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Festival d'Avignon

24 avril 2006 1 24 /04 /avril /2006 09:16
LA DÉMARQUE TURQUE DE MADAME BOVARY

Ugur Aktas, dans le cadre d’un projet franco-turc organisé à Dijon par les étudiants de premier cycle de Sciences-po Paris, propose une adaptation très audacieuse de l’œuvre la plus célèbre de Flaubert.


La France accueille de nombreux étudiants turcs au sein de ses universités. Un excellent exemple de cette coopération a lieu en Bourgogne. Le premier cycle est–européen est basé à Dijon et compte une délégation de seize étudiants et de sept professeurs. La première étudiante inscrite dans le cycle, Znur Kûcûker, est à l’origine d’un projet de longue date intitulé « Regards croisés sur la civilisation et la culture turque » dont le but est selon elle de « contribuer à l’établissement de liens culturels entre la France et la Turquie », projet qui a abouti, du 6 au 8 avril 2006, à une série de conférences ainsi qu’à la représentation d’une pièce de théâtre.

Cette pièce intitulée Madame Bo a été écrite et mise en scène par Ugur Aktas qui a vécu les onze premières années de sa vie à Paris avant de partir s’installer à Istanbul. Actuellement professeur de français au lycée franco-turc Saint-Benoît à Istanbul, il écrit et met en scène de nombreuses pièces de théâtre et collabore avec de grands journaux turcs. Madame Bo est une courte pièce en un acte jouée par trois acteurs anciens élèves du lycée Saint-Benoît. Elle met en scène la relation ambiguë entre un écrivain célèbre et sa jeune étudiante qui doit « jouer » le roman qu’ils écrivent ensemble.

Ce huis clos, fondé sur un rapport d’amour et de possession, aura des répercussions dramatiques pour la jeune étudiante, Delphine, qui devra effectuer pour son mentor un dangereux dédoublement de personnalité : « C’est un jeu nouveau, avec des règles dangereuses. Delphine, tout ce qui sort de ta bouche, tu dois absolument le vivre ou le ressentir. Tu dois tout dire, tout ! Même si ça se termine par une défaite ou un regret ». Le professeur use de son aura pour prendre possession intellectuellement puis physiquement de son élève. Delphine sera alors gagnée par une schizophrénie qui s’avérera meurtrière puisqu’elle sera contrainte au suicide pour la réussite de la pièce.

Ugur Aktas innove doublement ; en s’appropriant d’une part le titre et le thème du célèbre roman de Flaubert, Madame Bovary, afin d’en faire une adaptation théâtrale, et en l’adaptant d’autre part au monde turc actuel. Ainsi, Delphine, le personnage principal, représente les difficultés que rencontrent les femmes en Turquie face au mariage arrangé et à la soumission à l’homme qu’imposent les nécessités pécuniaires. Delphine vit sa vie par procuration, en accumulant les conquêtes amoureuses imaginaires. À ce texte émouvant viennent s’ajouter des scènes ponctuelles de danse orientale dans lesquelles la comédienne principale semble se perdre physiquement dans le rôle qu’elle doit interpréter ce qui augmente la tension dramatique de la pièce. En outre, la danse qui s’intègre dans le théâtre ne correspond pas aux critères classiques auxquels le spectateur est habitué. Le texte s’efface pour laisser place à une musique envoûtante qui devient presque un élément personnifié, dépossédant Delphine de son propre corps. Cette adaptation originale du roman de Flaubert prouve à la fois l’impact de la culture française en Turquie mais également la capacité créatrice de certains jeunes auteurs turcs, soucieux d'associer dans leurs démarches artistiques les civilisations occidentales et orientales. Grâce à sa pièce hors normes, Ugur Aktas parvient à bouleverser les esprits conservateurs de sa patrie et à briser le tabou de la place de la femme.

Laurine MONDON (Dijon)

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