la langue des signes. L’artiste Vanessa Beecroft, auxquels les costumes se réfèrent, ne s’était pas trompée en intimant à ses mannequins de garder le silence. Dans leurs bouches, les mots perdent de leur mordant et les gestes deviennent illustratifs.

Au fond, qu’importe, le spectacle est tellement séduisant qu’on oublie ses petites imperfections… Et si l'on essayait seulement de faire parler nos doigts ? Quand on mesure le peu d’étendue de nos possibilités articulaires, on se tait, et l'on regarde, ébahis, ceux dont les mains possèdent la parole.

Maïa ARNAULD (Paris)

K. Lear
Mise en Scène et Adaptation : Marie Montegani
Scénographie : Sylvia Rhud
Traduction : Jean-Michel Déprats
Adaptation en Langue des Signes : Chantal Liennel, Anne-Marie Bisaro & Philippe Galant
Avec Clémentine Yelnik, Emmanuelle Laborit, Philippe Le Gall, Pascale Roberts, Véronique Affolder, Laurent Valo, Patrice Pujol, Cyrille Henri, Aurélie Rusterholtz et la participation de David Ayala
Costumes : Françoise Klein
Création Lumières et Images : Nicolas Simonin
Réalisation vidéo : Safy Nebbou
Flûte : Gaëlle Belot - Guitare : Christelle Séry - Percussions : Chin Pin
Musique : Jérôme Combier

A l’International Visual Théâtre jusqu’au 04 février 2007,
7, cité Chaptal- 75009 Paris Renseignements : 01 53 16 18 10
En tournée le 06 février à Meaux, le 9 février à Bagneux, le 13 et 15 février à Cergy-Pontoise, le 04 mars à Aulnay-sous-bois et le 07 mars à Chaville.

Photo © DR
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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 12:07
DERRIERE LE MASQUE, LA VIE

Ce pourrait être une simple histoire de sorcière, l’éternelle sorcière qui effraie les enfants. Mais la fable que raconte Lina Malou co-écrite par Nausicaa Giavarra et Clotilde Payen raconte bien plus que cela. C’est d’abord l’histoire d’une famille. La petite fille Lina (Clotilde Payen) vit avec son père, si triste d’avoir perdue son autre fille Malou (Nausicaa Giavarra), qu’il lui interdit de quitter la maison de peur de la perdre elle aussi. Or chacun sait que les enfants doivent désobéir pour apprendre à vivre et c’est tout naturellement que Lina s’échappe de la maison pour partir à la recherche de sa sœur. Alors l’histoire de famille se développe en un conte initiatique, car Lina doit affronter bien des peurs et des surprises pour retrouver Malou, prisonnière de la sorcière Ratatouilla dans la forêt sombre et froide où règnent les araignées et les serpents.
 
Cette fable n’a pas que le mérite de passionner les enfants qui assistent à la représentation. Elle est mise en valeur par un théâtre très généreux, très inventif également. Pour commencer, chacun des personnages – on en compte cinq – est un masque fabriqué par Marie Sirgue et interprété par les deux seules comédiennes. Leur présence est indiscutable, leur aptitude à donner corps à chacun des personnages est remarquable. On reconnaît le professionnalisme de ces jeunes femmes formées à l’école Lecoq.
Quant aux multiples décors, l’ingéniosité est encore de mise. Chaque changement de lieu se fait sous les yeux du public au moyen de cubes en bois dont chaque facette représente un lieu de l’histoire. Ainsi se déroule le théâtre dans ce qu’il a de plus artisanal et de plus inventif et les enfants sont invités à voir la machinerie qui permet à la féerie de fonctionner.

Cette fable masquée est destinée à tous les enfants à partir de cinq ans et les adultes sont assurés d’y trouver aussi du plaisir tant par la qualité de cette jeune compagnie que par l’activité surprenante dont les enfants font preuve. Il faut dire que le théâtre joue un rôle important chez l’enfant en lui permettant de développer son imagination, d’affronter ses peurs et de donner corps aux contes et aux fables. Et Lina Malou remplit fort bien sa mission d'éveil.

