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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 13:05
PETIT PAPA CRUEL

Le Vingtième Théâtre joue actuellement Happy Birthday Daddy, dialogue à une voix entre un père à la fois trop absent et trop présent et son fils. Un affrontement intense mais trop linéaire.

Un jeune homme en tenue de soirée chante nerveusement « Happy birthday to you, Daddy » et apporte un gâteau à son père, assis et ligoté sur une chaise. Il lui annonce alors qu’il va l’assassiner et souffle les soixante bougies qui ornent la Forêt Noire comme une menace, un gage de sa volonté d’aller jusqu’au bout de son acte parricide. Le spectateur se met alors à jouer au Cluedo : on connaît la victime, l’assassin, l’arme et le lieu du crime - le père, le fils, un couteau de cuisine, le salon du fils -, mais quid du mobile ?
 Photo © DR

Le problème majeur de cette pièce écrite par Christophe Averlan est bien là : le mobile est par trop mobile. Des brimades de l’enfance à l’indifférence de l’âge adulte en passant par la folie pure, l’auteur semble baigner constamment dans l’indécision. Le fils rejette violemment Freud et le complexe d’Œdipe, mais s’y plie pourtant formellement en préparant l’assassinat de son père. Il rejette aussi Dieu auquel il ne croit plus, dit-il, depuis la mort accidentelle de son chat. Son père pourtant, tel qu’il nous le décrit, ressemble à un Dieu intransigeant, juge absolu des actes de son fils.

Le texte est intense, violent, noir – tout le champ lexical de la noirceur et de la mort y passe -, mais ne parvient pas à rendre la situation plausible faute de cohérence et de progression dans les propos. Il n’atteint donc son but qu’en surface et le sens de la pièce tout au fond, semble bien flou.

Une mise en scène habile


La mise en scène de Patrice Kerbrat anime pourtant intelligemment la pièce. Il parvient à mettre en évidence le retournement de situation qui s’opère lors de cette soirée : enfermé dans le noir quand il n’était pas le meilleur de sa classe, ignoré et délaissé devenu adulte, le fils inverse les rôles ici en empêchant son père de bouger, parler et voir. Il alterne élans de tendresse et accès de rage, folie subite et raisonnements cartésiens, pendant que son père compte les points, groggy. Si l'on peut regretter le manque de poids du personnage du père, non de l’acteur, le metteur en scène parvient à l’instrumentaliser habilement. Le fils le fait sans cesse changer de position autour de la table : place d’honneur, simple convive ou hôte, Patrice Kerbrat marque ainsi spatialement l’ambiguïté de la situation. Le rôle du père, assis les mains attachées derrière le dos et la bouche ouverte obstruée par un bâillon pendant une heure et quart environ, tient plus de la performance que du jeu théâtral. Jean-Yves Chilot parvient pourtant à insuffler de la présence à ce personnage muet, le visage marqué par la douleur physique et mentale, la révolte ou la colère.
Emeric Marchand quant à lui donne tout son cœur dans ce rôle et joue juste et puissant. L’idée s’impose alors progressivement que de l’auteur ou de l’acteur, c’est le second qui croit le plus en la pièce. Rien d’étonnant finalement quand on sait que Happy Birthday Daddy a été écrit à l’initiative du comédien.

Morgan LE MOULLAC (Paris)

Lire aussi la chronique de Maïa ARNAULD.

Happy Birthday Daddy
Texte de Christophe Averlan
Mise en scène de Patrice Kerbrat, assisté de Sophie Langevin
Le fils : Emeric Marchand
Le père : Jean-Yves Chilot

Au Vingtième Théâtre, 7, rue des Plâtrières, 75020 Paris. Tel : 01 43 66 01 13.
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9 mai 2007 3 09 /05 /mai /2007 10:31
QUAND MARIE RACONTE SA VIE

Les Quatre Morts de Marie, texte de l'auteure québécoise Carole Fréchette est repris par la compagnie du Vélo volé au Théâtre de l'Opprimé. Récits d'aventures intérieures.

Toute petite, Marie rêve d'écrire des romans, de voyager et d'avoir des ribambelles d'enfants. Devenue adulte, Marie écrit sur les murs, dors pour gagner sa vie et vit seule. Toute petite, Marie dit : « moi, Marie, je mourrai jamais ». Devenue adulte, Marie meurt un peu à chaque fois que ses fantasmes se confrontent à la réalité.
 Photo © DR

C'est à travers quatre tableaux, quatre repères temporels que Carole Fréchette expose la vie de Marie, une sorte de Christophe Colomb resté à quai. Dans un texte mêlant poésie introspective et ouverture au social, l'auteure explore l'existence d'une femme abandonnée trop tôt par ses parents. Marie voulait tout voir, tout aimer, tout découvrir et plaire à tout le monde, mais elle n'est aimée de personne et découvre le vide de l'existence, tellement inférieure aux possibilités offertes par l'imagination.

La mise en scène de François Ha Van est ingénieuse et met en valeur le combat permanent que mène Marie contre l'étroitesse des espaces qu'elle parcoure, de sa maison d'enfance à l'embarcation dérisoire qu'elle prend finalement pour aller au devant de sa destinée. Car Marie est une battante. Les abandons de ses parents, de ses amours, de ses idéaux ne l'empêchent pas d'aimer et de vouloir, atteinte qu'elle est d'une étrange maladie, comme Christophe Colomb avant elle, la confiance absolue en l'avenir.

