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Festival d'Avignon

9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 19:53
CHAPEAU BAS POUR UN PROJET FOU

Très beau moment que celui offert par le metteur en scène, chorégraphe, et plasticien italien Romeo Castellucci, dans la Cour d’Honneur du palais des Papes où il a présenté « Inferno » ou «L’Enfer», premier volet du triptyque de La Divine Comédie de Dante Alighieri (1265-1321) ; il présente encore dans deux autres lieux « Purgatorio » et « Paradiso ».

L’artiste italien aurait donné une image inouïe de la forteresse imprenable qu’est la Cité des Papes, mais s’il est une question récurrente pour la critique française et francophone, c’est bien celle de savoir quel est cet enfer où règne en maître Castellucci ?

A ce sujet, la presse quotidienne française est unanime. Et c’est Brigitte Salino dans le journal Le Monde (édition du 8 juillet) qui le dit le mieux comme le laisse entendre le titre : « Castellucci mène l’enfer au sommet », voilà qui évoque la longue ascension d’un homme araignée sur la façade de la cour d’honneur du Palais des papes avant le lancer impressionnant d’un ballon rouge. Ce dernier viendra frapper la scène et se glisser entre les mains d’un enfant. La passe est déjà symbolique et chargée de sens.
Cet enfer à l’italienne est perçu par la critique comme la description d’un monde actuel, celui d’un « ici et maintenant », d’un temps suspendu qui se moque d’un ailleurs imperceptible. C’est de toute façon, « un monde déshumanisé où l’individu est seul, et la masse aveugle » que décrit la critique Brigitte Salino tout en soulignant la force d’un univers sonore où « tout est affaire de sensations, de terreurs récurrentes et d’appels à l’inconscient ».



Car, comme le souligne Jean-Pierre Léonardini dans L’Humanité, cet enfer « est aussi pavé des meilleures inventions ». Là, il est estimé que ce spectacle « bouleverse par la hardiesse de l’imaginaire plastique investi » et on s’accorde à dire que la pièce est loin de toute illustration mais revêt bien le caractère d’une complète appropriation par le metteur en scène.

Tous ont décrit et salué l’entrée en scène risquée de Roméo Castellucci, mais la critique s’estime parfois bien pauvre et limitée pour donner en quelques mots tout le rendu des tableaux issus de l’imaginaire de l’artiste.
On s’est parfois interrogé sur l’apparition de Andy Warhol dans le déroulement de la pièce, parfois jugée malvenue, certains l’ont identifié à un Virgile contemporain. La plupart ont décrit « la force d’un univers propre à hanter son public. »

Même sentiment dans le quotidien Libération qui estime que Roméo Castellucci donne à cet enfer une nouvelle énergie, précisément parce qu’il conduit le public à s’interroger sur l’enfer selon lui. Pour René Solis, « ce spectacle rare fait partie de ceux qui une fois tous les vingt ou trente ans réussit l’enchantement de la cour d’honneur. » C’est dire le compliment ! La critique est ici sans reproche : « Inferno de Castellucci a cette force là, qui nettoie le regard, ouvre des chemins, ne vise pas la perfection. »


Dans Telerama, Fabienne Pascaud décrit un Castellucci qui « enflamme la cour d’honneur », « s’empare des lieux », « un spectacle hallucinant où rien n’est gratuit et qui a mis le feu au palais des Papes… » Bref, ce Roméo Castellucci est un homme bien inspiré par l’enfer et la critique de souligner : « on n’en finit pas d’évoquer les quasi-hallucinations que sculpte Roméo Castellucci dans les lumières folles, dans un décor qu’il a su rendre sensible et proche. »

L’accueil de la presse francophone n’en est pas moins dithyrambique, ainsi dans le quotidien belge Le Soir peut-on lire que « la vision de Castellucci est d’ores et déjà inscrite dans la légende d’Avignon », que dans cette version, le public subit un « choc autant visuel qu’émotionnel ». Ici on estime que tout y est ! Il s’agit là « d’un enfer juste ce qu’il faut de violent… avec de la tendresse pour toucher le public ». Le critique Jean-Marie Wynants, estime qu’avec « Inferno », Romeo Castellucci imprime d'emblée sa marque sur Avignon notamment parce qu’il s’agit de l’œuvre d’un metteur en scène plasticien d'une humanité bouleversante. Il parle même d’un « Inracontable Inferno ».

Dans le quotidien La Libre Belgique, Marie Baudet souligne encore « un enfer qui explore la mélancolie plus que l’épouvante ». Elle se risque à donner des précisions sur l’univers sonore de la pièce et il faut imaginer ce qu’a pu expérimenter le public : « des sons compilés de clameurs de foule, des grésillements de câbles, de tôle froissée, de halètements d’animaux et même, dit-on, la scie d’une dissection humaine. »

Au final, Castellucci a réussi à donner une vision de l’enfer tout de même baignée d’une étrange douceur. Alors à la question de savoir quel est cet enfer, une réponse semble enfin trouvée : « il est la vie avec son cortège de souffrance ».  Et, comme le clame le critique René Solis dans Libération« L’Inferno, c’est nous ! ».

Christelle ZAMORA

Photo © Christophe Raynaud de Lage

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