Séverine LEROY (Paris)

Lina Malou
De Nausicaa Giavarra et Clotilde Payen
Avec Nausicaa Giavarra et Clotilde Payen
Masques : Marie Sirgue Costumes : Nausicaa Giavarra, Clotilde Payen et Luis Mejia
Scénographie : Christian Huet et Pauline Payen

Au Théo théâtre à 14h45, à partir du 10 janvier chaque mercredi et samedi du mois.
Chaque mercredi et samedi de Février sauf le 21. Les 1, 2 et 3 mars. (M° Convention) – réservations : 01.45.54.00.16
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3 février 2007 6 03 /02 /février /2007 09:19
Quand la vengeance mêle politique et passion, la violence tisse la trame pour mettre à nu la nature humaine…

Tout le monde ou presque a vu "La Folie des grandeurs" aevc De Funès et Montand, inspiré très largement de la pièce de Victor Hugo. Repassons-nous la trame. Don Salluste tombe en disgrâce pour une faute vénielle qu’il paie d’un exil commandité par la reine d’Espagne, Dona Maria de Neubourg. Loin d’accepter la sentence, il manigance, en scénariste diabolique, un plan de vengeance destiné à faire déchoir la jeune reine. En désirant rallier son cousin Don César à son obsession vindicative, il récolte un refus qui signe l’arrestation en représailles de Don César. Pris de court, il substitue la pièce maîtresse de sa stratégie par son laquais, Ruy Blas, qui a l’apparence et l’âme d’un seigneur, sans en avoir le titre.

Le titre, Don Salluste lui l'offre, et tire les ficelles de sa création, un Don César sur mesure qui se laisse prendre au jeu. Car Ruy Blas ne rêve que de quitter sa livrée trop étroite pour ses ambitions : revêtir les appâts d’une autre existence. Un avenir où la reine aura une place de choix car bien qu’elle occupe déjà toutes ses pensées, il reste pour l’instant « le ver de terre amoureux d’une étoile », pour le moins filante. Le plan semble se dérouler comme une corde de potence, comme le souhaite Don Salluste pour sa vengeance, Ruy Blas pour son amour. Mais quand Ruy Blas comprend ce qu’attend de lui son Pygmalion machiavélique, il préfère se sacrifier pour sauver sa reine.
 
Ego Hugo et Victor semper

Au-delà du drame romantique, Hugo s’est fait dans cette pièce le porte-parole d’une société sclérosée par l’immobilisme tyrannique d’une poignée de dirigeants aveuglément guidés par la défense de leurs privilèges (ndlr, souvenons-nous du retentissant "Bon appétit, messieurs !"). La cour d’Espagne agonisant des bassesses égotistes de la noblesse en titre n’est finalement pas si éloignée de nos sociétés modernes, consacrant une fois de plus un Hugo visionnaire qui a su saisir l’essence de l’homme pour l’inscrire dans l’éternité. Ruy Blas, loin d’être figé dans une époque révolue, semble se nourrir d’une étonnante modernité que lui a insufflée avec subtilité William Mesguich ; il a réalisé là un véritable travail d’orfèvre du vers pour préserver la pureté du texte d’Hugo tout en y incrustant des idées de mise en scène qui renouent avec la veine baroque du drame romantique.

Le contraste des tableaux, qui flirtent avec une démesure maîtrisée, crée une tension progressive dans l’action jusqu’au paroxysme du dénouement. Le blanc virginal de la scène et de la reine, incarnée par Marie Mengès, émouvante Dona Maria, apporte une bouffée d’air pur, souvent légère grâce à la piquante Charlotte Popon. Ce blanc contraste avec un rouge libertin qui confine l’espace pour plonger le public dans les strates du mystère et des manigances. Les loups, à la fois masques et personnages, sont de sortie pour éventrer les illusions d’un Ruy Blas écartelé.
Matthieu Cruciani (Ruy blas) porte la flamme du héros romantique sans se brûler face à un Don Salluste (William Mesguich) d’une puissance dramatique saisissante.
Don César (Laurent Prévot) tire son épingle du jeu en jouant les trouble-fêtes cabotin qui permet de faire une pause comique (parodique parfois avec le spadassin revisité en parrain de la mafia). Un mélange des genres qui fait de ce Ruy Blas un creuset d’émotion dont on se nourrit avec gourmandise.