Voyage, voyage

François Ha Van résout cette tension constante entre immobilité forcée et volonté d'avancer, entre difficulté d'adaptation à la société et désir d'être acceptée, par des déplacements quasi frénétiques de Marie dans des espaces confinés. Le cadre brut du Théâtre de l'Opprimé est utilisé au mieux dans une scénographie malicieuse : un camion se transforme en cave et une bassine en barque. Un moyen de transport se sédentarise et un objet immobile fait le trajet inverse : la foi de Marie anime les objets et rend tout possible.

Dans le rôle de Marie, Céline Jorrion est proprement étonnante de naturel et de dynamisme : elle parvient même à être crédible en petite fille survoltée et curieuse. Cependant son énergie gagnerait parfois à être canalisée afin de donner le temps au spectateur d'apprécier la finesse et la poésie du texte.
Guillaume Tagnati parvient lui aussi à mettre les différents rôles qu'il incarne en valeur. Tour à tour jeune écolier, blouson noir ou raconteur de voyages, il donne de l'épaisseur à ses personnages par le biais, souvent, de l'humour.
Julie Quesnay, Fabrice Leroux et Sylvain Savard complètent une distribution pleine d'allant, mention spéciale au dernier, parfait dans son rôle de père vidé de sa substance.

Les Quatre Morts de Marie
est une pièce touchante, étrange, drôle et poétique : quatre bonnes raisons d'aller la voir. Ajoutons-y une cinquième : le Théâtre de l'Opprimé est en difficulté, soutenir un théâtre de quartier est important à un moment où la culture pourrait perdre son ministère.

Morgan LE MOULLAC (Paris)

Les Quatre Morts de Marie
Texte de Carole Fréchette (Actes Sud - papiers, 1998).
Mise en scène de François Ha Van.
Scénographie : Maïa Malliarakis, Margot Derouche, Sarah Heitz-Ménard, François Ha Van. Lumières : Tanguy, François Ha Van.
Musique : Nicolas Teuscher.
Interprétation de Céline Jorrion, Guillaume Tagnati, Julie Quesnay, Fabrice Leroux, Sylvain Savard et Raphaël Reves, distribution en alternance.

Au Théâtre de l'Opprimé du 4 au 21 Avril 2007
78, rue de Charolais, 75012 Paris. Tel : 01 43 40 44 44
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7 mai 2007 1 07 /05 /mai /2007 18:43
AUX URNES CITOYENS !

Le Théâtre National de la Colline a choisi ce début de printemps pour mettre à l’affiche la pièce de Thomas Bernhard, Le Président. Écho d’un changement politique imminent, le titre de l’œuvre du dramaturge autrichien résonne particulièrement à nos oreilles.

Trois tableaux font vivre les quelques personnages présents où seuls la Présidente et le Président soliloqueront sur leurs destins. La pièce se déroule dans un climat incertain. L’insurrection menée par les anarchistes et les terroristes fait vaciller le gouvernement. Depuis plusieurs mois maintenant, les hauts commissionnaires du pays se font assassiner et les semaines sont rythmées par les enterrements successifs.

Quand la pièce débute, le couple présidentiel vient d’échapper à un attentat dont l’enquête révèlera que leur propre fils est certainement impliqué. La mort, avec comme épée de Damoclès, le parricide, gouvernera cette pièce. Dans la première partie, la Présidente se trouve en compagnie de sa femme de chambre, Madame Gai. Devant son miroir, elle se prépare à enterrer le Colonel tué au cours de l’attentat et cible indirecte de l’attentat. Mais elle n’a de compassion que pour son chien, mort d’une crise cardiaque durant l’incident. Le décès de l’adorable animal innocent cristallise toute l’angoisse que le vacillement du pouvoir ainsi que de leur propre vie de famille engendre chez elle. Madame Gai, proie facile et muette, ploie sous le débit incessant de la Présidente. « Ambition, haine, rien d’autre. » répète t-elle inexorablement.

"Border line"

Au terme de cette première partie, « la présidente aura joué un rôle de révélatrice, celle par qui les masques tombent et le scandale de la déliquescence du pouvoir s’expose », explique la metteure en scène Blandine Savetier. À l’ouverture du deuxième tableau, le Président boit du champagne en compagnie de sa maîtresse, une modeste actrice de théâtres. Ils ont trouvé refuge au Portugal dont le régime dictatorial toujours en place rend nostalgique le Président. Il monologuera sur le pouvoir et considérera finalement que la politique est un art. La pièce se conclura par ce qui devait arriver dès le début de celle-ci, la mort du Président et la fin de son règne. Pourtant aucun avenir démocratique semble possible…

Désespoir, tragédie, haine du monde forment la trame jubilatoire de l’œuvre de T. Bernhard. Et la metteure en scène décalque studieusement cette trame « border line ».
Fort heureusement, tout le talent de Dominique Valadié est exploité à sa juste valeur et l’interprétation qu’elle donne de la Présidente, sans parodie ni caricature, enlève cette première partie.
Eric Guérin montre moins d’assurance dans le rôle du Président, contraignant le rythme du deuxième tableau. Le décor y est également moins travaillé comparé à l’intérieur de la suite présidentielle de la première partie. Et les costumes, excepté celui du chef armé portugais, en volte face, ne nous interpellent pas…
En définitive, le spectacle choisi par le Théâtre National de la Colline en ce début de printemps promettait beaucoup… comme en politique...

