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Festival d'Avignon

18 juillet 2007 3 18 /07 /juillet /2007 18:22
DIRE OU NE PAS DIRE, TELLE EST LA QUESTION

Dans le cadre du festival Nous n’irons pas à Avignon de Vitry-sur-Seine, Maylis Bouffartigue présente sa dernière création artistique. Un spectacle surprenant qui interpelle le spectateur par sa forme insolite et par son fond interpellant.

Au début, on est déjà surpris. A peine entrée dans la salle, Maylis Bouffartigue, comédienne, créatrice et metteur en scène, se trouve sous la lumière d’un petit spot sur pied ; le spectateur est accueilli et invité à prendre place. Puis, le show commence. Elles sont trois. L’une d’entre elles ne cessera tout au long de la pièce de pousser une brouette pleine d’horloges. « Dimanche, c’est fête », s’écrie-t-elle soudain avant d’entrer dans une transe hypnotique, suivie aussitôt par les deux autres. Le ton est donné.


Il ne s’agit pas d’une pièce comme les autres et le spectateur va devoir chercher lui-même les réponses à ses questions. Aucun dialogue ne l’y aidera. Quelques minutes plus tard, assises sur un fauteuil à bascule et sur un petit banc, les deux femmes énoncent, en canon comme dans les chorales, les synonymes du verbe dire. Très vite se superposent une première bande-son, extraite d’une émission de radio, puis une deuxième et sans doute une troisième, tout s’accélère, s’amplifie, on ne distingue plus rien, le brouhaha l’emporte… et d’un coup, alors que le spectateur se sent ivre, emporté par le tourbillon, tout s’arrête. Silence. S’ensuit une variation sur le rire, qui commence par un petit « ha » et s’achève par l’expression « mourir de rire » mise en image.

Le puzzle se met en place Au début on ne comprend rien. Il n’y a pas vraiment d’histoire. Les petites scènes s’enchaînent pendant une heure, sans rupture avec des oscillations continuelles de rythmes, d’intensités, appuyées par des bandes-sons d’extraits de radio et des images vidéo projetées sur de grands écrans. Tout semble décousu. Puis, peu à peu, les éléments du puzzle se mettent en place. On comprend que tout tourne autour de la parole dans ce qu’elle a de plus absurde.

Miroir de l’espoir

En réalité, toute la pièce est centrée sur un même thème : l’homme ne pense plus par lui-même, il est étouffé par la masse médiatique qui lui dicte ses besoins et l’empêche de réfléchir. La langage a perdu sa valeur et il ne sait plus s’en servir. Au commencement était le verbe. Mais aujourd’hui, où en sommes-nous ? Voilà la question que pose Maylis à travers son spectacle. Et pour y parvenir, elle ne craint pas de toucher aux symboles. Elle compare ce phénomène de pensée unique à la religion qu’elle n’a pas peur d’attaquer. Vin éclaboussé, pain jeté à terre et un poisson rouge, enfermé dans un verre d’eau, symbole de l’homme qui étouffe, privé de sa liberté de penser qu’il ne sait plus utiliser. « Les Diseurs » s’élève contre la dictature de la pensée.

Mais tout espoir n’est pas envolé pour autant. Les miroirs dans lesquels se regardent les deux femmes l’affirment. Clés du passage entre deux mondes selon Cocteau, l’illusion qu’ils renvoient nous ramène aussi au doute cartésien. Grâce à eux, on peut prendre conscience de son état, de nouveau se réapproprier le langage et redéfinir la notion de besoin. Ce spectacle hors norme questionne le spectateur, le dérange, le pousse dans ses retranchements.
Les trois comédiennes investissent complètement leurs rôles, au point de paraître parfois possédées. Maylis réussit son pari, avec cette création extra-ordinaire, elle réussit à provoquer une réflexion qui sort elle aussi de l’ordinaire.

Juliette CELLO (Paris)

Les Diseurs ou déroute de dires et d’opinions d’un esprit perturbé
Compagnie Monsieur Madame
Conception, texte, mise en scène : Maylis Bouffartigue
Avec : Cécile Signoret, Laurence Diolez, Maylis Bouffartigue
Composition sonore et musicale : Mathius Shadow-sky
Lumière et décor : Christophe Deflorenne Images vidéo : Myriam Botto

Représentations du mercredi 11 au dimanche 15 juillet 2007 à 21h dans le cadre du festival « Nous n’irons pas à Avignon ».
Gare au théâtre, 13 rue Pierre Sémard 94400 Vitry-sur-Seine 

Photo © DR
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