Ange LISE (Paris)

Ruy Blas
De Victor Hugo Mise en scène de William Mesguich Avec Aude Biren, Matthieu Cruciani, Chris Egloff, Damien Ferrette, Florent Ferrier, Marie Mengès, William Mesguich, Charlotte Popon, Laurent Prévot, Benjamin Tholozan

Au Théâtre Mouffetard, 73 rue Mouffetard, 75005, Paris
Réservations : 01 43 31 11 99

A voir du 18 janvier au 10 mars du mercredi au samedi à 21h, dimanche à 15h
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3 février 2007 6 03 /02 /février /2007 08:33
DANS L'OMBRE DE LA FOLIE

Il est question d’une maison en bord de mer, une maison rachetée à très faible prix que l’homme (joué par Pierre-Yves Chapalain) dit ne pas avoir pu laisser passer. Cette offre irrésistible viendrait-elle de l’état de délabrement ou de ce curieux passé qui provoque une onde malsaine dans laquelle va progressivement s’engouffrer le couple ?

Photo © DR

L’écriture simple abrite cet étrange malaise qui se construit sous nos yeux à mesure que se détruit le lieu. La scène est épurée, quelques accessoires nous indiquent des travaux qui ne semblent plus devoir finir. Cette impression se trouve renforcée par une scénographie évolutive obtenue au moyen d’une conception vidéo ingénieuse qui projette des plans en perpétuel mouvement sur le lointain et le sol. Cet effet ajoute au caractère vivant de l’étrange demeure dont on finit par se demander s’il s’agit d’une projection mentale de l’homme ou du squelette du lieu.

À mesure que progresse l’intrigue, le couple verse dans une étrange folie faite de bruits inexpliqués, de présences furtives jusqu’à ce que la femme (jouée par Laure Guillem) découvre l’étrange manuscrit rédigé par son mari qui avoue ne pas avoir pu contrôler les horribles faits sortis de son imagination. Le couple se fissure à l’instar de la maison et le spectacle prend des allures de paranormal.

Univers lynchien

La création sonore signée Grégoire Leymarie accentue le malaise par des effets qui ne sont pas sans nous rappeler ceux de l’univers lynchien de même que certains effets de lumière capables de jouer sur la présence-absence de corps sur le plateau. Une écriture au rabot capable d’infiltrer l’étrange dans le banal jusqu’à créer une situation ne non- retour où la fiction (ou peut-être la folie) prennent le pouvoir des êtres jusqu’à les déconnecter totalement de la normalité.

Tout cet ensemble converge pour donner de la valeur à ce spectacle ; car il est aussi capable de nous évoquer ses influences certaines (Joël Pommerat) ou éventuelles (on pense également aux films de Dominique Moll et - comme nous l'avons évoqué - David Lynch) tout en élaborant son univers propre. On ne saurait cependant mettre sous le boisseau que la compagnie Objets nocturnes porte en elle l’empreinte de l’esthétique créée par Joël Pommerat. Indéniable lorsque l’on sait que Philippe Carbonneaux est son assistant à la mise en scène, Pierre-Yves Chapalain, l'un des comédiens de la compagnie Louis Brouillard, Grégoire Leymarie en charge de la recherche sonore et Eric Soyer des créations lumières et scénographie. Toute une équipe gagnante au profit d'un spectacle qui gagne, par ses réelles qualités, une reconnaissance propre.

Séverine LEROY (Paris) 

Le Rachat
Une création de la compagnie Objets nocturnes sur un texte de Pierre- Yves Chapalain dans une mise en scène signée Philippe Carbonneaux.
Avec Pierre-Yves Chapalain, Laure Guillem et Airy Routier
Lumière et scénographie : Eric Soyer Création sonore : Grégoire Leymarie

Au Théâtre de l’Echangeur (M° Porte de Bagnolet), du 11 au 27 janvier 2007 Réservation : 01 43 62 06 92
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1 février 2007 4 01 /02 /février /2007 07:20
LENTEMENT CRIÉ

Aaron Lewis, chanteur-interprète du groupe rock STAIND, a écrit pour l’album Break the cycle des textes inspirés par sa dépendance à la drogue. Neuf chansons de l’album sont dansées par trois danseurs dans la chorégraphie Guérir la guerre d’Ingeborg Liptay.

Les corps alternent des gestes et des postures passives, - corps qui déambulent les épaules courbées ; corps qui restent immobiles, les yeux perdus dans le vide -, avec des danses criées, - les jambes et les bras s’épanouissent dans l’espace comme désarticulés. Guérir la guerre représente la guerre en chacun de nous, le conflit intérieur pour se libérer des différentes dépendances qui donnent un illusoire sentiment de liberté. Cette chorégraphie a ouvert la soirée Ingeborg Liptay à Micadanses, centre d’enseignement et des représentation de différentes disciplines de la danse, dans le cadre du festival de danse contemporaine Faits d’Hiver.