Priscilla GUSTAVE-PERRON (Paris)

Le Président, de Thomas Bernhard
Mise en scène : Blandine Savetier
Texte français : Claude Porcell
Dramaturgie : Waddah Saab
Scénographie : Emmanuel Clolus
Avec : Charlotte Clamens , Philippe Grand’Henry, Eric Guérin, Dominique Valadié

Théâtre national de la Colline, du 20 avril au 13 mai 2007, Grand Théâtre, du mercredi au samedi 20 h30, mardi 19 h30, dimanche 15 h30.
Durée environ 2h40 avec entracte.

+ à lire :

COMME UNE MISE EN SCÈNE CONTINUELLE DU THÉÂTRE, par Blandine Savetier (mise en scène)

Le Président ne raconte pas une histoire, l’événement parricide y flotte comme une sourde angoisse. Une réalité mystérieuse et profonde y court entre les failles et les fêlures des obsessions ressassées, présence permanente qui finit par toucher les soubassements de nos souterrains obscurs. Pourquoi le désir de renverser la figure du pouvoir est-il si vivace et le spectacle de sa déchéance si troublant ? Cette question centrale palpite tout au long de la pièce qui déploie un matériau théâtral complexe et subtil, comme une mise en scène continuelle du théâtre.

Dans la Grèce antique, le théâtre était le lieu où l’on pouvait confronter les êtres humains aux abîmes des interdits suprêmes, par une mise en scène ritualisée des mythes fondateurs. En impitoyable observateur de notre modernité, avec sa froide clarté scientifique, Thomas Bernhard sait que le théâtre, aujourd’hui, ne remplit plus cette fonction, en tout cas pas de la même manière, et il en rit.

Tragédie et comédie, gravité et rire : tout est théâtre dans cette pièce qui balance entre réalités apparente et souterraine. Entre les rituels désuets du palais présidentiel et les éclats de l’insurrection qui gronde, entre le ridicule des masques qui tombent et la profondeur tragique de ce qui est dévoilé, les deux protagonistes font sans cesse du théâtre. S’il est tellement question de théâtre dans cette pièce sur la folie du pouvoir, c’est que celui-ci reste par excellence le lieu de l’entre-deux ; celui où l’on peut suggérer l’invisible, l’indicible, scruter derrière les masques les espaces informes dans lesquels se tapissent les pulsions humaines, le lieu par excellence où les donner à voir.

L'AUTEUR - Thomas Bernhard (1931-1989)
Écrivain et dramaturge autrichien, né en 1931 aux Pays-Bas, Thomas Bernhard grandit en Autriche, dans  la famille de sa mère. Sa jeunesse, éclairée par l’influence d’un grand-père écrivain qui lui donne le goût de la littérature et de la musique, est aussi très marquée par la tuberculose dont il est atteint. Après avoir étudié au Conservatoire de musique et d’art dramatique de Vienne et au Mozarteum de Salzbourg, il commence à écrire.
Son œuvre sulfureuse est imprégnée de ses rapports complexes et violents avec l’Autriche et de sa difficulté à être autrichien. Sa pièce Place des Héros (Heldenplatz, nom de la place où 250 000 Viennois firent une ovation à Hitler au lendemain de l’Anschluss) fit scandale en 1988, quelques mois avant sa mort. Dans son testament, il interdit la diffusion et la représentation de ses œuvres en Autriche pendant soixante-dix ans.

 
 
 



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18 avril 2007 3 18 /04 /avril /2007 16:19
JEUNES POUSSES... DE TRAVERS

La jeune équipe de Vienne la Nuit propose au théâtre de la Reine Blanche une pièce agréable sur une entreprise de communication en plein délire peuplée de cadres dynamiques au bord de la crise de nerfs.

Talk to Me - le nom est celui d'une marque véritable dans le domaine de l'apprentissage multimédia des langues (!) - est une entreprise qui fabrique et vend de la communication. Yves, le jeune directeur général, et son équipe sont sur le point de signer un important contrat de fusion avec une firme allemande. Tout est mis en place pour que la visioconférence qui doit avoir lieu le jour même avec les investisseurs étrangers puisse leur « ouvrir les portes de l’Europe ». Mais tout ira mal, bien sûr, car communication suppose dialogue et comme l’indique son nom, Talk to Me, "parle-moi" en français, l’entreprise n’en assume qu’une part. Le sujet répondant est souvent absent, transparent ou noyé dans son propre monologue comme Asunechel, lunaire François Nervioz, l’intervenant en sciences de la communication aux habits aussi vieillots que son parlé et ses références, accessoirement sourd et légèrement gâteux.

