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Festival d'Avignon

6 juillet 2007 5 06 /07 /juillet /2007 00:10
COMMENT SAUVER SA PEAU

La Peau d’Elisa est reprise au théâtre du Petit Gymnase dans une mise en scène originale qui laisse la part belle à la poésie du texte de Carole Fréchette.

Le visage peint en blanc surmonté d’un galurin, une salopette qui peine à contenir tous ses mouvements amples et exagérés, Elisa a tout d’un mime, sauf qu’elle parle. Et elle parle beaucoup, Elisa, elle parle d’elle, mais surtout de ses amours, des histoires qu’elle a vécues et d’autres qu’elle a pêchées ici et là au gré de ses rencontres. Sigfried le fou, Jan l’empressé, Ginette la boulotte et d’autres encore : comme pour les sept nains, c’est un détail de leur caractère qui caractérise le mieux les amants d’Elisa, car ce sont les détails qui font les bonnes histoires.
 Photo © DR

L’inquiétude palpable chez Elisa se révèle peu à peu et trouve son explication dans un phénomène étrange : la peau de la jeune femme pousse inexorablement, comme une tumeur généralisée, comme une carapace qui emprisonne Elisa dans son propre corps. Un jeune homme rencontré sur la terrasse d’un café et atteint de la même maladie lui a donné son remède : il faut raconter des histoires d’amour, les siennes ou celles d’un autre avec des détails qui font frissonner, des détails qui donnent vie à ces histoires.

La transmission orale tient souvent une place importante dans le théâtre de Carole Fréchette. Dans La Peau d’Elisa, elle est même au cœur de la pièce, car c’est en racontant des histoires qu’Elisa peut guérir de son étrange maladie. La pièce est méta-théâtrale dans le sens où elle illustre avec légèreté et beaucoup de poésie la catharsis chère à Aristote : dans sa Politique, ce dernier parle de l’âme des tragédiens qui se transporte hors d’elle-même et se trouve ainsi remise d’aplomb. C’est de cela même dont il s’agit ici. Elisa transporte son âme hors d’elle-même et la présente à ses auditeurs afin de la préserver de cette peau envahissante qui l’étouffe.

Amour, souvenirs et fétichisme


La mise en scène habile de Céline Texier-Chollet montre sa compréhension sensible du texte de Carole Fréchette. En jouant sur cet oxymore du mime loquace, elle insiste sur l’importance de la parole dans le processus de guérison du mal-être qui habite Elisa. D’autre part, le choix de représenter chaque amant par un objet, une chemise, un récipient rempli d’une substance colorée, illustre parfaitement la réflexion de l’auteure québécoise sur le souvenir, et l’importance des objets comme catalyseurs de ces souvenirs, tout en respectant la poésie propre au texte. A chaque histoire son rituel fétichiste qui rappelle que l’amour vit aussi bien dans l’être aimé que dans le souvenir, la pensée de l’être aimé.

L’ensemble est d’une convivialité troublante : chaque parole d’Elisa résonne chez le spectateur comme si elle lui avait été soufflée au creux de l’oreille. La performance d’Emilie Trasente en Elisa et de Yan Richard en planche de salut renforce cette impression que la pièce se joue avec nous. A la fois juvéniles et inquiets, drôles et émouvants, acteurs et victimes, les comédiens réalisent une performance remarquable en tous points et renforcent s'il en était besoin l’intensité d’une pièce puissamment bâtie et inspirée.

Morgan LE MOULLAC (Paris)

La Peau d’Elisa
Pièce de Carole Fréchette
Mise en scène, scénographie et costumes de Céline Texier-Chollet
Interprétation : Emilie Trasente et Yan Richard

Au Petit Théâtre du Gymnase, 38 bd Bonne Nouvelle 75010 Paris
Les 2, 9, 16, 23 et 30 Juillet 2007 à 20h30
Au Studio Marie Bell le 6 Août à 20h30 et du 23 septembre au 25 novembre 2007 le dimanche à 19h.
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