Chorégraphie Maysha © DR

La deuxième chorégraphie est un solo dansé par Ingeborg Liptay elle-même, âgée de 77 ans, qui montre dix minutes de son style minimaliste, où chaque geste est une exploration de l’espace en musique. Le solo Nomade est le développement de quelques extraits d’Intervalle, chorégraphie créée par Liptay en hommage à son maître Karin Waener, chorégraphe et pédagogue d’origine allemande.
Nomade
est construit en deux moments. La chorégraphe danse d’abord sur la musique d’Annette Peacock, et suit celle ensuite de Renaud Garcia Fons, qui a retravaillé la musique d’une autre création de Liptay, Moments Nomades. De l’hommage à Waener, ce solo devient un auto-portrait du style de Liptay. Son corps cherche l’ordre et le désordre de ses membres, il se replie sur lui-même, puis il s’ouvre. Les mouvements sont lents, le spectateur voit clairement comment le corps descend vers le sol, comment la tête, les bras et les jambes se fondent dans une forme ovale, comment le corps semble une fleur, qui s’ouvre et pénètre l’extérieur, puis meurt en s’effilochant, puis vit de nouveau, comme chaque instant de vie.

La soirée se conclut avec Maysha, chorégraphie pour trois danseurs sur la musique d’Agharta, enregistrement en concert de Miles Davis. Encore des évolutions dans la lenteur, les corps se replient l’un sur l’autre, construisent un flux d’énergie unique et hypnotique. Par ses rythmes lents, Liptay compose dans Guérir la guerre des danses criantes de malaise. Dans Nomade, la chorégraphe est seule avec son corps, sur les pas de son maître Waehner, sur les pas de ce qui lui reste à dire et à représenter pour poursuivre son existence. Dans Maysha, la lenteur du corps transmet de nouveau un conflit entre et dans les corps, mais un conflit cette fois crié dans la jouissance.

Mattia SCARPULLA (Paris)

La soirée Ingeborg Liptay a été présentée les 12 et 13 janvier 2007 au Micandanses, dans le cadre du Festival Faits d’Hiver – Danses d’auteurs 

Micadanses, studio May B, 15 rue Geoffroy l’Asnier 75004 Paris - Tél : 01 42 74 46 00.

Les chorégraphies Guérir la guerre, création 2004, et Maysha, création 2006, sont interprétés par Renaud Décor, Barbara Gaultier et Agnès de Lagausie.
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31 janvier 2007 3 31 /01 /janvier /2007 21:55
SHAKESPEARE VERSION "BLOCKBUSTER"

Ce Roi Lear ouvre sur un aparté. A l’heure de partager son royaume, Lear (Michel Piccoli) reçoit ses trois filles une par une ; à l’écart de la cérémonie d’abdication, hors champ, dont on entend qu’une rumeur diffuse. Des le départ, la mise en scène d’André Engel escamote ou presque le politique. Reste la mise à nu d’un homme en quête d’identité. Limitée par une esthétique qui, portée vers les studios hollywoodiens, fait abstraction de la poésie.

André Engel a fait du royaume de Lear un empire industriel. Dans un décor de fabrique des années trente, propice à une atmosphère de polar. Lear s’apprête à partager les parts de sa société. En un troc dont les ressorts n’ont jamais cessé de nourrir des interrogations. Lear entend bien rétribuer chacune de ses trois filles à hauteur de la preuve, toute rhétorique, qu’elles lui donneront de leur amour. Les deux aînées, faux derches comme personne, rivalisent aussitôt d’éloquence. La cadette, Cordélia (Julie-Marie Parmentier), dont la sincérité des sentiments crève pourtant les yeux, se refuse à les galvauder par ce marchandage. Furieux, Lear la répudie. Lear a renoncé à sa qualité de Roi. Ou de capitaine d’industrie, peu importe. Il se risque à exiger à titre personnel les égards qui lui sont dus. Encore qu’il ne semble pas très bien lui-même en avoir une idée arrêtée. Car voilà reparti cet homme, qui évalue en gros l’estime d’autrui, dans ses calculs d’épicier. Il lui faut une escorte, cent têtes au minimum. La charge en incombera à tour de rôle à Régane (Lisa Martino) et Goneril (Anne Sée), désormais ses seules héritières, ainsi qu’à leurs époux. Bien mal lui en a pris. Aussi usurière l’une que l’autre, les deux soeurs ne cessent de la détricoter. Et Lear de se retrouver nu.