L’enjeu de cette comédie est le trop plein de communication qui engendre le chaos. Ecrite par l’auteur-comédien Dimitri Klockenbring et interprétée avec entrain par la compagnie Vienne la nuit, la pièce se révèle être une agréable parodie du monde de l’entreprise. La trame narrative, ténue, laisse une belle place à l’enchaînement des situations comiques qui naissent le plus souvent des limites du tout communicant : un brainstorming dérape, une action de communication – se grimer en tyroliens pour la visioconférence avec les Allemands – vire à la farce... Dans un décor open-space où les bureaux se côtoient sans entraves, Talk to Me est une étude de mœurs du monde de la communication mettant en scène une série de personnages typés, des "caractères" à la La Bruyère. Outre le directeur fils à papa, l’entreprise dispose aussi d’une secrétaire bavarde, d’un maquettiste syndicaliste susceptible, le survolté Frédéric Baumont, d’une responsable administrative et financière coincée, amoureuse de son patron, d’une secrétaire bête mais pleine de bonne volonté, et enfin de son directeur marketing et communication multilingue-et-sympa, Thomas Février, très bon.

Des caractères, la pièce en regorge, donc, au risque de tomber dans la facilité. Car Talk to Me fonctionne plus dans la monstration et l’exagération que dans l’allusion, d’où un manque de subtilité, parfois, dans la parodie et l’impression que certains gags tournent à vide malgré le dynamisme des interprètes. Talk to Me est une œuvre de jeunesse, la deuxième seulement pour la compagnie Après Vlad. Le manque de finesse de la peinture est compensée par la vigueur et l’enthousiasme du coup de pinceau. Un enthousiasme communicatif. Dans le monde de Talk to Me, n'est-ce pas tout ce qui compte ?

 Morgan LE MOULLAC (Paris)

Talk to Me
Auteur et metteur en scène : Dimitri Klockenbring
Interprètes: Yves, directeur général: Dimitri Klockenbring Marco, directeur marketing et communication: Thomas Février Stephanie, responsable administrative et financière : Stéphanette Martelet Michel, maquettiste : Frédéric Beaumont Mary, secrétaire de Marco : Isabelle Marie Caillat Bénédicte, secrétaire de Stephanie : Maïté Simoncini Asunechel, intervenant en sciences de la communication : François Nervioz

Théâtre de la Reine Blanche, 2 bis passage ruelle, 75018 Paris - 18h30
De 9 à 15 euros - Renseignements : 01.40.05.06.96
Jusqu'au 18 mars 2007
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2 avril 2007 1 02 /04 /avril /2007 11:00
COUP (FRANC) DE THÉÂTRE

Emmanuel Bourdieu, Frédéric Bélier-Garcia et Denis Podalydès, voient dans les sportifs les derniers des héros. Pour révéler le potentiel théâtral de l’univers du football. A la clé, une comédie parodique qui déjoue un peu, mais qui finit par l’emporter.


Plus que deux minutes avant le coup de sifflet final. Bréville est mené 1 à 0 contre Jelan. Les rouges vont se faire sortir de la coupe. En championnat, ils sont promis à la relégation. Sur une dernière attaque, Monod, un de leur milieux, est taclé jusqu’aux oreilles. Coup franc ! Autrement dit, coup de théâtre ! Tous les commentateurs professionnels usent et abusent de ce registre. A les entendre, une partie de foot regorge d’instants DRA-MA-TI-QUES ! Toutes syllabes détachées et appuyées.
 Photo © Philippe Delacroix

C’est précisément l'un des partis de cette pièce co-signée par Emmanuel Bourdieu et Frédéric Bélier-Garcia. Le second à la mise en scène avec Denis Podalydès. Dramatiser encore ce qui sur le terrain l’est déjà. Qui d’autre que le sportif, de nos jours, pour figurer l’exaltation du héros guerrier ? C’est à propos de matchs que l’on parle sans frémir d’esprit de conquête, de combat. Avec ses péripéties. Ainsi évolue la ligne d’arrière des bleus. De la joie, au doute, puis l’abattement. Plongée dans la brume qui recouvre le terrain. Comme sur une lande shakespearienne.

En défense il y a Vautier, frêle latéral timide, écharpe autour du cou. Le Hongrois Mazryk, vraie brute épaisse. Fortin, le capitaine qui gouverne et re-motive ses troupes. Devant le goal, Lazare, en proie au doute existentiel. C’est plutôt le football d’il y a déjà quelques décennies. Celui d’avant les monstres de puissance sous stéroïdes. Où il fallait mouiller le maillot à la force du mental. Revenons au coup franc. Monod a été victime d’un geste assassin de Mazryk. Alors qu’il pressentait qu’il jouait là le dernier match de sa carrière. Lui, l’ancien espoir du club. Un temps transférable à l’Inter, il est considéré maintenant comme un joueur fini. « La boucle est bouclée » reconnaît il. Avant un ultime sursaut d’orgueil.

