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Festival d'Avignon

24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 20:06
LE PEINTRE DES MOTS

C’est l’univers d’un authentique démiurge que propose de faire découvrir le Théâtre du Rond Point. Roland Topor, disparu il y a 11 ans, est au cœur de ce spectacle aux couleurs changeantes et chantantes. Entre surréalisme loufoque et concrétude poétique, mené par une équipe au top, « Signé Topor » est une vraie réussite.


Transcender et désacraliser le réel pour atteindre les sphères éthérées de la poésie avec en option obligatoire de provoquer quelques salves de rires et si possible dans les moments les plus inattendus : telle semble être la mission que s’était assignée Roland Topor dans toute son œuvre. Le florilège que propose « Signé Topor » dans la flamboyante mise en scène de Jean-Louis Jacopin en est en tout cas l’illustration parfaite. Ainsi, d’une interview foireuse à un poème débile, d’un livre de cuisine farfelu (où l’on vous apprend à concocter notamment une salade de maman aux roses blanches et une soupe de restes de nain) à un dialogue entre Godard et Duras (irrésistible), ce sont des situations débridées et partant tous azimuts qui déboulent sur scène. Ces intermèdes comme encore cette définition de l’homme élégant qui, « lorsqu’il se casse la gueule en profite pour refaire connaissance avec le sol », prennent place au milieu de pièces chantées.


La musique au cœur des mots


Car oui, c’est avant tout un spectacle musical. Ces petits joyaux signés Topor ont été mis en musique par Reinhardt Wagner que les « mélocinéphiles » connaissent bien. Compositeur pour l’intransigeant Beineix (« Roselyne et les lions » et « Mortel Transfert ») et le déluré Pascal Thomas, il possède ce génie de la mélodie que l’on retrouve chez Polnareff, Cosma ou Francis Lai. L’éclectisme de ses compositions semblait le désigner d’office pour apporter un support musical sur tous les tons à ces textes ne fleurant pas la monotonie. Le duo Topor/Wagner semble résonner comme une évidence. La magie de ces textes qui font chanter (chantage ou chanson ?) les voix nous entraîne à la Cinémathèque du Luxembourg où se jouent de drôles de films comme autant de jeux de mots, au sommet d’un volcan pour un moment de pure poésie de l’incandescence amoureuse, dans un Paris sans âme où tout est partout pareil qu’ailleurs ou encore en compagnie d’un tueur à gag(e), neveu flingueur pour tonton flingué. Une guitare en forme de pied semble faire un clin d’œil à Bobby Lapointe, un cha cha sur une tchatcheuse construit un pont d’allitérations entre musique et texte, une ceinture cravate et un gant qui peint sortent du sac à malice d’un bonimenteur prêt à refourguer son étrange camelote.

Tout cet  univers fantasque et foutraque bénéficie d’une mise en scène particulièrement élégante et millimétrée. Il fallait ça pour éviter que la forme, en se fondant trop avec le fond, ne prenne des allures de salmigondis impénétrable. Les morceaux s’enchaînent avec virtuosité, qu’il s’agisse d’une citation de quinze secondes ou d’une chanson de trois minutes. Les comédiens et chanteurs défilent en ordre serré pour incarner et mettre en valeur ce désordre syntaxique et sémantique. Chanteuses ravissantes, impeccablement sapées et maquillées, prises de paroles agencées dans un ordre rigoureux, gestes et chorégraphies au biseau, permettent de circonscrire un propos comme un cadre délimite une toile de maître. Le peintre peut ensuite se laisser aller à toutes les excentricités.

Ce peintre, il s’appelait Topor. Roland Topor.

Franck BORTELLE (Paris)

Signé Topor
Textes de Roland Topor
Conception et mise en scène : Jean-Louis Jacopin
Musique composée et interprétée par Reinhardt Wagner
Avec Jean-Yves Dubanton, Jean-Louis Jacopin, Alexie Ribes, Heloïse Wagner et Reinhardt Wagner
Décors d’après Roland Topor conçus et réalisés par Jacques Abinun (plasticienç et Jean-Louis Jacopin
Chorégraphie : Fatima N’Doye
Lumière : Hervé Coudert
Du 20 ami au 8 juin 2008 à 20h30, Dimanche à 15h30. Représentations supplémentaires les samedis à 17 heures. Relâche les lundis.
Durée : 1h20
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