Photo © Marc Vanappelghem / Odéon-Théâtre de l'Europe

Richissime, l’œuvre de Shakespeare ne s’en tient pas là. La chute de Lear, qui est aussi une sortie, a pour contrepoids l’inexorable ascension d’Edmond (Gérard Watkins). Le bâtard écorché, lui aussi avide de reconnaissance. Elle pose de manière incontournable la question de l’identité. Chez Lear, de toute évidence, c’est un gouffre. Est ce pour le remplir qu’il a cette obsession de la quantité ?. Lear ne regarde jamais personne en face. Comme il fuit le regard de tous. « Il usurpait sa vie », jugera après le crépuscule le fidèle Kent (Gérard Désarthe).

Un déluge pyrotechnique

Compte tenu de son succès, cette version donnée par André Engel donne lieu à une reprise. C’est vrai qu’il y a Michel Piccoli. Et que la bête rugit encore avec force. Mais le reste est beaucoup plus problématique. Pour explorer les mille recoins de cette œuvre somme, on peine à trouver l’audace d’un parti pris. Conventionnelle, la mise en scène ne semble pas servir autre chose que la stricte narration. Par des procédés pour le moins discutables. Tenté par le cinéma, André Engel a-t-il raté sa vocation ? Sa version, explique-t-il, aurait pu s’appeler « Citizen Lear ». Il est vrai que l’esthétique est celle des gros budgets hollywoodiens. Des films dits à « grand spectacle ». Sur les planches la tempête donne lieu à un déluge pyrotechnique. Pour cause de bataille rangée, un mur de placoplâtre explose tous les soirs. La pièce obéit à un impératif évident : celui de montrer. Si besoin à grand renfort d’effets spéciaux. Le problème, majeur, est que cet impératif asphyxie toute poésie. Dans Un Barbare en Asie, Henri Michaux écrivait : « Seuls les Chinois savent ce qu’est une représentation théâtrale. Les Européens depuis longtemps ne représentent plus rien, les Européens présentent tout. Tout est là sur scène, toute chose, rien ne manque, pas même la vue qu’on a de la fenêtre. » Heureusement, il est d’autres spectacles pour le contredire.

Hugo LATTARD (Paris)

Le Roi Lear (reprise)
De William Shakespeare
Mise en scène de André Engel
Texte français : Jean-Michel Déprats
Avec Nicolas Bonnefoy, Thiérry Bosc, Jean-Michel Cannone, Philippe Demarle (du 07 au 24 février), Gérard Desarthe, Jean-Paul Farré, Jérôme Kircher (du 13 janvier au 04 février) Gilles Kneusé, Arnaud Lechien, Lucien Marchal, Lisa Martino, Julie-Marie Parmentier, Michel Piccoli, Anne Sée, Gérard Watkins

Odéon-Théâtre de l’Europe aux Ateliers Berthier. 8 Boulevard Berthier 75017 Paris.
Réservations : 01 44 85 40 40

Jusqu’au 24 février 2007
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21 janvier 2007 7 21 /01 /janvier /2007 10:41
UNE FEMME PEUT EN CACHER UNE AUTRE

Ce théâtre ressemble à un café-théâtre. On y est assis sur des bancs durs et l’on est serré tout contre son voisin. Cela a du bon quand la pièce est drôle, et c’est le cas ici, où chaque secousse hilare se propage à votre voisin, et ainsi de suite, créant un effet sismique qui se transforme à la fin de la pièce en une grande et longue ovation. Il s’agit d’une comédie dramatique. C’est-à-dire que c’est drôle dans la forme et dramatique dans le fond. À moins que cela ne soit le contraire…
 
La pièce met en scène trois femmes dans l’univers médiatique d’une petite radio. Il y a Raphaëlle, l’animatrice, Sandra, la standardiste officielle puis Inès, une autre postulante à ce poste, convoité comme une rampe de lancement vers une activité plus glorieuse. On comprend vite que c’est un jeu de pouvoir. La maîtresse femme, c’est l’animatrice. C’est elle qui décide qui sera ou pas standardiste. C’est dire qu’elle décide de l’avenir. Raphaëlle anime une émission sur les rapports amoureux. Suave et empathique à l’antenne, elle est tyrannique et étanche en coulisse. Sous ses ordres, Sandra, jeune fille gouailleuse et gentiment vulgaire est entrée pour faire du montage radio, mais elle reste bloquée au standard par sa patronne qui préfère lui couper les ailes, comme une enfant cruelle, au risque de la voir s’envoler.
C’est alors qu’arrive une troisième femme, Inès. C’est la femme maîtresse, la maîtresse carte qui fait basculer le jeu. Elle est recommandée par un ponte de la radio. Il va bien falloir l’embaucher. Pourtant, elle ne le sait pas, mais elle est la compagne de l’ex-mari de l’animatrice, qui, elle, le sait. Cette femme maîtresse, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de fiel et d’amertume de la maîtresse femme abandonnée et seule. Qui sera emporté(e) par cette vague ?
 Photo © DR