Rires et confusion

Le cœur de la pièce est donc cet instant dilaté où les rouges s’apprêtent à tirer. Où Monod ne peut se résoudre à laisser sa place. Comme le lui ordonne le coach. C’était sans compter Janin, le gourou sophrologue qui accompagne l’équipe pour qu’elle pense « positif ». Grâce à sa science, fumeuse, on pénètre l’espace mental du joueur. S’y mêlent, entre autre, ses rêves d’enfants. Ses angoisses de voir sa femme dans les bras d’un bellâtre à crampons italien. Le tout rendu possible par une scénographie très judicieuse. La pelouse, au sol, n’est jamais qu’une portion du rectangle vert. Le reste du terrain est constamment hors champ. Ce qui fonctionne très bien. On se déplace en variant les angles. Devant le but, près du banc de touche. Comme le font les caméras de la télé. Deux commentateurs à la mode Canal Plus sont d’ailleurs à l’oeuvre tout du long. Bémol, les changements d’espaces sont parfois trop rapides pour les laisser se concrétiser. C’est par moments un peu confus.

L’observation et la parodie du milieu du football, théâtralisé, se révèlent très amusantes. Notamment grâce à des comédiens qui ont la part belle. Avec une mention pour les seconds rôles, croqués à plus gros traits.
Micha Lescot, désopilant en goal qui se demande ce qui arriverait si le ballon qu’il vient de dégager ne redescendait jamais.
Manuel Le Lièvre, Volodia Serre et Alexandre Steiger en pieds nickelés de la défense.
Ou Daniel Martin, entraîneur plus vrai que nature, vociférant ses consignes depuis la ligne de touche.

Dommage dès lors que la pièce quitte ce terrain pour explorer la psychologie d’un joueur. Ce qu’on y découvre sous la plume des auteurs ne casse pas des briques. Imparti à cet examen, le temps dilaté du coup franc est un peu long. Faux rythme. Plus qu’au mental, c’est à l’humour que l’équipe l’emporte.

Hugo LATTARD (Paris)

Le Mental de l’équipe
De Emmanuel Bourdieu et Frédéric Bélier-Garcia
Mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia et Denis Podalydès.
Avec Eric Berger, Jacques Bonnaffé, Cécile Bouillot, Arthur Igual, Jérôme Kircher, Manuel Le Lièvre, Francis Leplay, Micha Lescot, Patrick Ligardes, Daniel Martin, Marie Nicolle, Volodia Serre, Alexandre Steigger, Samuel Vittoz

Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt 75008 Paris
Réservations 01 44 95 98 21 ou 08 92 70 16 03
Jusqu’au 14 avril 2007.
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24 mars 2007 6 24 /03 /mars /2007 01:08
TORTURES SCÉNIQUES

Avec La Question, Henri Alleg a signé un témoignage universel contre la torture. Jean-Pierre Bodin et François Chattot voulaient en être les passeurs. Mais charriés par les flots d’une mise en scène déroutante, les mots d’Alleg n’arrivent jamais à bon port.

Henri Alleg, membre du parti communiste algérien, a été directeur d’Alger Républicain. Ouvert à toutes les tendances de l’opinion algérienne, indépendantistes compris, le journal fut interdit en septembre 1955. Contraint de passer à la clandestinité, Alleg continue d’écrire. Notamment sur la torture que pratique l’armée française. Le 12 juin 1957, il est arrêté par les parachutistes de la 10e D. P.. Conduit en secret au centre d’El-Biar, il est torturé à son tour. Question lancinante que lui aboient ses tortionnaires : qui l’héberge ? Malgré les supplices, Alleg ne souffle mot. Au terme d’un mois de souffrances, il est transféré en prison et mis en détention pour trois ans.

Depuis sa cellule, il écrit le récit de son calvaire et des agissements de ses bourreaux. Un témoignage rigoureux, précis, sans appel. Transmis en France par l’intermédiaire de son avocat, le texte est publié par Jérôme Lindon aux Editions de Minuit. Son écho retentit bien au delà des frontières.
 Photo © Mario del Curto

Ce mois de juin 1957 naît Jean-Pierre Bodin. Aujourd’hui sur les planches, il s’efforce de perpétuer ce témoignage. Dans une mise en scène de François Chattot, avec lequel il collabore régulièrement. Le parcours personnel de Jean-Pierre Bodin, à l’origine du projet, vient approcher une première fois Henri Alleg. Son épouse, Alexandrine Brisson, signe un court métrage « C’était pas la guerre ». Sur ses souvenirs précédant l’indépendance de l’Algérie. Il y a quelques années, le film est diffusé en première partie du documentaire de Jean-Pierre Lledo « Un rêve algérien ». Dans lequel Henri Alleg revient sur ses lieux de résistance et de torture. A cette occasion, le couple rencontre l’auteur. L’homme les bouleverse. Mais est-ce bien le fruit d’une longue empathie parvenue à maturité qui nous est donné à voir ?

