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Festival d'Avignon

23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 08:01
VIN, DROGUE ET TALENT

Interprété par quatre comédiens talentueux, dont Aure Atika et Natache Régnier, Le Plan B est une pièce contemporaine qui porte un regard critique sur une société désabusée et abîmée. Cette nouvelle création d’Andrew Payne propose un moment fort et juste. Un bon plan.

Dans cette pièce intitulée Le Plan B, l’auteur anglais Andrew Payne dépeint une société dégénérée. Une société habitée par des personnages qui végètent, qui insultent, qui couchent et qui se droguent, à la recherche d’une identité déchirée par la difficulté d’aimer, l’incertitude du bonheur et l’illusion du bien-être.

La pièce, qui prend place à Londres, fait le parallèle entre deux couples aussi perdus l’un que l’autre. Sarah et Craig, interprétés par Aure Atika et Thomas Chabrol, est un couple qui se dispute autant qu’il se méprise. Et Thomas et Annie, joués par Robert Plagnol et Natacha Regnier, est un couple qui s’aime d’un amour étrange, égoïste et nécessaire. Ces deux couples sont là pour s’affronter, s’opposer, se détester et se jalouser.

le-plan-B.jpg
Dans l’adaptation de Vanessa Chouraqui et Robert Plagnol, les personnages prennent une dimension dramatique très forte. Tous pathétiques, ils exposent leurs failles, en ironisant ou bien en les laissant éclater au grand jour. Robert Plagnol, qui interprète Thomas, livre une performance très réaliste. Dans le rôle d’un homme "à la limite", qui se défonce au vin et à la cocaïne, il donne une vraie épaisseur au personnage. Tour à tour touchant, émouvant, agaçant, nerveux et violent, il dresse un portrait complet d’une existence déchue, qui trouve une rédemption dans l’amour.
L’amour, il le connaîtra grâce à Annie, jouée par une Natacha Regnier enceinte. Annie, c’est encore une autre figure du désespoir. C’est une fille-enfant, qui continue à faire des coloriages, qui n’a comme seul référent sa meilleure amie Anna, qu’elle cite à tout va, pour donner une légitimité à ses propos. Elle aussi aime la coke, mais elle est moins fragile que Thomas. Elle va l’aider, lui donner un souffle d’air frais, va supporter ses mensonges, ses invectives, son agressivité, pour le contrôler, le mettre dans le droit chemin, dont il s’écartera sans doute, au final. Natacha Regnier incarne ce rôle avec une grande justesse. Discrète, farfelue et fine, elle apporte une jolie profondeur à ce personnage apparemment superficiel.

Face à ce couple qui essaye de s’aimer, il y a cet autre couple, celui du vide. Thomas Chabrol, qui joue le rôle de Craig, homme riche profondément désabusé, lucide et coléreux, est très convaincant. Naturel, présent sur scène, il impose un jeu confiant, maîtrisé, ponctué de touches d’humour cynique, qui lui vont à ravir. Aure Atika, dans le rôle de Sarah, interprète un personnage hypocrite, soumis, accroché à son mari pour l’argent et infidèle. Les défauts du personnage trouvent un écho sincère dans le jeu et le physique de la comédienne, quoiqu’elle manque parfois de naturel.

In vino veritas

Si le jeu des comédiens permet de donner de la force au texte d’Andrew Payne, la mise en scène de Michel Fagadau accentue, quant à elle, la qualité de la pièce. Au premier abord très simple, le décor relève d’une réflexion poussée sur l’utilisation de l’espace scénique. Composés de paravents beiges, les lieux évoqués dans la pièce prennent forme par le déplacement étudié de ces paravents, souvent perçus comme des murs de prison. Et par celui de quelques objets rudimentaires (un petit canapé, une table, une chaise en bois) utilisés et réutilisés pour des fonctions différentes. Très efficaces, ces déplacements sont gérés par les comédiens eux-mêmes.
Cette double fonctionnalité des comédiens, dans leur rôle et hors de leur rôle, font qu’ils jouent la pièce autant qu’ils la construisent. Fiction et réalité sont dissociées, dans un décalage marqué par un jeu de lumières appuyé et de courts intermèdes musicaux rock dynamisants.

Un autre décalage, plus symbolique, illustre judicieusement cette société désolée. La nourriture, très présente dans « Le Plan B », est en fait absente. Les personnages mangent effectivement, mais ils mangent du vide. La seule chose concrète qui nourrit ces personnages, c’est le vin, élément lancinant et dégénérescent de la pièce. A chaque scène, une bouteille de vin est sortie. Consommé et adoré, le vin est bu excessivement. Cet alcool faussement consolateur permet aux personnages titubants de se croire plus détendus et de fuir la difficulté de leur existence.

La pièce d’Andrew Payne, adaptée par Vanessa Chouraqui et Robert Plagnol, est une pièce intéressante et captivante, dont l’intérêt réside avant tout dans l’interprétation convaincante des différents comédiens, et dans une mise en scène particulièrement originale.

Cécile STROUK (Paris)

Le Plan B
Texte : Andrew Payne
Interprétation : Aure Atika, Natacha Regnier, Robert Plagnol, Thomas Chabrol
Mise en scène : Michel Fagadau
Scénographie : Florica Malureanu
Lumières : Laurent Beal
Son : Michel Winogradoff

Au Studio des Champs-Elysées, du mardi au samedi à 21h et du samedi au dimanche à 16h30

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commentaires

M
Je suis bien d accord avec votre critique sauf sur l interpretation des deux comediennes; j ai trouve au contraire que Natacha Regnier manquait de fluidité dans son jeu et n avait pas su mettre en valeur certaines repliques. Elle oscille trop entre la jeune naive et la jeune femme qui sait ce qu elle veut, sans prendre un parti comme si elle jouait les scenes comme elles viennent. j ai au contraire trouvé Aure atika tres ambigue et naturelle. A la fois sure d'elle et blessée. tour a tour souriante et pleurant.. son personnage ambigu m'a enormement touché.
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