Valérie Svelka, auteur et metteur en scène a voulu écrire sur la frustration et ce qu’on en fait. Les trois femmes sont frustrées. L’animatrice, par sa vie sentimentale, la jeune standardiste par son manque d’avenir professionnel, la femme maîtresse par sa position sociale visiblement en perte de vitesse. Chez chacune, la frustration va induire un comportement et des choix différents. Elle va se révéler motrice ou destructrice. Elle va conduire à la vie ou à l’anéantissement.
Le dispositif scénique particulièrement original et pertinent fait beaucoup pour le succès de la pièce. L’animatrice est omniprésente mais… absente physiquement de la scène. Elle apparaît sur un écran de télé qui pourrait aussi être une vitre derrière laquelle elle regarde le monde sans se laisser atteindre. Elle parle et réagit très naturellement avec ses partenaires. C’est un jeu de ping-pong sans filet car il s’agit d’une vidéo filmée et les deux standardistes doivent s’adapter. C’est un sans faute. Outre que le procédé soit amusant, il place l’animatrice à l’écart du monde, dans un no man’s land aride où elle semble s’être enfermée elle-même. À l’encontre du métier de communication qu’elle a choisi. Mais les choix ne se font pas au hasard…

Agnès GROSSMANN (Paris)

Maîtresse Femme

Comédie dramatique
Écrite et mise en scène par Valérie Svelka
Interprétée par Isabelle Fontaine et Juliette Verljen
Aktéon Théâtre 11 rue du Général Blaise 75011 Paris
Réservations : 01 43 38 74 62

Jusqu’au 27 janvier 2007, du mercredi au samedi à 20h.
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19 janvier 2007 5 19 /01 /janvier /2007 15:13
DEVENIR UN HOMME

C’est une pièce de boulevard qui se serait égarée dans les beaux quartiers. Tous les ressorts du boulevard sont là, mais l’auteur les fait rebondir à une hauteur où l’esprit les astique et les fait briller comme un sou neuf.  La pièce est à l’image du décor, du Pop Art résolument tonique et déjanté, tout en volumes et en couleurs. 

Du Feydeau revu et corrigé par Andy Warhol. Sauf que dans une pièce de Feydeau, la psychologie est quasi absente, alors que chez Rémi De Vos, chaque action peut être perçue comme symbolique.
 Photo © A. Fonteray

C’est une pièce qui a de l’écho. Nous sommes dans le salon très design de grands bourgeois. Pas de meubles, juste un espace où tout peut arriver, même rien. Ce long salon est bordé de fenêtres qui donnent sur un beau mur de pierres, c’est-à-dire sur rien, ou sur un obstacle à franchir. Derrière ce mur, il y a un jardin et un joli cours d’eau mais pour en profiter il faut sortir de la maison… Les personnages arrivent sur scène. Ils reviennent de l’enterrement de la grand-mère. De la crémation plus exactement. Simon (Micha Lescot) est venu soutenir Madeleine, sa mère (Catherine Jacob) dans cette épreuve. Mais la grand-mère était très vieille…

La véritable épreuve est surtout celle des retrouvailles entre mère et fils. Ils ne se sont vraisemblablement pas vus depuis longtemps. Le fils est parti vivre et réussir à Paris. La mère est restée et semble figée dans une routine qui sert d’écrin à son mal de vivre. Cet univers maternel vous plonge dans l’ennui et la torpeur. Pour éviter d’étouffer, Simon se sert régulièrement de son portable pour laisser des messages à ses collègues, comme s’il prenait à chaque coup de fil une bouffée d’air frais. Mais malgré cet acte de résistance, la réalité le rattrape. Dans cette réalité, il y a la mère, mais aussi une amie d’enfance et de coeur, Anne, venue le soutenir. Et au centre de ce monde, il y a l’urne qui contient les cendres de sa grand-mère. Cette urne va aider Simon à accomplir son destin qui est de sortir de l’état de fils pour devenir un homme.