Loin de la sobriété de l’oeuvre

Misant sur le poids accablant des mots, Jean-Pierre Bodin, se contente d’en être le passeur. Détaché, un peu lunaire. Sauf que depuis l’autre rive, le public assiste à sa noyade. Au milieu du guet. Sous un flot de propositions scéniques superflues. Tout débute avec Alleg Bodin, perché au dessus d’un paysage agreste. Assis en tailleur, comme les Arabes, sur un caisson noir. Il joue de l’oud et commence son récit comme un conteur Au dessous de lui, une peinture naïve évoque un jardin d’Eden. Au milieu duquel évolue un lion. Entre autres éléments de décors dont l’espace est rempli, une lampe à l’abat-jour violemment denté. Un castelet abritant un jeu de massacre, comme dans les fêtes foraines. On peut y glisser sa tête à la place de celles de galonnés de l’armée française. L’ensemble a un air de bric-à-brac. Pour le moins criard. Puis Alleg fait face. A la manière d’un dompteur, une chaise en main, il tient la bête en respect. On se dit déjà qu’il manque un coup de fouet. « Quand on pique un Européen, on le soigne mieux que les "troncs". Tout le monde parle. Faudra tout nous dire. Et pas seulement un petit morceau de la vérité, hein, mais tout ! ». On ne sait plus si Bodin dit cette phrase en allumant un réchaud pour se faire du thé. Ou en s’ingéniant à ficeler d’une corde les trois quarts des éléments du décor. Sans que l’on en sache jamais le pourquoi.

Au texte d’Alleg, sa maigreur, son économie de procès-verbal qui fait sa force, la mise en scène prend le parti opposé. Surcharge d’effets de lumières, sonores, rires enregistrés, voix off etc. dont certains, parfaitement inutiles, frisent le ridicule. A cette question d’une redoutable simplicité, François Chattot apporte des réponses scéniques bien alambiquées. Et bien loin de la sobriété de l’œuvre. Un comédien figé la plupart du temps. Du pathos là où le texte en est exempt. Le problème majeur est qu’il est parfois très difficile de l’entendre. En un sens, c’est rendre justice à Henri Alleg. Sous la torture, voila un homme qui ne parle pas.

Hugo LATTARD (Paris)

La Question
Adapté de l’œuvre de Henri Alleg
Mise en scène de François Chattot
Avec Jean Pierre Bodin
Studio, Théâtre National de Chaillot, 1 place du Trocadéro 75116 Paris
Réservations 01 53 65 30 00

Jusqu’au 7 avril 2007

NB : La photo illustrant notre article, non libre de droits, est publiée avec l'accord du service presse de Chaillot.
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20 mars 2007 2 20 /03 /mars /2007 23:37
VENT FRAIS SUR LE THÉÂTRE

Du vent ! Du vent ! La société Prowind brasse du vent et le vend. Petite entreprise deviendra grande. Et tout cela grâce à une équipe de choc ! Management, analyse financière, démarche qualité, marketing en barre... La stratégie gagnante de Prowind avait tout prévu... Excepté le grain de sable humain qui fait dérailler la machine... Il y a ce “je ne sais quoi” de pimpant à l’anglosaxonne, ce peps citronné, cette jolie finesse dans l’écriture et dans la mise en scène qui donne à “Vent de travers” une rareté singulière. Tout d’abord surpris, on s’enfonce bien vite d’aise dans son fauteuil, vite persuadé d’avoir déniché un petit trésor... Pas question de se ramollir, cette troupe de comédiens vous réveille au quart de tour ! Get up, stand up ! L’équipe Prowind est à mourir de rire, mais nous ramène cruellement à une réalité bien proche : celle du monde du travail où les plus faibles sont les perdants... La mise en scène innovante donne à cette pièce des airs de comédie américaine. De belles trouvailles de mise en scène rappellent Woody Allen et ses conversations new-yorkaises entremêlées, le coup de l’ascenseur est exquis... Jeune co-auteur de scénari aux côtés de Jean Cosmos, Damien Roussineau a plus d'une réplique dans son sac et promet de nous en dire long encore sur les planches...

Marie FERRÉ (Paris)

Vent de travers
Théo Théâtre - 75015 Paris
Auteur : Damien Roussineau
Artistes : Amélie Chabrière, Valentine Courcoux, Mathilde Farcy, Maria Salvetti, Clément Cézard, Olivier de la Chaise, Xavier Dupont, Damien Roussineau
Metteur en scène : Damien Roussineau
Jusqu'au 27 Février 2007
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17 février 2007 6 17 /02 /février /2007 11:56
ROBERT HIRSCH, MAÎTRE DES LIEUX

Après le succès rencontré par la pièce fin 2006, le Théâtre de Paris reprend la mise en scène de Didier Long, dans laquelle l’acteur, octogénaire, montre qu’il conserve un appétit de jeu hors normes.

Un capharnaüm abrite ce huis clos. Véritable taudis, terne, jonché d’épaves. Des lits de fer aux matelas éculés, une pile de malles et de valises qui prennent la poussière. Lieu d’errance immobile. Habité par Aston et Mick (Samuel Labarthe et Cyrille Thouvenin), deux frères ou supposés tels. Un matin, le plus âgé, Aston, grande baraque d’allure martiale, y ramène Davies (Robert Hirsch). C’est un vieillard, une cloche décatie qui fuit les emmerdements de la veille. Aston et Mick lui proposent de faire office de gardien. Davies accepte. Déjà, il inspecte, jauge l’état du matelas, s’installe. Sous un flot incessant de commentaires. Des lieux communs à fleur de peau. Sur ses manies du quotidien, sur les Écossais, les noirs. Le vieil homme est regardant quant à la couleur de peau du voisinage. Ce à quoi Aston répond, laconique, ambigu. Leur bavardage ne fait pas longtemps diversion. Pourquoi ces êtres paumés se paient-ils de mots ? Que cachent-ils ? Qu’attendent ils ?

