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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

25 janvier 2008 5 25 /01 /janvier /2008 17:56
AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE VERBE

Comme des artisans associés, c’est une équipe soudée qui signe à la Comédie de Caen, Le Malheur de Job, précisément L’enfouissement sous quelques extraits du livre de Job.

« Maudit soit le jour qui m’a vu naître », s’écria Job après avoir perdu ses enfants, ses biens, sa santé. Mais il constate aussi : « L’Éternel a donné, l’Éternel a repris, béni soit son nom. » Pour sa première création, la nouvelle équipe de la Comédie de Caen a choisi de donner corps à cette douloureuse contradiction, vécue dans son esprit et dans sa chair par le personnage biblique. Une fois encore, nous sommes ainsi confrontés au mystère de l’existence du mal dans un monde créé par un Dieu juste, en principe ! Qu’on ne s’attende pas pourtant à l’évocation en termes savants de terribles apories, ni de la laborieuse reprise des arides hypothèses de la théodicée leibnitzienne.

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Toutes ces interrogations métaphysiques sont soumises à la question par un implacable tchatcheur, Dgiz qui, dans le civil, est aussi un slameur. Cela donne un texte haletant fait de tournures familières et argotiques, de répétitions, d’assonances, d’allitérations, d’emboîtements, de brisures, de glissements phonétiques et sémantiques. Le soliloque de Job puise, dans cette langue savoureuse, une vigueur, une verdeur qui surprennent. Une certaine insolence aussi, aux accents naïfs quand Dgiz-Job n’hésite pas à lancer au Tout Puissant : « Ta création, c’est le méga bordel, c’est naze ! » Seul un clown pouvait se permettre pareil propos, car ainsi se grime, devant nous, l’acteur, le raconteur, le rhapsode de cette véhémente éruption verbale.

Mais il ne s’agit pas ici de parodie. Au contraire, c’est en travaillant avec Frédéric Révérend, le traducteur du texte, que Dgiz s’est approprié la révolte de Job, ses pensées, ses incertitudes, ses interrogations, ses souffrances. Nulle moquerie, donc, dans cette transposition, nulle ironie non plus qui sonnerait comme un déni du destin tragique du héros, un illusoire échappatoire pour sortir de cette nasse dans laquelle le Très Haut a décidé de l’enfermer.

Le plastique ou le fumier ?


Les paroles du monde sont aussi du bruit et des images. On se souvient alors que le jongleur du Moyen-âge fut d’abord un diseur, puis un ménestrel, avant de devenir l’artiste dont nous étonne la prodigieuse dextérité. Ceci n’a pas échappé à Jean-Lambert-wild, le démiurge de ce spectacle qui s’est assuré le concours de deux autre comparses : Jean-Luc Therminarias pour la musique et Jérôme Thomas pour la jonglerie. Ainsi, un peu comme le malheur qui enveloppe Job, Therminarias a conçu une musique têtue et entêtante qui s’empare de tout l’espace théâtral, scène et salle, et qui joue parfois sur les nerfs des spectateurs comme un irritant prurit.

Donner à entendre ne suffit pas, il faut au théâtre donner à voir. Par la magie des nouvelles technologies, apparaît soudain une étrange nuée de plastiques roses d’où lentement émerge une figure humaine. Peu à peu, tous les sacs prolifèrent, descendant du ciel ou surgissant du sol, comme le ballet de la transcendance et de l’immanence. Ils virevoltent autour de l’homme qui tente de les rattraper, de les retenir, de les maîtriser. Lutte contre les lois de la gravitation, la pesanteur, dont soudain le jongleur, qui s’envole à son tour, semble devenir le vainqueur. Faut-il voir dans cette invasion de plastique la métaphore du tas de fumier où Job choisit de poser sa pauvreté ? Et l’envol du jongleur est-il encore une métaphore de Job recouvrant la santé, ses biens et sa descendance ? Je ne sais. Mais libre au spectateur de l’interpréter ainsi. Comme celui-ci est libre de répondre au SMS que l’on envoie sur un portable qu’on lui a, une fois n’est pas coutume, demandé de laisser ouvert. Une manière de rappeler l’universalité des questions qui sont posées depuis que le monde existe et qu’il y a des papyrus ou des téléphones pour tenter d’y répondre.

Reconnaissons-le, il arrive que la féerie visuelle nous détourne de l’écoute du texte. Il faudrait alors – pourquoi pas ? – assister à une autre séance, oublier les prodiges du jongleur pour tendre une oreille plus attentive aux délires du poète qui est moins un acteur qu’un producteur de son texte, dans la pure tradition du poème chanté par l’aède, le troubadour, le slameur aujourd’hui. Ce retour au spectacle permettrait aussi de voir les deux artistes qui jouent en alternance, et chacun à sa façon, le rôle du jongleur : Martin Schwietzke ou Jérôme Thomas. Enfin vous consacrerez votre soirée à une représentation théâtrale qui vaut bien une leçon de philosophie, sans doute.

Yoland SIMON (Le Havre / Caen)

Le Malheur de Job
Par la Comédie de Caen. Centre dramatique National de Normandie.
Un spectacle de Jean Lambert-wild, Jean-Luc Therminarias, Dgiz et Jérôme Thomas.

Voix Dgiz
Voix et électronique Stéphane Pellicia
Paillasse Jérôme Thomas / Martin Schwietzke
Direction Jean Lambert-wild
Musique Jean-Luc Therminarias
Assistance mnémographe  Aurélia Marin
Traduction et dramaturgie Frédéric Révérend
Lumières Renaud Lagier
Conseiller à la scénographie Franck Besson, Thierry Varenne
Costumes Françoise Luro
Conseiller des ombres et des mystères Benoît Monneret
Régie générale de création Claire Seguin
Régie générale Patrick Lemercier
Flying et illusions Christian Cécile, Marc-Antoine Coucke
Son Christophe Farion
Programmation Léopold Frey
Maquillage Catherine Saint-Sever
Décors et costumes sous la direction de Benoît Gondouin, Bruno Banchereau, Patrick Demière , Gérard Lenoir, Hubert Rufin, Serge Tarral, Antoinette Magny
Equipe lumière Thierry Sénéchal, Claudio Codémo, Moeren Tesson

Du lundi 14 janvier au vendredi 1er février  2008
Théâtre des Cordes à Caen
Du 5 février au 20 mai
Tournée en région : Vire, Alençon, Flers, Mortagne, Cherbourg, Cavaillon, La Roche sur Yon, Compiègne, Evry, Chelles Blois, Annecy, (pour les dates précises contacter la Comédie de Caen)
Du 10 au 22 mars : MC 93 Bobigny

Photo © Tristan Jeanne-Valès
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