Chic et choc

Au départ du processus, une urne renversée et des cendres dispersées à l’insu de la mère. Quiproquos et mensonges vont alors se succéder jusqu’au dénouement… C’est très amusant et magnifiquement bien joué.
Catherine Jacob, qui tient l’affiche, est une mère taciturne qui vous envahit l’âme comme le ferait un brouillard mais qui a la folie distrayante.
Claude Perron, joue avec beaucoup de subtilité et d’élégance la névrose et la dinguerie. Elle forme avec Micha Lescot, un duo détonnant mis en scène de façon quasi chorégraphique. Attardons nous un instant sur Micha Lescot qui joue Simon. Diantre, quel acteur ! Un physique incroyable tout en finesse et en longueur avec une gestuelle extraordinaire entre le cirque et la danse. Mais surtout un univers très singulier qui allie un grand sens de gravité avec beaucoup de fantaisie et de drôlerie.

Cette pièce doit beaucoup à la mise en scène d’Eric Vigner qui signe également le décor. C’est plus qu’une mise en scène, c’est une scénographie. Décor, musique, gestuelle des acteurs, texte… Tout cela s’accorde avec beaucoup de rythme et d’élégance. C’est chic et choc. L’auteur, Rémi De Vos vient de recevoir le prix Théâtre 2006 de la Fondation Diane et Lucien Barrière pour Jusqu’à ce que la mort nous sépare qui est sa troisième pièce.

Agnès GROSSMANN (Paris)

Jusqu’à ce que la mort nous sépare
De Rémi De Vos
Mise en scène et décor Eric Vigner
Avec Catherine Jacob (Madeleine), Micha Lescot (Simon) et Claude Perron (Anne).

Jusqu’au 18 février Théâtre du Rond Point 2 bis, avenue Franklin Roosevelt 75008 Paris Réservation : 01 44 95 98 21
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11 janvier 2007 4 11 /01 /janvier /2007 11:50
ENFER, ECHOS ET FREMISSEMENTS

La dernière création d’Emio Greco et Pieter C. Scholten s’appelle Hell, Enfer. Au Théâtre de la Ville, l’atmosphère joyeuse à l'arrivée des spectateurs disparaît avec la lumière de la salle. Les spectateurs cherchent leur place enveloppés par des chansons appartenant au passé populaire des trente dernières années.

La compagnie d’Emio Greco est déjà en train de danser. Les interprètes sont habillés d’élégantes robes longues et noires, signature esthétique du chorégraphe. Ils se relaient pour conduire la danse tout en chantant en play-back. Les spectateurs sont pris par l’énergie du style d’Emio Greco : ses danses sont un mélange de gestes contemporains et néoclassiques ; chaque partie du corps semble indépendante des autres. Les danseurs deviennent des pantins bellissimes et grotesques, des chairs dansées dont les membres partent de tous les côtés en frémissant rapidement.
 Photo © Laurent Ziegler

L’entrée c'est celle des foires, ces lieux carnavalesques, ces lieux limites entre la fête et la réalité. Les danseurs sont habillés de vêtements quotidiens, qui rappelent des habits de nuit. La scène représente un monde onirique : à droite du plateau un arbre sans feuilles, à gauche une entrée éclairée par deux lignes d’ampoules qui tracent son cadre. L’arbre rappelle le seul élément naturel du désert décrit par Beckett dans En attendant Godot. Le plateau est immergé dans une lumière enfumée, les corps sont dispersés dans l’espace. Un être habillé en noir semble les diriger dans leurs gestes somnambuliques : il a un visage humain, mais son corps rappelle une ombre, une silhouette. Un autre être - ombre sans visage - danse dos aux danseurs, disparaît et ré-apparaît. Les corps frémissent sur des musiques violentes. Elles ne restent qu'un écho dans les chairs qui continuent à trembler dans le silence. Le rêve devient cauchemar.

Un cauchemar festif

Emio Greco et Pieter C. Scholten représentent l’enfer par des corps communs qui ont perdu la certitude de l’espace et du temps. Les corps sont nus, tremblants, tendus, les yeux grands ouverts sur le public. Dans une autre scène, c’est le rythme d’une marche militaire qui commande leurs gestes. Un pouvoir invisible domine et dirige les danseurs. Les deux créateurs ne donnent pas toujours les clefs pour comprendre.

