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22 avril 2006 6 22 /04 /avril /2006 22:52
Marc Goldberg : Cassavetes de mes rêves

Vous vouliez retrouver Gena Rowlands ? Laissez tomber. N’allez pas voir ce Woman of mystery là, sauce Goldberg et aux saveurs de Myriam Boyer. Cette cuisine-là fait honneur aux délices Cassavetes : elle en retrouve le goût, mais ne le plagie pas. Il y a ce « je ne sais quoi » à la française qui fait ressembler le personnage central à une Mère courage de Brecht ou encore à la Charlotte de Rictus… Elle - puisqu’elle n’a pas de nom – (Myriam Boyer, solide et fragile), erre dans la ville à la recherche d’un paradis perdu. Les rencontres se multiplient, mais rien ne semble combler le vide de cette woman qui cache un sérieux mystery…

Marc Goldberg est jeune. Et il n’en est pas à sa première mise en scène : il s’est déjà fait les griffes sur Bébé de Marie Darrieussecq avec Lio, Le Café des roses, de Carine Lacroix et d’autres encore. Administrateur du Vingtième Théâtre depuis 2002, il investit les lieux de sa présence biscornue, alambiquée, bizarre, sympathique et inventive.

Vous êtes un adepte de John Cassavetes ?
Oui. Mais Cassavetes n’est pas de la géographie, je ne l’ai pas « étudié » en tant que tel, en tous cas. J’ai vu tous ses films et lorsque j’ai appris l’existence de ses pièces de théâtre, j’étais convaincu de retrouver ce que j’appréciais déjà dans ses films. Mais, à partir du moment où j’ai signé les contrats pour cette pièce, je me suis interdit pendant cette période de regarder du Cassavetes et d’en plagier les moindres détails. Je n’ai pas voulu faire une reconstitution, un hommage à Cassavetes. Car je pense que rendre hommage à Cassavetes, c’est le trahir ! Pour lui rendre hommage, si on veut, il faut une équipe artistique qui cherche sa propre voie à travers ses textes. Je n’ai pas fait un travail d’archéologue. J’ai lu le texte, et le travail s’est fait comme avec tout autre auteur.

Cassavetes cherche sa vérité, il parle vrai et fuit les clichés… Myriam Boyer semble une artiste de cette trempe. Comment s’est effectué votre choix ?
La première chose que je souhaitais c’est que l’actrice ne rappelle en aucun cas Gena Rowlands : je ne voulais pas que l’on compare. Ensuite, je pense qu’il n’y a pas beaucoup de comédienne qui puisse tenir un rôle de cette mesure. J’ai rencontré Myriam Boyer et la dimension enfantine m’a séduit. Je me suis dit qu’il y avait là quelque chose à exploiter, qui pourrait donner une fraîcheur au personnage. Gena Rowlands est la femme Femme, et sa composition n’avait sans doute pas ce côté fragile et enfantin. On sent bien que Cassavetes a d’abord écrit ce spectacle autour d’une actrice, d’un rôle principal : il fallait donc faire de même et rencontrer une comédienne avec laquelle se ferait LA rencontre. Ce fut Myriam Boyer. En quelque sorte, c’est comme une sonate pour violon : il faut d’abord trouver le bon violon ! Après, on peut le faire jouer de façon différente, tout en respectant la partition de l’auteur et de la comédienne.

Cette femme, elle ressemble à un papillon qui se cognerait aux vitres d’une fenêtre, sans jamais trouver l’issue…
Oui, c’est tout à fait ça. Dans l’univers de Cassavetes, les personnages n’ont pas de destin. Les existences ne sont pas linéaires et n’ont pas la jolie forme qu’on veut bien nous faire croire dans les romans. C’est tout sauf une existence de héros, c’est une femme qui se trouve en se perdant. Il ne lui est rien arrivé, rien d’autre que ce qu’est l’existence : une série de rencontres, avec de l’amour, de la haine, des sentiments de toutes sortes. Et contrairement à tous les personnages qu’elle croise, elle ne se laisse pas enfermer dans des catégories sociales, elle ne s’empêche pas de vivre… C’est une sorte de fantasme de liberté. Elle est disponible en permanence, et s’en prend effectivement plein la figure, comme le papillon qui se heurte aux vitres. Elle est totalement exposée, elle vit plus, totalement, et refuse tout cocon protecteur. Elle agace aussi. C’est une leçon de vie : elle nous dérange dans notre ordre établi, et nous prévient que l’existence ne peut être traversée en se cachant.

Ce qui décontenance parfois, c’est la construction : pas de début, pas de fin, pas d’histoire.
Oui. Parce que c’est fatigant, pour certains, de ne pas pouvoir se rattacher à une trame classique ! Cassavetes a été l’un de ceux qui ont réellement remis en question la narration classique. Non pas en voulant se rendre intéressant, mais à cause de ce qu’il voulait nous dire : l’existence humaine n’a pas une trame narrative, l’existence n’est pas un conte de fée ou un film hollywoodien. Son souhait le plus grand était de nous raconter la réalité de la vie chaotique. Et c’est ce que j’ai souhaité faire avec cette femme. A Woman of mystery, c’est comme l’Odyssée mais sans Ithaque : le personnage central fait toutes sortes de rencontres, mais Ulysse, lui, vit dans un espace orienté : il veut rentrer à Ithaque. Or notre femme, elle, vit une Odyssée sans retour, sans axe… C’est une narration moderne, et non plus une narration classique. C’est ce que j’ai voulu assumer, tout en forgeant une « vrai » fin, que j’ai inventée : le personnage revient dans la rue sur laquelle le rideau s’était ouvert. A-t-elle vraiment bougé, voyagé, ce voyage était-il réel ? C’est la dernière question sur laquelle je souhaitais laisser le spectateur.

Comment s’est effectué le travail de traduction ?
La traduction n’a pas été facile, mais ce fut un travail très intéressant. La langue de Cassavetes est très belle. Il n’y a aucun argot, rien de vulgaire ou de grossière. C’est de la pure dentelle, mais rugueuse, parce qu’imprégnée d’une réelle violence, qui est au cœur de la recherche poétique de Cassavetes. Oui, ce travail de traduction a été passionnant.

Marie-Pierre FERRÉ (Paris)

A Woman of mystery
Pièce de John Cassavetes
Mise en scène de Marc Goldberg
Avec Brigitte Damiens, Stephen Szekely, Philippe Mercier, Myriam Boyer et Karina Beuthe. Vingtième Théâtre 7, rue des Plâtrières 75020 Paris
Téléphone réservations : 01 43 66 01 13
A l'affiche jusqu'au au 7 mai 2006
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