Photo © DR

Faux semblants

Ecrite en 1959, Le Gardien est l'une des pièces qui a apparenté son auteur, Harold Pinter, au théâtre de l’absurde. A l’instar d’un Beckett, elle exploite le thème de l’attente, montre des personnages travestis par leur langage. On a dit de Pinter, récent Prix Nobel, qu’il « découvrait l’abîme sous les bavardages ». Ses héros, ou plutôt ses antihéros, avancent masqués. De Davies, ce n’est d’ailleurs pas son vrai nom, comme des deux autres, on ne saura rien ou presque. Peu importent leurs attaches, leurs parcours. Reste leur malaise derrière les faux semblants.

Dans cette version de Didier Long, Robert Hirsch est lâché comme dans un jeu de quilles. De la bête de scène vorace qui, dans sa longue carrière, a vampirisé une liste de pièces épaisse comme l’annuaire, il reste à peu près tout. Sous l’allure frêle et dégingandée se cache un ogre. Remonté comme une pendule, bardé de tics, dans une incessante danse de Saint-Guy, sitôt son entrée, il couine, souffle, peste, râle, fulmine, tempête, gronde. Il use de tous les registres, du grotesque, s’appuie sur le public comme au boulevard, se sent pousser des ailes, en fait trop, vise juste l’instant d’après. Il joue. Un rôle qui lui ressemble. Et avec une facilité étonnante, il tire toute la couverture à lui. En face, pendant ce temps, on regarde un peu passer le train. Samuel Labarthe, hiératique, joue de l’ambivalence d’un ton monocorde. Cyrille Thouvenin est un peu tendre. L’idée qu’il puissent avoir raison du vieil homme s’émousse. Robert Hirsch est passé maître des lieux, sans trop d’ambiguïté.

Hugo LATTARD (Paris)

Le Gardien
De Harold Pinter
Mise en scène de Didier Long
Adaptation de Philippe Djian
Avec Robert Hirsch, Samuel Labarthe, Cyrille Thouvenin

Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, 75009 Paris - réservation 01 48 74 25 37
Jusqu’au 06 mai 2007
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14 février 2007 3 14 /02 /février /2007 13:55
ÊTRE OU NE PAS ÊTRE... CÉLÈBRE

Que faire quand on a dépassé la quarantaine et que l’on se retrouve confronté à sa vérité ? La nier ? L’accepter ? Mais surtout comment empêcher que tout le monde soit au courant de cette vérité ? Et en fin de compte, est-ce que tout cela a vraiment de l’importance ? Voilà des questions existentielles très "lodgiennes" !

L’écrivain anglais aime écrire sur les affres de personnages pris entre leur réussite sociale et leur ambition de départ souvent plus élevée et désintéressée. Tout l’enjeu pour eux consiste à rester en équilibre dans la position du grand écart sans rien laisser paraître. La Vérité toute nue met en scène quatre personnages, deux hommes quinquagénaires et débonnaires, deux femmes quadragénaires et ravissantes.

Adrian (Patrick Raynal) est un écrivain qui n’écrit plus. De la littérature, il ne lui reste que la gloire d’avoir écrit un roman qui connut un énorme succès. Il vit avec Eleanor (Isabelle Renaud) qui s’est mise à la poterie. Ensemble, ils forment un couple de parfaits bobos, intellos, sympas, ouverts, cools. D’ailleurs, leur intérieur qui sert de décor à la pièce est à leur image, très chaleureux et de bon goût. On s’y inviterait volontiers pour boire un thé. Un univers en équilibre que vient bousculer un matin leur vieil ami de longue date, Sam (Jacques Franz). Tous les trois se sont connus à l’université. Sam est devenu un scénariste de télévision à succès. Il débarque alors qu’il est sur le chemin de l’aéroport pour signer un gros contrat à Hollywood. Il est hors de lui. Une journaliste bien connue pour sa langue de vipère vient d’écrire un article au vitriol sur lui. Il veut se venger et demande à Adrian d’accepter à son tour une interview de cette journaliste pour la piéger. Adrian enregistrera l’interview et retranscrira le tout dans un article sanglant qu’il publiera à son tour. Effet boomerang garanti ! Adrian accepte par jeu et reçoit Fanny Tarrant (formidable Claire Nebout). Mais voilà qu’Adrian est séduit par cette jeune femme carrossée comme une voiture américaine et qui a le bon goût d’être une fan de son grand roman. Et d’ailleurs, elle veut savoir pourquoi il n’écrit plus. Flatté dans son ego, Adrian se livre plus qu’il ne devrait…