Avec ce cauchemar qui rappelle notre réalité, une réalité secouée par une fête spectaculaire dans les rues et par des échos de guerre à la télévision, Emio Greco arrive à nous séduire. Ses chorégraphies sont toujours aussi merveilleuses. Les danseurs bougent avec des gestes à la fois féminins et masculins, créant une nouvelle image corporelle. Et ces chairs évoluent si rapidement que les gestes se fondent et se confondent avec la lumière. Emio Greco et Pieter C. Scholten trouvent dans notre quotidien émotif et social des bribes de joie et de folie, et les font évoluer dans un style actuel unique.
Mattia SCARPULLA (Paris)

La chorégraphie Hell, compagnie Emio Grego/ PC, a été présentée du 12 au 16 décembre 2006 au Théâtre de la Ville, Paris
Chorégraphie, conception lumières, scénographie, et son : Emio Greco et Pieter C. Scholten
Danseurs : Ty Boomershine, Vincent Colomes, Sawami Fukuoka, Emio Greco, Marta Lopes, Nicola Monaco, Maria Sannaeve, Suzan Tunca
Informations : www.theatredelaville-paris.com / 01 42 74 22 77
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5 janvier 2007 5 05 /01 /janvier /2007 10:31
MENEZ L’ÉLÈVE À LA BAGUETTE

Tantôt élève tantôt instituteur, Bernard Menez nous donne une leçon de vie dans le spectacle J’espérons que je m’en sortira. Du haut de son estrade, il nous convie à redécouvrir le sens des choses avec des - vrais - mots d’enfants.

"Vrais", en effet, car l’auteur, Marcello d’Orta était instituteur en banlieue napolitaine durant les années 80. Dans J’espérons que je m’en sortira, il délivre soixante des plus surprenantes rédactions qu’il ait corrigées pendant ses années d’enseignement. Ainsi c’est l’agitation sous la ferme du théâtre Sudden, et déjà les mauvais élèves du fond sont invités à se rapprocher. Si certains spectateurs sont rappelés à l’ordre : « Vous, l’élève à lunettes, venez cracher votre chewing-gum ! », d’autres rétorquent aussitôt : « Hé ! Mais il a 50 balais ! »…. Nous retombons en enfance ; le cours commence et tout le monde se tait. Ce soir, la moyenne d’âge de la classe doit être de 40 ans mais chacun écoute attentivement le maître Menez. Au programme : leçon de choses, d’arithmétique, d’histoire, de morale, d’éducation civique, de géographie…
 Photo © DR

Une autre perception des mots et du monde

Menez a plusieurs casquettes et un bonnet d’âne ! Tour à tour il joue différents écoliers. Parfois il passe au piquet quand certains envoient des avions en papier, ou conjugue « apparaître comme un pître en classe et choir dans l’estime du maître », et à tous les modes, s’il vous plaît ! La maladresse touchante des élèves qu’il incarne, leurs explications farfelues et leurs raisonnements abracadabrantesques, nous ouvrent d’autres perceptions. Les bourdes et les coquilles font surgir avec poésie la possibilité d’une autre définition. « La maman, c’est une chose sérieuse. C’est un mammifère. C’est pour ça qu’elle s’appelle maman. »

Sur scène, Bernard Menez les met en relief. Ancien maître d’école, lui aussi, il manie l’art de la pédagogie avec professionnalisme et endosse à merveille l’innocence attendrissante de l’élève du siècle dernier. En transposant cette compilation de la ville d'Arzano dans une école à la Pagnol, Gérard Volat a su rester fidèle à la naïveté « déglingouillée » du texte, tout en rendant hommage à l’enfance, la sienne et à l’école républicaine. Mais bientôt c’est la récréation : on remplit les encriers, on distribue le goûter et on laisse souffler les spectateurs avant la récitation. Menez et Volat remportent une volée... de bons points.

Elsa MINGOT (Paris)

J’espérons que je m’en sortira
D’après Marcello d’Orta, traduit de l’Italien par François Aynard
Mise en scène de Gérard Volat
Avec Bernard Menez
Décor : Charles Berjansic - Lumières : Mathias de la Cruz

Au Théâtre Sudden 14 bis, rue Sainte Isaure (18°), M° Joffrin ou Simplon
Réservations : 01 42 62 35 00 Tarifs : 24/17/12 €
A partir du 8 novembre 2006
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Chronique Fraîche