Jeu de déconstruction

La vérité toute nue, c’est un peu un jeu de l’ego. Un jeu de déconstruction. On y retrouve tous les ingrédients de David Lodge. Chacun cherche à se mettre dans la lumière sans penser qu’il dévoile en même temps sa part d’ombre. Derrière la sérénité affichée, c’est l’orage intérieur. L’amitié cache des rivalités. La réussite, des trahisons intimes. Le bonheur, quantité de compromis. Bref, le monde n’est pas comme on aurait voulu qu’il soit, et nous non plus. La recette est désormais connue. Ici, elle manque de cuisson pour être tout à fait réussie. Quelques degrés de température en plus seraient les bienvenus. Les personnages sont émouvants dans leur volonté de cacher leur secret mais on se doute très vite qu’il est dérisoire. En fait, ils n’ont pas grand-chose à cacher. La pièce aimerait bien nous le faire croire mais cela ne prend pas. Sa principale faiblesse est de mettre en scène des enjeux qui n’en sont pas. On assiste avant tout aux (trop) petits problèmes d’ego d’un microcosme qui se prend trop au sérieux. Cela pourrait être amusant, mais le texte n’y est pas. Où est passé l’humour anglais ? N’a -t-il pas survécu à la traduction française ? Il manque ici cruellement ! Les comédiens, excellents, font ce qu’ils peuvent pour donner du poids à leur personnage. En vain, tout cela est léger et bien tiède. La Vérité toute nue révèle surtout qu’elle n’était que très légèrement vêtue.

Agnès GROSSMANN (Paris)

La Vérité toute nue
De David Lodge
Mise en scène de Christophe Correia
Avec Claire Nebout, Isabelle Renauld, Patrick Raynal et jacques Frantz.

Théâtre Marigny, salle Popesco. Carré Marigny 75008
Métro : Champs Elysées-Clémenceau
En ce moment à l'affiche. Du mardi au samedi à 21 h Samedi à 16 h Dimanche à 16h30
Location : 01 53 96 70 20
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11 février 2007 7 11 /02 /février /2007 20:18
VIRTUOSITÉ INCERTAINE

Dans le cadre du festival Faits d’hiver – danses d’auteurs, manifestation de danse contemporaine dirigée par Christophe Martin, la chorégraphe Josette Baïz présente sa création 2004, Tonight ! Quatorze danseurs et danseuses jouent l’amour et la dispute dans une atmosphère festive, dans une adaptation chorégraphique libre sur des extraits musicaux de West Side Story, comédie musicale culte.

La musique de Léonard Bernstein est accompagnée par les sonorités électroniques contemporaines de Marc Artières, Alain Bordes et Yves Miara. Des échafaudages occupent le fond de la scène, deux grilles et deux longs bancs sont sur les côtés, le tout suggère une rue métropolitaine ou un terrain de sport. Les danseuses sont habillées de petites robes de plage, elles sont très maquillées, semblant des personnages de clips commerciaux, des chanteuses pop, type Cristina Aguilera ou Anastasia. Les hommes sont en tenue sportive, comme des garçons de bandes de rue. Les danses de groupe alternent avec des duos ou des trios, les hommes regardent les danses séduisantes des femmes, et elles s’inquiètent face aux luttes masculines. Les duos ou trios sont des danses rêveuses, immergées dans des lumières bleues. Le style gestuel de Baïz est technique et multiculturel. Selon l’esthétique contemporaine en vogue, les mouvements Hip Hop se mêlent aux gestualités néoclassiques et asiatiques.

Photo © Legros

Le monde de Tonight ! réflète celui des centres villes métropolitains, où l’atmosphère est créée par des musiques sortant des boutiques de vêtements et de chaussures, des musiques mélangeant sonorités classiques et contemporaines. La jeunesse se balade le samedi et le dimanche, à la recherche de drague et d’achats. Mais Tonight ! de Josette Baïz ne porte aucune émotion. La chorégraphie est un collage de multiples petites scènes qui se ressemblent. Le travail sur la musique de Berstein n’ajoute rien de nouveau à l’histoire de Roméo et Juliette revisitée par la comédie musicale. Le monde multiculturel de la chorégraphie est festif et exotique comme dans des images publicitaires. Quelquefois, les danseurs se provoquent, se poussent un peu plus violemment. Mais ils se sourient aussitôt après comme des poupées, parce que dans ce monde-ci personne n’est méchant. En outre, la technicité des danses ne semble pas vécue par les danseurs qui ne sont pas à l’écoute les uns des autres. La chorégraphie de Josette Baïz sent le ‘déjà vu’ des images paradisiaques de la jeunesse contemporaine. Le public lorsqu’il sort de la salle a tout intérêt à courir rapidement chez lui, sans regarder la réalité qui l’entoure vraiment.

Mattia SCARPULLA (Paris)

La chorégraphie Tonight ! de Josette Baïz et de la compagnie Grenade a été présentée les 19 et 20 janvier 2007 au Théâtre Silvia Monfort, dans le cadre du Festival Faits d’hiver – danses d’auteurs.
 
Prochaines dates de Faits d’hiver : Micadanses : 7 et 8 février : Tous contes faits… et Si c’est possible de Christine Corday , à 20h30 Mains d’œuvres : 3 février, Je ne suis pas un artiste de Geisha Fontaine/ Pierre Cottreau, de 19h à 7h Le Regard du Cygne : 1 et 2 février,
Le spectacle dont vous êtes le héros de Pierre-Johann Suc/Magali Pobel, à 20h20
Du 1 au 6 février, Indigo de Paco Decina à 20h30 ( le 4 février à 17h30)

Informations : Théâtre Silvia Monfort  / 01 56 08 33 86
Festival Faits d’hiver  / 01 42 74 46 00
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Chronique Fraîche